Le renard apprivoisé par les chasseurs-cueilleurs ?

 

Le renard est une espèce sauvage classée parmi les nuisibles, et pourtant…
Andamanec et Ksenia Raykova/Shutterstock , CC BY-NC-ND

Colline Brassard, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

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Apprivoisés ou domestiqués ?

Rappelons-nous les paroles du Petit Prince de Saint-Exupéry : apprivoiser, c’est « créer des liens ». Il y a environ 15 000 ans, des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur se sont rapprochés de loups peu farouches, les apprivoisant sans doute pour en tirer une protection face aux prédateurs, tandis que les loups bénéficiaient, eux, d’un accès facilité à la nourriture.

Opérant progressivement une sélection artificielle sur ces animaux plus dociles que leurs congénères, les humains ont alors initié un processus de domestication, certainement en plusieurs points du globe. Ainsi, à partir du loup sauvage, l’humain a créé son ami le plus fidèle, selon l’image qu’il s’en faisait.

S’il te plaît… apprivoise-moi !
Ivan Protsiuk/Shutterstock, CC BY-NC-ND

Le renard n’a pas eu le même destin. Il est resté sauvage, peut-être parce qu’une cohabitation aurait été moins bénéfique pour nous, étant donné qu’il ne vit pas en meute et a une carrure moins imposante. Pour autant, l’humain ne peut s’empêcher de tenter de « créer un lien » avec le petit rusé, et cela ne date pas d’aujourd’hui. Bien avant que Le Petit Prince n’en fasse l’expérience, il semblerait que les hommes préhistoriques tentaient déjà d’en faire leur compagnon.

En effet, de rares trouvailles archéologiques suggèrent que nos ancêtres ont pu développer une relation privilégiée avec le renard, lui attribuant un statut particulier. Ainsi, si l’on en croit les chercheurs Lisa Maher et Edward Banning des universités de Cambridge et de Toronto, la première association homme-renard en contexte funéraire daterait d’il y a 16 500 ans.

À Uyun al-Hammam, en Jordanie, un renard et un homme ont été retrouvés dans deux tombes adjacentes avec des offrandes. Selon les auteurs de l’étude, il pourrait s’agir d’un renard tué pour être enterré avec son « propriétaire » – les deux corps ayant été par la suite partiellement déplacés ensemble pour maintenir le lien qui les unissait de leur vivant –, et ce, avant même que le chien domestique ne soit présent dans la région.

D’autres cas plus récents sont rapportés, datant notamment de l’âge du Bronze, soit il y a environ 4 000 ans. Ainsi, en Alsace un renard aurait été mis en terre avec des offrandes, tandis que plusieurs renards auraient été enterrés aux côtés d’humains et de chiens dans différents sites ibériques.

Ces cas exceptionnels évoquent selon les spécialistes une tentative de rapprochement, voire de domestication, même si l’hypothèse de pratiques rituelles n’est pas à exclure. En effet, notre conception actuelle de l’animal familier peut fausser le débat. Il est possible qu’elle ne soit pas transposable à l’éventail des relations entretenues par les chasseurs-cueilleurs avec la faune sauvage qui les entourait.

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Colline Brassard, Docteur vétérinaire, doctorante en anatomie fonctionnelle et en archéozoologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

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