BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi (Libération)

Ce jeudi, le journal Libération nous apprend que la famille Quandt, l’une des plus puissantes familles d’industriels allemands, a finalement cédé à la pression. Les propriétaires de BMW vont ouvrir leurs archives afin de faire la lumière sur une sombre page de leur passé, l’implication des deux figures historiques du clan, Günter Quandt et son fils Herbert, dans les crimes nazis.

Le fondateur de l’entreprise Günther Quandt avec ses fils Harald (à gauche) et Herbert. Source: http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/die-quandts-dunkle-schatten-ueber-der-dynastie-1.340952

Qu’est-ce qui les a amenés aujourd’hui à une telle démarche? Les recherches minutieuses et le documentaire de la chaîne de télévision publique allemande NDR, montré en avant-première au festival du cinéma de Hambourg fin septembre, et qui sera diffusé le 22 novembre sur la chaîne ARD, est à l’origine de ce retournement spectaculaire.

Les journalistes Eric Friedler et Barbara Siebert y démontrent la façon dont la famille, déjà richissime avant la guerre, a profité du nazisme puis du conflit pour s’enrichir davantage. Plus étonnant, la famille a réussi à passer sans encombre au travers des mailles de la dénazification alors que, sans aucun doute, ils auraient été condamnés tout comme les familles Krupp ou Flick : usines travaillant comme rouage essentiel de la machine de guerre allemande, personnel fourni par les camps de concentration à la mortalité élevée (“Au camp de Stocken, on meurt en six mois”, disaient les SS aux nouveaux venus, selon un rescapé danois interrogé), rachat à bas prix et sans scrupule d’entreprises de Juifs concurrentes.

De gauche à droite: Magda Goebbels (ex-Quandt), Josef Goebbels, Adolf Hitler (derrière) et son fils Harald Quandt, issu de son premier mariage avec Günther Quandt.

Pour sa part l’historien allemand Joachim Scholtyseck, professeur à l’Université de Bonn et spécialiste du Troisième Reich, fait des recherches sur la famille Quandt depuis 3 ans. Deux intéressants articles de la Sueddeutsche Zeitung sont consacrés aux travaux du professeur Stoff für den unabhängigen Historiker (19.11.2007)1 et Die Familie Quandt bricht ihr Schweigen (05.10.2007).

Dans les débats actuels autour du rôle de la presse et de son devenir (Roger De Diesbach (2007) Presse futile presse inutile. Genève: Slatkine), ce travail d’enquête salutaire prend tout son sens. Autrement la peopolisation des médias jouera à terme contre la démocratie.

Article complet : http://www.liberation.fr/actualite/monde/293020.FR.php (Libération 22 novembre 2007)
Compte-rendus de Roger De Diesbach, Presse futile presse inutile:
Mediablog
ouVertures.info
Suisse : Quel avenir pour le journalisme?

  1. dont les deux photos de mon billet sont issues []
Lyonel Kaufmann

12 Comments

  1. Curieuse cette soudaine focalisation sur BMW… toute l’industrie allemande n’était-elle pas au service de l’Allemagne nazie ? Et pas seulement l’industrie allemande puisque une bonne part de l’industrie soviétique et anglo-saxone ont activement participé au réarmement allemand dans l’entre-deux guerres. La Banque des Réglements Internationaux (BRI) installée à Bâle par les Alliés de 14-18 a continuellement financé les nazis y compris pendant la dernière guerre (lire de Marc-André Charguéraud « Le banquier américain de Hitler). Cette banque alliée a aussi acheté de l’or nazi. Et puis toute l’industrie européenne a travaillé pour l’industrie allemande pendant la guerre, l’industrie suisse par pure nécessité pour son approvsionnement.

    meilleures salutations

    Christian Favre

    PS pour ce qui concerne la collaboration soviéto-allemande tout un chapitre y est consacré dans le livre des Français Accoce et Quet « La guerre a été gagnée en Suisse »

    1. la bri c’est bien de la citer la banque de la mort je pense a toutes les personnes qui sont mortes dans cette guerre sans savoir pourquoi mais je n’irai pas plus loin dans mes propos je ne veux blesser personne mais j’en sai beaucoup sur la bri peut etre un jour j’en parlerai

      1. Après avoir hésité à publier votre commentaire, je vous laisse l’entière responsabilité de vos propos. Concernant la BRI et son rôle durant la deuxième guerre mondiale, voici les indications relativement neutres la concernant émises par le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) :

        Sous forte influence allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale (par moments plus de 70% des voix des actionnaires appartiennent à des Allemands), la BRI – présidée par l’Américain Thomas Harrison McKittrick à partir de 1940 – s’efforça de maintenir une stricte neutralité. Ainsi, elle continua, comme la BNS, de faire des affaires avec le Troisième Reich, de qui notamment elle reçut environ 13,5 t d’or, dont une partie était de l’or pillé par les nazis. Les accords de Bretton Woods (1944) recommandèrent sa liquidation en raison d’une part de son attitude controversée vis-à-vis de l’Allemagne durant la guerre et d’autre part de la création du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Cette recommandation ne fut pas suivie et, après la livraison à la Commission tripartite alliée de 3,75 t d’or volé, la BRI s’imposa rapidement comme un instrument indispensable du nouvel ordre monétaire.

