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Histoire Lyonel Kaufmann

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Histoire savante

La place d’une femme était aussi à la chasse, selon une étude

5 novembre 2020 by Lyonel Kaufmann

‘Source : www.rts.ch

Une interprétation artistique de la chasseuse du site de Wilmaya Patjxa. L'analyse des os et de l'émail des dents a permis d'identifier une femme âgée de 17 à 19 ans, baptisée WMP6. [Randall Haas - Sciences Advances]


La place d’une femme est à la chasse, selon une étude / Crédit image : Randall Haas – Sciences Advances

Il y a des milliers d’années, des femmes ont participé à la chasse, y compris au gros gibier. Une nouvelle étude publiée mercredi vient tordre le cou à des croyances bien ancrées.

Les auteurs du texte se basent sur la découverte des restes vieux de 9000 ans d’une jeune femme, enterrée dans les Andes péruviennes avec de nombreuses armes de chasse au gros gibier.

Pour savoir si cette jeune femme était une exception, les chercheurs ont étudié 429 squelettes enterrés à travers 107 sites du continent, vieux de 17’000 à 4000 ans environ. Ils ont trouvé 27 individus, dont le sexe a été déterminé de façon fiable, et dont les tombes contenaient des outils de chasse. Il y avait 16 hommes et 11 femmes.

« L’échantillon est suffisant pour conclure que la participation des femmes à la chasse au gros gibier était à cette époque normale », écrit l’équipe, qui a utilisé un modèle statistique pour estimer que 30 à 50% des chasseurs dans ces sociétés étaient des femmes.

L’étude publiée dans la revue Science Advances contredit la notion très répandue selon laquelle, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les chasseurs étaient principalement des hommes: « Cela nous montre que cette allégation était inexacte, au moins pour une partie de la préhistoire humaine », a dit Randall Haas, de l’Université de Californie-Davis, qui a dirigé l’étude.

Randall Haas espère désormais que cette étude entraînera d’autres recherches pour savoir s’il existait d’autres chasseresses à cette époque dans d’autres parties du monde.

Classé sous :BP13/22SHS Enseigner les sciences humaines et sociales aux cycles 1 et 2, Histoire savante, Nouvelles de l'histoire

Les Moyen Âge d’aujourd’hui en classe d’histoire

10 octobre 2020 by Lyonel Kaufmann

Dans Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Tommaso di Carpegna Falconieri offre aux enseignant•es d’histoire un essai passionnant et fort utile sur les différentes réappropriations du Moyen Âge.

Au cœur du médiévalisme

Contrairement à ce que laisse entendre le sous-titre de l’édition française de cet ouvrage paru initialement en italien en 2011, il ne s’agit pas de « penser le contemporain à travers le Moyen Âge », mais de s’interroger sur les différentes réappropriations et réinventions du Moyen Âge aujourd’hui.

Du cinéma aux jeux vidéos en passant par les discours publics, les séries télés, les fêtes médiévales, la fantasy : le Moyen Âge est sans cesse convoqué, voire même invoqué. Mais ce Moyen Âge, ce n’est plus celui des médiévistes. L’auteur pose en effet le constat d’une coupure nette entre le Moyen Âge des historiens et le Moyen Âge que tout le monde a en tête ; ce Moyen Âge-là est transmis par toute une série d’autres acteurs, qui se réapproprient cette matière selon leurs propres idéaux et leurs propres préoccupations. Cette réinvention du Moyen Âge, c’est ce que l’on appelle le médiévalisme.

L’auteur balaye, en douze chapitres très denses et appuyés sur des exemples récents, ces réutilisations contemporaines de la période médiévale. Pour Nonfiction,

La grande force du livre, c’est sa richesse et sa diversité dans les exemples présentés, l’auteur sachant en effet montrer toute l’ambivalence de la période médiévale. Il n’y a ni cohérence ni continuité dans le médiévalisme : le Moyen Âge est une période si vaste, couvrant plus d’un millénaire, qu’il peut être récupéré par tous et pour tout.

