Derrière le mur de Berlin : les clichés fantômes pris par les appareils photo cachés de la Stasi

Donna West Brett, University of Sydney

Quand le mur de Berlin a coupé l’Allemagne en deux, en 1961, le ministère de la Sécurité d’État de l’Allemagne de l’Est – plus connu sous le nom de Stasi – a mis en place une surveillance massive des citoyens de la République démocratique allemande.

Le Centre d’observation de la Stasi forma des agents à la photographie, à la filature des suspects et à l’art du déguisement.

Cette surveillance se traduisit par le recueil d’innombrables documents écrits, d’enregistrements audio et vidéo, d’odeurs individuelles… et de quelque deux millions de photographies qui se trouvent aujourd’hui rassemblées dans les archives de la Stasi.

Afin de prendre des photos en toute discrétion, des appareils photo ont été spécialement conçus pour être dissimulés dans des pots de fleurs, des stylos, des vestes et des sacs. Certains d’entre eux étaient d’une taille si réduite que leur objectif pouvait être cousu derrière une boutonnière, tandis que le déclencheur tenait dans une poche.

Trente ans après la chute du mur, les images de cette période de surveillance étatique de masse nous offrent un regard sans précédent à la fois sur les personnes qui ont tenté de fuir à l’ouest et sur les activités de la Stasi.

Les ombres sur les côtés apparaissent à présent comme des effets dus à la pellicule – il s’agit en fait du bord du tissu de la boutonnière. Photos prises vers 1975, bureau des enregistrements de la Stasi

 

Les clichés pris avec des appareils dissimulés dans des boutonnières ont une étrange ombre sombre autour du bord de l’image qui ressemble aux effets photographiques fantomatiques que produisent parfois les appareils photo en plastique bon marché. Ces images sont souvent floues, l’observateur cherchant avant tout à photographier les suspects sur le vif.

Une série de clichés effectuée en 1975 montre deux personnes échangeant un sac dans la rue.

Ces photos prises en secret capturent l’instant où un couple échange un sac. Photo prise vers 1975, bureau des enregistrements de la Stasi

 

L’agent de la Stasi a suivi le couple, prenant des photos qui montrent les suspects en train de marcher vers une voiture. Les images jettent un voile suspect sur ces actions qui semblent a priori tout à fait innocentes.

Mais il n’y a pas plus d’informations dans les archives de la Stasi sur ce couple ou sur cet événement. C’est probablement dû au fait que de nombreux enregistrements ont par la suite été endommagés ou détruits par le régime afin de dissimuler la surveillance de masse illégalement mise en œuvre.

Le comportement de ces personnes est peut-être anodin, mais le seul fait de les photographier suffit à les rendre suspectes. Photo prise vers 1975, Bureau des enregistrements de la Stasi

Les chemins de l’évasion

Le mur de Berlin a été construit principalement afin d’endiguer le flux de plus de quatre millions de citoyens qui avaient quitté l’Allemagne de l’Est pour un Occident plus prospère et démocratique. Entre 1961 et 1989, plus de 5 000 personnes se sont échappées d’Allemagne de l’Est.

Parmi les méthodes employées, citons le fait de sauter par des fenêtres situées au-dessus de la frontière ; l’emploi de ballons à air chaud ; la construction de tunnels ; la fuite dans des coffres de voiture ; on a même rapporté un cas de tentative d’évasion dans le ventre creux d’une fausse vache.




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World politics explainer: The fall of the Berlin Wall


L’une des fuites les plus fameuses fut celle de Heinz Holzapfel, le 29 juillet 1965. Vivant à Leipzig, il avait d’abord rejoint Berlin-Est avec sa femme et son fils.

La famille s’est cachée dans un bâtiment appartenant à un ministère situé à proximité du mur, avant de monter sur le toit et de signaler sa présence avec une lampe torche à des amis de Berlin-Ouest, qui jetèrent aux Holzapfel une corde en nylon attachée à un marteau. La nuit était froide et venteuse et le passage par-dessus le mur, dans une poulie formée d’une roue de vélo et d’un baudrier, était extrêmement dangereux.

Une photo de presse montre Heinz Holzapfel et son fils en sécurité à Berlin-Ouest, exhibant leur baudrier. On les voit souriants, heureux d’avoir survécu à cette évasion si risquée dont la planification avait duré plus d’un an.

Le harnais que la famille Holzapfel a utilisé pour passer le mur. Photographie d’illustration d’un article consacré à leur fuite. Anonyme : Réfugiés, RDA, fuite de la famille Holzapfel à l’ouest, 1965

Surveiller le mur

Les personnes soupçonnées de vouloir faire défection étaient surveillées par des officiers de la Stasi dont la mission était d’empêcher la fuite des suspects et de procéder à leur arrestation en les prenant sur le fait. Entre juillet et août 1962, des agents ont observé en permanence un restaurant abandonné situé dans le quartier de Kreuzberg, à Berlin. Des informateurs avaient signalé le creusement d’un tunnel passant sous le mur depuis l’intérieur du restaurant.

