Deux expositions sont au programme de notre visite à Photo Elysée – Musée cantonal pour la photographie – à Plateforme10 à Lausanne en ce dimanche 13 octobre : celle consacrée à Daido Moriyama et l’exposition hommage à Sabine Weiss.

En premier lieu, la rétrospective dédiée à Daido Moriyama (exposition du 06.09.2024 au 23.02.2025). Cette rétrospective est produite par l’Instituto Moreira Salles (Sao Paulo, Brésil) et fait escale en Suisse après Berlin et Londres.

En 2023, à l’occasion de son passage à Londres, Le Guardian avait placé cette rétrospective dans les meilleures expositions photographiques de l’année. Il la présentait de la manière suivante :
Une plongée profonde ravissante, enivrante et écrasante dans l’œuvre apparemment sans fin de l’énigmatique maître japonais de la photographie. Se déplaçant entre des vignettes érotiques, des instantanés poignants de la nature et des aperçus politiquement piquants de la vie dans le Japon d’après-guerre, cette exposition prouve qu’il y a tellement plus à Moriyama que des bas de résille et des scènes de rue. Ambitieusement organisées par Thyago Nogueira, les images ici ne sont pas joliment accrochées aux murs ; elles sautent et vous attrapent par la gorge. Incontournable.

En second lieu, nous avons visité l’exposition hommage consacrée à Sabine Weiss (1924–2021) pour le centenaire de sa naissance, exposition à laquelle se joint la plasticienne Nathalie Boutté qui dialogue avec l’œuvre de Weiss au travers de magnifiques travaux en papier s’inspirant des photographies de son aînée (exposition du 22.06.2024 au 23.02.2025).

« Je photographie pour conserver l’éphémère, fixer les hasards, garder en image ce qui va disparaître: gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L’appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent. Ce sont quelques traces de ma vision sur notre époque.» (Propos de Sabine Weiss mis en exergue dans l’exposition par Nathalie Boutté)

Figure majeure de la photographie humaniste française, à la fois photographe de rue, de mode et de publicité, mais aussi photoreporter pour de nombreuses revues internationales, Sabine Weiss a exploré tous les aspects de son métier pendant plus de soixante ans.
En ouvrant le fond des archives de la photographe désormais en sa possession au regard de Nathalie Boutté, Photo Elysée dévoile un pan méconnu de l’œuvre de Sabine Weiss, notamment son travail en studio. Passionnant.
Je vous invite à mieux faire connaissance avec Sabine Weiss en visionnant sur Vimeo de portrait réalisé par Photo Elysée : Sabine Weiss. Une vie en photographie.
Pour notre part, nous vous conseillons de débuter par la rétrospective dédiée à Daido Moriyama, puis de poursuivre avec l’exposition hommage à Sabine Weiss. Avec ses côtés souvent sombres, l’exposition Daido Moriyama est prenante pour le visiteur qui est ensuite pris par l’humanité joyeuse et espiègle tant des photos que de la personnalité de Sabine Weiss.

Les deux expositions nous font réfléchir sur le rôle de la photographie et la place des images dans nos sociétés. Dans ses travaux, Daido Moriyama interroge ce qu’est la photographie dans les flux d’actualité et des journaux ou magazine et il cherche à développer un autre regard que le voyeurisme et la banalisation finalement produites par l’univers médiatique. La documentant et l’interrogeant dès les années 1960, cette première avalanche de photos précède celle que nous connaissons et subissons de nos jours avec les réseaux sociaux. A méditer.
Pour sa part, Sabine Weiss documente inlassablement, avec sa photographie humaniste, le quotidien et, comme elle le dit, fixe ainsi les hasards et garde en image ce qui va disparaître. Une belle leçon de vie.