• Passer au contenu principal
  • Passer à la barre latérale principale
Lyonel Kaufmann blogue…

Lyonel Kaufmann blogue…

Sur la route à moto avec un café

Audimat et presse en ligne : dérive ou bonne idée ?

24 juillet 2006 by Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Je me doutais déjà en consultant les sites de journaux en ligne qu’ils leurs devenaient possibles de déterminer les articles qui rencontraient le plus de succès et d’éventuellement continuer dans la même veine ou d’arrêter. Maintenant, c’est sûr : un article (By the Numbers) de l’American Journalism Review, —traduit (partiellement et légèrement édulcoré d’ailleurs) par Le Courrier international (Les journalistes menacés par la dictature des chiffres, No 820, juillet 2006)— décrit le phénomène et fait place aux opportunités et craintes de la profession.
Ainsi, par exemple, au Washington Post, les chefs de rubriques annoncent les chiffres de popularité des articles publiés sur le site internet du quotidien. L’audimat fait ainsi son entrée comme à la télévision. Probablement pour le pire, car on ne peut pas dire que la qualité de la TV (ou de la radio) se soit amélioré avec les chiffres d’audience des émissions. Cela se saurait.
Alors faut-il craindre pour la presse papier ?

En fait, le déclin du lectorat papier a été amorcé bien avant la démocratisation d’Internet. Si la presse en ligne a démarré comme une simple déclinaison de la version papier, la double évolution du déclin de la presse papier et des habitudes de lecture en ligne, pourrait changer durablement la donne. Pour la version en ligne comme pour la version papier.
Les groupes de presse fonctionneront donc de plus en plus comme les autres médias en fonction des règles du marché. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour à l’origine de la presse généraliste. Ainsi, La Feuille d’Avis de Lausanne (actuellement 24Heures) est-elle à sa création un journal d’annonces commerciales auxquelles se sont ajoutés progressivement des articles journalistiques. Pour sa part, la presse d’opinion et de réflexion a déjà largement disparu. L’indépendance de la presse ou la mission d’information du journaliste ne sont (plus?) que des oripeaux commodes pour la corporation, mais ils ne sont guère fidèles au journalisme lambda actuel, mis la double pression de l’actionnaire principal et des annonceurs. En effet, en France par exemple, les grands groupes de presse s’appuient de plus en plus sur le financement de grands groupes industriels et financiers tels Dassaut (Le Figaro), de Rotschild (Libération) ou Hachette (Le Monde).
D’autre part, le phénomène internet sera amplifié pour Philip Meyer, professeur de journalisme à l’université de Caroline, car il permet de diminuer les frais de distribution tout en bénéficiant de la manne de la publicité en ligne. D’autant plus que le lectorat en ligne est plus jeune que le lectorat papier en constante diminution de plus.
Mais qu’attend le lectorat en ligne ? Des articles courts, des vidéos, des images et de l’interactivité. Pourtant, Radjiv Chandrasekaran, rédacteur en chef adjoint du Washington Post, constate que c’est néanmoins le mélange d’articles courts et d’articles d’investigation, d’analyse ou politique qui resterait payant sur le Net. L’audimat de la presse en ligne, comme pour la TV, permet donc de mieux segmenter le lectorat et de proposer différents types d’articles —comme d’émissions pour la TV— en fonction des consommateurs d’information.
Concernant l’interactivité de la presse en ligne, Joel Sappell, éditeur exécutif du site du Los Angeles Times souhaite l’augmenter substantiellement par

« the use of message boards, reader polls, interactive graphics, video and photo galleries » on the site and install Web reporters in the newsroom, where they could interact more closely with the staff of the print edition. (mémo interne de janvier 2006 ).

Et en avril 2006, après avoir procédé à ces changements dans l’édition en ligne, il indique encore

« The Web audience has come to expect more than a single story. They want more interactivity and more ways to deepen the newspaper experience » (By the Numbers)

Aujourd’hui, les éditeurs hésitent néanmoins entre une stratégie de toujours plus d’Internet, anticipant le déclin d’un lectorat papier, et celle d’une stratégie où la presse en ligne permettrait d’amener un lectorat plus jeune vers la presse écrite. Il y a là comme un gouffre qui s’ouvrent devant les pieds de ces éditeurs. En difficulté de lectorat et de diffusion, Libération a, pour sa part et en France, amorcé un virage assez radical et un pari osé, me semble-t-il, en se redéployant autour d’une stratégie en ligne. Fragilisé, Libération pourrait bien essuier les plâtres pour les autres. Comme cela a déjà été le cas pour les start-up du commerce en ligne dont l’expérience a finalement surtout bénéficié à terme aux acteurs traditionnels avec quelques exceptions comme Amazon.

Au final, devant la concentration de la presse et indépendamment d’Internet, il sera important de retrouver une presse d’opinion et d’investigation. Sa chance ? elle ne la trouvera qu’en ligne, car elle déjà quasiment disparu sous sa forme papier.

