
Le 21 juillet dernier, Verve Records/UMe/Universal Music Canada a sorti You’ve Got To Learn, un enregistrement inédit de la prestation de Nina Simone au Newport Jazz Festival de 1966. L’album est lancé dans le cadre de la campagne « Happy Birthday Miss Simone », qui célèbre tout au long de l’année le 90e anniversaire de Simone.
La sortie de ce magnifique album, enregistré en direct au Newport Jazz Festival en 1966, fait la une des journaux pour les fans de Nina Simone. Aucun de ces enregistrements, tous de grande qualité, n’avait été mis à disposition auparavant. Le promoteur de Newport, George Wein, a fait don des bandes de la performance de Simone à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, où elles sont restées dans l’oubli jusqu’à ce que, après le décès de Wein en 2021, l’historienne de Nina Simone Nadine Cohodas les déterre. Simone est en pleine forme, accompagnée par le guitariste Rudy Stevenson, le bassiste Lisle Atkinson et le batteur Bobby Hamilton, et la qualité audio est très bonne.
L’album s’ouvre sur une version lente, d’une beauté déchirante de ”You’ve Got To Learn” de Charles Azvanour et Marcel Stellman. Il s’agit du seul enregistrement en direct connu de Simone. Le journal Libération présente le morceau et la prestation de la manière suivante :
Dès les premières mesures, une ballade des plus poignantes qui paraphrase en le dépouillant de tout artifice superfétatoire Il faut savoir d’Aznavour, Nina Simone donne le ton : bleu profond. «Face au destin qui nous désarme, […] il faut savoir cacher ses larmes. […] Il faut savoir cacher sa peine, […] et retenir les cris de haine», dit notamment la chanson gravée cinq ans plus tôt par le Franco-Arménien. Dans la voix grave de l’Américaine qui l’adapte en anglais, ces mots ne manquent pas de résonner d’un tout autre écho pour celle qui est à un tournant de sa vie. Ce 2 juillet 1966, alors qu’elle monte sur la scène du festival de Newport, l’ex-little girl blue, élevée dans une famille méthodiste et révélée au Midtown Bar & Grill, un club enfumé d’Atlanta où elle conquit ses premiers fidèles, n’est plus tout à fait la même.
Nina Simone en concert à Newport en 1966 : cœur noir (Libération, 30.07.2023)
Puis, elle enchaîne avec une lecture toute personnelle de « I Loves You, Porgy » de George et Ira Gershwin, son grand succès de 1959. Vient ensuite « Blues For Mama », musique de Simone, paroles d’Abbey Lincoln, le tout premier enregistrement de la chanson. Le morceau suivant est « Be My Husband », écrit par Andrew Stroud, le mari de Simone, et interprété ici par Simone et le batteur Bobby Hamilton uniquement.
Suit « Mississippi Goddam » . Simone adapte les paroles de « Mississippi Goddam » en mentionnant Watts, en Californie, où des émeutes ont éclaté l’année précédente.
Le choix du blues en dit ainsi long sur les intentions de celle qui avait déjà condamné les scélérates lois Jim Crow et interprétera quelques mois après ce concert donné dans le festival de Rhodes Island le terrible Backlash Blues, autre hymne des droits civiques légué peu de temps avant sa mort par le poète Langston Hugues. Ce retour à la quintessence de son art la marquera durablement, elle qui aurait pu demeurer une grande voix du jazz après avoir été sevrée de Bach. Elle sera bien plus que cela.
Nina Simone en concert à Newport en 1966 : cœur noir (Libération, 30.07.2023)
L’album se termine par un rappel, « Music For Lovers » de Bart Howard, comme le « Blues For Mama » susmentionné.
Pour la suite, en août, Acoustic Sounds, la série de rééditions en vinyle de Verve/UMe, célébrera le 90e anniversaire de Simone avec un pressage de qualité audiophile de son album studio de 1966, Wild Is The Wind. En octobre, les sept albums Philips de Simone datant des années 1960 seront réunis en une seule collection : Four Women : The Nina Simone Complete Recordings 1964-1967.
Vous pouvez obtenir l’album en vinyl ou en cd. Pour des fichiers au format numérique, la meilleure offre actuelle est celle de prestomusic. Vous pouvez également écouter l’album en streaming (Spotify, Apple Musique, Quobuz notamment).
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