La seizième édition de la semaine des médias battra son plein en Suisse romande, du 25 au 29 novembre 2019. Des milliers d’écoliers en profiteront pour consacrer quelques heures d’études aux médias, aux images, au numérique. Il s’agit aussi de « mettre en œuvre les objectifs MITIC du Plan d’études romand », selon le site internet e-media, le site romand de l’éducation aux médias. La conseillère d’Etat vaudoise Cesla Amarelle explique dans Médialogues pourquoi elle a fait de cette éducation au numérique une de ses priorités, tandis que Tatjana Bapst et Ajda Budak, deux collégiennes fribourgeoises de St-Michel, racontent leurs manières de s’informer.
Médias et technologies
Les séries, cette culture populaire qui nous éduque
Les séries sont une nouvelle école de philosophie. C’est la thèse soutenue par la philosophe Sandra Laugier dans son ouvrage « Nos vies en séries ». Un livre qui place ce genre au cœur de la culture populaire d’aujourd’hui.
Selon Sandra Laugier, la série, qui a longtemps été considérée comme un sous-genre un peu débilisant, est devenue LE cœur de la culture populaire et en tant que tel une source essentielle d’éducation morale, sociale et politique. Il a même supplanté le cinéma pour Sandra Laugier.
Ce qui fait des séries des outils d’éducation politique et morale, c’est aussi qu’elles donnent des rôles majeurs aux minorités: qu’elles soient de genre, de sexualité, raciales ou sociales.
L’ouvrage : « Nos vies en séries, Philosophie et morale d’une culture populaire », Sandra Laugier (Editions Flammarion).
La chronique culturelle de La Matinale : Les séries, cette culture populaire qui nous éduque – rts.ch
Crédit photo : Photo par Tina Rataj-Berard sur Unsplash
Derrière le mur de Berlin : les clichés fantômes pris par les appareils photo cachés de la Stasi
Donna West Brett, University of Sydney
Quand le mur de Berlin a coupé l’Allemagne en deux, en 1961, le ministère de la Sécurité d’État de l’Allemagne de l’Est – plus connu sous le nom de Stasi – a mis en place une surveillance massive des citoyens de la République démocratique allemande.
Le Centre d’observation de la Stasi forma des agents à la photographie, à la filature des suspects et à l’art du déguisement.
Cette surveillance se traduisit par le recueil d’innombrables documents écrits, d’enregistrements audio et vidéo, d’odeurs individuelles… et de quelque deux millions de photographies qui se trouvent aujourd’hui rassemblées dans les archives de la Stasi.
Afin de prendre des photos en toute discrétion, des appareils photo ont été spécialement conçus pour être dissimulés dans des pots de fleurs, des stylos, des vestes et des sacs. Certains d’entre eux étaient d’une taille si réduite que leur objectif pouvait être cousu derrière une boutonnière, tandis que le déclencheur tenait dans une poche.
Trente ans après la chute du mur, les images de cette période de surveillance étatique de masse nous offrent un regard sans précédent à la fois sur les personnes qui ont tenté de fuir à l’ouest et sur les activités de la Stasi.

Les clichés pris avec des appareils dissimulés dans des boutonnières ont une étrange ombre sombre autour du bord de l’image qui ressemble aux effets photographiques fantomatiques que produisent parfois les appareils photo en plastique bon marché. Ces images sont souvent floues, l’observateur cherchant avant tout à photographier les suspects sur le vif.
Une série de clichés effectuée en 1975 montre deux personnes échangeant un sac dans la rue.

L’agent de la Stasi a suivi le couple, prenant des photos qui montrent les suspects en train de marcher vers une voiture. Les images jettent un voile suspect sur ces actions qui semblent a priori tout à fait innocentes.
Mais il n’y a pas plus d’informations dans les archives de la Stasi sur ce couple ou sur cet événement. C’est probablement dû au fait que de nombreux enregistrements ont par la suite été endommagés ou détruits par le régime afin de dissimuler la surveillance de masse illégalement mise en œuvre.

