C’était quoi, les années 1990 ? | Mediapart

Dans La Décennie, le grand cauchemar des années 1980 (Éditions La Découverte, 2006), l’historien des idées François Cusset avait montré comment cette période de l’Histoire avait constitué le triomphe d’une idéologie réactionnaire d’un genre nouveau, fondée sur la disparition de tout sens critique.

Il récidive à propos des années 1990 avec un ouvrage collectif intitulé Une histoire (critique) des années 1990, de la fin de tout au début de quelque chose, publié par les éditions La Découverte et le centre Pompidou Metz. En parallèle, le centre Pompidou Metz organise, du 24 mai 2014 au 2 mars 2015, une exposition intitulée 1984-1999 : La décennie.

Le livre, organisé en grandes thématiques (politique, cinéma, musique, économie, sport, arts visuels…) vise à analyser ce qu’on peut retenir des mutations intellectuelles, politiques, sensibles ou techniques qui se sont opérées pendant les dix années qui s’écoulent entre la chute du mur de Berlin et l’effondrement des Twin Towers.

Voir l’interview en vidéo de François Cusset sur les années 1990 : C’était quoi, les années 1990 ? | Mediapart

Nul besoin de penser comme Hitler pour être nazi aujourd’hui | Slate

Le mouvement grec Aube dorée fait dorénavant régulièrement l’actualité. Cependant, il semble qu’un point demeure peu clair pour une grande part de l’opinion: comment peut-on être un grec néo-nazi? Le stéréotype de l’Aryen blond aux yeux bleus est dans les esprits, et il apparaît contraire à cette réalité. En fait, le néo-nazisme dont il est question est, sur bien des points, hétérodoxe quant aux conceptions d’Adolf Hitler. Il participe de cette tradition politique que l’historien britannique Roger Griffin avait surnommé l’«universal nazism». Il renvoie à l’histoire complexe des notions d’aryanité et d’européanité. En somme: le nazisme pour tous, c’est possible. Sparte: au nord, à droite Selon Aube dorée, ce n’est pas elle qui perpétue le nazisme, mais le nazisme qui copia la Grèce. Le parti affirme ainsi que son logotype n’aurait rien à voir avec le drapeau à croix gammée, mais tout avec l’antique méandre grec. Pour lui, c’est le national-socialisme allemand qui a copié les gréco-romains, et en particulier Sparte. Ce n’est pas complètement faux, mais c’est nettement plus compliqué que cette justification. Dès le début du nazisme, la question du dogme aryen a posé le problème: quelle analyse fallait-il faire des civilisations gréco-latines? Si le génie de la «race pure» provenait du grand Nord et s’était conservé dans les Allemands, pouvait-on désigner comme arriérées les civilisations méditerranéennes antiques? …

Lire la suite

La Première Guerre mondiale sur Dodis.ch

wpid-240x160-WWI-on-Dodis-2014-07-7-23-00.jpg

wpid-240x160-WWI-on-Dodis-2014-07-7-23-00.jpg

«Allons donc! Croyez-vous que les grandes puissances voudront en découdre à cause de cette question locale?»
C’est avec ces mots que répond, le 20 juillet 1914, Arthur Zimmermann, sous-secrétaire de l’Office allemand des Affaires étrangères, à la demande d’Alfred de Claparède, représentant suisse à Berlin, lorsque ce dernier soulève la question d’un éventuel éclatement de la guerre (DDS, Vol. 6, doc. 3, dodis.ch/37181, original en allemand). Huit jours plus tard, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. En quelques jours, le conflit s’étend comme une traînée de poudre à toute l’Europe. L’attentat de Sarajevo contre François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, déclenche la Première Guerre mondiale.

Jusqu’à présent, la première série des «Documents Diplomatiques suisses », de 1848 à 1945, n’était disponible qu’en format papier ou rétrodigitalisé. Désormais, les documents retranscrits et annotés à partir des anciens volumes des DDS sont tous intégrés dans la base de données Dodis. Un siècle jour pour jour après l’éclatement du conflit, le volume publié en 1981, couvrant la période allant du 28 juin 1914 au 11 novembre 1918, est désormais indexé par thématique, personne et dénomination géographique. Il est consultable sur dodis.ch/1914-1918. Accessibles en ligne en format PDF, les documents du Conseil fédéral, de l’armée, de l’administration, des légations, mais également de privés offrent un aperçu des relations extérieures de la Suisse durant la Première Guerre mondiale.

