Madame Sapiens a fait crac-crac avec monsieur Néandertal

Traiter certains individus d’homme de Néandertal n’est peut-être pas qu’une injure, mais un fait désormais établi grâce aux travaux sur l’ADN d’une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Svante Pääbo, un biologiste suédois.

Eloignée de la version romanesque, pourtant appuyée par des conseillers scientifiques, de la série l’Odyssée de l’Espèce de Jacques Malaterre, l’équipe internationale de chercheurs, dirigée par Svante Pääbo, est partie à l’assaut du génome de Néandertal et a séquencé l’ADN issu d’os fossiles de néandertaliens découverts dans la grotte de Vindjia, en Croatie. En ayant réussi à réunir 60% du total de leurs génomes, elle a levé le voile sur l’identité génétique de Néandertal à partir de minuscules particules d’os, détachées à la roulette de dentiste sur trois os sélectionnés (voir photo ci-dessous) parmi 21 candidats. L’un daté de 38 000 ans et découvert en 1980. Un second plus vieux mais non daté et un troisième plus ancien daté de 44 000 ans.

Os de neandertaliens

La comparaison avec cinq hommes actuels issus de continents différents (Europe, Aise, Océanie, Afrique et Amérique) a permis de déterminer des traces de métissage et une discrète, mais indiscutable, contribution néandertalienne à notre génome. Au petit jeu des similitudes, ce sont les eurasiatiques – Français, Chinois et Papou – qui emportent la palme de la proximité avec Néandertal, pratiquement à égalité entre eux.

Comment expliquer ce fait ?

Une seule solution, d’ailleurs suggérée par l’archéologie : les deux espèces cousines se sont «connues» au sens biblique… au Proche Orient, il y a environ 80 000. Et non après, par exemple en Europe il y a 35000 ans, ce qui se serait traduit par une part néandertalienne plus forte chez l’Européen que chez le Papou, puisque Sapiens est arrivé en Asie de l’est il y a 60 000 ans.

L’ADN de Néandertal révèle ses liens avec Sapiens (Libération)

Par ailleurs,  la proximité génétique entre un Européen et un Papou avec un Néandertalien

implique qu’il n’y ait pas eu d’échanges de gènes lors de l’arrivée de Cro-Magnon en Europe, où il a cohabité avec Néandertal durant près de 10 000 ans.

L’ADN de Néandertal révèle ses liens avec Sapiens (Libération)

D’où peut-être un biais européano centrique inconscient dans les études antérieures qui n’avaient trouvé aucune contribution néandertalienne à notre génome (Neandertal – Enquête sur une disparition - Les dossiers de La Recherche) et qui prévalait lors de la réalisation de la série l’Odyssée de l’Espèce.

Sans parler de cette facilité à calquer sur Néandertal, depuis la découverte de son premier fossile, en 1856 près de Düsseldorf en Allemagne, certaines de nos préoccupations anciennes ou actuelles comme l’illustre la bande-annonce d’Ao le dernier neanderthal (2009):

Pour autant que ces derniers résultats sur l’ADN de Néandertal et d’Homo Sapiens mettent un point final sur la part de Néandertal qui serait en nous, nous ne manquerons pas de sujet de discussion à son propos. Ne serait-ce que concernant les hypothèses au sujet de sa disparition:

Ouf… nous voilà sauvés!

Gardons aussi à l’esprit que concernant les origines de l’homme et l’époque préhistorique, les recherches scientifiques ne sont pas exemptes de nos mythologies anciennes ou récentes. A ce titre la lecture de Wiktor Stoczkowski (1994), Anthropologie naïve, anthropologie savante : de l’origine de l’homme, de l’imagination et des idées reçues est d’un utile recours:

L’explication des origines de la culture par le passage d’une nature mère à une nature marâtre forme donc une véritable structure, dans la longue durée, de notre imaginaire anthropologique. Son schéma, caractéristique des mythes européens, a été repris par la spéculation philosophique, pour trouver enfin sa place dans la pensée scientifique. » (p. 70)

On lira aussi avec un certain plaisir un tel billet pour sortir d’une forme de politiquement correct: QUAND L’HOMO-SAPIENS ET L’HOMME DE NEANDERTAL COUCHAIENT ENSEMBLE…

Sur les origines de l’homme, je vous renvoie enfin à mon support de cours datant de 2004: Quelle préhistoire?