Les chemins de l’évasion
Le mur de Berlin a été construit principalement afin d’endiguer le flux de plus de quatre millions de citoyens qui avaient quitté l’Allemagne de l’Est pour un Occident plus prospère et démocratique. Entre 1961 et 1989, plus de 5 000 personnes se sont échappées d’Allemagne de l’Est.
Parmi les méthodes employées, citons le fait de sauter par des fenêtres situées au-dessus de la frontière ; l’emploi de ballons à air chaud ; la construction de tunnels ; la fuite dans des coffres de voiture ; on a même rapporté un cas de tentative d’évasion dans le ventre creux d’une fausse vache.
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World politics explainer: The fall of the Berlin Wall
L’une des fuites les plus fameuses fut celle de Heinz Holzapfel, le 29 juillet 1965. Vivant à Leipzig, il avait d’abord rejoint Berlin-Est avec sa femme et son fils.
La famille s’est cachée dans un bâtiment appartenant à un ministère situé à proximité du mur, avant de monter sur le toit et de signaler sa présence avec une lampe torche à des amis de Berlin-Ouest, qui jetèrent aux Holzapfel une corde en nylon attachée à un marteau. La nuit était froide et venteuse et le passage par-dessus le mur, dans une poulie formée d’une roue de vélo et d’un baudrier, était extrêmement dangereux.
Une photo de presse montre Heinz Holzapfel et son fils en sécurité à Berlin-Ouest, exhibant leur baudrier. On les voit souriants, heureux d’avoir survécu à cette évasion si risquée dont la planification avait duré plus d’un an.

Surveiller le mur
Les personnes soupçonnées de vouloir faire défection étaient surveillées par des officiers de la Stasi dont la mission était d’empêcher la fuite des suspects et de procéder à leur arrestation en les prenant sur le fait. Entre juillet et août 1962, des agents ont observé en permanence un restaurant abandonné situé dans le quartier de Kreuzberg, à Berlin. Des informateurs avaient signalé le creusement d’un tunnel passant sous le mur depuis l’intérieur du restaurant.
Les agents ont rédigé des rapports détaillés sur chaque personne entrant et sortant du bâtiment : couleur des cheveux, sexe, taille, vêtements, heure d’arrivée et de départ, venue en voiture ou à pied. En plus de ces très nombreuses notes, ils ont pris des photographies. Certaines ressemblent à des images de film. D’autres sont de piètre qualité, comme si le photographe était pressé de saisir l’instant.

Un jour en août, les agents de la Stasi prirent une série de photos, soupçonnant que la tentative d’évasion était imminente. Un certain nombre de personnes – jugés suspects du fait qu’ils se trouvaient à proximité d’un checkpoint – rencontraient des amis dans une voiture (de nombreuses tentatives d’évasion ont été tentées en voiture, soit en percutant les barrières de contrôle, soit en passant en dessous), tandis que d’autres regardent depuis le toit voisin.
Il s’agissait en fait peut-être d’une diversion. Le tunnel et la tentative d’évasion furent abandonnés pour des raisons inconnues, et la Stasi fut incapable de procéder à la moindre arrestation.
Des souvenirs douloureux enfermés dans les archives
Fin 1989, des citoyens prirent d’assaut les bureaux de la Stasi après une série de révolutions qui bouleversèrent l’Europe de l’Est. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre, marquerait la fin de l’après-guerre et la division de l’Allemagne.
Les personnes ayant été surveillées ou emprisonnées peuvent désormais accéder à leur dossier de la Stasi. Ces dossiers peuvent contenir des photographies et des preuves que des membres de leur famille, leurs épouses, maris ou amants, avaient été des informateurs des services de sécurité.