Cinq thèmes principaux sont couverts par l’ensemble des 470 documents et du dossier :

  1. Une situation militaire menaçante : pour assurer la sécurité des frontières, le Conseil fédéral ordonne, le 31 juillet 1914 déjà, la mobilisation de l’armée (doc. 11, dodis.ch/37556). Il est intéressant de souligner que, durant la première année du conflit, la direction militaire considère que l’irrédentisme italien est la menace la plus sérieuse pour l’intégrité territoriale de la Suisse (doc. 30, dodis.ch/37559). Plus il devient évident que la situation sur le front ouest stagne, plus les craintes augmentent de voir les belligérants chercher une victoire décisive en passant par la Suisse (doc. 168, dodis.ch/37564; doc. 169, dodis.ch/37565 et doc. 252, dodis.ch/37571).
  2. «Nos réserves de denrées alimentaires sont presque épuisées» : bientôt, la position géographique de la Suisse se fait également sentir sur le plan économique. Les questions du commerce et de l’approvisionnement sont une priorité pendant les quatre années suivantes.
  3. Une politique de neutralité en sursis : plusieurs facteurs ont obligé le Conseil fédéral à défendre de manière répétée la neutralité de la Suisse vis-à-vis de l’étranger. Des incidents tels que l’affaire Obersten (doc. 166, dodis.ch/37473) ou encore l’affaire Hoffmann-Grimm (doc. 326, dodis.ch/37548) provoquent l’irritation des pays en guerre. Songeant au plan de leurs adversaires (passer à travers la Suisse), les puissances de l’Entente expriment nécessairement des réserves quant à la reconnaissance de la neutralité suisse, ce qui provoque les protestations du Conseil fédéral (doc. 364, dodis.ch/37483; doc. 365, dodis.ch/37185 et doc. 367, dodis.ch/37486).
  4. Le spectre de la révolution d’Octobre… : la dernière année de guerre se déroule sous l’influence de la révolution d’Octobre en Russie (doc. 355, dodis.ch/37605) et de l’aggravation des conflits sociaux en Suisse. Les rapports sur les atrocités commises par les bolchéviques (doc. 456, dodis.ch/37194), ainsi que les activités d’agitation de la mission diplomatique soviétique à Berne (doc. 462, dodis.ch/37629), alimentent la peur des autorités- et pas seulement en Suisse.
  5. Plaque tournante des activités humanitaires : en 1914, la Suisse organise le rapatriement de civils internés originaires des différents pays belligérants (doc. 51, dodis.ch/37577). Au début de 1915, le Conseil fédéral sert d’intermédiaire entre l’Allemagne et la France dans l’échange de prisonniers de guerre grièvement blessés (doc. 82, dodis.ch/37584 et doc. 86, dodis.ch/37585). Dès 1916, des prisonniers de guerre malades et invalides légers sont placés en convalescence sur le sol helvétique (doc. 120, dodis.ch/37589 et doc. 209, dodis.ch/37594). Le gouvernement se penche également avec attention sur la question de la Société des Nations comme future organisation permettant d’assurer la paix entre les Etats (doc. 432, dodis.ch/37640).

Le dossier et l’ensemble des documents : La Première Guerre mondiale sur Dodis http://www.dodis.ch/fr/communiques-de-presse/la-premiere-guerre-mondiale-sur-dodis

« A la vie, à la guerre »

« A la vie, à la guerre » est un récit numérique  sur la vie d’un soldat au cours de la Première guerre mondiale écrit par un professeur d’histoire, Julien Hervieux. Proposé par les éditions numériques 12-21 , il s’accompagne d’un blog où les lecteurs peuvent découvrir également la vie des hommes et des femmes à l’arrière pendant le conflit, tout suivant les événements qui se sont déroulés la même semaine, avec un siècle de décalage. Les courts textes y sont le fruit de différents auteurs.

Les premiers éléments du blog ont été mis en ligne le 28 juin mais le premier épisode de l’histoire d’Antoine Drouot a commencé le 3 juillet 1914 et a donc été publié le 3  juillet 2014. Ce blog et le roman-feuilleton « A la vie, à la guerre » s’appuient sur des journaux de marche du 24e régiment d’infanterie et des documents d’époque.

Les épisodes du livre sont mis en vente chaque jeudi, jusqu’au 25 décembre. Les deux premiers sont gratuits, les suivants sont vendus 0,99 euro.

Voici également le premier billet posté sur le blog est daté du 1er juillet 1914 (et donc publié le 1er juillet 2014) :

Faubourg Saint-Jacques, Paris

Maximilien Drouot

Maximilien Drouot tire sur sa pipe avant d’attraper le journal que son fils, comme chaque matin, a déposé sur la table de la salle à manger en revenant de son travail de nuit. Il parcourt les gros titres en marchant jusqu’au vieux fauteuil près de la fenêtre qui l’accueille chaque jour pour sa lecture. Il se laisse tomber en soupirant.

« Encore ces histoires ! » maugrée-t-il en voyant que les gros titres se consacrent une fois encore à la Bosnie-Herzégovine, un pays qu’il aurait été bien incapable de situer et où l’on pouvait bien s’entretuer, ça ne le regardait guère. Son vrai souci est tout autre et s’étale en caractères gras dans des colonnes plus resserrées mais bien plus intéressantes selon lui.