Les romanciers, les journalistes, les organisateurs de fêtes médiévales, tous ceux qui aiment se déguiser en Vikings ou en Templiers, contribuent à inventer des Moyen Âge, qui n’ont bien souvent que peu à voir avec la réalité historique mais qui créent à leur tour des réalités.

Ces Moyens Âges en classe d’histoire et en lien avec le Plan d’études romand (PER)

Ces Moyen Âge peuvent d’une manière ou d’une autre surgir dans la classe ou être présent dans l’imaginaire de nos élèves. Il apparaît donc comme important que ceux-ci soient connus des enseignant•es.

Par ailleurs, le Plan d’études romand prévoit de travailler les dimensions mythes et réalité au cycle 2 et les représentations de l’histoire et le rapport mythe et histoire au cycle 3.

Ainsi, spécifiquement au cycle 2 et en 7e-8e Harmos qui aborde le Moyen-Âge, la progression des apprentissage attend des élèves concernant Mythes et réalité qu’iels comparent « diverses sources concernant un événement ou une période et mise en évidence de l’évolution des représentations » et distinguent fiction (récit, mythe, légende,…) et réalité.

Dans les attentes fondamentales correspondant à ces éléments, les élèves doivent être en mesure de distinguer les personnages historiques des héros de fiction et d’identifier des différences de représentation à propos d’un événement, d’une période.

Au cycle 3, les démarches historiennes abordent notamment la question des représentations de l’histoire et le rapport histoire et mémoire.

Concernant les représentations de l’histoire, il s’agit pour les élèves de

  • identifier les références historiques dans des représentations documentaires, ou de fiction;
  • comparer de façon critique une représentation documentaire ou une fiction à une source historique.

Le rapport histoire et mémoire est particulièrement développé dans le PER et riche en potentialité en lien avec l’ouvrage de Tommaso di Carpegna Falconieri.

Il peut ainsi s’agir en 9e Harmos où le Moyen Âge est objet d’étude de

  • identifier des différentes manifestations de la mémoire en tant que construction humaine (mythes, commémorations, biographies, chroniques, musées,…)
    • identifier des différences entre le récit d’un témoin et un texte d’histoire savante
    • confronter mythe et réalité (Création du monde, fondation de Rome, Charlemagne, Guillaume Tell,…)

Ce livre sera tout à fait nécessaire et approprié pour les enseignant•es désireux d’entreprendre un travail avec un personnage tel que Charlemagne.

Mais également d’aborder

  • l’analyse de l’utilisation de la tradition dans la reconstitution du passé et l’interprétation du présent (création des États-nations aux XIXe et XXe siècles,…);
  • la comparaison de la représentation d’un événement dans le passé et actuellement (Jeux olympiques,…);
  • l’observation de l’évolution des mentalités et de la mémoire collective par la comparaison de sources secondes d’époques différentes concernant un même thème;
  • la formulation d’hypothèses sur la commémoration et l’utilisation du passé à différentes époques.

Que de choses passionnantes à aborder en histoire avec nos élèves en 9e Harmos en étudiant le Moyen Âge.

Référence de l’ouvrage : di Carpegna Falconieri, T. (2015). Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Paris: Publications de la Sorbonne.

Compte rendu de l’ouvrage :

  • Les Moyen Âge d’aujourd’hui | Nonfiction.fr
  • Jan Burzlaff, « Tommaso di Carpegna Falconieri, Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 24 novembre 2015, consulté le 10 octobre 2020. URL : http://journals.openedition.org/lectures/19566 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.19566

Liens Plan d’études romands (PER) :

  • PER SHS22 : https://www.plandetudes.ch/web/guest/SHS_22/
  • PER SHS32 : https://www.plandetudes.ch/web/guest/SHS_32/

Classé sous :Didactique, Histoire savante, Publications

Congrès : Histoire orale et culture numérique – 6 novembre 2020

6 octobre 2020 by Lyonel Kaufmann

Depuis son origine contemporaine au début du siècle passé, l’histoire orale avait pour ambition la production de sources orales inédites. Au XXIe siècle, avec l’augmentation significative de nos possibilités de stockage (films, témoignages, photos), la capacité de mémoire de l’humanité s’est démultipliée. Cette inflation des matériaux audio et audiovisuels modifie le rapport à la source orale dans différents domaines de l’histoire : les archives, les musées, la recherche, l’enseignement. Comment cette abondance de témoignages agit-elle sur l’appréhension du passé et dans quelle mesure transforme-t-elle le travail d’histoire orale ?

