Nouvelles de l'histoire

L´étrange défaite | Avoir raison avec Marc Bloch

Ce texte, écrit à chaud dans l’été 1940, est une analyse implacable de la défaite française. Marc Bloch qui, bien que déjà âgé, s’était volontairement engagé dans les combats de la bataille de France, a vécu la débâcle française.

Il tente de démêler les responsabilités militaires et politiques de cet échec mais en profite aussi pour présenter, à la première personne, le témoin qu’il est. Ce texte ne sera publié que de manière posthume, après son exécution en 1944 par les allemands, en 1946 au éditions « Franc-Tireur ». Il est devenu, depuis quelques années, le texte de référence des historiens de l’histoire du temps présent. Peter Schottler, cofondateur des « Cahiers Marc Bloch » et longtemps chercheur à l’Institut d’Histoire du Temps Présent, et Christian Ingrao, spécialiste de l’histoire du nazisme, qui a dirigé l’IHTP, nous disent combien cet ouvrage est essentiel pour la discipline historique.

Présentation du témoin dans « L’étrange défaite »

Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu’elle prétend s’appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite.Mais peut-être les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de « métèque ». Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière-grand-père fut soldat, en 1793; que mon père en 1870, servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion au IIeme Reich; que j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur . J’y suis né, j’ ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. Marc Bloch

A écouter : L’étrange défaite | Avoir raison avec Marc Bloch par Emmanuel Laurentin

Source de l’image : Soldats français en janvier 1940 • Crédits : BERLINER VERLAG / ARCHIV / DPA-ZENTRALBILD / DPA – AFP

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