« V’là qu’ils nous augmentent encore les impôts ! C’est quand même pas possible, c’est pas comme si on gagnait trop ! »

Madame Aurélie Drouot, occupée à préparer le café matinal, lui jette un regard fatigué.

« Arrête de lire le journal si c’est pour râler à propos de tout.

— Ah, non ! s’insurgea-t-il en tirant de plus belle sur sa pipe. C’est quand même incroyable ! On va m’interdire de commenter ! Ma propre femme ! »

Son épouse dit simplement :

« Ton fils dort, je te rappelle qu’il est sorti du travail à 4 heures. Alors évite de parler si fort. »

Maximilien grommelle quelque chose puis marmonne un ton plus bas :

« Et v’là qu’ils veulent aussi réduire la semaine à quarante-neuf heures !

— Maximilien…

— Moi quand j’étais jeune, on travaillait soixante heures et on était bien content !

— Bon, ça suffit : tu poses ce journal, tu bois ton café et on y va, on travaille dans moins d’une heure maintenant. »

Il lève un sourcil en direction de sa femme et, réalisant qu’elle ne le laissera pas continuer à se plaindre en paix, il se lève et va la rejoindre à la table du petit déjeuner. Après l’avoir partagé en silence, tous deux se préparent puis s’apprêtent à partir. Madame Drouot note bien le regard pensif de son mari, et sourit en coin en sachant très bien ce qu’il prépare. Elle éclate d’un rire léger lorsqu’à la porte, comme elle s’y attendait, il quitte enfin le silence :

« De toute manière, les jeunes, ils ne veulent plus rien faire ! »

Tout en refermant la porte derrière eux, il ajoute :

« Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne guerre ! »

Le billet : 1er juillet 1914 | #ALVALG

Joe Sacco et la Première Guerre mondiale: comment il en est venu à réaliser une exceptionnelle tapisserie sur la Bataille de la Somme | Slate.fr

wpid-tapisserie-sacco-2014-07-6-16-07.jpg

Le 1er juillet 1916, commence la bataille de la Somme, la plus meurtrière que l’armée britannique ait jamais connue. Rencontre de Slate.fr avec l’auteur de la longue fresque qui est exposée tout cet été à la station Montparnasse à Paris.
wpid-tapisserie-sacco-2014-07-6-16-07.jpg
Détail de la tapisserie réalisée par Joe Sacco.
Se jouant des échelles et des perspectives (un centimètre sur le papier peut aussi bien représenter un mètre que dix kilomètres), la longue fresque s’inspire directement de l’art médiéval pour retracer la journée la plus meurtrière jamais connue par l’armée britannique (20.000 morts en un seul jour, dont la moitié durant la première heure de l’assaut).
Son intérêt pour la Première Guerre mondiale, Joe Sacco le tient de son enfance. Né à Malte en 1960, il passe les onze premières années de sa vie en Australie, où la bataille des Dardanelles a particulièrement marqué les esprits.
La bataille de la Somme en deux chiffres :

  • 10.000 : Le nombre de morts estimé du côté britannique dans la 1re heure de l’assaut.
  • 220.000 : Le nombre d’obus tirés sur les positions allemandes en 1 heure.

La fresque de Joe Sacco «Bataille de la Somme 1916» est jusqu’au 31 août 2014 à la station Montparnasse-Bienvenüe. A regarder sur le site du Centenaire, une vidéo du montage de la fresque dans la station : http://centenaire.org/fr/autour-de-la-grande-guerre/bande-dessinee/reportage/la-fresque-de-joe-sacco-bataille-de-la-somme
L’article de Slate : Joe Sacco et la Première Guerre mondiale: comment il en est venu à réaliser une exceptionnelle tapisserie sur la Bataille de la Somme | Slate.fr : http://www.slate.fr/story/89379/joe-sacco