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Organisé par Oralhistory.ch, l’Université de Fribourg, la HEP Vaud et la PH Luzern, ce deuxième colloque a pour objectif de questionner les pratiques dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’histoire publique. Il permettra d’échanger autour d’expériences et de pratiques qui interrogent les rapports entre histoire orale et culture numérique.

Date et lieu : Vendredi 6 novembre 2020, Université de Fribourg, Miséricorde.

Le programme :

9.30–11.30 : Conférence – Keynote
Oral history and online participatory heritage activities
Prof. Dr. Anne Heimo, University of Turku, Finland
11.00–11.30 : Pause
11.30–13.00 : Ateliers A: sessions parallèles
1a (enseignement), 2a (recherche), 3a (Public history)
13.00–14.15 : Repas
14.30–16.00 : Ateliers B: sessions parallèles
1b (enseignement), 2b (recherche), 3b (Public history)
16.00 : Conclusion – apéro

Concernant les ateliers ceux-ci auront lieu soit en français, soit en allemand, soit bilingue (français-allemand).

Inscription : l’inscription est obligatoire, mais gratuite. Le délai est fixé au 19 octobre. Pour s’inscrire : Université de Fribourg, Mme Gabrielle Progin, Département d’histoire contemporaine, gabrielle.progin[at]unifr.ch

Le flyer avec le programme détaillé et le plan : https://oralhistory.ch/web/images/0459_Flyer_IGE_Tagung_Fribourg_08-20_low.pdf

Classé sous :Histoire savante, Médias et technologies

Femmes combattantes : entre déni et décri | Concordance des temps

6 octobre 2020 by Lyonel Kaufmann

Des Amazones aux Femen, l’Histoire occidentale regorge de figures féminines offensives qui ont investi l’espace public. Un recours à la violence longtemps occulté et caricaturé par un regard masculin soucieux de perpétuer le mythe de l’innocence féminine et d’écarter les femmes du pouvoir.

France Culture nous propose ici une excellente démarche pour intégrer concrètement l’histoire des femmes et notamment à l’école dans une perspective de longue durée.

Valentine Cameron Prinsep, To Versailles, 1894. Une idéalisation rétrospective de la marche des femmes sur Versailles les 5 et 6 octobre 1789.Valentine Cameron Prinsep, “To Versailles”, 1894. Une idéalisation rétrospective de la marche des femmes sur Versailles les 5 et 6 octobre 1789. • Crédits : Getty

La Présentation de l’émission

Dans le cadre de l’émission, et qui pourrait être décliné de manière comparable dans un cadre scolaire, le choix a été fait de se centrer sur quelques moments où des femmes ont spécifiquement signifié, que ce soit dans la guerre extérieure ou dans des conflits intestins, qu’elles étaient à même de se saisir elles-mêmes d’une violence dont la plupart des civilisations attribuaient le monopole aux représentants du sexe mâle.

« Cela a pu être directement, afin d’arracher plus d’égalité, civile et politique, contre la résistance de l’ordre établi. Mais cela put être aussi pour affirmer, l’arme à la main, qu’elles avaient une place dans des combats guerriers dont l’enjeu concernait leur société toute entière – ce qui était encore, indirectement, une façon d’affirmer le refus d’une subordination.»

Les moments et combats retenus vont des Amazones jusqu’aux suffragettes anglaises, en passant, par le Moyen-Âge ou les révolutions du long XIXe siècle, de 1789 à la Commune.

L’émisission

La Présentation de l’instervenante :

Martial Poirson, professeur d’histoire culturelle à l’Université de Paris VIII-Vincennes Saint-Denis, vient d’organiser un livre à plusieurs voix qui s’intitule précisément Combattantes, une histoire de la violence féminine en Occident. Il s’imposait donc que je l’invite. Et voilà qui est fait.