Vera Iburg, qui travaille dans les archives, a déclaré au Spiegel :
« C’est terrible. Les mensonges que les gens racontent et la faiblesse de la nature humaine vous plongent dans le désespoir. »
Nous voyons aujourd’hui dans ces photographies des objets esthétiques et des preuves factuelles de la surveillance de masse mise en œuvre par le régime de surveillance de masse ; mais n’oublions pas qu’elles restent à ce jour porteuses d’une profonde douleur pour les victimes.
Il nous appartient de tirer les leçons de l’expérience de la Stasi et de la surveillance constante de la vie quotidienne.![]()
Photo en-tête : Photographie prise par des agents de la Stasi de transfuges présumés dans un restaurant abandonné dans le quartier de Kreuzberg, Berlin, en 1962. Stasi Records Agency Berlin/Bild
Donna West Brett, Lecturer in Art History, University of Sydney
This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.
Les écrans rendent-ils crétins ? « Non, c’est l’usage que l’on en fait »
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Séverine Erhel, maîtres de conférences en psychologie cognitive à Rennes 2 bat en brèche les discours alarmistes sur l’usage des écrans pour les enfants.
Les écrans sont-ils dangereux pour la santé ? Leur multiplication dans notre quotidien engendre-t-elle « une décérébration à grande échelle », comme l’affirme le neuroscientifique Michel Desmurget, directeur d’une équipe de recherche sur la plasticité cérébrale au CNRS, dans son ouvrage La Fabrique du crétin digital, les dangers des écrans pour nos enfants (ed. Seuil) ? Depuis des années, le ‘danger des écrans » est un sujet qui passionne aussi bien le monde scientifique que les médias et le grand public quitte à, parfois, glisser vers un « catastrophisme » facile que regrette Séverine Erhel, maître de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’Université Rennes 2. Selon elle, la règle est simple : le problème ne vient pas de l’écran, mais de l’usage que l’on en fait. Extrait
Des discours alarmistes qui s’inscrivent dans une longue histoire lors de l’apparition d’un nouveau dispositif technique et dont se saisit les jeunes.
« En 1931, lorsque le flipper est sorti aux États-Unis, une panique morale s’est instaurée – le jeu était suspecté de favoriser la fainéantise – jusqu’à ce qu’il soit interdit. Si on remonte un peu moins loin, le jeu de rôle Donjon et Dragon a longtemps été accusé de rendre violent et de favoriser les suicides. Plus récemment, il y a évidemment la télévision et surtout les jeux vidéo qui, depuis la fusillade de Columbine aux États-Unis, en 1999 les deux tueurs étaient joueurs, NDLR sont souvent incriminés. Cette panique se prolonge avec Internet, les réseaux sociaux et donc les écrans. Il est pourtant nécessaire d’avoir un discours nuancé sur ce sujet, sous peine de se retrouver avec des personnes qui activent des paniques morales et qui, je pense, ne sont pas désintéressées. »
Source image en-tête : Photo par Konstantin Dyadyun sur Unsplash
-A lire : Les écrans rendent-ils crétins ? « Non, c’est l’usage que l’on en fait » | L’Express

« Les oubliées du numérique » : Le digital est « un univers conçu, programmé et installé par des hommes », explique Isabelle Collet
C’est un secteur en pleine croissance. Pourtant, les femmes ne représentent que 15 % des effectifs en France. Les métiers de la tech et du numérique sont aujourd’hui massivement dominés par les hommes. Un constat inquiétant, dans un monde où le digital est omniprésent et sert d’interface avec le monde social. « La situation est la même dans tous les pays occidentaux. L’absence des femmes dans le numérique est très problématique, mais ce n’est pourtant pas une fatalité », explique Isabelle Collet, informaticienne et enseignante-chercheuse à l’université de Genève, qui travaille sur les questions de genre dans le monde digital depuis une quinzaine d’années.
Cette spécialiste de l’inclusion des femmes, également experte pour l’Union européenne sur ces questions, vient de publier Les oubliées du numérique (éditions Le Passeur), un ouvrage qui décortique les constructions historiques et sociales à l’origine du manque de diversité dans le monde digital. Pourquoi les femmes sont-elles aussi peu nombreuses ? Comment stopper cette marginalisation ? Quelles mesures prendre pour améliorer l’inclusion des femmes ? 20 Minutes a interrogé la chercheuse, qui revient sur les principaux enjeux de cette sous-représentation des femmes, et propose des solutions pour y remédier.

