Piéger les élèves ou les former avec les médias sociaux? | Chronique no 132

Pendant que certains préfèrent pourrir le web et piéger leurs élèves, il reste des allumeurs de réverbères qui cherchent heureusement à élever leur élèves à la culture et au savoir historique en se saisissant des médias sociaux.

L’affaire de l’enseignant pourrisseur du web1 et de ses élèves en fournissant, via le web, et en particulier Wikipedia, des fausses informations au nom de la défense de la culture, avec un grand C, et de la nécessité pour les élèves d’apprendre à penser avant d’aller sur le web en dit long sur la perception d’un grand nombre d’enseignants à vivre l’école comme une citadelle assiégée et leur peur d’enseigner avec les médias sociaux, voire d’enseigner tout court.2

Nul doute qu’enseignant au moment de l’arrivée de cette nouvelle technologie qu’a été en son temps le livre, cet enseignant et ses congénères prôneraient également que leurs élèves doivent apprendre à réfléchir par eux-mêmes avant de lire leur premier livre!

Ainsi, au lieu d’apprendre à bien de maîtriser leurs vies numériques et d’être leur propre maître, les utilisateurs-producteurs d’élèves seront livrés pieds et poings liés au marché numérique et parfois vendus sans crier gare, comme le montre le rachat récent d’Instagram par Facebook, avec leurs données et contenus à de nouveaux maîtres. Car si l’école ne s’occupe pas des médias sociaux et du numérique, le marché et principalement Facebook s’en chargeront.

Concernant la culture, l’exercice proposé était bien loin de ce qui aurait permis d’y élever les élèves en venant à leur rencontre et la démarche choisie lors de cette mascarade a, comme l’indique fort bien Emmanuel Jaffelin,3

moins prouvé la tricherie des élèves que mis en évidence la date de péremption des exercices demandés.

Sans parler que, de tout temps, ces exercices ont plus favorisé la recopie et le couper/coller que le développement de la réflexion autonome des élèves…

Heureusement, dans le même temps, d’autres initiatives vont à la rencontre des élèves, s’approprient les outils de la culture numérique pour véritablement les élever à la culture, au savoir et les former avec les médias sociaux.

C’est ainsi que Laurence Juin a remis le couvert et recourt avec ses élèves à Twitter pour préparer le bac. Il s’agit ainsi en histoire d’«inciter les élèves à réviser, à chercher en posant des questions, en donnant des réponses.»4

Le principe est simple. L’enseignant pose une question d’histoire, de géographie ou d’éducation civique en rapport avec le programme et les élèves y répondent en reformulant la question et donnant leur réponse. En cas d’erreur, d’imprécision ou de faute d’orthographe, l’enseignant demande à l’élève de reformuler. De plus, tout «tweeteur» peut participer en rédigeant des questions.

Mais mon coup de cœur du mois, l’illustration que, plutôt que rejeter les élèves et le lieu central de leur vie qu’est devenu l’Internet et le numérique,5 il faut aller à leur rencontre là où ils sont pour faire œuvre de culture et d'enseignement, vient de l'initiative de Boruch Szlezinger.

Boris Szlezinger est un rescapé de la Shoah, ancien déporté politique des camps de concentration nazis, survivant des marches de la mort. Bel exemple de collaboration et de savoir partagé et reconnu entre les générations, c'est son petit-fils qui lui a créé un compte sur Twitter et le gère dans le but de faciliter la transmission de la mémoire de la Shoah.6

Avec 140 caractères, l'économie de mots imposée à chaque message nous replonge dans l'effroi de cette abomination que fut l'expérience des camps de concentration et de l'entreprise d'extermination de l'Allemagne nazie:

Eythan Szlezinger, son petit-fils, explique l'intérêt de l'utilisation de Twitter dans leur démarche, alors qu'aujourd'hui en France, il reste à peine cinquante anciens déportés, un nombre qui ne cesse de diminuer au fil des jours7