Néandertal: il n’est pas l’homme que vous croyez | Mediapart

wpid-Pitofbones3.jpg-2014-07-6-15-56.png

Il y a 430 000 ans, un groupe d’humains primitifs a vécu au nord de l’Espagne, dans la sierra de Atapuerca, une formation de roches calcaires et argileuses, creusée de galeries et de grottes souterraines. Vingt-huit individus ont été ensevelis dans une cavité au fond d’un puits de 14 mètres appelé la Sima de los Huesos, la « grotte des os », peut-être noyés par les eaux de pluie pendant qu’ils exploraient les galeries. Leurs restes, qui constituent la plus grande accumulation de fossiles humains jamais retrouvée en un même lieu, sont en train de révolutionner l’histoire de l’homme de Néandertal, prédécesseur de l’Homo sapiens en Europe.
wpid-Pitofbones3.jpg-2014-07-6-15-56.png
Juan Luis Arsuaga pendant une fouille dans la Sima de los Huesos © Reuters
Les crânes de dix-sept hommes de la Sima de los Huesos ont été étudiés par l’équipe du paléontologue espagnol Juan Luis Arsuaga. Ils présentent des caractères typiquement néandertaliens : arcades sourcilières proéminentes, pommettes effacées, fortes mâchoires avec des molaires plates et larges. La Sima de los Huesos, où l’on a dénombré plus de 6 000 fragments d’os, apparaît donc comme l’un des premiers berceaux de la lignée néandertalienne. Cette dernière, dont on a longtemps situé l’origine à environ 250 000 ans, remonterait en réalité à près d’un demi-million d’années.
Depuis 2012, en deux ans à peine, une série de travaux scientifiques a totalement renouvelé les connaissances sur les Néandertaliens. Publié dans Science, l’article d’Arsuaga et de ses collègues de l’université Complutense de Madrid vient s’ajouter à une série d’études génétiques toutes récentes sur l’ADN des anciens Européens. Ces travaux, menés pour l’essentiel par un groupe de généticiens de Leipzig, ont éclairé les relations entre les hommes modernes et les Néandertaliens, cette deuxième espèce humaine qui passionne les paléontologues depuis un siècle et demi.
Qui étaient ces autres hommes, premiers habitants réguliers de l’Europe occidentale ? D’où venaient-ils ? Étaient-ils très différents des Homo sapiens ? Pourquoi ont-ils disparu ? Que nous apprennent-ils sur notre propre espèce ? Mediapart retrace les principales découvertes qui redessinent la figure de l’homme de Néandertal. 

Néandertal: il n’est pas l’homme que vous croyez | Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/international/060714/neandertal-il-nest-pas-lhomme-que-vous-croyez

14-18 : Archibald Reiss, un Suisse dans la tourmente

wpid-File-Archibald_Reiss-2014-06-29-20-50.gif

Dans un article consacré à la Serbie durant la Première Guerre mondiale, Mediapart 1 nous fait découvrir la personnalité d’Archibald Reiss, un Suisse qui fut chargé par la Serbie de mener l’enquête sur les exactions perpétrées par les troupes austro-hongroises lorsqu’elles pénétrèrent en août 2014 en Serbie occidentale. Retour sur le parcours peu commun d’un personnage qui s’inscrit dans la tradition helvétique de l’expert international.

wpid-File-Archibald_Reiss-2014-06-29-20-50.gif

Archibald Reiss (1875-1929) CC BY-SA 3.0 Ce fichier ne fournit pas d’information à propos de son auteur. — originally uploaded on sr.wikipedia.org

L’article de Wikipedia2 consacré à Rodolphe Archibald Reiss (1875-1929), nous apprend que celui-ci est né le 8 juillet 1875 à Hechtsberg (Grand-Duché de Bade) et mort le 8 août 1929 à Belgrade (Royaume de Yougoslavie). Il s’agit d’un pionnier de la police scientifique et de la criminalistique moderne, il est notamment le fondateur de l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne, première école de police scientifique au monde.
Né dans le Grand-Duché de Bade, Archibald Reiss passe son adolescence à Karlsruhe avant d’émigrer à Lausanne où il débute ses études et obtiendra la nationalité suisse. Il y étudie la chimie et obtient un doctorat ès sciences. En 1903, il est nommé professeur extraordinaire de photographie scientifique et judiciaire. En 1909, il fonde l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne, la première école de police scientifique du monde.

wpid-63978_2-2014-06-29-20-50.png

Rodolphe A. Reiss/Accident, Rivaz, mai 1913 © Musée de l’Elysée/ Institut de police scientifique, Lausanne

Survient alors le Premier conflit mondial et après les premières victoires de l’automne 1914 contre les Autrichiens, les armées serbes s’effondrent en octobre 1915. Elles entament alors une terrible retraite jusqu’à l’Adriatique. Dès que les troupes autro-hongroises pénètrent en août 1914 en Serbie occidentale :

« les paysans qui ne sont pas tués sont expulsés ou déportés, « inaugurant » ainsi les camps de concentration répartis à travers tout l’Empire austro-hongrois. Certains retrouvèrent cette fonction durant le second conflit mondial, comme Mathausen. L’état-major austro-hongrois considérait tous les civils serbes comme des ennemis en puissance et entendait « faire payer » à la Serbie l’attentat de Sarajevo. »
«Serbie héroïque, Serbie martyre», le désastre de 1915 – Page 1 | Mediapart

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290614/serbie-heroique-serbie-martyre-le-desastre-de-1915?page_article=1

Pour établir scientifiquement la vérité des faits, le gouvernement serbe fait alors appel à Archibald Reiss (1875-1929) – originaire, qui plus est, d’un pays neutre, la Suisse.