        Source : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F13818.php

  2. Indépendamment de la situation de l’ensemble de l’industrie allemande pendant la guerre, c’est le fait que BMW ait été épargné alors que des reproches identiques pouvaient être fait à d’autres entreprises et familles industrielles allemandes qui ont été elles inquiétées, condamnées et dont les entreprises ont été confisquées comme pour les familles Krupp ou Flick. C’est ce deux poids, deux mesures qui créent la polémique en Allemagne. Peut-être aussi parce que cette entreprise avait une aura d’exemplarité aux yeux des Allemands relativement à son rôle durant cette période, exemplarité peut-être usurpée. Sans parler de ses liens avec la hiérarchie nazie (Goebbels) pour prendre possession des biens d’entreprises juives confisquées. On est ainsi bien loin d’une entreprise allemande devant continuer à travailler pendant la période nazie.
    Par contre, je ne connais pas le livre dont vous parler. Quelques premières et rapide recherches indiqueraient qu’il s’agit d’un roman historique et non d’un travail d’historien. Pouvez-vous fournir des indications complémentaires sur cet ouvrage? D’avance merci.
    Sur l’industrie suisse pendant la guerre, je vous renvoie à l’ouvrage de Daniel Bourgeois (1974) Le Troisième Reich et la Suisse, 1933-1941. Neuchâtel: 1974 Éditions de la Baconnière [ ancien collaborateur des Archives fédérales à Berne il publiait en 1998 également un nouvel ouvrage intitulé Business helvétique et Troisième Reich. Milieux d’affaires, politique étrangère, antisémitisme] ainsi que bien évidemment aux travaux de la commission Bergier. Cet ensemble de travaux mettent en évidence qu’un partie de l’industrie suisse a fait plus que de travailler par pure nécessité pour assurer son approvisionnement.
    Dans tous les cas merci pour votre intervention et la prolongation du débat.

  3. Bonjour,
    C’est un peu par hasard que je retrouve mon intervention sur votre site et que j’y découvre votre réponse et demande. J’ai lu plus d’une cinquantaine de livres uniquement sur la dernière guerre en Suisse, ce qui me permet d’une part de comparer les avis et d’autre part de me rendre compte que cette histoire reste encore méconnue. On s’est beaucoup focalisé sur les ventes d’armes ainsi que sur les achats d’or sans vraiment se demander le pourquoi de ce commerce. Le pourquoi il faut déjà aller le chercher dans les accords définissant les droits et les devoirs des Neutres, particulièrement dans le Traité de la Haye de 1907. Il y a été dit que les Neutres, en temps de guerre, avaient le droit de commercer avec les deux parties en guerre à condition de ne pas en favoriser une seule partie. Rajoutons que ce droit ne concernait que les privés, l’Etat neutre n’avait pas ce droit pour ce qui concerne les armes. Ce n’est qu’à ce jour, à la lecture du livre du professeur et historien Philippe Marguérat, que j’apprends qu’en fait le commerce effectué par la Suisse n’était pas aussi désequilibré qu’on la dit. Marguérat, après une étude fouillée constate que ce commerce fût à peu près équilibré entre Les Alliés et l’Axe avec même plus d’achat d’or aux Alliés ! Référence du livre: Philippe Marguérat « L’économie suisse entre l’Axe et les Alliés 1939-1945 ». Ed Alphil 2006. Marguérat montre bien, mais cela je le savais déjà, que contrairement à ce qu’à dit le Rapport Bergier, les achats d’or à l’Allemagne ont servi avant tout au maintien de la force du CHF qui a de ce fait était la monnaie de référence mondiale de cette époque. On sait que la monnaie d’un pays en guerre, quel qu’il soit perd de sa valeur. Maintenant si l’on constate que ces achats d’or on effectivement rendu service à l’Allemagne on doit aussi se demander s’ils n’ont pas rendu également des services aux Alliés et au monde en guerre. La réponse est oui, absolument. Financements:
    – services de renseignements alliés
    – diplomatie
    -Croix Rouge
    – Actions militaires
    – Assistance de la Suisse en tant que puissance protectrice auprès de 43 pays
    – Aide à la Résistance et aux Résistances

    Les Alliés avaient besoin de la Suisse, pour preuve les témoignages suivant:
    ******
    Sir David Kelly ,le ministre de Grande-Bretagne à Berne, qu’on voulait « faire disparaître », écrit dans ses mémoires en 1952:  » Si nous avions réussi en bloquant toutes les importations suisses de provenance d’outre-mer à mettre fin aux exportations suisses en Allemagne et aux exportations allemandes en Italie (à travers la Suisse), nous aurions non seulement ruiné l’économie suisse mais aussi enlevé aux Allemands leurs deux raisons majeures de laisser subsister une Suisse libre. » Il ajoute:  » Nous avions le plus grand intérêt à ce que la Suisse restât neutre et intacte. »

    Sir David Kelly
    *******
    Il existe plusieurs autres témoignages allant dans ce sens.