La Programmation sonore de l’émission

  • Chanson anonyme de 1793, intitulée “Départ des Amazones françaises des 83 départements pour la frontière”, interprétée par Francesca Solleville en 1989.
  • Lecture d’un extrait d’Histoires d’Hérodote (Ve siècle avant JC), récit sur les Amazones, par André Daguenet, dans “La Matinée des autres” consacrée aux voyages d’Hérodote, sur France culture, le 18 juillet 1978.
  • Extrait de la pièce de théâtre Judith de Jean Giraudoux (1931), acte 1 scène VI, adaptée pour la radio par André Beucler, avec Germaine Montéro (Judith), Jean Hervé (Joaquin) et Jacques Dacqmine (Jean), dans “Cycle Jean Giraudoux”, le 19 avril 1952.
  • Lecture d’un extrait des Nuits révolutionnaires de Restif de la Bretonne (1789–1793), sur la marche des femmes sur Versailles les 5 et 6 octobre 1789, par Sylvain Joubert, dans “Documentaire d’été” consacré à “L’année sans pareille, chroniques de 1789”, sur France culture, le 19 août 1988.
  • Interview de Louise Weiss, cheffe des suffragettes en France, sur l’hippodrome de Longchamps investi par les suffragettes, le 29 juin 1936.

La Bibliographie

  • Martial Poirson (dir.), Combattantes. Une histoire féminine de la violence en Occident, Paris, Seuil, « Beaux livres », 2020, préface de Christiane Taubira.
  • Martial Poirson (dir.), Amazones de la Révolution : Les femmes dans la tourmente de 1789, Catalogue de l’exposition du Musée Lambinet (Versailles), Paris, Gourcuff, 2016.
  • Jasmine Cornut, Martial Poirson, Adélaïde Zeyer, _Le sexe faible ? Femmes et pouvoir en Suisse et en Europe (16e-20e siècles)_, Catalogue de l’exposition du musée de Morges, 2020.
  • Michelle Perrot et Georges Duny (dirs.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Plan, 1990, 5 volumes.
  • Michelle Perrot, La place des femmes. Une difficile conquête de l’espace public, Paris, Textuel, 2020.
  • Cécile Dauphin et Arlette Farge (dirs), De la violence et des femmes, Paris, Albin Michel, 1997.
  • Sophie Cassagnes-Brouquet, Chevaleresses, une chevalerie au féminin, Perrin, 2013.
  • Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir I. L’invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Paris, Perrin, 2006.
  • Dominique Godineau, Citoyennes Tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix-en-Provence, Alinea, 1988.
  • Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, Paris, La Découverte, 2020.
  • Jill Liddington et Jill Norris, Histoire des suffragistes radicales: le combat oublié des ouvrières du nord de l’Angleterre (1978), trad. Laurent Bury, Paris, Libertaria, 2018.

Source : www.franceculture.fr

Classé sous :Histoire active, Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Outils enseignement

Quand l’ADN se lit comme un livre d’histoire | Conversation scientifique

6 octobre 2020 by Lyonel Kaufmann

Comment les chercheurs procèdent-ils pour faire parler le sang qui coule dans nos veines ? Une émission passionnante où la science et l’informatique nous permettent de mieux comprendre d’où on vient et qui nous sommes. Et qui nous donne envie d’en savoir plus en lisant l’Odyssée des gênes. Menez et suivez l’enquête.

Cueva de las manos, Perito Moreno, Argentine (13000 - 9000 avant J.-C.)Cueva de las manos, Perito Moreno, Argentine (13000 – 9000 avant J.-C.)• Crédits : Mariano

Cela se passe en ce moment et ce n’est pas près de s’arrêter. Grâce à la puissance de l’informatique et à des techniques d’amplification de l’information génétique, nous savons aujourd’hui « faire parler » l’ADN des femmes et des hommes d’aujourd’hui, et aussi celui de nos très lointains ancêtres, et même celui d’espèces disparues : Néandertal bien sûr, ou bien encore Denisova, cette espèce éteinte du genre Homo qui fut identifiée en mars 2010, par analyse génétique, à partir d’une phalange fossile retrouvée en Sibérie, dans la grotte de Denisova.