Métamorphoses de l’évolution. Le récit d’une image | L'Atelier des icônes

Dessinée par Rudolph Zallinger (1919-1995) pour l’ouvrage de Francis Clark Howell (1925-2007), The Early Man, cette image prend place dans la plus ambitieuse collection de vulgarisation jamais publiée: celle des éditions Time-Life, qui s’étend sur 51 volumes entre 1961 et 1967 (collections « Young Readers Nature Library » et « Life Science Library »).

Traduite dans de nombreux pays, cette collection s’inscrit dans la longue tradition inaugurée par Les Merveilles de la Science de Louis Figuier (1867), qui fait reposer sur une illustration abondante le récit des « connaissances utiles » nécessaires à l’instruction de la jeunesse. Elle se caractérise par la qualité des textes, confiés à des spécialistes, mais aussi par le soin sans précédent apporté à l’iconographie.

André Gunthert en retrace l’histoire et ses sources d’inspiration de manière magistrale.

Métamorphoses de l’évolution. Le récit d’une image | L’Atelier des icônes

Le Néolithique : pourquoi et comment?

La révolution néolithique. Les origines de la culture. Jean-Paul Demoule (dir.), Le Pommier, 2008, 124 p.

Le Néolithique. Jacques Tarrête et Charles-Tanguy Le Roux (dir.), Picard, 2008, 423 p.

Aussi différents par la forme que par le fond, ces deux ouvrages traitent tous deux de la période du Néolithique qui commence au Proche-Orient il y a un peu plus de dix mille ans et s’achève avec l’apparition de la métallurgie et de l’écriture vers -3300. L’Europe de l’Ouest et le pourtour de la Méditerranée sont progressivement gagnés par les nouvelles connaissances et les nouvelles pratiques caractérisant le Proche-Orient à partir de 6500 av. J.-C. Celles-ci suivent différentes voies et différents moyens de propagation, qu’il s’agisse de diffusion des pratiques ou de migrations de populations.

Le premier ouvrage, un petit livre tourné par la plume alerte de Jean-Paul Demoule, fait un survol rapide de l’état de nos connaissances sur la «révolution néolithique». Pour expliquer les différences dans les conséquences sociales différentes du passage au Néolithique selon les espaces, la thèse de J.‑P. Demoule est que l’espace restreint (îles, presqu’îles ou culs-de-sac géographiques) entraînerait des contraintes démographiques débouchant sur une plus grande hiérarchisation sociale et sur l’émergence de sociétés étatiques et, qu’à l’inverse, les populations agricoles ayant suffisamment d’espace continueraient à mener une vie villageoise, sans hiérarchisation prononcée.

Le second ouvrage est un livre illustré qui réunit les contributions de trente auteurs et dresse le bilan de nos connaissances sur le Néolithique de la France. La précédente synthèse de ce type datait d’il y a plus de cinquante ans. L’aspect documentaire de l’ouvrage est renforcé par plusieurs textes consacrés aux méthodes dont disposent les préhistoriens pour analyser les documents extraits du sol.

Le compte-rendu complet de la Revue Sciences humaines.

Concernant la Suisse, on lira avec intérêt l’article en ligne «Néolithique» du Dictionnaire historique de la Suisse (DHS).

Concernant la diffusion du Néolithique en Europe, on consultera avec intérêt l’article de la revue M@ppemonde intitulé La diffusion du Néolithique en Europe (7000-5000 av. J.-C.) et sa représentation cartographique

Une séance d’histoire au Cycle 3

Les enseignants, à l’école élémentaire, utilisent fréquemment, dans leurs séances consacrées à l’histoire, des documents qu’ils traitent hors manuel. L’article propose l’analyse d’une de ces séances. La séance porte sur l’étude de deux documents iconographiques consacrés au baptême de Clovis.

L’objectif de cette analyse microdidactique consiste à approcher les composantes de l’expertise enseignante ordinaire et de mieux comprendre les réussites et les échecs conceptuels des élèves. Que tirer de l’étude de cette séance ordinaire de classe, nullement expérimentale ou exemplaire ?

