
Dans le domaine actuel du Web et plus particulièrement du Web 2.0, une certaine confusion existe à mon avis entre le modèle du gratuit et celui de l’Open Source. Par ailleurs, le gratuit est actuellement le modèle dominant.
Cependant, la confusion entre gratuit et Open source pourrait s’avérer problématique tant pour l’utilisateur que pour l’Open source.
Premier constat :
Contrairement à l’Open source, un service ou une plate-forme basée sur le gratuit appartient en exclusivité à ses propriétaires. Il s’agit de services commerciaux et d’entreprises ayant comme objectif de générer des revenus et des profits.
Si l’internaute ne paye rien, c’est que les sources de revenus sont d’une autre source :
• la publicité;
• la revente du service à un groupe important : exemple de Writely racheté par Google ou de del.icio.us racheté par Yahoo!;
• le portefeuille de clients et la valorisation des données attachées à ceux-ci;
• la levée de fonds pour la capitalisation de l’entreprise, basée sur les perspectives futures de la société et des services à valeur ajoutée.
Ce faisant l’utilisateur et les informations gracieusement fournies appartiennent désormais à des sociétés qui vont s’en servir pour générer trafic et revenus.
Pas trop grave me direz-vous. A voir. En premier lieu, je ne sais généralement rien de l’utilisation qui sera faite des données recueillies par le prestataires; notamment celle en rapport avec mon comportement sur la toîle. A tel point que certains parlent au sujet du Web 2.0 de l’Esclavage 2.0 (voir Esclavage 2.0 : Eux, nous et moi)
Ainsi, cette pléthore de service, censé nous rendre service, centralisent, concentrent, contrôlent et exploitent nos données. Ce qui au final signifie :
- Mes données ne sont pas sous mon contrôle. ?
- Ce qui est fait avec mes données n’est pas sous mon contrôle direct.
- Mes données deviennent la propriété du prestataire de service.
- La valeur ajoutée que j’ai créée profite à ce prestataire de service.
- Je paie le prestataire de service pour avoir le droit d’utiliser et de manipuler la valeur ajoutée que j’ai contribué à créer. (voir billet La nouvelle sagesse du web ou “l’esclavage 2.0? ? )
Deuxième constat :
Contrairement à un logiciel présent sur mon ordinateur, un service gratuit made in Web 2.0 peut disparaître d’un jour à l’autre et mes données avec.
Un logiciel Open source également me direz-vous. Ben justement pas vraiment. En effet, le code source est mis à ma disposition ainsi que de l’ensemble de la communauté des internautes. Eux et moi avons la possibilité de modifier, développer et faire évoluer un programme Open source. Et mettre nos modifications à disposition de toute la communauté via internet.
Un des exemples connus réside dans le logiciel Netscape et de sa version Open source Mozilla. Sur la base de son moteur, Firefox ou Camino en sont devenus les clones les plus connus.
Troisième constat :
Contrairement à l’idée répandue, l’Open source n’est lui pas gratuit. Derrière, il y le travail des développeurs. Plus celui-ci prend du temps, plus les questions de la rémunération de ce travail pour la poursuite de son développement se posent.
Dans un grand nombre de situation, le problème n’est pas trop important puisque ce sont des entreprises qui font évoluer les logiciels Open source pour leurs propres besoins, puis qui mettent à disposition de l’ensemble de la communauté leurs code de programmation.
L’argent investi par ces entreprises est récupéré via les activités traditionnelles des entreprises et les économies réalisées par le non achat de logiciels commerciaux (et protégés, donc non modifiable par l’entreprise).
Toutefois, dans certains cas, ce modèle ne suffit. Ainsi, les développeurs de la suite bureautique NeoOffice ont introduit un nouveau mode de financement qui permet de disposer de la primeur des nouvelles versions moyennant un financement modique. Ils ont dû s’y résoudre devant la faiblesse des contributions financières volontaires des utilisateurs.
Dans ces cas-là, la réaction d’une partie des utilisateurs est vive, car pour eux l’Open source est synonyme de gratuit.
Conclusion :
Il paraît primordial de garantir à l’utilisateur
- a) l’accès à ce qui apparaît comme le nouveau service universel;
- b) la mise à disposition d’outils échappant à une pure logique commerciale;
- d) la propriété de ses données et donc aussi leur valeur ajoutée;
- c) le respect de ses données personnelles, de son identité et de sa sphère privée et la non-utilisation de ces données à des fins commerciales ou de contrôle social.
Dans ce cadre-là, il convient de redéfinir la notion de service public et de mettre à disposition du public des outils Open source en suffisance. Une nouvelle régulation régalienne est urgente.
Je partage l’avis de Margarita Pérez-García (esphère identitaire) relativement à la nécessité que, parallèlement à un service comme del.cio.us, des services Open source de système de classement distribué se développent, car je ne souhaite pas non plus que « ces données soient contrôlées par Yahoo! », ni forcément toutes les ouvrir à la terre entière (tww2.0 : le nouveau tag del.icio.us de Michael Feldstein pour « Teaching with Web 2.0 »). Je souhaite pouvoir mieux contrôler les données que je mets ou ne mets pas à disposition des autres.
Ce service universel offrirait ainsi à chaque utilisateur des espaces de stockage, de publication et de communication préservé de l’économie marchande et véritablement gratuit.
Par ailleurs, l’importance de l’éducation des jeunes apparaît dans toute son urgence. Les données se multiplient à une vitesse exponentielle et les habitudes de surf de nos chers têtes blondes s’établissent de plus en plus tôt.
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