« Pour la première fois dans l’histoire, le docteur Reiss mesura des fosses communes, photographia des amoncellements de corps, collecta les traces matérielles des crimes dans les villages libérés par les armées serbes. Il appliqua les instruments nouveaux de la médecine légale et de la police scientifique à l’étude des crimes de guerre. »

«Serbie héroïque, Serbie martyre», le désastre de 1915 – Page 1 | Mediapart

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290614/serbie-heroique-serbie-martyre-le-desastre-de-1915?page_article=1

Pour la première fois, un expert établit scientifiquement le relevé et la description des violations des « lois et coutumes de la guerre » et des crimes contre les civils commis par une armée en campagne. A ce titre, Archibald Reiss s’inscrit dans une tradition suisse de l’expert international, comme a pu l’être, au 19e siècle, le juriste suisse et co-fondateur, puis premier président de la Croix-Rouge, Gustave Moynier (1826-1910)3.

« Tout ce que l’on peut encore voir dans ce malheureux village de Prnjavor, ce sont des maisons brûlées et des fosses communes dans lesquelles sont entassés les cadavres mutilés de nombreux hommes, femmes et enfants. (…) Près de la gare de Lesnica se trouve une grande fosse commune de 20 mètres de longueur, 5 mètres de largeur et 2 mètres de profondeur. Dans cette fosse, sont ensevelis 109 paysans de 8 à 80 ans »

Archibald Reiss, Comment les Austro-hongrois ont fait la guerre en Serbie. Observations directes d’un neutre, Paris, Armand Colin, 1915, cité par Mediapart.

Archibald Reiss embrassera la cause serbe et s’installa à Belgrade à la fin de la guerre, où il mourut en 1929. Selon Mediapart

« Conservateur idéaliste, Reiss était à la recherche d’une société traditionnelle et patriarcale, organisée autour de la figure du « soldat-laboureur ». Il avait cru d’abord la voir en Suisse, avant de la découvrir en Serbie. »

En 1921, un article de La Tribune de Genève le décrivait comme un homme nostalgique :

« Sa maison est un véritable musée de décoration et de reliques de guerre. M. Reiss vit au milieu de ces souvenirs et lorsque l’ennui le prend il ne va point en Europe, pas même dans sa bonne ville de Lausanne. Il va tout simplement en Macédoine, faire une tournée, monter sur un vieux cheval, avec sa fidèle carabine sur le dos. Ainsi vit simplement, sans prétentions, l’ancien professeur lausannois dans sa maisonnette de Topcidersko Brdo »4

Rodolphe Archibald Reiss : un Suisse qui passionne les Serbes : Regards croisés
http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2009/09/14/rodolph-archibald-reiss-un-suisse-qui-passionne-les-serbes.html

A sa mort, il lèguera sa fortune, ses médailles, une partie de ses décorations et des cadeaux au canton de Vaud (Wikipedia).

Liens complémentaires et bibliographie :

  • Quinche, N. (2011). Sur les traces du crime : de la naissance du regard indiciel à l’institutionnalisation de la police scientifique et technique en Suisse et en France. L’essor de l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne. Genève : Slatkine, 686p., (Coll. Travaux des Universités suisses), (Thèse de doctorat de l’Université de Lausanne).
  • Quinche, N. (2010). Bombes et engins explosifs sous l’œil du criminaliste : le travail de l’expert à l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne (1904-1919). In Revue historique vaudoise, p. 175-191.
  • Quinche, N. (2010). L’ascension du criminaliste Rodolphe Archibald Reiss. In Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, p. 231-250. (Compte rendu in Fotogeschichte, printemps 2010).
  • Quinche, N. (2010). Reiss et la Serbie : des scènes de crime aux champs de bataille, l’enquête continue. In Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 289-306.
  1. «Serbie héroïque, Serbie martyre», le désastre de 1915 – Page 1 | Mediapart
    http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290614/serbie-heroique-serbie-martyre-le-desastre-de-1915?page_article=1 []
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rodolphe_Archibald_Reiss []
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Moynier []
  4. maisonnette construite par lui-même dans le style traditionnel paysan où les amis de Reiss aimaient se rencontrer, dans cette intimité si particulière. []

DOSSIER – Historiographies de la Grande Guerre

91951fa5-0552-4e1f-860c-ad1d78d6279b.jpg

Consacrer un dossier au conflit qui ouvre l’ère des guerres mondiales et totales est un passage obligé pour tout média en ces temps de commémoration. L’impératif mémoriel se fait sans doute d’autant plus pressant que le premier conflit mondial, longtemps occulté par l’ombre du second et sans plus de témoin direct pour en maintenir la mémoire, se voit de plus en plus souvent érigé en premier acte d’une longue tragédie dont on situe le dénouement en 1945, voire en 1991 ).