Twitter est un outil de communication particulier. Il permet de s’adresser au grand public sans intermédiaire avec moins de 140 caractères. […] Grâce aux mentions et aux messages privés (DM pour les initiés), on peut discuter en direct avec les lecteurs. On peut approfondir le sujet que l’on traite, donner des détails, répondre à des questions. On y trouve des personnalités de la télévision, de la politique, du cinéma, de la musique. Grâce à eux et au relais qu’ils font, les internautes lambda, désireux d’apprendre ou de s’informer, savent que ce compte existe. À la différence de Facebook, Twitter est une plateforme dynamique sans cesse stimulée par l’actualité. Il est alors facile pour les lecteurs curieux de s’informer.

On perçoit ainsi et notamment le formidable effet multiplicateur, de diffusion et d’appropriation des médias sociaux. Il serait incompréhensible, voire criminel, que l’éducation nationale s’en détourne.

Pour notre part, nous préférons espérer, à la suite d’Olivier Ertzscheid, que l’activité de publication avec les média sociaux sera enseignée pour «en faire le pivot de l’apprentissage de l’ensemble des savoirs et des connaissances»,8 car

Cet enjeu est essentiel pour que chaque individu puisse trouver sa place dans le monde mouvant du numérique, mais il concerne également notre devenir collectif, car comme le rappelait Bernard Stiegler : « la démocratie est toujours liée à un processus de publication – c’est à dire de rendu public – qui rend possible un espace public : alphabet, imprimerie, audiovisuel, numérique. »

Les allumeurs de réverbères, parsemés sur la toîle, que je rencontre me donnent à penser qu’il reste de l’espoir et un avenir pour l’école.

Cet article est la reprise de ma chronique mensuelle du Café pédagogique. (No 132, Avril)

  1. on trouvera ici une série d’articles critiques concernant ce «pourrissage» : L’affaire du « pourrisseur du web ». Points de vue critiques []
  2. Je fais bien sûr allusion indirectement au livre de Serge Boimare]. Mais je vous renvoie aussi à cette conférence, donnée à mi-mars, par la sociologue Dana Boyd consacrée au “le pouvoir de la peur chez les publics en réseaux”, traduite par InternetActu, danah boyd : pourquoi avons-nous peur des médias sociaux ?. Elle s’appuie notamment sur l’ouvrage de Barry Glassner, la Culture de la peur. []
  3. Internet fait place nette dans la pédagogie []
  4. Réviser le bac avec Twitter? []
  5. «[Nous les enfants du Web] n’utilisons pas Internet, nous vivons sur Internet et à ses côtés. Nous nous sommes fait des amis et des ennemis en ligne, nous avons préparé des antisèches en ligne pour passer des examens. nous avons prévu des soirées et des sessions de travail en ligne, nous sommes tombés amoureux et avons rompu en ligne. Le Web n’est pas pour nous une technologie que nous avons dû apprendre et sur laquelle nous aurions mis la main. Le Web est un processus en constante évolution sous nos yeux ; avec nous et grâce à nous.»

    Propos de Piotr Czerski, né en 1981, un poète, auteur, musicien, informaticien et blogueur polonais.Celui-ci a publié début février 2012 dans le journal local de Poméranie Dziennik Baltycki, un article qui a des allures de manifeste pour la nouvelle génération.

    Nous les enfants du Web [ Framablog []

  6. https://twitter.com/#!/BSzlezinger []
  7. Ancien déporté, mon grand-père utilise Twitter pour témoigner | Le NouvelObs+ []
  8. Et si on enseignait vraiment le numérique ? []

Les médias sociaux et l’industrie de l’information

A combien de reprises avez-vous appris une information par l’intermédiaire des réseaux sociaux et non via la presse traditionnelle ? Réalisée par le site Schools.com et basée sur les données publiées par Reuters, le Washington Post, ou encore le Pew Research Center, l’infographie met en avant une série de chiffres -valables pour les Etats-Unis- sur l’importance qu’ont pris les médias sociaux auprès du grand public dans le relais de l’actualité.