Dans les deux séquences observées, le choix de l’enseignant de séparer le méthodologique du disciplinaire se révèlera malheureux, car il pervertit et la sélection et le traitement des documents. La distorsion entre le centre interprétatif des deux séquences et ce qui pouvait être tiré des documents conduit à une dilution dans l’anecdotique: Clovis portait-il une barbe ou pas ? Quelle était la forme du bassin ? Qui était là le jour du baptême ? Aucune réponse n’est de surcroit donnée à ces questions, dont on peut se demander ce que les élèves peuvent faire. L’enseignant ne traite correctement ni la dimension historique, ni la dimension méthodologique qui devrait impliquer le repérage de la source énonciative des documents pour les situer idéologiquement.

Alors même que l’enseignant se fixe comme objectif de former les élèves à la lecture distanciée des documents, en aucun cas il ne leur apprend à se construire une posture d’archi-énonciateur hiérarchisant les informations livrées par les documents de façon à reformuler les points de vue en objets de savoir.

Une séance d’histoire au Cycle 3

Sources de l'histoire ancienne et médiévale


Version remaniée du cours du BP110 – Faire de l’histoire aujourd’hui de 2006 avec seulement la partie consacrée aux sources ainsi qu’aux représentations portant sur le moyen-âge. Cette version permet aussi de mettre en avant les possibilités offertes par Google Documents et plus particulièrement ici le module de présentation.
Les possibilités d’utilisation, de publication et de collaboration pour un enseignant ou pour des étudiant-e-s et des élèves me paraissent très intéressantes. Encore faut-il approuver de se placer sur le partage des savoirs et de la collaboration…

BP110 – Dias des cinq séances

Il m’est maintenant possible de vous proposer directement dans un billet l’ensemble des diaporamas, mis en ligne, des 5 séances consacrées à l’UF Faire de l’histoire aujourd’hui ».
Désormais, il n’est plus nécessaire de les télécharger pour pouvoir les consulter. Par contre, il est possible de télécharger les fichiers, mais ils sont au format OpenOffice.
Bonne fin de semestre.

Dias de la première séance

Dias de la deuxième séance

Dias de la troisième séance

Dias de la quatrième séance

Dias de la cinquième séance

BP110 – Cinquième séance (avril 2007)

Voici avec retard, les dias ayant accompagné la cinquième séance du cours « Faire de l’histoire aujourd’hui ».
Il vous suffit de cliquer sur Scribd (haut de la fenêtre) pour que le document s’affiche à sa taille réelle. Vous pouvez également cliquer, en bas de la fenêtre, sur Download as PDF si vous souhaiter le télécharger.
Bonne lecture.

BP110 – L'Ecole Méthodique

En complément au premier cours de l’UF « Faire de l’histoire aujourd’hui », je publie un document présentant trois des principaux représentants de l’Ecole historique méthodique, appelée aussi positiviste. Il s’agit des portraits de Gabriel Monod, Ernest Lavisse et Charles Seignobos.
C’est aussi l’occasion de vous présenter et de tester scribd.com qui permet de publier et de partager en ligne des documents aux formats suivants :

    .doc (Microsoft Word)
    .pdf (Adobe Acrobat)
    .txt (Plain text)
    .ppt, .pps (Microsoft Powerpoint)
    .xls (Microsoft Excel)
    .ps (Adobe postscript)
    .rtf (Rich Text Format)
    .odt, odp, etc. (Open Office)
    .sxw, sxi, etc. (Open Office)

Il vous suffit de cliquer sur Scribd (haut de la fenêtre) pour que le document s’affiche à sa taille réelle. Vous pouvez également cliquer, en bas de la fenêtre, sur Download as PDF si vous souhaiter le télécharger.
Bonne lecture.

PS : à noter une petite erreur dans l’en-tête du portrait de Charles Seignebos, celui-ci est né en 1854 et est mort en 1942; les dates indiquées sont celles d’Ernest Lavisse. Par contre, dans le texte, les dates correctes sont indiquées.

