# L’histoire est-elle soluble dans les MOOCs? | Chronique no 146

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- Published: 2013-11-01T09:19:52+01:00
- Author: Lyonel Kaufmann

**Associez deux éléments de l’actualité avec d’un côté les commémorations à venir
de 14-18 et, de l’autre, les MOOC et vous avez un duo qui devrait faire parler de
lui. C’est ainsi que France Université Numérique (FUN, faut oser!), vous propose
son MOOC dédié à l’enseignement de l’histoire **** — _La première guerre mondiale
expliquée à travers ses archives_ [1] — et nous donne l’occasion de faire le point
sur la question des MOOCs rapportée à l’enseignement de l’histoire.**

[[

Image : Day of the Mooc par Michael Branson.

La présentation du cours (12 séances annoncées) nous indique que ce cours _«est 
conçu comme un laboratoire. Le public est invité à se confronter à la Grande Guerre
à travers les archives et les sources conservées à la B.D.I.C. Il s’agit de montrer
comment travaille l’historien et comment l’analyse des sources a renouvelé le regard
sur 14-18»_. Il est indiqué que les séances s’appuieront sur des outils multimédias
innovants. Mais la vidéo de présentation ressemble avant tout à un cours magistral
filmé à la va-vite avec un professeur, Annette Becker dans le cas présent, lisant
plutôt laborieusement ses notes. Concernant l’évaluation, celle-ci se fera sur la
base d’un Q.C.M., autour de documents historiques à analyser selon les méthodes 
évoquées dans le cours. Rien de très révolutionnaire, ni de haut niveau taxonomique…

Cette présentation succincte de ce cours à venir donne quelques indications sur 
les caractéristiques d’un MOOC, c’est-à-dire un Massive Open Online Courses. Premièrement,
il s’agit de cours académiques diffusés en ligne. La plupart du temps, il s’agit
de cours magistraux adaptés pour un usage numérique. Dans le cas présent, des documents
audio-visuels s’ajoutent à la voix-off du professeur pour une sorte de webdocumentaire.
A d’autres moments, on voit directement le professeur filmé à son bureau lisant 
ses notes. Deuxièmement, au terme du cours, une évaluation est prévue pour valider
les acquis. Troisièmement, ce type de cours est massif, car un grand nombre de personne
peut s’inscrire.

La mode des MOOCs nous vient du continent nord-américain. _Affordance_ [2] nous 
apprend que

> _«Le premier MOOC officiel a été lancé par Stephen Downes et Georges Siemens en
> 2008 en prenant appui sur la théorie du connectivisme. Ce MOOC « historique » 
> s’étalait sur 12 semaines et comprenait 1900 étudiants, il était hybride dans 
> son financement, certains étudiants payant pour obtenir une certification, d’autres
> se contentant de suivre gratuitement le cours (sans certification à la sortie).
> Il portait sur le sujet du connectivisme et était « bricolé » à partir de différentes
> briques logicielles gratuites (un wiki, un blog, un forum Moodle, un aggrégateur
> type Netvibes – Pageflakes – un compte Twitter et une platefome de diffusion vidéo
> en streaming – UStream).»_

Pédagogiquement, _Affordance_ nous précise que beaucoup de MOOCs s’appuient sur 
la pédagogie de la classe inversée (_Flipped Classrooms_) soit une autre remise 
au goût du jour numérique de démarches anciennes renvoyant l’étude de la théorie
à la maison pour utiliser le temps de travail en classe à des travaux pratiques.
Pour beaucoup, les MOOCs signeraient à terme la fin des salles de classes tout en
signant le renouveau des universités, mais pas celui de la pédagogie. Fondamentalement,
le projet des MOOCs consiste à standardiser l’apprentissage et tend à accentuer 
la concurrence entre universités et entre les étudiants eux-mêmes… [3].