On y constate (voir au bas de ce billet) que la télévision reste le média principal d’information. Il est concurrencé par les médias sociaux en raison du développement des outils mobiles. L’enjeu pour les chaînes de télévision consiste donc à adapter leur canal d’information à nos smartphones et autres tablettes numériques. Cela concerne principalement concernant la diffusion d’images en direct ou très rapidement.

Il s’agit peut-être pour elles de se transformer en média social à la manière de Facebook ou à celle de Twitter. L’autre solution consiste à développer leur décrochage sur ces deux plate-formes.

La situation parait quelque peu différente pour les journaux qui sont encore plus concurrencés par les médias sociaux que l’information télévisuelle. De plus, les journaux sont pris en tenaille entre les chaînes TV et les médias sociaux. Comme l’indiquait récemment Marcus Brauchli, le directeur de la rédaction du Washington Post (WaPo), «le quotidien de référence c’est Internet»1

Pour la presse écrite, le bouleversement est profond comme le note Marcus Brauchli:

Il y a trois ans et demi, quand je suis arrivé, notre première conférence de rédaction avait lieu vers midi. Aujourd’hui, la première réunion de la journée est à 8 heures du matin, la dernière, douze ou treize heures plus tard. Nos journées ressemblent désormais un peu à celles des chaînes de télévision. Nous programmons notre flot d’informations en fonction du moment où le public vient à nous.

Comme d’autres journaux, le Washington Post a même pris l’option d’être présent sur Facebook via Social Reader

Social waspo 9d8ca

Cette application permet d’informer ses amis des articles qu’on a lus. Bientôt 20 millions de personnes l’auront téléchargée. Néanmoins, c’est une application controversée et c’est ainsi que le New York Times a lui refusé de s’y mettre. Mais le journaux auront-ils encore longtemps le choix lorsqu’on peut observer, concernant les Etats-Unis, que près de 60% des personnes informées via les médias sociaux l’ont été au travers de leur utilisation de Facebook?

L’infographie :

Social Media: The New News Source
Courtesy of: Schools.com

  1. Le quotidien de référence, c’est internet | Ecrans []

Guide des médias sociaux. Edition 2012

L’agence de communication Wellcom a publié en ligne l’édition 2012 du guide Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les médias sociaux sans jamais oser le demander… ou comment intégrer les médias sociaux dans votre communication et vos relations avec vos publics (en pdf, 94 pages) dont la première version date de 2009.

Bonne lecture !

Benjamin Vurlod artiste «digital» suisse et boéland

On peut être boéland (habitant de la Tour-de-Peilz) et proposer des travaux digitaux décoiffants.

Je ne résiste donc pas à partager avec vous la vidéo suivante. Elle présente le travail de Benjamin Vurlod, habitant de La Tour-de-Peilz :

Benjamin Vurlod Demoreel 2012 from Benjamin Vurlod on Vimeo.

Il se présente lui-même de la manière suivante :

Hello!

Benjamin Vurlod is a Swiss Digital Artist.

I work with Computer Graphic Imagery as an independent since 2008.

Architecture, Industrial Design, Motion design, Corporate Identity are my main activities.

I work essentially with Blender, a very exciting open source cgi software, but also other like 3DSmax, Maya, After effects, Vray, Photoshop, Illustrator, Indesign.

Il dispose évidemment d’un site présentant ses travaux. Il vous permettra de suivre ses réalisations comme de prendre contact avec lui : http://www.creativityhunter.ch

Avertissement : je ne dispose d’aucune distance critique par rapport à la personne concernée. En effet, Benjamin Vurlod a d’abord été le moniteur de gym de mon fils et un gymnaste de la société des Jeunes Patriotes de Vevey.

Indépendamment de cela, je suis toujours «bluffé» par ses réalisations. Comme on dit : «aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années.» Chapeau Mon Cher Ben!