Importance du rôle de l’éducation pour améliorer l’inclusion des femmes dans le numérique ? :
« Il faut d’abord travailler sur le terrain de l’éducation. Il faudrait que les professeurs reçoivent une formation afin de pouvoir enseigner de manière parfaitement égalitaire les matières scientifiques (maths, physique…) Il me semble aussi indispensable d’apprendre aux enfants, et donc aussi aux filles, ce qu’est le numérique, comment on code… Et de rappeler qu’un certain nombre de femmes dans l’informatique ont fait des découvertes fondamentales, histoire de montrer aux jeunes que la représentation féminine a toujours existé, et que cela devrait être banal. »
Lire l’interview complet : « Les oubliées du numérique » : Le digital est « un univers conçu, programmé et installé par des hommes », explique Isabelle Collet | 20minutes.fr
Pour poursuivre la réflexion et le débat concernant la question du genre en éducation, une sélection d’articles d’Isabelle Collet :
- Collet, I. (2018). Dépasser les éducations à : vers une pédagogie de l’égalité en formation initiale du personnel enseignant. Recherches féministes, 31(1), 179-197.
- Collet, I., Operiol, V., & Sgard, A. (2018). La question du genre dans la formation des enseignant·es d’histoire et de géographie, enjeux et perspectives. Revue GEF, (2), 22-33.
- Morley, C., & Collet, I. (2017). Femmes et métiers de l’informatique : un monde pour elles aussi. Cahiers du genre, (62), 183-202.
- Collet, I. (2017). Les informaticiennes : de la dominance de classe aux discriminations de sexe. 1024 – Bulletin de la société informatique de France, (2), 25-41.
- Collet, I. (2016). Des papillons pour les filles, des cyclones pour les garçons. Les enseignements de sciences à l’école primaire genevoise. Tréma, (46), 63-76.
- Collet, I. (2016). Former les enseignant-e-s à une pédagogie de l’égalité. Le Français Aujourd’hui, (193), 111-119.
- Ferrière, S., & Collet, I. (2016). Tablettes tactiles à l’école primaire en France : illusions essentialistes et pratiques genrées chez les enseignant.e.s du primaire. Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, 4.
La liste complète de ses publications ainsi que sa page à l’Université de Genève : http://www.unige.ch/grifege/equipe/isabelle-collet/
Crédit photo : La chercheuse Isabelle Collet. — Sabine Papilloud / Le Nouvelliste
Explorer les usages médias des 7-10 ans
En 2019, pour la Semaine des médias à l’école, la Radio Télévision Suisse proposera une web série inédite consacrée aux pratiques numériques des plus jeunes. Dix thématiques seront abordées (10 x 3 min), par le biais de questions d’enfants. Ses contenus seront conçus pour répondre aux objectifs du PER MITIC. Au sommaire (provisoire) :
- « Internet, comment ça marche ? » (Julie, 7 ans)
- « Pourquoi mes parents m’interdisent de jouer aussi longtemps que je veux aux jeux vidéo ? » (Léa, 8 ans)
- « Est-ce que c’est vrai qu’Internet ça pollue ? » (Oscar, 9 ans)
- « Pourquoi ma maman dit que Tik Tok, ça peut être dangereux ? » (Coralie, 7 ans)
- « Est-ce que c’est vrai que des gens peuvent m’espionner sur mon smartphone ? » (Ivan, 8 ans)
- « Comment savoir, sur Internet, si une information est vraie ? » (Marie, 11 ans)
- « Pourquoi, sur Internet, les jeux, les réseaux sociaux, les vidéos, c’est gratuit ? » (Louis, 10 ans)
- « Est-ce que c’est vrai que la voiture du papa de Dona est connectée à Internet ? » (Ania, 9 ans)
- « J’aimerais faire des vidéos sur YouTube, est-ce que je peux ? » (Abel, 8 ans)
- « Un copain m’insulte sur un groupe WhatsApp. Qu’est-ce que je dois faire ? » (Romain, 11 ans)
Un dossier pédagogique proposera des pistes pour chaque épisode. A suivre !…
La page met également à disposition les contenus réalisés lors des précédentes éditions de la Semaine des médias (depuis 2010).
—A lire : La série RTS