Grâce à l’analyse des gènes, il devient ainsi possible de raconter une part de l’aventure humaine, de reconstituer des épisodes cruciaux de cette longue histoire pour lesquels nous ne disposons d’aucune archive. Mais comment les chercheurs procèdent-ils au juste ? Grâce à quelles méthodes parviennent-ils à faire parler le sang qui coule dans nos veines ? Et comment sont-ils parvenus à établir que les sept milliards et demi d’humains que nous sommes aujourd’hui descendent tous de quelques populations préhistoriques vivant en Afrique ?

Pour répondre à ces questions et à des milliers d’autres, j’ai invité la femme de la situation.

Invitée : Evelyne Heyer, professeure en anthropologie génétique au Muséum d’histoire naturelle, auteure de L’odyssée des gènes (Flammarion, 2020).

L’émission :

Source : www.franceculture.fr

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Outils enseignement Balisé avec :bipédie, Néolithique

Appel à contribution : L’éducation citoyenne : idéaux, modèles sous-jacents et réalités citoyenne

5 octobre 2020 by Lyonel Kaufmann

Revue Recherches & Educations. Janvier 2023

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Responsables scientifiques

  • Céline Chauvigné Maître de conférences HDR, Université de Nantes Laboratoire du CREN, EA 2661
  • Michel Fabre Professeur des universités émérite, Université de Nantes Laboratoire du CREN, EA 2661

Coordinatrice scientifique

  • Alix Garnier Maître de Conférences en sciences de l’éducation et psychologie sociale Université Lille Laboratoire : Profeor Cirel Lille, EA4354

Argumentaire

Depuis la Révolution française, l’éducation citoyenne est au cœur des missions de l’école publique dans sa volonté de changer le sujet en citoyen libre (Buisson, 1911). Dans cette entreprise, l’instruction devient un vecteur indispensable via les institutions publiques. En effet, à partir de Jules Ferry, l’École n’est plus considérée comme un simple service public, mais bien comme une institution politique, « un des lieux, voire le lieu par excellence de fabrication de la société française » (Foray, 2018, 162) où la transmission des valeurs prend une place de choix notamment avec l’instruction morale et civique (Ferry, 1881-1882). Un rapide inventaire des recherches curriculaires (Khan, 2015, 2016, Husser, 2017, Tutiaux Guillon, 2015) et des études sur les pratiques éducatives et enseignantes récentes (Audigier, 2015, Becquet, 2016, Chauvigné, 2017, Chauvigné et Fabre, 2017, Dupeyron, 2016), montre la prégnance, au sein des « éducations à » des préoccupations concernant la construction de la citoyenneté ou la socialisation politique.

Il est vrai que, dans les années quatre-vingt, ces préoccupations avaient été réactivées dans le cadre d’une politique continue pour répondre au délitement du lien social et à la montée des violences en milieu scolaire (Chevènement, 1985). Plus récemment, la loi de refondation de l’école, promulguée en 2013, la création de l’enseignement moral et civique (2015) et l’extension des responsabilités juvéniles dans le cadre des offres démocratiques en établissements scolaires (conseil de la vie collégienne en 2015) entendent répondre aux attaques multiples contre la démocratie (attentats, complots, etc.). Si cet idéal d’éducation citoyenne semble faire consensus à la fois dans les textes officiels et chez les acteurs, il n’y a pas de véritable accord sur les modèles philosophiques et pédagogiques sous-jacents. Une certaine tension peut alors s’engager entre les enjeux socioéducatifs, pédagogiques et politiques de la formation du citoyen qui vise à la fois l’émancipation de la personne individuelle et le développement d’une socialisation collective.

La question est de savoir dans quelle mesure, la citoyenneté, en tant que statut juridique et politique attaché à une personne appartenant à une collectivité, peut articuler intégration des normes et des valeurs (dans leur dimension sociale) et émergence d’un citoyen actif (dans sa dimension politique) ?