Les mots du génocide | MetisPresse

Écrivain, essayiste et journaliste de radio, depuis 2009 David Collin co-dirige Babylone, émission quotidienne des savoirs de la Radio suisse romande. Il dirige la collection IMPRESCRIPTIBLE. Régine Waintrater, psychanalyste et maître de conférences à l’Université Paris Diderot, est spécialiste des traumatismes extrêmes et de leur transmission. Elle a participé aux deux grands projets européens de collecte de témoignages vidéo des survivants de la Shoah conduits par l’équipe Spielberg et l’Université de Yale.

Le langage est une arme de destruction massive. Utilisés, tronqués, et réinventés par les bourreaux, les mots stigmatisent les individus, les réduisent au rang d’animaux nuisibles, insinuent leur disparition, mettent en œuvre un processus d’élimination, et réfutent l’existence du génocide au moment où il est en train de s’accomplir. Pur négationnisme.

L’un des premiers à mettre en évidence cette utilisation du langage fut le philologue Victor Klemperer, entre 1933 à 1945, lui, juif allemand constamment menacé d’être déporté par les nazis. À l’écoute de la radio, lisant les journaux et livres qui véhiculaient l’idéologie nazie, Klemperer analyse la perversion d’un langage utilisé à des fins criminelles, et comprend ce qui se joue au sein du langage : la préparation des esprits à la destruction des juifs, et la mise en œuvre du génocide. Les mots tuent. Ils conduisent aux chambres à gaz et aux fosses d’Ukraine. Klemperer comprend que le processus de « purification » entrepris par les nazis, commence par une une distorsion du langage.

L’étude de Klemperer est le point de départ d’une réflexion plus large sur le rôle du langage avant, pendant et après les génocides du xxe siècles. Comparaisons et réflexions amorcées lors de plusieurs rencontres interdisciplinaires entre 2008 et 2009. Si les savoirs ont été convoqués, la parole essentielle des survivants était au centre des débats. Avec cette interrogation constante sur les mots «génocide», «guerre» et «témoins», et la volonté de retourner contre eux le langage pervers des bourreaux et des négationnistes, d’en expliciter les mécanismes.

Les auteurs réunis dans cet ensemble d’études et de témoignages apportent tous de nouveaux éléments de réflexion au débat commun, mais aussi dans certains cas, pour leur relation directe avec les événements dramatiques que nous étudions, puisque certains d’entre eux sont des rescapés ou des proches de rescapés du génocide, et portent une parole qui nous relie toujours au réel, aussi inimaginable soit-il: «oui, c’est bien arrivé, et cela pourrait recommencer demain.»

Le site de l’éditeur : Les mots du génocide.

Photos du mois : En travaux

Ainsi donc le thème du mois est « en travaux ».

Pour l’occasion, je choisis de vous présenter quatre photos. Elles sont le résultats de mes travaux avec mon Pentax Q. Le Pentax Q est un appareil hybride au format d’un compact et à objectifs interchangeables. A l’aide de bagues adaptatrices, il est possible de lui adjoindre des objectifs d’autres marques ou tous ceux de la gamme Pentax. Comme son capteur est très petit, le moindre petit zoom se transforme en superzoom.

C’est ainsi que les photos du mois ont été réalisées en utilisant mon Pentax Q et un (vieux) zoom macro Pentax de 50mm qui se transforme ici en zoom de 275mm environ en équivalent 24×36. Avant de commencer, je vous propose une photo du matériel utilisé:

IMG 0303

L’utilisation de la bague adaptatrice oblige à travailler en mode manuel. L’utilisation d’un trépied peut rapidement se montrer indispensable pour éviter le bouger. L’utilisation d’un tel zoom permet tout à la fois de se centrer sur le premier plan tout en ajoutant un flou au deuxième plan difficile à obtenir habituellement avec un compact et un capteur de cette taille. Les différents mode de personnalisation du Pentax Q favorisent l’expérimentation et le plaisir de travailler avec un tel appareil!

IMGP3356

Cette photo a été prise en utilisant le mode contraste élevé. Aucune retouche en post-traitement.

IMGP3469

Un autre exemple de photo ainsi réalisée. En mode normal et toujours sans retouche.

IMGP3507

Maintenant, je vous propose une très classique photo de bougie allumée et de nuit (toujours sans retouche).