Mais consacrer un dossier à 14-18 s’impose peut-être avec plus de force encore à une revue qui, comme nonfiction.fr, entend rendre disponible l’actualité des recherches en sciences sociales ; cela pour deux raisons. D’abord, parce que la Première guerre mondiale représente tout à la fois un événement de mémoire structurant pour la conscience européenne et un objet de recherche et de connaissance finalement assez peu connu. La richesse de l’historiographie contemporaine invite ainsi à dépasser le simple point de vue mémoriel auquel se borne souvent (et par définition) la commémoration, pour l’envisager comme objet d’investigation des sciences sociales. C’est en tout cas la perspective adoptée par nonfiction.fr, et la raison pour laquelle on ne reviendra pas ici sur la trame des hauts faits qui modèlent la mémoire collective : ce dossier entend bien plutôt livrer un aperçu de certaines des recherches historiques les plus récentes.

Le second élément qui nous a semblé justifier de proposer un dossier étoffé sur la Grande guerre est son caractère d’objet historique multiple, vis-à-vis duquel il revêt une valeur d’idéal-type. De la bibliographie récente émerge l’image d’un cas d’école en gestation de la pluridisciplinarité. De fait, l’événement 14-18 est tout aussi bien un phénomène politique et militaire qu’une réalité sociale, objet d’histoire sociale ; c’est un objet d’art, de littérature, de cinéma, de bande dessinée et donc un objet d’histoire de l’art, d’histoire de la littérature, d’histoire du cinéma, d’histoire de la bande dessinée, etc. ; de même que comme élément structurant de la mémoire collective, c’est un objet privilégié de la réflexion scientifique ou littéraire sur la production d’identité et sur les usages politiques du passé.

C’est donc dans sa double spécificité historique et historiographique que nonfiction.fr vous propose d’aborder, chaque jeudi pendant les mois à venir, cet événement décidément majeur de l’histoire contemporaine.

* Dossier coordonné par Nicolas Patin et Pierre-Henri Ortiz

SOMMAIRE

Histoires sociales de la Grande Guerre :

1. Le peuple et les classes à l’épreuve des tranchées, par Nicolas Patin
Lecture croisée des livres d’Emmanuelle Cronier, Permissionnaires dans la Grande Guerre , Emmanuel Saint-Fuscien, A vos ordres : les relations d’autorité dans l’armée française de la Grande Guerre et Nicolas Mariot, Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918. Les intellectuels rencontrent le peuple .

2. Quelle histoire sociale de la grande guerre ?
Un débat entre Emmanuel Saint-Fuscien et Nicolas Mariot. Propos recueillis par Nicolas Patin.
(1/2) Au-delà de la « contrainte » ou du « consentement »
(2/2) Les hiérarchies sociales au front

La guerre en héritage :

3. La mémoire de la Grande guerre, par Benjamin Caraco
Lecture croisée des livres de Jean-Noël Jeanneney, La Grande Guerre si loin si proche : réflexions sur un centenaire , André Loez et Nicolas Offenstadt, La Grande Guerre : carnet du centenaire et Stéphane Audoin-Rouzeau, Quelle histoire : un récit de filiation (1914-2014) .

4. La Grande Guerre comme révolution visuelle : France-Allemagne
Un entretien avec Benjamin Gilles et Arndt Weinrich. Propos recueillis par Nicolas Patin.
(1/2) France et Allemagne : de la disjonction des histoires à la disjonction des mémoires
(2/2) Les changements partagés d’une révolution médiatique

Ecrire la guerre par les arts :

5. Des artistes dans les tranchées [PEINTURE], par Pierre Verschueren
Un compte-rendu du livre de Philippe Vatin, Voir et montrer la guerre .

6. Une écriture visuelle de la guerre [BANDE-DESSINEE]
Un entretien avec Vincent Marie. Propos recueillis par Claire Kaikenger et Pierre-Henri Ortiz
(1/2) Animer une guerre statique
(2/2) Des fictions d’archives

7. Ecrire la Grande guerre [LITTERATURE], par Martine Monteau
Une analyse de l’écriture romanesque de la guerre, depuis Henri Barbusse (Le Feu, 1916) jusqu’à Pierre Lemaître (Au Revoir là-haut, 2013)

8. Filmer et rejouer la guerre [CINEMA]
Un entretien avec Laurent Véray. Propos recueillis par Nina Verneret et Pierre-Henri Ortiz

Parcours individuels :

9. Louise de Bettignies : du patriotisme à l’espionnage, par Sarah Baudry
Un compte-rendu du livre de Chantal Antier, Louise de Bettignies. Espionne et héroïne de la Grande Guerre

10. Un apôtre de la guerre : Maurras, par Pierre-Henri Ortiz
Un compte-rendu du livre d’Olivier Dard, Maurras : le maître et l’action

11. La construction du Grand Charles, par Pierre-Henri Ortiz
Un compte-rendu du livre de Frédérique Neau-Dufour, La Première guerre de Charles de Gaulle

Source: www.nonfiction.fr

Démarche utile pour l’enseignant d’histoire. À suivre….