Les agents ont rédigé des rapports détaillés sur chaque personne entrant et sortant du bâtiment : couleur des cheveux, sexe, taille, vêtements, heure d’arrivée et de départ, venue en voiture ou à pied. En plus de ces très nombreuses notes, ils ont pris des photographies. Certaines ressemblent à des images de film. D’autres sont de piètre qualité, comme si le photographe était pressé de saisir l’instant.

Des personnes suspectées de vouloir faire défection sont photographiées en train de retrouver des amis venus en voiture. Observation d’une possible tentative de fuite à proximité d’un checkpoint à Berlin, 26 août 1962, Bureau des enregistrements de la Stasi, Berlin

 

Un jour en août, les agents de la Stasi prirent une série de photos, soupçonnant que la tentative d’évasion était imminente. Un certain nombre de personnes – jugés suspects du fait qu’ils se trouvaient à proximité d’un checkpoint – rencontraient des amis dans une voiture (de nombreuses tentatives d’évasion ont été tentées en voiture, soit en percutant les barrières de contrôle, soit en passant en dessous), tandis que d’autres regardent depuis le toit voisin.

Il s’agissait en fait peut-être d’une diversion. Le tunnel et la tentative d’évasion furent abandonnés pour des raisons inconnues, et la Stasi fut incapable de procéder à la moindre arrestation.

Des souvenirs douloureux enfermés dans les archives

Fin 1989, des citoyens prirent d’assaut les bureaux de la Stasi après une série de révolutions qui bouleversèrent l’Europe de l’Est. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre, marquerait la fin de l’après-guerre et la division de l’Allemagne.

Les personnes ayant été surveillées ou emprisonnées peuvent désormais accéder à leur dossier de la Stasi. Ces dossiers peuvent contenir des photographies et des preuves que des membres de leur famille, leurs épouses, maris ou amants, avaient été des informateurs des services de sécurité.

Des dossiers semblables à celui-ci, qui documente la fuite de la famille Tomas par un tunnel le 7 mai 1962, sont désormais accessibles au public, y compris aux personnes ayant fait l’objet d’une surveillance de la part de la Stasi. Bureau des enregistrements de la Stasi

 

Vera Iburg, qui travaille dans les archives, a déclaré au Spiegel :

« C’est terrible. Les mensonges que les gens racontent et la faiblesse de la nature humaine vous plongent dans le désespoir. »

Nous voyons aujourd’hui dans ces photographies des objets esthétiques et des preuves factuelles de la surveillance de masse mise en œuvre par le régime de surveillance de masse ; mais n’oublions pas qu’elles restent à ce jour porteuses d’une profonde douleur pour les victimes.

Il nous appartient de tirer les leçons de l’expérience de la Stasi et de la surveillance constante de la vie quotidienne.The Conversation

Photo en-tête : Photographie prise par des agents de la Stasi de transfuges présumés dans un restaurant abandonné dans le quartier de Kreuzberg, Berlin, en 1962. Stasi Records Agency Berlin/Bild

Donna West Brett, Lecturer in Art History, University of Sydney

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

Le Blackface de Justin Trudeau: des perceptions historiquement différentes entre Anglophones et Francophones ?

Justin Trudeau a passé la journée de mercredi à se confondre en excuses relativement à une photo où il est déguisé en sultan pour une soirée costumée quand il était enseignant à Vancouver, en 2001. Puis,une deuxième photographie et une vidéo ont été dévoilées, cette fois-ci montrant Justin Trudeau déguisé en Noir avec un blackface.

La photo de Justin Trudeau déguisé en Aladin à Vancouver en 2001. Photo: La Presse canadienne / West Point Grey Academy
La photo de Justin Trudeau déguisé en Aladin à Vancouver en 2001. Photo: La Presse canadienne / West Point Grey Academy

Raciste ou erreur innocente, sa photo en brownface a été accueillie bien différemment au Canada anglais et au Québec. Le journal Le Devoir a notamment interrogé à ce sujet le sociologue Joseph Yvon Thériault.

Celui-ci explique ce contraste par l’histoire différente du Québec et du reste du Canada, de même que la proximité culturelle du Canada anglais avec les États-Unis. Le blackface est né au sud de la frontière au XIXe siècle, où les spectacles de minstrels permettaient à des acteurs blancs de se moquer des Afro-Américains avec un accent ridicule ou des comportements enfantins. La société américaine s’est construite autour de l’esclavage et de son abolition et le phénomène du blackface y a été structurant, explique M. Thériault. Au fil des décennies, le Canada et les pays anglo-saxons se sont américanisés. La sensibilité au blackface s’est importée. Mais le Québec s’est davantage construit en miroir à la France, dont le passé colonialiste n’a pas compté le même épisode d’esclavage en terre française qu’aux États-Unis, note M. Thériault. « La notion est moins prégnante » au Québec, dit-il.