Je terminerai avec la photo qui est probablement la plus en lien avec le thème du mois (mode contraste élevé, sans retouche).

IMGP3391

Si l’intérêt d’un appareil photo réside dans le nombre de fois qu’on a envie de l’utiliser et qu’on l’a sous la main, alors le Pentax Q m’intéresse au plus haut point.

Les travaux des autres :

100driiine, A&G, Agnès, Akaieric, Alexanne, Alexinparis, Anaou, Anne, Anne Laure T, Anne-Cécile, Annick, Aparça, Ava, Babou, Batilou, Bestofava, Blogoth67, Cara, Carnets d’images, Caro, Carole In England, Caroline, Cathy, Cécile, Cekoline, Céliano, Céline in Paris, Cessna, oui !, Champagne, Cherrybee, Chris et Nanou, Clara, Coco, Cocosophie, Cricriyom from Paris, Cynthia, Dan, David et Mélanie, DNA, Dorydee, Dr CaSo, E, Eff’Zee’Bee, Egedan, Emi London, Emily58, Emma, Famille Gerdel, Fanny et Vincent, Filamots, Florian, florianL, François le Niçois, Frédéric, Galinette, Gilsoub, Gizeh, Glose, Grignette, hibiscus, Hugo, Isabelle, Isabelle et Gilles, J’adore j’adhère, Jean Wilmotte, jen et dam, Julien, Karrijini, Krn, Kyn, Kyoko, La Fille de l’Air, La Flaneuse, La Nantaise, La Papote, La Parigina, LaGodiche, Laure, Laurent Nicolas, Lauriane, Lavandine, L’Azimutée, Le Mag à lire, Le-Chroniqueur, Les petits supplices !, Les voyages de Lucy, Les voyages de Seth et Lise, Les zinzins, lesegarten, Leviacarmina, Lhise, Lost in London, Louiki, Louisianne, Loutron glouton, Lul worth blue, Lyonelk, M.C.O, Ma, magda627, Mamysoren, Mandy, Manola, Manuelle, Marion, M’dame Jo, Mgie les bons tuyaux, Minicecile, Muni57, Nataru, Nathalie, Nikit@, Nomade57, Nora, Olivier, Ori, Où trouver à Montréal ?, Quelbazar, Renepaulhenry, Sébastien, Sephiraph, Sinuaisons, Soiz, Spiki, Stephane08, Stéphie&lesCacahuètes, Surfanna, Tam, Tambour Major, Testinaute, The Parisienne, Thib, Titem, Une niçoise, Vanilla, Vinie, Violette, Viviane, Voyagesetc, Xavier Mohr, Zaromcha.

Vous désirez participer à La Photo du Mois ? Rien de plus simple : connectez-vous sur Facebook et rejoignez-nous. Une question ? Contactez Olivier.

 

Revue de presse : Internet fait place nette dans la pédagogie

Difficile d’enseigner par les temps qui courent. Il faut dire que le temps court à la vitesse de l’électron. L’enseignant (Loys Bonod, Lycée Chaptal à Paris) qui a piégé ses élèves en fabriquant de faux corrigés afin d’établir de manière magistrale et éclatante qu’ils ne savent pas travailler sans internet a moins prouvé la tricherie des élèves que mis en évidence la date de péremption des exercices demandés.

Internet fait place nette dans la pédagogie

Revue de presse : Plaidoyer pour une rencontre entre la culture populaire et la culture élitiste |

Je lis et entends depuis quelques jours des gens qui s’indignent, qui s’irritent même face aux jeunes supposément «ruinés par les réseaux sociaux». Ils ciblent leur désarroi en lien avec leur manque d’intérêt pour la formation académique et la culture savante, leur emprisonnement dans une culture de masse qui serait aussi pauvre que désolante. Il faudrait peut-être les inviter à se familiariser avec le concept de Cultural Studies!

Plaidoyer pour une rencontre entre la culture populaire et la culture élitiste |

Facebook/Instagram : nouvelle Compagnie des Indes et esclavage numérique?