1914-1918 : La Cinématèque du Centenaire

wpid-charlot-soldat-1918-06-g-2014-06-22-21-37.jpg

Dans le cadre de la Mission du Centenaire 14-18, Laurent Véray propose un découpage de la production cinématographique consacrée à 14-18.

Dans leur ouvrage consacré à l’historiographie de la Première Guerre mondiale paru en 2003, Jay Winter et Antoine Prost1 identifiaient trois configurations historiographiques majeures du conflit :

  • La première, née au coeur même de la guerre, est surtout d’ordre militaire et diplomatique (politique).

  • Une deuxième étape était perceptible à la fin des années 1950. Après la guerre “vue d’en haut” vient le temps de la guerre “vue d’en bas.

  • La dernière séquence, qui émerge dans la décennie 1980, cherchit à constituer la «culture de guerre» —sur les contraintes et l’encadrement qui pèsent sur les individus ou leur adhésion volontaire— et étudie la “brutalisation” qui résulte de l’expérience de guerre.

Dans le cadre de la mission centenaire, Laurent Véray propose pour sa part un découpage de la production cinématographique consacrée à 14-18. Son découpage comporte quatre périodes :

1. Une phase héroïque et patriotique de 1909 à 1919, destinée à cimenter l’unité nationale en valorisant l’effort de guerre.

wpid-charlot-soldat-1918-06-g-2014-06-22-21-37.jpg

Charlot soldat

2. Une phase commémorative, plus réaliste et intrinsèquement pacifique de 1920 à 1950.

wpid-iu-2014-06-22-21-37.jpg

3. Une période critique après la Deuxième Guerre mondiale de 1951 à 1989 avec une tendance très affirmée à la transgression, voire à l’antimilitarisme.

wpid-1669776466-2014-06-22-21-37.jpg

Les Sentiers de la Gloire de Kubrick

4. La quatrième phase (1990-…) intervient après la Chute du Mur de Berlin et du communisme, la résurgence des nationalisme et le retour de la guerre en Europe qui aboutit à la patrimonialisation et la mise en mémoire du conflit.

wpid-un-long-dimanche-de-fiancailles-2014-06-22-21-37.jpg

Pour chacune de ces périodes, la Mission du Centenaire et Laurent Véray ont établi une sélection de films devant permettre de dégager les originalités thématiques et esthétiques des films considérés comme les plus importants de 1910 à nos jours. Bien évidemment, comme la production historiographique, ces films sont révélateurs de préoccupations et des questions du moment de leur réalisation et ils peuvent également prendre des libertés avec le discours historiographique de leur temps.

Le dossier de la Mission du Centenaire 14-18 : http://centenaire.org/fr/autour-de-la-grande-guerre/cinema-audiovisuel/la-cinematheque-du-centenaire

  1. Prost, A. & Winter, J. (2003). Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie. Paris: Seuil. A lire aussi sur ce site : Films & Première guerre mondiale []

L’histoire globale au Collège de France ? | Histoire Globale

wpid-Origines-de-lhistoire-globale-2014-06-22-21-06.jpg

wpid-Origines-de-lhistoire-globale-2014-06-22-21-06.jpg

Le 28 novembre dernier, Sanjay Subrahmanyam inaugurait une nouvelle chaire au Collège de France (en ligne). Son intitulé, « Histoire globale de la première modernité », ne pouvait que plaire, a priori, aux auteurs de ce blog et à tous ceux, en France, qui appellent de leurs vœux le développement de l’histoire globale, dans la recherche et dans l’enseignement. Ce n’était, cependant, sans provoquer un léger étonnement devant une telle formulation. Jusqu’à présent, en effet, Subrahmanyam ne s’était guère affiché comme un historien du global, tandis qu’il passait, incontestablement, pour le maître de l’« histoire connectée » – notion qu’il a lui-même forgée en 1997.

Dès lors, Vincent Capdepuy s’interroge :

«L’histoire globale ne serait-elle donc qu’une étiquette un peu à la mode ? Ici comme ailleurs, la question est légitime et ne peut être esquivée.»

Décortiquant la leçon inaugurale de Subrahmanyam, Vincent Capdepuy finit par s’interroger sur la réticence in fine de la part de ce dernier à l’égard de l’histoire globale ? Il en avance l’explication suivante :

«Peut-être parce que le concept central est celui de mondialisation.»

