Faudra-t-il réécrire les albums d'Astérix?


Astérix : Le domaine des dieux

La vision du village gaulois perdu dans la forêt face à la grande civilisation romaine est à revoir pour les archéologues.

‘What we have found here proves that the Gauls were much more civilised than we thought. The Asterix albums will need to be completely rewritten, as they are based on the typical image of the Gauls which has been passed down through the centuries, one of a prehistoric man who lives in the forest. We have discovered that they had not only complex military structures, but civilian and trading structures too. »

Source: Revealedix: the Gaul of Asterix was no joke – Telegraph.

(Via History News Network.)

Lyonel Kaufmann

  1. Les albums d’Asterix ne sont absolument pas à réécrire. Ils ne servent pas à l’historien de sources pour l’antiquité et ne doivent pas être pour le prefesseur des outils pédagogiques pour aborder l’antiquité avec ses élèves. Or, ces albums sont bien des sources qui nous disent plus sur la société qui est celle de leurs auteurs au moment où ils les produisent, que sur l’antiquité. Astérix ne parle pas de l’antiquité gallo-romaine, mais de la France des années 60 à nos jours…

  2. Certes. Cependant je crois qu’il faut d’abord lire attentivement l’article du Telegraph qui présente les découvertes faites ces dernières années par les archéologue (voir la citation) relativement aux Gaulois.
    Or, les albums d’Astérix reprennent le cliché de barbares (qui ici résistent, mais restent des barbares) civilisés par les Romains. C’est autant une vulgate historique qu’une vulgate scolaire. A ce titre, c’est bien celle-ci que l’article nous demande de réinterroger.
    Par ailleurs, ce billet n’avait aucune volonté de s’attacher à l’utilisation d’Astérix dans le cadre scolaire. Quelques précisions néanmoins.
    Si Astérix ne sert pas à écrire pour les historiens de l’Antiquité cette histoire-là, je ne suis par contre pas aussi catégorique relativement à son emploi en classe. Notamment dans la mesure où ces albums reprennent bien des clichés relativement aux Gaulois et aux Romains.
    D’autant plus comme le souligne un article de Histori-Art (César dans Astérix) que, dans bien des cas, l’essentiel de la culture de base de nos élèves concernant cette période est nourrie des albums, des dessins animés et des films d’Astérix :

    «Plus de deux Français sur trois connaissent les albums d’Astérix le Gaulois et beaucoup d’entre eux ne voient César qu’à travers le texte et les dessins de René Goscinny et d’Albert Uderzo. L’image morale et physique de César dans Astérix est assez fidèle à la réalité tandis que l’aspect historique est fois sacrifié à de savoureux anachronismes voulus par les auteurs qui n’ont jamais faire une oeuvre historique. Il n’en reste pas moins que l’humour contenu dans cette bande dessinée nécessite pour être apprécié une bonne culture classique; comment sinon sourire d’un César interpellant sans cesse Brutus d’un péremptoire: Tu quoque fili?»

    Au final note Paul M. Martin (Université d’Orléans), «l’image de César dans Astérix est loin d’être entièrement fantaisiste. Physiquement et moralement, le vrai César n’était guère éloigné du portrait de la B.D. Quant à son aspect historique, il est traité fort inégalement : exact en gros pour ce qui touche aux guerres civiles et à ses relations avec ses compatriotes, totalement fictifs quant aux rapports entre les Gaulois et les Romains pendant et apès la Conquête.»
    Certains musées ont également compris l’intérêt d’utiliser une BD inscrite durablement dans notre imaginaire collectif. C’est ainsi qu’en 2001, le Musée gallo-romain de Tongres a-t-il réalisé une exposition intitulée Astérix et l’Europe

    «Les scènes tirées de la célèbre bande dessinée d’Uderzo et de Goscinny constituent le point de départ d’une histoire archéologique en Gaule sous l’occupation romaine. L’exposition combine des objets authentiques avec des reconstructions grandeur nature en provenance du monde d’Astérix». Le visiteur se promène à travers les albums: il découvre les maisons des artisans et marchands du village, se promène jusqu’au camp romain voisin, découvre les objets usuels L’exposition est organisée de manière thématique: le druide compare les planches de la BD avec les sources historiques et archéologiques, le chef explique aux visiteurs la stratégie des romains et des gaulois, etc. Tout se termine comme d’habitude par un banquet […]»