Pour certains, le rachat d’Instagram par Facebook fait craindre l’apparition d’une nouvelle bulle internet. Mais ce rachat n’est-il pas plutôt l’illustration d’une forme d’esclavage à l’ère numérique et de la politique mercantiliste et colonisatrice du cyberspace social par les nouvelles Compagnies des Indes que sont Google ou Facebook?
Le rachat d’Instagram par Facebook marque les esprits par le montant déboursé de 1 milliard de dollars.
Ce montant joue avec une symbolique (le milliard). C’est aussi 1 milliard pour 30 millions d’utilisateurs inscrits, «vendus» au plus offrant. Tout cela pour une entreprise qui n’avait que 551 jours d’existence publique et 5 millions de clichés publiés chaque jour.
C’est aussi l’équivalent de 1,8 million de dollars de chiffre d’affaire journalier pour un service gratuit et ne gagnant rien par la publicité.

Est-ce pour autant le signe d’une nouvelle bulle internet?

En préambule, ce rachat ne concerne pas qu’internet, mais toute l’industrie du divertissement et de l’information qui se restructure sous l’impulsion du numérique. Ainsi, à titre d’exemple, Marcus Brauchli, le directeur de la rédaction du Washington Post, explique à Libération d’une part que «désormais Internet est le quotidien de référence» et présente, d’autre part, la politique en ligne du journal basée sur la gratuité qui doit lui permettre de développer sa base de lecteurs/utilisateurs.1 En elle-même, cette politique n’est guère différente de celle utilisée jusqu’à aujourd’hui par Instagram ou hier par Facebook.
Le numérique a ainsi bouleversé les modèles économiques traditionnels et développe un modèle économique particulier dans le domaine de l’information et du divertissement.
Désormais, il s’agit en premier lieu de développer une base d’utilisateurs qui consomment, mais également produisent du contenu. Plus les utilisateurs sont nombreux et publient des données et du contenu, plus la valeur du service augmente alors que précédemment c’est le contenu produit par ces industries et le nombre de consommateur achetant ce contenu qui formait la valeur d’une société.
ll est important également de développer en premier sa base d’utilisateurs, car, si il y a beaucoup d’élus au départ, le marché se caractérise par son caractère très fortement monopolistique mondialisé à l’exemple de Google comme quasi unique moteur de recherche, Facebook comme LE réseau social des particuliers ou Amazon comme seule librairie en ligne. Cela n’empêche par forcément la fragilité de ces mastodontes comme le démontre la chute rapide de MySpace.

N’est-ce pas plutôt l’illustration de l’existence d’un marché aux esclaves numériques?

Ainsi, ce qui se joue sous nos yeux dépasse la seule question d’une éventuelle bulle internet. Il faut poser la question du modèle économique de cette industrie du divertissement et de l’information à l’heure d’internet. Ce modèle est également en lien avec l’aspect de l’internet «libertaire» qui fait partie des «gênes» de l’Internet et explique aussi le modèle des start-up comme Instagram qui tendent, dans un premier temps, à masquer leurs aspects mercantiles.
Le choc entre le modèle gratuit/libertaire et la logique mercantile explique en partie la réaction de nombreux utilisateurs d’Instagram lors de son rachat.
En effet, le rachat met alors en évidence les logiques marchandes sous-jacente du modèle

Instablack est le mouvement de protestation des utilisateurs d’Instagram.
Photo de sarahonherown

Soudain, les utilisateurs-producteurs sont vendus avec leurs données et contenus. Un marché d’esclaves numériques apparaît. Certains cherchent alors à s’affranchir et à rompre leurs chaînes alors que d’autres restent dans l’illusion de leur libre-arbitre et changent docilement de maître. Pas un seul coup de fouet n’a alors été échangé.

Facebook et Google : nouvelles Compagnies des Indes ?