L’éducation à la citoyenneté comme objet de recherche scientifique appelle ici une véritable réflexion sur son fondement même, dans la mesure où elle n’est ni une simple discipline académique ni une simple question comportementale ou expérientielle dans le parcours scolaire des élèves de la maternelle au lycée. Elle exige donc une analyse des articulations possibles entre savoirs et valeurs, ou encore entre socialisation et développement critique fondé sur des expériences et les espaces de vie permettant un tel déploiement. Mais, comment, concevoir la formation du citoyen dans un espace scolaire sous-tendu par une relation d’autorité et avec des élèves dont la plupart sont mineurs ? Doit-on y voir seulement une préparation plus ou moins lointaine à l’exercice de la citoyenneté, fondée principalement sur la connaissance des institutions et de leur fonctionnement ? S’agit-il d’un enseignement spécifique réservé au seul enseignement moral et civique ? Ou est-ce plutôt l’apprentissage d’un exercice de cette citoyenneté, par des prises de responsabilités et/ou par l’expérience de la vie démocratique dans le milieu scolaire ?

Parmi la multiplicité des questions que pose l’éducation du citoyen, l’appel à communication ciblera trois interrogations autour desquelles la cohérence de ce dossier se construira.

Axe 1 : modèles philosophiques et pédagogiques de l’éducation du citoyen

Le premier questionnement s’intéresserait aux fondements mêmes de l’éducation à la citoyenneté. Quels sont les modèles philosophiques et pédagogiques qui sous-tendent la pluralité de ses conceptions et de ses modes d’inscription au sein de l’école. Il s’agit ici de savoir sur quelle conception de l’enfance ou de l’adolescence, dans leur relation à l’adulte, reposent ces différentes conceptions de l’éducation du citoyen. Quels seraient, dès lors, les modèles retenus par l’institution scolaire ? Quelles visées éducatives peut-on envisager ? Pour quelles implications pédagogiques ? Cette réflexion implique de s’arrêter sur les fondements de l’éducation à la citoyenneté, d’en élucider les concepts et les enjeux. Pour y parvenir, une réflexion philosophique sur les types de formation permettrait d’interroger le statut de l’élève comme citoyen et sa possible expérience à l’école dans une dimension démocratique. L’histoire des idées, en ce sens, donnerait un éclairage sur le rapport de l’école à la société et à la vie. Elle contribuerait à saisir le sens de l’école, la manière d’éduquer, la conception de l’enfant et le rôle des acteurs scolaire dans une telle entreprise. Dans ce prolongement, une approche sociologique et institutionnelle conduirait à identifier les effets des courants pédagogiques et plus largement des sciences humaines sur les politiques éducatives en termes d’éducation du citoyen.

Axe2 : les tensions d’une mise en œuvre de l’éducation à la citoyenneté en milieu scolaire

Le second questionnement s’attacherait à souligner les points d’achoppement d’une mise en œuvre de l’éducation à la citoyenneté. Une double difficulté (Bozec, 2018, Chauvigné, 2013, 2017, Condette, 2009) semble amputer cette éducation à la citoyenneté : les paradoxes que suppose sa constitution et le contexte de la forme scolaire (Vincent, 1980) qui contraint l’exercice. Quelles sont, dès lors, les formes possibles d’une éducation à la citoyenneté ? Quels paradigmes convoque-t-elle ? Pour quel type de citoyen ? Peut-on, dans le même temps socialiser et émanciper tout un chacun dans la forme scolaire qui est la nôtre ? Pour ponctuer voire dépasser cette aporie, une confrontation avec d’autres paradigmes pourrait accompagner cette analyse. Le recours à une étude comparée avec des modèles européens ou l’étude de dispositifs alternatifs au sein même de notre histoire scolaire ou sociale donnerait quelques perspectives et quelques conditions de possibilité d’une éducation à la citoyenneté participative dans le sens donné par Joëlle Zask (2011).