Par ailleurs, pour le sociologue trouve « surprenant que M. Trudeau s’excuse pour un geste d’il y a 20 ans, parce qu’il y a 20 ans la réception n’était pas comme aujourd’hui ».

Sur le plan politique, le Canada étant en pleine campagne électorale, la Ligue des Noirs du Québec, le Conseil national des musulmans canadiens et le groupe Canadians United Against Hate ont tous accepté les excuses de Justin Trudeau, prononcées mercredi soir peu après la diffusion de la première photo.

— A lire sur Houspillé dans le ROC, pardonné au Québec | Le Devoir

Connaissez-vous les algorithmes du web ? – Le carnet du master « Sciences-société »

La thèse de Dominique Cardon y est que les algorithmes, loin d’être de simples procédés purement objectifs, projettent sur nos sociétés les système de valeurs mis en avant par leurs concepteurs. Ainsi les algorithmes utilisés par les grandes plateformes d’Internet ont tendance à concentrer l’attention autour de quelques individus considérés comme étant les plus méritants auxquels on accorde une visibilité disproportionnée. La société dont « rêvent » les algorithmes, pour reprendre l’expression de Dominique Cardon est donc une société méritocratique où les algorithmes, en s’adaptant au comportement de chaque internaute, reproduit les inégalités en permettant aux plus populaires, aux plus cultivés, d’augmenter encore leurs réseaux relationnels, les ressources auxquelles ils ont accès et les opportunités.

Face à ces constats, l’auteur insiste sur l’importance capitale de se pencher sur le fonctionnement des algorithmes afin de comprendre les transformations qu’ils provoquent dans nos sociétés et d’être capable de tenir un débat sur ce que nous voulons que les algorithmes fassent ou ne fassent pas, sans que cela ne soit dicté par un nombre restreint de multinationales très puissantes. C’est précisément dans cet objectif que Dominique Cardon a écrit cet essai dont l’intérêt pour le lecteur ne se limite pas aux seuls spécialistes des technologies numériques et de leurs enjeux politiques et sociaux.

Référence
Cardon, Dominique, À quoi rêvent les algorithmes: nos vies à l’heure des big data (Paris, France: Seuil : la République des idées, 2015)
— À lire sur mastersts.hypotheses.org/74

Eva.Stories ou comment « storifier » la Shoah sur Instagram – rts.ch

Raconter la Shoah aux jeunes générations sur Instagram pour qu’elles n’oublient pas ce qui s’est passé, tel est l’objectif du compte Eva.Stories, qui retrace la vie d’une adolescente juive hongroise durant la Seconde Guerre mondiale.

Eva a 13 ans, elle vit en 1944 mais elle a aussi un smartphone et un compte Instagram. Un anachronisme qui permet de suivre le quotidien d’une adolescente juive qui se filme à l’école, avec son amoureux, avec ses amies, avec sa famille, comme n’importe quelle adolescente de 2019. Depuis la mi-avril donc, Eva documente, en temps réel, la vie en 1944 d’une jeune juive hongroise sur Instagram.

Puis, c’est l’histoire qui bascule. Le nazisme, le racisme, la haine, la stigmatisation, les privations, la déportation, la mort. Tout cela est raconté à la forme personnelle, en « je », en format stories, c’est-à-dire des vidéos verticales de 15 secondes tournés qui se suivent les unes les autres sur le compte Instagram d’Eva. L’histoire d’une vie pour raconter le destin des juifs au siècle dernier.

-Lire la suite : Eva.Stories ou comment « storifier » la Shoah sur Instagram – rts.ch – Culture

L’émission de la RTS : Médias: Eva.Stories, la Shoah « storifiée » sur Instagram Vertigo / 6 min. / hier à 16:52

Comment amener les enfants au code – 10 mythes et réalités

L’une des principales raisons pour lesquelles les enfants ne s’intéressent pas au codage, c’est à cause des idées fausses que l’on se fait sur ce que signifie être un codeur. Dans la culture populaire, le codage est associé aux nerds, aux hommes et aux garçons antisociaux qui sont obsessivement attirés par les mathématiques et l’informatique. Cela vaut la peine de creuser un peu. Non seulement c’est injuste pour les gens qui sont déjà profondément dans le codage, mais cela détourne aussi les jeunes qui ne s’identifient pas à ce stéréotype. Comment pouvons-nous faire entrer les enfants dans le système de codage ? Mimi Ito, professeure, anthropologue et connaisseuse de la culture geek et de l’apprentissage, reprend cinq mythes populaires au sujet du codage et les confrontent à la réalité du travail de codage.