    Lorsque les Américains, en 1946, ont négocié avec la Suisse afin que cette dernière rembourse l’or allemand (la Suisse a payé 250millions de l’époque), donc pendant cette négociation, le débat fesait rage aux EU quant aux ventes d’armes américaines à l’Allemagne, voici un propos à ce sujet:

    19 […] II est curieux que Morgenthau ait pu faire des affirmations aussi catégoriques. Placé comme il l’était, il aurait dû savoir que durant toute la guerre les monopoles américains avaient mis leurs capitaux à la disposition de l’industrie allemande afin de lui permettre de produire des armements pour l’armée hitlérienne. Les preuves qui le confirment se sont étalées dans toute la presse des États-Unis dés la fin des hostilités, et l’on ne peut guère croire que Morgenthau l’ignorait pendant la guerre. Cependant, les méandres de la politique américaine d’alors étaient si tortueux que certains personnages, même haut placés dans l’appareil gouvernemental, n’ont peut-être même pas soupçonné le degré de collusion entre les États-Unis et l’Allemagne. En tout cas, si l’enquête entreprise par le Congrès au lendemain de la guerre sur cette collaboration a été rapidement close, nul ne saurait s’en étonner.

    André Gromyko Mémoires p. 47 (ambassadeur soviétique auprès des USA pendant la guerre

    Je vous invite à voir la video conférence de l’historien et politologue belge à ce sujet:

    http://www.dailymotion.com/video/x10hfx_le-mythe-de-la-bonne-guerre_politics

    Son travail est très bien mais comme cela se produit hélas couramment uniquement dans un sens. J’entends par là qu’il oublie de signaler la collaboration soviéto-allemande qui a été massive dès la signature du Traité de Rappallo en 1922, càd avant Hitler. Cette description est très bien faite par Accoce et Quet dans leur livre « La guerre a été gagnée en Suisse ». Vous trouverez ce texte à cette adresse:

    http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=38170

    Dans le « mythe de la bonne guerre » Powels souligne à quel point l’histoire de la Seconde guerre est complexe, il a raison.En Suisse, au cours de ces quinze dernière on a voulu la simplifier à l’extrême selon des critères du bien et du mal, ce qui est totalement absurde. Encore maintenant les jeunes historiens suisses ont une peine inouïe à se mettre dans un contexte de guerre, càd, dans un contexte ou le résultat compte plus que la morale.

    cordialement

    Christian Favre

  4. « En Suisse, au cours de ces quinze dernière on a voulu la simplifier à l’extrême selon des critères du bien et du mal, ce qui est totalement absurde. Encore maintenant les jeunes historiens suisses ont une peine inouïe à se mettre dans un contexte de guerre, càd, dans un contexte ou le résultat compte plus que la morale. »

    Les travaux de Daniel Bourgeois (1974) ou ceux d’historiens tels qu’Hans-Ulrich Jost n’ont
    a) rien de travaux de jeunes historiens ayant une peine inouïe à se mettre dans le contexte de guerre;
    b) datent de bien plus de 15 ans.

    Pas plus que les travaux de la commission Bergier ne sont ceux d’historiens inexpérimentés. Ils ont aussi l’avantage d’avoir eu accès à des archives inédites (dont celles d’entreprises suisses).
    Dans ce paysage des historiens professionnels, la position traditionaliste de Philippe Marguérat reste marginale et contestée.

    Concernant le livre de Lacroix-Rizsur vous le sortez totalement de ce contexte pour vous appuyez uniquement non pas sur les propos de l’ouvrage, mais sur ceux de l’auteur du compte-rendu. En effet, l’ouvrage de Mme Lacroix-Riszur au contraire veut faire la démonstration que le monde économique occidental avait de bonnes raisons de soutenir Hitler contre le communisme ou le bolchevisme. Soit la position exactement inverse à celle que vous défendez.

    Concernant le livre de Accoce et Quet “La guerre a été gagnée en Suisse”, datant de 1975, c’est un livre de journalistes et non d’historiens qui ne s’appuie sur aucune archives.

    Cordialement.

  5. Il faut savoir que Renauld aussi etait un bon collabo, mon grand père à travailler à Paris à l’épouque de l’usine de L’Île Seguin

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