Technorati Tags: Audimat, presse

[tag]Audimat, Presse, Média, EnLigne[/tag]

Partager :

  • Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail
  • Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer
  • Partager sur Mastodon(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Mastodon
  • Partager sur Tumblr(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Tumblr
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
  • Partager sur Threads(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Threads
  • Partager sur Bluesky(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Bluesky

J’aime ça :

J’aime chargement…

Articles similaires

Classé sous :Blogcafé

Interactions du lecteur

Commentaires

  1. Ollie dit

    26 juillet 2006 à 13 01 29 07297

    C’est évident: la presse se cherche dans ce fatras. Papier ou internet, nouvelles courtes ou articles fouillés, neutralité ou prise de position, textes ou podcasts ou vidéos, sites ou blogs, journalisme professionnel ou journalisme participatif, lectorat jeune ou moins jeune, etc. Il y a de quoi en perdre le nord.

    Une sorte de menace imaginaire planne sur la presse et donne cette impression que celui qui ne sait pas tout faire ce que tu mentionnes dans ton billet, perd du terrain face à la concurrence, ou va même à sa perte. Mais en fait, à force de vouloir tout faire, on ne fait plus rien de bien. Surtout ce qu’on faisait bien auparavant! De plus, faire un petit peu de tout n’apporte plus de véritable valeur ajoutée finalement.

    Ceux qui orientent leur stratégie sur une pure analyse chiffrée du lectorat ne survivront qu’à court terme.

    En réalité, les différents types de contenu (actualités, information, investigation, réflexion, people, etc,) vont « s’éclater » encore plus pour constituer une sorte de patchwork planétaire dans lequel le consommateur viendra puiser des bribes de contenu, utilisant plusieurs sources, selon ses préférences. Le modèle du journal unique et généraliste dans lequel on trouvait un peu de tout arrive en bout de course.

    Le phénomène est accentué par la transformation progressive du consommateur en consomm-acteur. C’est-à-dire que l’information n’existe plus seulement par elle-même mais également par les échanges et les interactions entre fournisseurs et lecteurs.

    En parallèle des fournisseurs de contenu, la vague des services d’agrégation et les moteurs de recherche vont continuer de se développer. C’est sur eux que le consommateur s’appuiera pour « faire son marché » dans le souk mondial de l’information. Ici aussi, ces services vont se spécialiser et filtrer le contenu selon les thèmes et les évaluations des lecteurs.

    Je ne suis pas encore certain de ce que peut donner la promotion du contenu par la communauté elle-même. L’avantage par rapport à l’audimat-TV est certainment le caractère illimité voire infini de l’offre, par rapport au média TV. En théorie, le contenu présentant la plus grande valeur devrait sortir du lot, mais je n’en suis pas encore sûr.

    Le plus grand différenciateur de l’Internet est de faire naître et vivre non pas seulement une communauté majoritaire, mais une infinité de communautés. Elles ont des besoins, des objectifs, des critères différents, mais peuvent tout à fait coéxister.

    Toutes peuvent coéxister mais, évidemment, la question du « business model » sur Internet, pour la presse aussi, reste encore et toujours la grande question, sans véritable réponse. La plupart des publications qui se lancent dans des activités en ligne gratuites, le font pour le moment à perte, sans trop savoir où elles vont, surtout pour ne pas manquer le wagon.

    Répondre
  2. Lyonel Kaufmann dit

    26 juillet 2006 à 23 11 24 07247

    Super cadeau que ton commentaire Ollie. Merci !
    Je prends un peu de temps avant de poursuivre l’échange.

    Répondre
  3. Lyonel Kaufmann dit

    26 juillet 2006 à 23 11 42 07427

    Ca y est, je reviens sur le commentaire d’Ollie. Probablement en plusieurs fois !
    Plus que les médias, ce sont les journalistes qui se cherchent, car les médias se concentrent et développent une logique de plus en plus industrielle et de nature tayloriste. Sans grande réaction des journalistes qui deviennent de plus en plus des OS (ouvrier spécialisé) et de moins en moins des créateurs de contenus informationnels.
    Par ailleurs, dans l’incertitude, les groupes de presse tentent probalement de tout faire un peu. Pour l’instant, il s’agit pour eux de ne pas prendre trop de risques; tout faire, c’est ne pas risquer de passer à côté de la poule aux oeufs d’or.
    Les oeufs cassés ? Les journalistes dans cette histoire. Y a qu’à voir les retructurations prévues pour 24Heures. Alors que le groupe Edipress voit son bénéfice augmenter, le groupe licencie en prévision d’un risque futur qui n’est pas véritablement identifié, mais… Internet à alors bon dos plutôt que le personnel s’interroge sur le management et la politique d’entreprise.
    Tondus et quasi consentants.
    A suivre…

    Répondre
  4. Ollie dit

    27 juillet 2006 à 8 08 16 07167

    En parlant de « consentant », ça me fait penser à l’un des derniers billets sur le blog anti-Nelly Wenger. On ne sait pas trop si c’est un journaliste qui écrit mais en tout cas il a l’air de dire qu’à la SSR, ça n’est pas tout rose non plus! Voici le permalien: http://nestlesuisserealnews.blogspot.com/2006/07/incomptence-ou-stratgie-diabolique.html

    Répondre
  5. Lyonel Kaufmann dit

    27 juillet 2006 à 10 10 37 07377

    Merci pour le lien Ollie, j’avais pas fait gaffe à ce billet.
    L’exemple de 24Heures et de la SSR peut être élargi d’ailleurs à la plupart des médias de Suisse romande. Sous des formes diverses.
    L’arrivée des gratuit est un autre des leviers de pression mise sur les collaborateurs.