    Il est donc moins absurde qu’il n’y paraît d’utliser Astérix en classe d’histoire. Pour autant que la démarche consiste en un aller et retour entre la BD, les sources qui ont servi à son élaboration (dont les tableaux pompiers du 19e siècle) et nos connaissances actuelles du monde gallo-romain.
    A ce titre, il s’agit bien en quelque sorte de réécrire les albums d’Astérix, car c’est notre relation au monde gallo-romains qui s’en trouve enrichie, complexifiée et «améliorée».

  3. Le fait qu’Asterix soit utilisé en classe ou par certains musées ne signifie pas que cela soit pertinant… Ce n’est pas parce que la pratique existe qu’elle n’est pas condamnable. Et un musée qui parle aujourd’hui « d’occupation romaine », me laisse, en tant qu’historien, assez dubitatif quant à sa production scientifique…

    Je suis un fan d’Asterix, mais il ne me viendrait pas à l’idée de présenter Asterix à mes élèves à l’occasion d’un cours sur l’antiquité. Nous n’avons pas à réécrire Astérix, produisons d’autres oeuvres qui évoquent l’Antiquité si l’on veut, mais l’objectif de cette bd n’est absolument pas d’informer sur l’Antiquité romaine de la Gaule…

    Si l’on veut enrichir notre relation au monde gallo-romain, lisons l’article de P. Leroux dans les Annales de 2004, lisons les nombreux travaux publiés sur la Narbonnaise ou même sur la conquête de César, mais laissons Asterix pour ce qu’il est, c’est à dire une DB dont l’emploi d’une certaine image de la Gaule antique sert de satire sociale à la France du temps présent.

  4. Astérix nous informe sur des clichés —forgés au XIXe siècle— en rapport avec l’Antiquité romaine et les Gaulois plus particulièrement. Des clichés en oeuvre également au sein de productions scientifiques actuelles ou anciennes émargent au monde de l’Antiquité.
    Les auteurs d’Astérix en ont fait une BD qui, effectivement, sert de satire sociale à la France du temps présent (à ce titre on pourra lire l’article d’Andrew Clark, Imperialism in Asterix), mais également d’une certaine vision (scolaire essentiellement d’ailleurs comme je l’indiquais dans mon commentaire) de l’Antiquité.
    Je ne suis donc pas d’accord sur le fait qu’elle ne traite pas de l’Antiquité, même si c’est caricatural… Ce qui serait caricatural, ce serait de traiter de l’Antiquité uniquement à l’aide d’Astérix (ce que je n’ai jamais prôné).
    La BD utilise des éléments qui on le veuille ou non modèlent ou ont modelé notre vision de l’Antiquité. Ne pas en tenir compte, sans dire pour autant qu’il s’agit de la vérité historique (si tant est qu’elle existe) équivaut à mon humble avis à suivre la politique de l’Autruche.
    Et je le répète, il s’agit pour ma part (et je ne formule pas d’ukase à l’égard de ceux qui procéderait d’une autre manière) de partir d’Astérix pour interroger notre rapport (déformé) à l’Antiquité et ensuite pour aller ailleurs (c/o Leroux ou autres…).

    Je conviens par contre que la réussite de la démarche —soit partir de la vision déformée de l’Antiquité proposée par Astérix et donc d’un certain mythe pour aller à la rencontre de l’état de la science relativement à l’Antiquité— n’est pas gagnée d’avance et que le risque existe de ne faire que de renforcer le mythe.
    A ce égard, la lecture de ce compte-rendu de l’exposition réalisée à Rennes est intéressante relativement aux difficultés tant de votre démarche/inclination que de la mienne, me semble-t-il : RENNES DANS L’ANTIQUITÉ AU MUSÉE. Quelles expositions pour quel public ?

  5. Bonjour!
    merci pour cette anlayse très intéressante sur « Faut-il réécrire Asterix? ».
    les liens , hélas, à l’xception de celui en anglais sur l’imperialisme, sont tous morts.
    serait-il possible de les ré&tablir, ou du moins de données les adresses des sites concernés?
    D’avance merci

    amp

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :