Revue de presse : Le Centenaire et l’enseignement de l’histoire en Allemagne | Mission Centenaire 14-18

Un intéressant article sur la place de 14-18 dans les écoles allemandes et sur le poids pris par la période nazie dans les programmes scolaires. Et une question : quel 9 novembre commémorer?

La prestation de serment. Carte postale, 1915. © D.R.

Si, en ce printemps 2013, on interrogeait un professeur d’histoire allemand sur le prochain Centenaire, on entendrait sans doute la réponse « Quel centenaire ? ». En effet, la Première Guerre mondiale a disparu de la conscience publique allemande et elle ne joue plus un rôle très important dans l’enseignement de l’histoire à l’école

Le Centenaire et l’enseignement de l’histoire en Allemagne | Mission Centenaire 14-18

Revue de presse : "De l'Allemagne" : le grand malentendu

Le Monde publie un article sur la polémique que suscite en Allemagne la grande exposition « De l’Allemagne, 1800-1939, de Friedrich à Beckmann » ouverte au Louvre il y a trois semaines sous le parrainage de François Hollande et d’Angela Merkel. Comme l’indique Jean-Claude Péclet (http://bequilles.ch/2013/04/21/epilogue-berlinois/), ce débat interpelle, car il nous interroge sur ce que nous cherchons à voir en Allemagne.

"De l’Allemagne" : le grand malentendu

Revue de presse : Après le Goulag, l’épreuve du retour

Tous les survivants des camps nazis ou soviétiques ont connu une ultime épreuve: le voyage de retour. Un voyage qui, à la manière d’Ulysse, peut durer des années.
Julius Margolin, lui, a eu de la chance: son retour, de Slavgorod en Altaï jusqu’à Tel-Aviv en passant par Marseille, fut presque facile. Mais si le chemin de fer suit une ligne droite, son esprit reste prisonnier d’un dédale. Comme d’autres rescapés, il songe à ses cinq ans de camp, aux conditions de vie éprouvantes, au froid, à la mort de ses camarades. Il sait qu’il a désormais pour mission de témoigner. Là-bas, dans le néant carcéral, il craignait de perdre ses valeurs, d’oublier son humanité. Ici, il a peur que le souvenir s’évapore, il lutte pour ne pas oublier les autres, ceux qui sont restés. Il découvre aussi les ruines de la Pologne et le génocide de son peuple.

Après le Goulag, l’épreuve du retour | LeTemps

Ian Kershaw (2012). La Fin

« L’attrait charismatique de Hitler auprès des masses s’était de longue date dissous, mais les mentalités et les structures de son pouvoir charismatique perdurèrent jusqu’à sa mort dans le bunker. Divisées, les élites dominantes ne possédaient ni la volonté collective ni les mécanismes de pouvoir pour empêcher Hitler d’entraîner l’Allemagne vers sa destruction totale. »

L’historien Ian Kershaw livre un grand récit de la fin de la guerre.

Pourquoi la guerre a-t-elle duré si longtemps ? Comment expliquer l’incroyable résistance du régime nazi au milieu des décombres ? C’est à ces questions que Ian Kershaw tente de répondre. L’obstination fanatique du Führer, l’emprise du parti nazi sur la population, la peur viscérale de l’armée Rouge, mais aussi les choix stratégiques et militaires des Alliés sont quelques-unes des hypothèses explorées dans ce livre.

Le livre part De l’attentat manqué contre Hitler, le 20 juillet 1944, et court jusqu’à la capitulation du 8 mai 1945,

Ian Kershaw (2012). La Fin (The End, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat). Paris : Seuil, 660 pages.
Quelques comptes-rendus de l’ouvrage:

Revue de presse : 1937 – Un été en Allemagne nazie | Arte (vidéos)


Été 1937. Julien Bryan obtient une permission spéciale pour parcourir l’Allemagne et filmer ce qu’il s’y passe. Il veut montrer aux Américains la réalité du régime. Deux mois durant, il filme un peu tout sans a priori dans un style aux antipodes de celui de Leni Riefenstahl. S’il n’a pas l’autorisation de tourner partout, il réussit néanmoins à capter ici et là des scènes sur le vif qui ne sont guère à l’avantage des dignitaires nazis. Il fera sortir clandestinement sa pellicule et la société de production américaine « March of Time » en diffusera quelques minutes lors d’un JT en 1938, le diffusera aux Etats-Unis sous le titre de « Inside Nazi Germany 1938 », en utilisant des images tournées par Julien Bryan et de nombreuses scènes « reconstituées », dès le 21 janvier 1938, dans les salles de cinéma (ciné-journal). Il s’agissait alors de mettre en accusation le régime d’Hitler. La quasi-totalité des bobines 35 mm étant restées intactes, elles ont été adaptées à la HD pour ce documentaire, réalisé par Michael Klopf. On doit la bande son au compositeur Irmin Schmidt du groupe Can, une musique aux accents funèbres inspirée par un chant de la guerre de Trente Ans.

1937 – Un été en Allemagne nazie | Arte (vidéos)

En savoir plus sur Julien Bryan :

Suivant les pays, vous ne pourrez pas visionner cette vidéo. Le cas échéant, un logiciel comme Hide My Ass! Pro VPN (mac) vous sortira d’affaire !

Une histoire allemande : Hammerstein ou l'intransigeance

  • Hans Magnus Enzenberger – Hammerstien ou l’intransigeance « Le blog de la Quinzaine Littéraire«C’est chez le fabricant de pianos Bechstein qu’Adolf Hitler apprit » comment on tient son couteau à table « , c’est chez lui aussi que Kurt von Hammerstein fit en 1925 la connaissance du même Hitler. Il sut dès l’abord à qui il avait affaire.»Ce livre de Hans-Magnus Enzensberger, Hammerstein ou l’intransigeance n’est pas une biographie, mais un montage d’entretiens, certains fictifs, d’autres réels, mêlés à des fragments historiques, à des lettres et des témoignages de source et d’origine diverses, des rapports du KGB et de nombreuses photographies, c’est une tentative de reconstitution du climat politique de l’époque. Comment à travers une famille de la haute aristocratie militaire arriver à faire saisir ce que put être la proximité avec le crime absolu, saisi au lieu même de sa décision. Selon un curieux et habile procédé d’emmêlement à la fois impressionniste et objectif de détails et de grands faits politiques, Enzensberger s’efforce de retrouver ce que pouvaient être les sentiments et les attitudes d’un milieu social au plus près du cœur même du crime.
  • Hammerstein ou l’intransigeance, par Hans Magnus Enzensberger – L’EXPRESS – Quelle superbe « histoire allemande » que celle de Kurt von Hammerstein (1878-1943), chef d’état-major de la Reichswehr, l’armée de la fragile république de Weimar, qui dit « nein » à l’hitlérisme! Au-delà de ce portrait d’un homme lucide en rupture avec son milieu, l’aristocratie prussienne, l’essayiste Hans Magnus Enzensberger (82 ans) se penche sur le destin des membres de cette étrange famille unie par l’intransigeance, où tous empruntèrent des chemins de traverse. Les deux fils officiers seront impliqués dans le complot de juillet 1944 contre Hitler. Des trois filles, l’une s’engagera dans la cause sioniste après avoir épousé le frère du philosophe Gershom Scholem et les deux autres seront des agents du Komintern. « La peur n’est pas une vision du monde », disait Hammerstein. Les enfants reprirent en choeur la sentence du père. Meilleur livre de l’année 2010 pour le magazine Lire.
  • Hammerstein ou l’intransigeance. Une histoire allemande – livre de Hans Magnus Enzensberger – Critique – Télérama.fr – Il fallait, pour imaginer et mener à bien ce projet livresque singulier, le talent protéiforme d’Hans Magnus Enzensberger, grande figure de la vie intel­lectuelle allemande, tout ensemble écrivain, philosophe, essayiste et poète. Construit autour de la personne, du destin de Kurt von Hammerstein (1878-1943), le général qui était à la tête de l’armée de terre allemande en 1933, date de l’arrivée de Hitler et du parti nazi au pouvoir, Hammerstein ou l’intransigeance n’est pas une biographie, non plus qu’un essai ou un roman. A tous ces genres, l’ouvrage emprunte pourtant. Et l’on est proprement saisi et durablement séduit par l’aisance, l’évidence, la fluidité de mouvement avec lesquelles Enzensberger évolue entre ces différents registres pour composer cette « histoire allemande ».
    Epousant la biographie de Hammerstein et des siens, l’ouvrage de Hans Magnus Enzensberger retrace formidablement près d’un siècle d’histoire de l’Allemagne, de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe, se focalisant évidemment sur la période hitlérienne. S’appuyant sur une énorme documentation, Enzensberger s’éloigne pourtant sciemment de la méthode historique, pour jalonner son récit de « conversations posthumes » avec les différents protagonistes, ainsi que de réflexions digressives qu’il intitule « gloses » – sur la république de Weimar, sur la Russie, sur l’aristocratie et ses valeurs, sur l’ambiguïté… C’est ce caractère composite qui donne au livre sa singularité, sa remarquable profondeur.

Histoire d'un Allemand de Sebastian Haffner

Sebastian Haffner : Histoire d’un Allemand – Un livre, un jour – 02/04/2002 – 02min27s

Vidéo Ina – Sebastian Haffner : Histoire d’un Allemand, vidéo Sebastian Haffner : Histoire d’un Allemand, vidéo Art et Culture Littérature – Archives vidéos Art et Culture Littérature : Ina.fr – Depuis l’ancienne manufacture des tabacs à Riom, Olivier BARROT présente le livre « Histoire d’un Allemand » de Sébastien HAFFNER, photo noir et blanc de l’écrivain.

  • Histoire d’un Allemand — Enjeux contemporains de l’enseignement en histoire-géographie – ifé – La plupart des événements de l’Histoire, même parmi ceux qui furent les plus décisifs pour une nation et un peuple, n’affectent guère la vie privée, individuelle et familiale, des hommes, au-delà du petit cercle des politiques qui sont concernés. Mais ce qui distingue à jamais la période et les événements de l’avant-guerre, selon Haffner, c’est qu’ils ont constitué au contraire un exemple unique de l’irruption de l’histoire jusque dans la sphère la plus intime de la vie de chacun. Il montre comment, avec l’avènement du totalitarisme nazie, éclatait cet îlot protecteur de la sphère privée où l’individu peut toujours se mettre à l’abri de l’histoire majuscule pour continuer de cultiver sa biographie personnelle. Or la dernière partie du livre intitulée  » l’Adieu  » illustre bien ce mouvement de l’histoire qui va briser rapidement tous les liens et toutes les attaches du jeune homme dans son pays natal pour le précipiter sur le chemin de l’exil. L’égarement profond d’un père qui voit disparaître en quelques années la société qui fut la sienne et les valeurs qui la fondaient, les persécutions progressives auxquelles se voit soumise sa jeune amie ainsi que sa famille de par ses origines juives, les différends et les hostilités qui le séparent de ses anciens camarades, la mise au pas d’une justice réduite à une caricature : tout concourt à une forme d’isolement et prépare le jeune homme à un exil prévisible.
  • Histoire d’un Allemand, de Sébastian Haffner | Voyage au bout de la lettre – Sébastian Haffner (1907-1999) était jeune magistrat stagiaire à Berlin quand Hitler arriva au pouvoir. Ce jeune homme vit la montée en puissance du nazisme et de ses horreurs, et de ses humiliations. En 1938, il s’exile en Angleterre alors que son pays est sous la dictature nazie depuis cinq longues années, et connaît depuis l’avènement progressif de Hitler les persécutions, les pogroms, le boycott des magasins juifs, les insultes, bref : le nazisme. Haffner vécut dans la précarité en Angleterre, et un éditeur lui commanda un ouvrage. Celui-ci fut rédigé, mais jamais publié. La guerre éclata. Et l’Europe vécut l’horreur.
    En 1954 Sébastian Haffner retourna en Allemagne pour y devenir un grand journaliste et historien. Son décès en 1999 mit en lumière ses écrits : Histoire d’un Allemand fut découvert dans un bureau.
    Histoire d’un Allemand, de Sébastian Haffner. Traduit de l’allemand par Brigitte Hébert. (ACTES SUD « Babel ») 9,50 €
  • Histoire d’un Allemand de Sebastian Haffner– Revenant sur les circonstances de la décomposition de la république, Sebastian Haffner détaille l’expérience fondamentale que représenta pour sa génération – les Allemands nés entre 1900 et 1910 – la Grande Guerre, montrant que le nazisme prend racine dans le « jeu guerrier », « une véritable drogue comme la roulette ou l’opium ». […] En comparaison, l’après-guerre devait se montrer d’une affligeante tristesse. L’inflation de 1923, avec sa grotesque et tragique valse des zéros, acheva de mettre à bas les dernières certitudes morales de cette génération, celle qui vota pour le NSDAP en 1933. […]Face à la « résistible ascension » d’Adolf Hitler, Sebastian Haffner devait faire preuve d’une lucidité pour le moins extraordinaire – à tel point qu’on crut un moment ses écrits, débutés à Londres en 1938, pour apocryphes. Mais il devait aussi se trouver totalement désemparé face au naufrage de sa nation. Référendaire en stage au tribunal suprême de l’Etat de Prusse, il vit impuissant se déliter l’Allemagne, s’effondrer le masque des « hommes ordinaires » (pour reprendre le titre du terrifiant ouvrage de Christopher Brownning montrant la transformation de pères de famille allemands en bouchers du front de l’Est). Ecœuré, il ne trouvera de salut que dans l’exil, où il rédigera ce chef-d’œuvre historique… et littéraire. Histoire d’un Allemand ne fut jamais publié avant la mort de son auteur.

BMW : 5 millions d'euros pour un mémorial consacré aux travailleurs forcés

La famille allemande Quandt, un actionnaire important de constructeur automobile BMW, a promis plus de 5 millions d’euros (6,9 millions de dollars) pour un mémorial consacré aux travailleurs forcés sous l’Allemagne nazie.
La famille Quandt, qui est l’une des plus riches en Allemagne, a recouru sous le régime nazi au travail forcé dans ses usines, y compris de Juifs raflés dans les camps de concentration.
Dans une interview récente, Stefan Quandt, membre de la famille et du conseil d’administration de BMW, avait déclaré que son grand-père était allé au-delà de ce qui pourrait être considéré comme les actes d’un «homme d’affaires honnête.»

En 2007, sous les pressions, la famille Quandt avait dû ouvrir ses archives afin de faire la lumière sur cette sombre page de leur passé et l’implication des deux figures historiques du clan, Günter Quandt et son fils Herbert, dans les crimes nazis. La famille avait non seulement bénéficié du travail forcé dans ses usines, mais avait également racheté à bas prix et sans scrupule des entreprises concurrentes appartenant à des Juifs.

A lire sur notre site : BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi (Libération)

Source de l’info: BMW owners make pledge over Nazi past – International | IOL Business | IOL.co.za.

Du bruit autour du Führer | Ecrans

«Ils reviennent avec une deuxième apocalypse : deux ans après la série documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, le duo Isabelle Clarke-Daniel Costelle livre Apocalypse Hitler narrant la montée au pouvoir dudit dictateur nazi. Avec le même dispositif : des images d’archives colorisées, sonorisées et liées par un commentaire lu par Mathieu Kassovitz. « Comment Hitler a-t-il été possible ? » s’interroge le documentaire, qui couvre les années 1889 à 1934. Si le premier opus (diffusé dans 165 pays) a rencontré un grand succès d’audience — 6,5 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode —, il avait également suscité la polémique, notamment au sujet de la colorisation des archives. Apocalypse, la Deuxième Guerre mondiale défendait son dispositif avec des arguments de prime-time et de grand public. Mais, appliqué à la trajectoire d’un seul homme, Adolf Hitler, le procédé se parodie et aboutit à une caricature.»

A cette époque, en 2009, j’avais rédigé la chronique suivante pour le Café pédagogique : «Apocalypse : au delà des prouesse techniques est-ce de l’histoire ?» (2009). Le Café pédagogique, No 105, septembre. Je posais notamment la question suivante à laquelle ma chronique tentait de répondre : cette émission est-elle utilisable en classe d’histoire? Si oui, à quelles conditions?

Mes propos gardent toute leur actualité. La caricature était déjà présente à partir du moment où, concernant le premier Apocalypse, l’essentiel du propos se résumait dès le début de la série à illustrer le propos suivant sur les causes de cette guerre : «Y a un pyromane incroyable, Hitler, qui met le feu à toute la planète.» Un propos totalement désuet historiographiquement puisque l’historien Ian Kershaw, par exemple, disqualifie dans sa biographie d’Hitler tout travail historique qui se contenterait de présenter Hitler en Deus ex machina. Visiblement depuis 2009, Isabelle Clarke et Daniel Costelle n’ont toujours pas mis à jour leur logiciel historique…

Reste le grand Barnum fort bien présenté et résumé par Ecrans qui conclut :

Le docu est un blockbuster, avec Hitler en acteur principal, un vrai sens du montage, de la post-synchro (la sonorisation), de la profondeur de champ et de l’étalonnage (la colorisation). Isabelle Clarke le revendique même dans le dossier de presse : la démarche des auteurs tient du « geste artistique ». Et, s’ils utilisent « les codes narratifs et plastiques du cinéma », c’est parce qu’ils sont « indispensables à une compréhension de l’histoire par le plus grand nombre ». C’est bien ça : Apocalypse Hitler n’est pas un documentaire historique, c’est du cinéma.

Source : Du bruit autour du Führer | Ecrans

Apocalypse Hitler
Documentaire d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle
France 2, ce soir 25 octobre 2011 à 20 h 35.

Mise à jour (07.11.2011)

André Gunthert propose un article fort intéressant sur le même documentaire et intitulé Apocalypse ou la trouille de l’histoire.
Concernant la vacuité de la démarche historique de Clarke et Costelle, il indique:

Si la biographie historique n’est plus un genre prisé par les chercheurs, c’est que le rôle des grands personnages, qui ponctuaient autrefois l’histoire comme autant de démiurges, a été sérieusement revu à la baisse, au profit d’une plus grande attention pour les mécanismes économiques et sociaux ou pour d’autres conjonctions de facteurs. Dans cette approche, un personnage aussi caricaturé qu’Hitler a toutes les chances de constituer un piège dont aucun projet narratif ne peut se sortir.
[…]
Quel a été le rôle du chef du parti nazi dans la catastrophe allemande? Les spectateurs d’Apocalypse seraient surpris de découvrir que cette question représente un point focal du débat historiographique, et qu’elle suscite des interprétations diverses et contradictoires. Le rôle déclencheur de la crise de 1929 dans la montée du nazisme est toutefois généralement admis. Dans les deux heures du film de Costelle et Clarke, ce facteur externe décisif est expédié en moins de 40 secondes, au début du 2e épisode, appuyé sur quelques images dont on se demande bien en quoi elles expliquent le lien causal entre misère et fascisme.

Il conclut son article en indiquant :

 Apocalypse restera comme le produit typique d’une époque qui craint les apparences du passé, confondant les destinées de l’archive historique et de la production commerciale, mais ne sait pas reconnaître l’archaïsme d’une approche dépassée de l’histoire. C’est moins Costelle et Clarke qu’il faut tenir pour responsables de cet état de fait que France 2, qui n’oserait pas promouvoir un documentaire historique sans le présenter comme un défi technologique, et qui empile les superlatifs pour s’autoconvaincre de diffuser en prime time une vision désuète et terriblement old school de l’histoire.

Malheureux manuel franco-allemand… | LeMonde.fr

Alors que doit paraître le troisième volume du manuel d’histoire franco-allemand couvrant l’Antiquité à la chute de Napoléon, le journal Le Monde revient sur l’histoire de ce manuel et le peu d’écho rencontré auprès des enseignants.

Pour rappel, le projet de ce manuel d’histoire commun est né en 2003 à l’initiative du président français Jacques Chirac et du chancelier allemand Gerhard Schröder alors que ceux-ci sont réunis à Berlin pour célébrer les 40 ans du traité de l’Elysée. Initié par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, ce traité se fixait des objectifs d’une coopération accrue entre l’Allemagne et la France dans les domaines des relations internationales, de la défense et de l’éducation.

Dès le début, l’entreprise est loin d’être évidente, notamment parce qu’en Allemagne, les programmes dépendent des seize Etats-régions et qu’en France l’histoire est enseignée avec la géographie alors qu’en Allemagne elle l’est plutôt avec la philosophie ou la littérature. Néanmoins, les Landers acceptent de modifier leur programme d’histoire pour y intégrer le manuel franco-allemand.

La commission qui planche à sa réalisation adopte les principes suivants:

  • le manuel sera identique : ce doit être un livre franco-allemand d’histoire et non un manuel d’histoire franco-allemande;
  • il comportera trois volumes : l’Europe et le monde depuis 1945; 1815-1945; de l’Antiquité à la Chute de Napoléon;
  • il mettra l’accent sur l’histoire européenne;
  • il favorisera le travail personnel des élèves et
  • il mettra «en valeur le comparatisme, les transferts, les spécificités de perception, d’interprétation et d’appropriation ainsi que les différences de terminologie» (Etienne François, Le manuel franco-allemand d’histoire, Revue Vingtième siècle, n°94 avril-juin 2007).

Si à sa sortie la presse est enthousiaste, le manuel ne rencontre pas le succès escompté en classe, à l’exception des classes des sections européennes. Il rencontre par contre l’intérêt d’un public cultivé. La réforme des lycées en France avec la suppression de l’histoire en Terminale S n’arrangera pas la situation de ce manuel.

Ce manuel serait-il alors une fausse bonne idée ? s’interroge Le Monde qui parvient à la conclusion que  ce livre serait, en fait, «un symbole parfait de la relation franco-allemande.»

via Malheureux manuel franco-allemand… – LeMonde.fr.

La CDU aurait-elle profité du trésor caché des nazis ?

De Konrad Adenauer à Helmut Kohl, la CDU, parti chrétien-démocrate majoritaire dans l’Allemagne d’après-guerre, aurait bénéficié de financements occultes provenant du trésor caché des nazis. Le 1er juin, Arte diffusera « Le Système Octogon », documentaire signé Jean-Michel Meurice qui − censure oblige − dormait depuis trois ans sur les étagères poussiéreuses de la chaîne franco-allemande.


La bande annonce de la RTBF

Le documentaire a été tourné, programmé pour septembre 2008, puis… déprogrammé. C’est la branche allemande de la chaîne ARTE qui bloque la diffusion. Le documentaire dérange et les historiens allemands montent au créneau. Pour l’historien Marc Ferro la façon dont le documentaire révèle les accointances de Konrad Adenauer avec les nazis a dérangé historiens allemands :

«Les historiens allemands ont sorti leurs épées en voyant qu’on s’en prenait à Adenauer […] Je pense que ils se soulevaient parce que le film lève un tabou, après Hitler et le nazisme, Adenauer c’était l’intégrité, la pureté. Entacher Adenauer, c’était entacher toute l’Allemagne. C’était un film sacrilège.»

via « Le Système Octogon » : Arte, la censure et le trésor des nazis | Rue89.

Les liens du jour: Des dinosaures à un iPad par élève

  • Suite de la décision de l’université de Seton HIll (Pensylvanie) de fournir un iPad et un MacBook à chaque élève, le site du manuel numérique s’interroge sur les chances de l’iPad à s’imposer sur les campus face à son principal concurrent en matière de livre électronique, le Kindle d’Amazon. D’autant plus que les premières expériences d’utilisation du Kindle en classe se sont révélées peu concluantes. Par rapport aux autres solutions actuelles, l’iPad présenterait des avantages importants liés aux nombreuses applications disponibles (lecture audio et vidéo, cartes interactives du campus, agendas électroniques, etc.) et à davantage de fonctions interactives. Avec l’iPad, le livre électronique devient une véritable « plateforme » scolaire pour l’étudiant. Mais le succès-même de l’initiative dépendra surtout de l’adaptabilité de l’iPad aux activités éducatives et des contrats passés avec les éditeurs scolaires.
  • La pratique du copier-coller dans les activités de recherche d’information d’élèves du secondaire reste généralement étudiée à partir des thèmes de la prise de notes ou du plagiat. A partir d’observations directes et d’entretiens auprès de collégiens et de lycéens, l’article décrit les caractéristiques formelles et conceptuelles de cette collecte d’extraits de documents primaires ainsi que les fonctions attribuées aux copiés-collés par les élèves. Pour l’auteur, ce processus de recherche par copier/coller est nécessaire aux élèves pour définir leur besoin d’information et contrôler leur activité. Le contenu des documents produits est régulièrement consulté dans le cours de l’activité. Il conviendrait donc de ne pas les interdire lors des activités informationnelles. Par contre, l’auteur estime primordial de distinguer deux tâches, rechercher de l’information et produire un document de synthèse, afin de dissocier plus fortement les consignes données pour chacune d’entre elles.
  • Si les technologies de l’information et de la communication utilisées en et hors contexte scolaire sont grosso modo les mêmes, il existe un hiatus entre les pratiques personnelles et les pratiques scolaires des élèves. Les premières sont marquées par une nécessité d’immédiateté et sont caractérisées par un rapport de consommation à la technologie. Les secondes, sauf quand elles cantonnent les technologies dans des rôles mineurs de production, conduisent à la prise de distance et impliquent souvent la gestion d’une certaine frustration (tout n’est pas censé marcher tout de suite). Dans les deux cas, le rapport au temps est très différent. Il y a ainsi une opposition forte, entre les pratiques personnelles adolescentes et les pratiques scolaires, même si les technologies utilisées sont presque les mêmes. En définitive, les transferts des connaissances techniques des univers personnels aux univers scolaires restent limités.
  • Dans le contexte d’une évaluation de la qualité de l’enseignement à l’université de Bucknell (Pennsylvanie, USA) et suite à une forte incitation à renforcer la présence d’outils de pédagogie numériques dans les cours universitaires en général, le professeur David Del Testa et Mme Abby Clobridge ont développé en collaboration un module d’enseignement intégré dans un cours d’histoire de premier cycle. Cet enseignement propose une initiation aux méthodes de recherche de l’historien à travers l’exemple de la Deuxième Guerre Mondiale. Le travail des étudiants consistait à rechercher, analyser, décrire et disséquer des affiches originales de propagande de 39-45 et ensuite de créer une banque de données digitales de ces posters comprenant le résultat de leurs recherches. Le croisement des expertises entre un historien et une spécialiste en pédagogie numérique ont, pour les auteurs, été un facteur clé dans la réussite de ce séminaire.
  • L’expérience menée par un professeur de Français québécois, David Martel, avec eClicker, une application sur iPhone, préfigure-t-elle ce qu’il pourrait advenir en classe dans un proche avenir avec un outil tel l’iPad? Dans sa classe de secondaire, via l’application eClicker, David Martel a ainsi pu concevoir un exercice de grammaire et demander à ses élèves de répondre aux différentes questions en temps réel via leur iPhone. Environ un tiers de ses élèves possédait un iPhone, il a pu consititué des équipes de trois et créer de l’émulation entre les élèves. L’outil eClicker lui a permis de suivre les performances des différentes équipes, de constater les pourcentages de bonnes et de mauvaises réponses, et d’adapter la difficulté de ses exercices en fonction. Les élèves avaient eux-mêmes accès au rang de leur équipe en temps réel.
  • Le fils d’un soldat allemand souhaite qu’une plaque commémorative soit installée dans un petit village du Poitou où 17 soldats allemands ont été fusillés en 1944. Une demande qui ne va pas de soi : plus de 65 ans après cet épisode qu’on taisait jusque-là, les blessures sont encore vives à Coussay-les-Bois. Fils d’un père qu’il a à peine connu, Rudolph Greuel (67 ans) a enquêté pour connaître les circonstances de la mort de ce sous-officier de la Wehrmacht en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire étonnante révélée par la Nouvelle République du Centre-Ouest et reprise par Rue89.
  • En introduction à sa séance de séminaire, André Gunthert mentionne pour mémoire la part de l’analyse de Tom Mitchell qui décrit la dinomania comme un phénomène en grande partie américain. Cependant, le coeur de l’intervention d’A. Gunther consiste répondre à al question: pourquoi le dinosaure est-il un bon “produit” pour la culture visuelle? et d’interroger alors l’histoire de la vulgarisation scientifique? Au final pour A. Gunthert, le récit exemplaire que sous-tend la figure du dinosaure, c’est celui de la toute-puissance de la science qui vient se substituer à la religion. La foi chrétienne nous faisait assister à la résurrection d’un homme, la science est capable, par l’image, de faire revivre des espèces disparues de la surface de la terre depuis des millions d’années. Numérique ou non, ce qui fait la puissance de l’image, c’est la croyance que nous lui accordons.

20 après sa chute: Chronique du Mur de Berlin

  • Après la mort de Staline en mars 1953, dans les pays soumis au joug soviétique, on se prend à espérer… C’est ainsi qu’éclate en RDA l’insurrection ouvrière de juin 1953, à l’initiative des ouvriers du bâtiment. Partie de Berlin le 16 juin, l’insurrection se répand le lendemain à toutes les villes de la République Démocratique Allemande. À Berlin-Est, la capitale, 60.000 manifestants s’en prennent aux symboles du pouvoir communiste. Walter Ulbricht, faute de mieux, appelle les Soviétiques à la rescousse. La répression de l’armée soviétique fait au moins 80 morts et on procède à 25.000 arrestations. La répression laisse les Occidentaux indifférents. Un autre dossier de qualité par Bundeszentrale für politische Bildung, DeutschlandRadio et Zentrum für Zeithistorische Forschung. Il est composé d’une chronique des événements, de mises en perspective et de documents d’archives sonores, textuels et audiovisuels.

BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi (Libération)

Ce jeudi, le journal Libération nous apprend que la famille Quandt, l’une des plus puissantes familles d’industriels allemands, a finalement cédé à la pression. Les propriétaires de BMW vont ouvrir leurs archives afin de faire la lumière sur une sombre page de leur passé, l’implication des deux figures historiques du clan, Günter Quandt et son fils Herbert, dans les crimes nazis.

Le fondateur de l’entreprise Günther Quandt avec ses fils Harald (à gauche) et Herbert. Source: http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/die-quandts-dunkle-schatten-ueber-der-dynastie-1.340952

Qu’est-ce qui les a amenés aujourd’hui à une telle démarche? Les recherches minutieuses et le documentaire de la chaîne de télévision publique allemande NDR, montré en avant-première au festival du cinéma de Hambourg fin septembre, et qui sera diffusé le 22 novembre sur la chaîne ARD, est à l’origine de ce retournement spectaculaire.

Les journalistes Eric Friedler et Barbara Siebert y démontrent la façon dont la famille, déjà richissime avant la guerre, a profité du nazisme puis du conflit pour s’enrichir davantage. Plus étonnant, la famille a réussi à passer sans encombre au travers des mailles de la dénazification alors que, sans aucun doute, ils auraient été condamnés tout comme les familles Krupp ou Flick : usines travaillant comme rouage essentiel de la machine de guerre allemande, personnel fourni par les camps de concentration à la mortalité élevée (“Au camp de Stocken, on meurt en six mois”, disaient les SS aux nouveaux venus, selon un rescapé danois interrogé), rachat à bas prix et sans scrupule d’entreprises de Juifs concurrentes.

De gauche à droite: Magda Goebbels (ex-Quandt), Josef Goebbels, Adolf Hitler (derrière) et son fils Harald Quandt, issu de son premier mariage avec Günther Quandt.

Pour sa part l’historien allemand Joachim Scholtyseck, professeur à l’Université de Bonn et spécialiste du Troisième Reich, fait des recherches sur la famille Quandt depuis 3 ans. Deux intéressants articles de la Sueddeutsche Zeitung sont consacrés aux travaux du professeur Stoff für den unabhängigen Historiker (19.11.2007)1 et Die Familie Quandt bricht ihr Schweigen (05.10.2007).

Dans les débats actuels autour du rôle de la presse et de son devenir (Roger De Diesbach (2007) Presse futile presse inutile. Genève: Slatkine), ce travail d’enquête salutaire prend tout son sens. Autrement la peopolisation des médias jouera à terme contre la démocratie.

Article complet : http://www.liberation.fr/actualite/monde/293020.FR.php (Libération 22 novembre 2007)
Compte-rendus de Roger De Diesbach, Presse futile presse inutile:
Mediablog
ouVertures.info
Suisse : Quel avenir pour le journalisme?

  1. dont les deux photos de mon billet sont issues []