    Répondre
  6. Lyonel Kaufmann dit

    29 juillet 2006 à 2 02 00 07007

    Ollie, me voici en mesure de poursuivre (juste avant mes vacances) la suite de nos réflexions. Je reprends depuis :
    Le modèle du journal unique et généraliste dans lequel on trouvait un peu de tout arrive en bout de course.>
    et
    En parallèle des fournisseurs de contenu, la vague des services d’agrégation et les moteurs de recherche vont continuer de se développer.

    L’idée me séduit (peut-être devrais-je dire m’avait). Surtout celle du consom acteur. Je constate cependant que
    a) une grande majorité de gens se limitera à quelques sites et ne fera pas l’effort non négligeable qui consiste à utiliser de multiples outils pour se tenir au courant. Le modèle du futur média presse généraliste sur le web reste à trouver et à un avenir me semble-t-il.
    b) trop d’informations tue l’information dit-on aussi et je l’ai constaté personnellement. En effet, j’ai été très intéressé par la mise en place de la plate-forme d’information wikio. Très séduisante avec un mélange de site médias traditionnels et de blogs. Pourtant, petit à petit le bruit et la redondance sont devenus énormes dans mon agrégateur de flux. Idem avec la nouvelle version de Libération en ligne, avant une dizaine de dépêches par jour, maintenant plus d’une quarantaine (au moins).
    Parfois j’ai l’impression d’être submergé.
    J’ai fini par virer wikio de mon agrétateur. Je préfère quelque part sélectionner une série de blogs, éventuellement faire une recherche ensuite par moteur de recherche sur des sujets particuliers. Autrement, je suis dans l’attente de 3 à 4 sites presses qui peuvent/pourraient me fournir un vrai travail d’information (avec dépêches, analyse, point de vue, description fine des faits, mise en perspective, etc.), un bon vieux journal quoi, mais en ligne; peut-être un peu comme Salon pour les Etats-Unis. Je trouve bien que ce soit des vrais sites de presse qui opèrent une sélection pour moi et qui éditent le contenu allant avec. Surtout pour me faire découvrir des thèmes et sujets que je maîtrise mal ou que je ne connais pas (encore).
    Je ne sais pas si j’arrive à être assez clair (la fatigue…)

    Répondre

Répondre à OllieAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Barre latérale principale

Lyonel Kaufmann

Lyonel Kaufmann

Historien & Blogueur

Afficher le Profil Complet →

Derniers articles

  • Reblog of tooting.ch users fdastous: 27 février 2026
  • Au fil des jours : perspectives musicales (21.02.2026) 22 février 2026
  • Roberta Flack, le grand huit des 70’s – Libération 14 février 2026
  • Au fil des jours (10.02.2026) 11 février 2026
  • Au fil des jours… (25.01.2026) 26 janvier 2026
  • Journal linuxien (17.01.2026) 25 janvier 2026
  • Journal linuxien (09.01.2026) 22 janvier 2026
  • Montreux-Territet Twice (18.01.2026) 19 janvier 2026
  • What I Re-learned about Teaching in High School | Larry Cuban 15 janvier 2026
  • Architecture Lugano (28.12.2025) 13 janvier 2026

Catégories & Pages

  • Blogcafé
  • Photo du mois
  • Photo du jour
  • Roadbook
  • TubesCafé
  • Politique de confidentialité

Recherche

Pages et Articles Phares

  • «Va Pensiero» de Verdi en 2011 : un symbole de résistance patriotique comme en 1842
    «Va Pensiero» de Verdi en 2011 : un symbole de résistance patriotique comme en 1842
  • Rétrospective digitale des oeuvres de Frida Kahlo — Google Arts & Culture
    Rétrospective digitale des oeuvres de Frida Kahlo — Google Arts & Culture
  • Bramberg (1)
    Bramberg (1)
  • 2016 signe le grand retour du Livre de la Jungle
    2016 signe le grand retour du Livre de la Jungle
  • Romulus et Remus : du mythe à l'histoire ?
    Romulus et Remus : du mythe à l'histoire ?
  • Bramberg (2)
    Bramberg (2)
  • frisechrono.fr : frise chronologique historique
    frisechrono.fr : frise chronologique historique
  • Bramberg (3)
    Bramberg (3)
  • Le 16e siècle portugais dans l’océan Indien : une économie de la capture | Histoire Globale
    Le 16e siècle portugais dans l’océan Indien : une économie de la capture | Histoire Globale
  • Alma - Tadoussac | Québec 2013
    Alma - Tadoussac | Québec 2013

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

Creative Commons License
Ce contenu est mis à disposition sous un contrat Creative Commons. Lyonel Kaufmann 2004-2026
Genesis Sample de Genesis Framework · WordPress · Se connecter

%d