Dans ce cadre-là, les références au rachat d’Instagram par Facebook sont plus à rechercher du côté de la politique de développement des comptoirs sur le continent asiatique et de l’histoire des Compagnies des Indes que de la crise des Tulipes et des bulles spéculatives.2
A ce titre, le rachat d’Instagram est autant une politique de conquête des espaces sociaux numériques en absorbant un concurrent et une menace potentielle qu’une manière de se prémunir devant l’arrivée de nouveaux prédateurs (Pinterest). Pour l’analyste Rob Enderle3

«L’acquisition d’Instagram pourrait valoir des dizaines de milliards de dollars si elle permet à Facebook de garder l’avantage et neutraliser Pinterest.»

Il ne s’agit pas d’oublier non plus la menace d’une autre compagnie dominante aux dents longues (Google). Cette dernière n’est pas sans servir de modèle au rachat d’Instagram. En effet, en 2005, Google avait réalisé une opération similaire et qui est restée dans les annales avec l’acquisition de YouTube pour 1,6 milliard de dollars. Depuis, l’importance prise par la plate-forme vidéo sur le Web et les revenus publicitaires qu’elle génère ne font plus rires les observateurs de l’époque qui s’étaient gaussés d’un rachat à un tel prix.
De plus, ce rachat d’Instagram tombe d’autant plus à pic qu’il intervient pour Facebook préalablement à une nouvelle étape de son développement et de sa propre valorisation financière.
Reste à déterminer auquel des destins des Compagnies des Indes, l’histoire de Facebook s’apparentera-t-elle. Sera-t-elle, face à Google, la Compagnie anglaise des Indes orientales anglaises supplantant la Compagnie néerlandaises des Indes orientales?4 Ou connaîtra-t-elle le triste destin de la Compagnie française des Indes orientales qui disparaît dans le cadre d’un scandale politico-financier en 1793?

Etre son propre maître ou choisir de qui nous serons l’esclave?

Dans ce contexte, pour l’internaute, il s’agit bien de maîtriser sa vie numérique et d’être son propre maître plutôt que de choisir de qui il sera l’esclave.5
Comme je l’indiquai encore en janvier 20126

J’ai toujours placé au centre de mes préoccupations la question de la maîtrise de cette dernière. Cette préoccupation concerne autant la question de la production de contenu, leur diffusion et leur archivage que celle de la collecte des informations, de leur mise en valeur et de leur conservation. Il en résulte que le choix d’applications Web doit notamment se faire en ayant à l’esprit leur durabilité et la possibilité qu’elles disparaissent du jour au lendemain. Dès lors, il est important soit de pouvoir dupliquer leurs données sur des espaces dont l’internaute est véritablement propriétaire, soit de pouvoir les sauvegarder sur son ordinateur. S’ajoute encore la nécessité lorsque c’est possible de privilégier le choix d’une solution OpenSource.

Si ajoute encore le fait que, du jour au lendemain, un service peut être racheté et vos données être reprises rapidement par un nouveau propriétaire que vous n’avez pas choisi.
La liberté est un bien trop précieux pour la remettre entre les mains de quiconque, fut-il même un maître bienveillant et attentionné. 7

  1. « Le quotidien de référence, c’est Internet » []
  2. Une brève histoire des crises financières. Des tulipes aux subprimes []
  3. Le Point. fr : http://www.lepoint.fr/high-tech-internet/facebook-s-offre-instagram-pour-un-milliard-de-dollar-10-04-2012-1449877_47.php []
  4. Ces Compagnies sont créée alors que le capitalisme est encore en gestation dans un monde féodal, elles ont inspiré plusieurs grandes caractéristiques des entreprises modernes : le modèle de la société anonyme émettant des actions et obligations ainsi que le modèle de la multinationale implantée dans des pays à l’autre bout du monde. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales a fortement contribué à l’Histoire des bourses de valeurs. []
  5. Firefox ou Google Chrome: Etre son propre maître ou choisir de qui nous serons l’esclave? []
  6. Le 10 applications web que j’utilise le plus []
  7. Firefox ou Google Chrome: Etre son propre maître ou choisir de qui nous serons l’esclave? []