Axe 3 : méthodes, dispositifs et postures à l’école et en formation

Le troisième questionnement concernerait les méthodes pédagogiques et leurs effets notamment avec la question du débat de classe et de l’éthique de la discussion (Habermas, 1992) et autres méthodes suggérées par les politiques éducatives ces dernières années. Il ne faudrait pas pour autant oublier les difficultés liées au projet même de la transmission des valeurs et aux différentes manières plus ou moins impositives ou plus ou moins libérales de le comprendre. Quels sont les enjeux et les motivations de ces démarches ? N’y a-t-il pas, ici, le risque d’un retour à la morale à la fois dans le contenu ? Ces pratiques de classe sont donc étroitement liées aux postures des enseignants et plus généralement des acteurs de l’école qui participent de la mise en œuvre de cette éducation du citoyen. Nous pouvons, dès lors, interroger la façon dont sont pensées ces questions socialement vives et la transmission des valeurs dans les instituts de formation (Instituts nationaux de professorat et d’éducation, Inspé). Le développement d’une culture commune de l’engagement des futurs enseignants et conseillers principaux d’éducation dans la politique éducative des établissements sur ces objets va-t-il de soi, quand nous savons que l’école doit observer une certaine neutralité de ses enseignements et valeurs personnelles ? Mais la saisie en est-elle plus aisée dans certaines régions comme l’Alsace- Moselle où, dans le cadre du concordat, la religion est intégrée aux enseignements de l’école primaire au lycée ? Plus largement, ce travail devrait s’enrichir d’une dimension internationale. Que nous apprennent nos voisins européens sur ces questions ? Observons-nous chez eux une séparation de la sphère privée d’avec la sphère publique ? Comment l’éducation à la citoyenneté est-elle pensée et mise en pratique dans les démocraties non européennes ?

Cet appel à communication vise donc à étudier le sens et la faisabilité d’une mise en œuvre de l’éducation à la citoyenneté soumis à des visées contradictoires dans un système fondé historiquement sur la forme scolaire (Durkheim 1904-1905, Vincent et al., 2012) mais aussi à s’ouvrir vers d’autres modèles dans une perspective comparatiste. Il tente d’interroger : 1) les modèles éducatifs d’une éducation à la citoyenneté plébiscitée dans une école de la République en recherche de sens (à la fois dans une approche historique, philosophique et pédagogique). 2) les liens entre école et citoyenneté, mais aussi, 3) les conditions de possibilités de cette éducation et plus largement de la transmission des valeurs.

Il s’agit, d’une part, de comprendre les fondements de l’éducation à la citoyenneté dans le contexte de la forme scolaire (Vincent et al., 2012) actuelle, d’en percevoir les enjeux et les motivations. D’autre part, il convient d’examiner les effets de ces approches citoyennes au prisme de méthodes ciblées (débat de classe, transmission des valeurs, expériences, éducation au politique) qui les rendent possibles ou caduques. Mais il est question aussi d’examiner ce que cela induit chez les enseignants eux-mêmes et leurs postures, en particulier sur le plan éthique.

En ce sens, les textes issus de l’appel à communication s’inscriront dans la continuité de recherches antérieures sur la citoyenneté et la transmission des valeurs aussi bien dans le domaine philosophique (Canivez, 1997, Jutras, 2010, Kinzter, 2007, Schnapper, 2001, Pena-Ruiz, 1999, 2001, 2003), historique (Audigier, 1999, Galichet, 1998, Mougniotte, 1991) ou sociologique (Baubérot, 1997, 2004, 2010, 2013). Ils devront s’articuler de manière complémentaire aux trois grands axes présentés.

Source, bibliogrphie et modalités de contribution : calenda.org

Crédit image : Photo de Shelagh Murphy sur Unsplash

Classé sous :Didactique, Histoire savante, Publications

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Table ronde : S’appuyer sur le passé pour former les professionnel·l·es de demain – Hôtel de ville de Lausanne (12.03.2026)

Plus jamais ça! C'est ce que clament les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance. Cette table ronde réunit 4 professeures de Hautes écoles du canton de Vaud autour de 2 ...