Subrahmanyam lui-même avance trois arguments en défaveur de la mondialisation. Premièrement, l’histoire de la mondialisation serait téléologique. Deuxièmement, l’’histoire de la mondialisation serait impérialiste et plus particulièrement vecteur de l’impérialisme états-uniens. Troisièmement, l’histoire de la mondialisation serait présentiste.

Vincent Capdepuy réfute ces deux arguments. Pour le premier, nombreux sont les auteurs à avoir parlé de l’histoire des mondialisations et ne dispense pas un récit unilinéaire d’une histoire globale. Concernant le deuxième argument, Capdepuy relève que la

«peur que suscite la notion de mondialisation/globalization n’est pas propre à Subrahmanyam et l’erreur commise sur l’origine même de ces notions, trop souvent liée à la libéralisation des marchés financiers à partir des années 1970, perdure trop souvent.»

Il poursuit et indique que

«Ce qu’on pourrait peut-être beaucoup plus redouter à propos de l’histoire globale, c’est qu’elle ne débouche sur la production d’un récit mondialiste complètement formaté pour servir de base à l’enseignement du « parfait petit citoyen du Monde ». De fait, le lien entre histoire globale et enseignement est très fort dès les années 1940 au moment de reconstruire le Monde d’après-guerre. Le premier ouvrage de « global history » a été publié en 1945 avant même la fin de la guerre [Close & Burke 1945].»

A propos de l’argument d’une histoire présentiste, Capdepuy considère que cette question est importante, mais qu’elle ne suffit pas à discriminer l’histoire globale d’autant que la périodisation du processus de mondialisation est extrêmement débattue par les historiens eux-mêmes.

Capdepuy conclut son article en avançant que

«L’histoire globale est avant tout l’expression d’un questionnement porté par des sociétés qui s’interrogent face à leur coprésence sur un globe qui risque d’être notre cage pour longtemps encore. La problématique est cruciale, elle n’est pas unique et je me retrouve complètement dans le propos conclusif de Subrahmanyam :

« Il s’avère que dans le monde actuel, il y a un intérêt et une curiosité croissants pour ce type d’histoire, qui n’est voué pourtant – c’est ma profonde conviction – à remplacer l’histoire faite à une échelle régionale, nationale ou continentale, mais à la compléter. »

A lire : L’histoire globale au Collège de France ? | Histoire Globale : http://blogs.histoireglobale.com/lhistoire-globale-au-college-de-france_3960

Dans la pose des soldats du D-Day | Libération

La photographe Adeline Keil a suivi des jeunes Normands qui endossent chaque mois l’uniforme américain. Débarquement à Utah Beach.

Sur une photo, les trois jeunes soldats américains posent sans tension, mais avec sérieux et peut-être un peu de fierté. Sur une autre, un soldat est assis sur une marche, à la fois confiant et vaguement distrait. Le sol pavé et la voûte arrondie indiquent qu’on est dans la cave d’une ferme. Les autres images – installation d’une tente ou d’un téléphone de campagne, arrivée d’une patrouille dans un village… – sont celles d’une campagne militaire, ça pourrait être les archives du Débarquement.

En fait, ces photos de soldats portant l’uniforme de la 29e division d’infanterie américaine, la «Blue and Gray», ont été prises il y a quelques mois par Adeline Keil. Et ces jeunes gens ne sont pas des Américains mais des Normands qui vivent dans la région où les Alliés ont débarqué le 6 juin 1944.

La suite : Dans la pose des soldats du D-Day – Libération.

A propos de ces photos et de cet article, on lira avec bénéfice l’analyse d’Adrien Genoudet :

Une fois encore, par coutume, on peut s’interroger sur ce qui émane d’un tel article quant à cette culture visuelle de l’histoire. Il me semble, à grands traits, que beaucoup d’éléments se logent dans le creux d’un tel article : des images troublantes, de la Mémoire, de l’historique, de la commémoration, de la photographie, de la reconstitution, d’une nouvelle génération. Et surtout, dans le fond, une interrogation, certes légère de la part de la journaliste, mais pourtant si juste : d’où vient cette étrangeté, lorsque l’on regarde ces images ? Ce sont des images qui nous disent quelque chose, de la même manière que lorsque l’on se dit que quelqu’un nous dit quelque chose. « Cette personne me dit quelque chose », disons-nous lorsque nous mettons en gage un sentiment qui est de l’ordre de la reconnaissance. Mais parfois nous nous trompons, et cette personne n’était pas la bonne ; et pourtant, sur l’instant, au moment de la reconnaissance, cette personne nous disait quelque chose. Dès lors, en un sens, se joue ici quelque chose de l’ordre du discours, du discursif. Une image, comme une personne, qui me dit quelque chose – et qui produit une forme d’étrangeté – est une image dans laquelle j’ai déjà projeté un ensemble de considérations discursives. Comme pour une personne. Qu’elle soit la bonne ou non.

Source : Habiter l’image pour éprouver l’Histoire | Fovéa.