En mai 2013, le réseau américain _History News Network_ [4] rappelait qu’en 2011,
Randall Stross, professeur d’économie à l’université d’État San Jose annonçait les
effets de cette standardisation

> _«Quand les collèges et les universités décideront finalement de faire pleinement
> usage de l’Internet la plupart des professeurs perdront leur emploi.»_

Or ce temps semble être venu aux États-Unis avec la prolifération des cours en ligne
massif (MOOC). En effet, le 30 mai 2013, _Coursera_, le fournisseur de MOOC fondé
par l’Université de Stanford, a annoncé qu’il venait de signer des accords avec 
dix universités d’État afin de produire et de partager des cours en ligne octroyant
des crédits universitaires à leurs étudiants. Ces dix universités publiques regroupent
un total de près de 1,5 million d’étudiants. La rapidité de ce déploiement en a 
surpris plus d’un et annonce des jours sombrent pour les enseignants d’histoire 
de ces universités, car le modèle de _Coursera_ est imparable. Dans un premier temps,
des professeurs dits «superstars» développent des cours en ligne attirant un grand
nombre d’étudiants. Dans un deuxième temps, pour un coût dérisoire, ces cours sont
ensuite mis à la disposition d’Universités aux moyens financiers limités et cherchant
à limiter leurs coûts salariaux.

Cependant, le ratio entre les étudiants inscrits et ceux qui vont réellement au 
bout du cours est encore très faible. Dans certains cas, jusqu’à 90% des étudiants
inscrits ne vont pas jusqu’au terme du cours en ligne [5]. Les résultats ne sont
donc pas fondamentalement meilleurs que dans un cours magistral traditionnel. Seuls
les étudiants disposant d’un tutorat assuré en présentiel par des professeurs parallèlement
au cours en ligne trouveront un bénéfice dans de tels dispositifs.

Au final, les enjeux de l’enseignement au 21e siècle restent fondamentalement les
mêmes que pour l’enseignement démocratique et de masse des 19e et 20e siècles. L’analyse
des outils numériques doit se faire à l’aide du questionnement suivant :

1° Dans quelle mesure cet outil engage-t-il plus mes élèves dans leur formation 
et leurs apprentissages que d’autres outils numériques ou non ?

2° Dans quelle mesure concoure-t-il à un enseignement démocratique et à l’émancipation
du savoir?

A la suite d’_InternetActu_, nous affirmons aussi que l’enjeu de l’éducation de 
demain ne consiste pas à développer un enseignement massif et formaté, mais à développer
un enseignement distribué et collaboratif.

**Notes :**

[[1] http://www.france-universite-numerique.fr/mooc-la-premiere-guerre-mondiale-expliquee-a-travers-ses-archives.html](http://www.france-universite-numerique.fr/mooc-la-premiere-guerre-mondiale-expliquee-a-travers-ses-archives.html)

2] [http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/05/de-qui-se-moocs-ton.html](http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/05/de-qui-se-moocs-ton.html)

[3] _Mooc : la standardisation ou l’innovation ?_ | InternetActu.net : [http://www.internetactu.net/2013/02/20/mooc-la-standardisation-ou-linnovation/](http://www.internetactu.net/2013/02/20/mooc-la-standardisation-ou-linnovation/)

[4] _Historians at MOOC Partner Schools Say Faculty Not Consulted_ | History News
Network : [http://hnn.us/article/152088#sthash.NxNpdIxU.dpuf](http://hnn.us/article/152088#sthash.NxNpdIxU.dpuf)

[5] [http://qz.com/65408/the-dirty-little-secret-of-online-learning-students-are-bored-and-dropping-out/](http://qz.com/65408/the-dirty-little-secret-of-online-learning-students-are-bored-and-dropping-out/)

_Ce texte est ma chronique du mois d’octobre pour le mensuel du Café pédagogique_:
Kaufmann, L. (2013). [L’histoire est-elle soluble dans les MOOCs ?](http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/schumaines/histoire/Pages/2013/146_lachronique.aspx)
_Le Café pédagogique_, No 146, octobre

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