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Appel à contribution : Didactica Historica N°13/2027 (jusqu’au 16 mars 2026)

L’appel à contributions pour le treizième numéro de la revue Didactica Historica est ouvert jusqu’au 16 mars 2026. Le dossier «histoire» de ce treizième numéro de la revue abordera le thème de la ...

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Ludovia#CH (21-22-04.2026) : deux jours pour repenser l’apprentissage à l’ère de l’IA et de l’innovation

16 mars 2026 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Les 21et 22 avril 2026, la sixième édition de LUDOVIA#CH revient à Yverdon-les-Bains. Organisé conjointement par la Haute école pédagogique du canton de Vaud et de la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud et le soutien du Département de l’enseignement et de la formation professionnelle, l’événement proposera conférences, ateliers, colloque scientifique et dispositifs collaboratifs […]

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Neandertal est en chacun de nous

4 février 2020 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Les métissages entre l’homme de Neandertal et « Homo sapiens » ont laissé des traces dans le génome de l’ensemble de la population humaine actuelle, et pas seulement chez les non Africains, comme on le supposait. En 2010, l’ébauche de la séquence du génome de l’homme de Neandertal avait créé la surprise : l’analyse de l’ADN ancien de trois individus […]

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Blog de M@rcel : des technologies et des pédagogies qui travaillent ensemble

24 février 2016 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Dans ce Blog, j’ai plusieurs fois documenté la « méthode » des Classes inversées. Dans ce nouvel essai, j’essaierai de répondre à celles et ceux qui nous disent régulièrement « Mais, les classes inversées, ça existe depuis longtemps … ». Ma réponse est : Oui, sans aucun doute. Lire la suite sur le blog de Marcel […]

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Une autre page d’histoire | Le blogue de Richard Hétu

17 décembre 2020 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Joe Biden créera un autre précédent en nommant la représentante démocrate Deb Haaland au poste de secrétaire à l’Intérieur. Membre de la tribu pueblo Laguna, Haaland deviendra la première personne issue d’une nation amérindienne à faire partie d’un cabinet présidentiel, si elle est confirmée par le Sénat. Et pas à n’importe quel poste. Source : […]

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Des photos couleur de la Russie pré-1917. Décidément ces temps-ci la mode est à la couleur en histoire

22 octobre 2009 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Des photos couleur de la Russie pré-1917. Décidément ces temps-ci la mode est à la couleur en histoire! Il s’agit d’une collection en ligne réalisée par la Librairie du Congrès à Washington. Des informations techniques sont fournies tant sur le procédé photographique utilisé à l’époque que sur celui ayant mené à la numérisation de ces […]

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22 août 1945 – Les premiers résultats d’examens sanguins – Journal d’Hiroshima

22 août 2017 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

En recoupant le niveau de globules blancs avec la localisation des personnes par rapport à l’épicentre de l’explosion, l’équipe médicale sont en mesure d’établir un premier lien entre les deux. « Après le dîner, les docteurs Katsube et Hanaoka me communiquèrent les résultats des premiers examens sanguins effectués sur nos patients. Comme nous n’avions pas […]

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Une histoire globale du climat – La Vie des idées

10 mars 2025 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Écrire une « nouvelle histoire du monde » depuis les origines de la planète Terre jusqu’à nos jours, en articulant l’histoire des sociétés humaines et celle de la « nature », tel est le pari audacieux de Peter Frankopan. Historien médiéviste et professeur à l’université d’Oxford, Peter Frankopan est un auteur célèbre depuis la parution […]

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Benoît Panozzo (Château Guillaume-le-Conquérant): « Depuis le lancement de la visite sur tablettes, nous sommes passés de 40 000 à 70 000 visiteurs »

17 mars 2016 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

En avril 2013, le Château Guillaume-le-Conquérant (Falaise, Normandie) a réouvert avec une nouvelle scénographie s’appuyant notamment sur un parcours en réalité augmentée sur tablettes, conçu par Histovery.  Trois ans après ce lancement, quel est le bilan de l’application ? Réponses par Benoît Panozzo, médiateur au Château Guillaume-le-Conquérant. L’interview : http://ift.tt/1VgYhUa

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