BP110 – Compléments 4e séance

Le billet suivant permet de faire le point sur vos questions de notre dernière séance :

  • la question du mythe de l’homme des cavernes

L’expression Homme des cavernes est elle-même erronée car les Humains préhistoriques n’ont jamais vécu dans les parties reculées des grottes et ont aussi habité dans des régions qui en étaient totalement dépourvues (Afrique de l’Est par exemple). Ils ont souvent mis a profit les abris-sous-roche et les porches de grottes pour implanter leurs habitats mais il ne faut pas perdre de vue que les sites archéologiques se sont mieux conservés dans de tels contextes et y ont également été recherchés préférentiellement. (article Homme des cavernes de Wikipedia).

On pourra compléter avec l’article Homme des cavernes du Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) qui reconstitue l’origine moderne de ce mythe, les étapes de son développement ainsi que l’histoire de certaines découvertes propres à la Suisse.

A noter que comme indiqué lors du cours, hormis la localisation des premières découvertes permettant d’accréditer quelque peu ce mythe, les origines de cette mythologie est bien à chercher dans la tradition antique qui d’Homère à Lucrèce en passant par Platon consacre la caverne comme premier habitat de l’homme (primitif).

  • l’homme de Néanderthal chasssait-il l’ours?

La présence de l’ours, voire d’une espère de l’ours des cavernes, simultanément à l’existence de l’homme de Néaenderthal est établie. Mais l’homme de Neanderthal chassait-il l’ours? Probablement, mais certainement en évitant les ours adultes mâles de grandes taille.

Par ailleurs, un débat a-t-été initié pour déterminer si l’homme de Néanderthal avait ébauché un «culte de l’ours», car certaines structures de pierre comprenaient un ou plusieurs crânes d’ours et faisaient penser à des «sacrcophages». Aujourd’hui, cependant, la plupart des préhistoriens et des géologues estiment que la disposition de ces crânes est le fruit du hasard et des évolutions géologiques. (article Ours des cavernes de Wikipedia)

Par ailleurs, herbivores et bovidés sont les principaux animaux chassés par l’homme de Néanderthal. La pratique ponctuelle d’un charognage actif (accès primaire à la carcasse en écartant les prédateurs ou en recherchant les animaux morts dans des pièges naturels) a également été évoquée.

(article Homme de Néanderal de Wikipedia)

  • A-t-on retrouvé des habits en peaux pour l’homme de Néanderthal?

Formellement non. Par contre, la découpe de peaux est établie. A vous de voir…

  • L’homme de Néanderthal parlait-il?

Pendant longtemps, l’aptitude physique au langage articulé des néanderthaliens a été controversée. En 1983, la découverte d’un os hyoïde néanderthalien très semblable à l’homme moderne a été découvert en Israël à Kébara. L’os hyoïde est un petit os qui maintient la base de la langue et qui est indispensable à l’élocution.

D’après une récente étude de l’os hyoïde de Kébara, le larynx des Néandertaliens aurait été plus court que celui des hommes modernes. Le ton moyen émis par les Néandertaliens aurait donc été plus haut et plus aigu que chez Homo sapiens, à l’opposé des grognements simiesques que leur attribue l’imagerie populaire. (article Homme de Néanderal de Wikipedia)

Par ailleurs, l’article de Wikipedia présente l’état des hypothèses concernant l’extinction de l’homme de Néanderthal. Cet article peut être recommandé sur la base des notes et références qu’il comporte et du label «de qualité» qui lui est attribué.

Liens (03.04.2007)

Les liens du jour contenteront plus particulièrement soit les étudiants du BP110-Faire de l’histoire aujourd’hui, soit ceux du M078-Transposition didactique en histoire. En effet, tant Marc Bloch que Langlois/Seignobos, nous éclairent sur le travail de l’historien à différentes époques et sur la signification du métier d’historien.

Pour leur part, les deux articles relatifs à des personnages figurant au Panthéon des Explorateurs, nous invitent à proposer des séquences d’enseignement où les certitudes d’un récit historique traditionnel font place à un véritable travail d’enquête historique fait d’hypothèses, de recherches et de débats. Ces deux articles sont évidemment à confronter avec d’autres articles et ouvrages à nature scientifique, mais ils permettent de poser les termes d’une problématique.