1° Mythe : Le codage, c’est pour les nerds VS La réalité : Coder, c’est être soi-même

Pour les enfants qui ne correspondent pas au stéréotype du nerd, nous devons leur envoyer le message qu’ils n’ont pas besoin de garer leur identité à la porte du laboratoire informatique. Ils n’ont pas à se conformer à la culture informatique existante. Le codage peut faire partie de ce qu’ils sont.

Mon équipe au Connected Learning Lab de l’UC Irvine a travaillé avec le groupe Lifelong Kindergarten du MIT sur un projet financé par la NSF pour développer des programmes de codage qui fonctionnent contre les stéréotypes. Nous avons commencé par des tutoriels où les enfants pouvaient animer des images sur de la musique hip hop.

2° Mythe : Le codage est solitaire VS La réalité : Le codage est social

En réalité, le codage est presque toujours une activité sociale. Un des mouvements qui balaie le monde du codage est la programmation par paire, où deux codeurs travaillent ensemble en temps réel. Même dans les premiers jours du Homebrew Computer Club, les amateurs apprenaient les uns des autres. En fait, l’une des caractéristiques déterminantes de la culture de codage est l’apprentissage par les pairs.

3° Mythe : Le codage est intense VS La réalité : Le codage peut être occasionnel

À l’époque où les ordinateurs étaient un passe-temps de niche, cette vision du codage comme intense et consommatrice aurait pu avoir du mérite. Mais de nos jours, les ordinateurs et le code font partie de presque tous les aspects de notre vie. Le codage est devenu une chose quotidienne depuis que les adolescents ont commencé à modifier leur profil MySpace ou à tricher avec les codes de triche dans les jeux vidéo. Vous n’avez pas besoin d’être un passionné intense ou un informaticien pour vous amuser avec le code. C’est comme si vous n’aviez pas besoin d’être romancier pour écrire un courriel.

4° Mythe : Le codage est mathématique VS La réalité : Le codage est dans tous les domaines

Aujourd’hui, le codage est plus une façon de penser et de résoudre des problèmes qu’une simple frappe folle au clavier. Les environnements de programmation comme Scratch permettent aux enfants de glisser-déposer des blocs plutôt que d’avoir à taper une ligne de commande. Dans nos programmes d’ingénierie Minecraft, les enfants travaillent avec des matériaux comme la pierre rouge pour expérimenter des concepts comme les séquences et les boucles  » si, alors « . L’éducation au codage d’aujourd’hui met l’accent sur ces concepts sous-jacents et ces façons de penser plutôt que sur les langages de programmation en tant que tels.

L’autre réalité importante de l’informatique d’aujourd’hui est qu’elle fait partie de tous les domaines, pas seulement de la science et de la technologie. Que vous soyez dans le commerce de détail, l’agriculture ou l’art, les ordinateurs et Internet sont partout. La recherche a montré que s’ils ne s’identifient pas au stéréotype du nerd, la façon d’amener les enfants à coder est de commencer par un autre domaine d’intérêt, comme les arts. Ne menez pas avec la technologie.

5° Mythe : Le codage, c’est l’amour de l’ordinateur VS La réalité : Le codage consiste à résoudre des problèmes

En réalité, la plupart des gens voient le codage comme un moyen d’atteindre un but plutôt qu’une obsession personnelle. Pour certains enfants, résoudre des problèmes de calcul est amusant. Mais il est plus probable que votre enfant sera motivé par un problème dans le monde, qu’il s’agisse de créer un GIF amusant à partager avec un ami, de modifier son jeu Minecraft, de trouver comment calculer sa moyenne générale ou de créer un site de fans Harry Potter. Nous pouvons amener les enfants à coder avec des problèmes du monde réel qui peuvent être résolus par le calcul et le codage.

Article complet et original en anglais : How to Get Kids Into Coding — 10 Myths and Realities

Crédit photo : Photo by Mimi Thian on Unsplash

Merci Marcel Lebrun ! Un héritage en 5 mots-clés 

Un article repris de https://www.louvainlearninglab.blog…

Ce 6 novembre 2018, le LLL célèbre le départ à l’éméritat de Marcel Lebrun, éminent membre du service depuis sa création, en 1995. Physicien de formation, Marcel s’est très vite tourné vers la pédagogie de l’enseignement supérieur. Didactique de la physique, enseignement assisté par ordinateur,  dispositifs hybrides, classes inversées… il est devenu, au fil des années, un expert en technologies éducatives. Une carrière entière consacrée à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en symbiose avec les transformations profondes de la société induites par le numérique.

Quels messages nous laisse-t-il ? Avec quel héritage allons-nous, ses collègues, tenter de poursuivre ses actions ?

Voici les 5 mots-clés que nous retenons suite à notre collaboration avec lui :

Valeur ajoutée :

Le mot-clé que Marcel utilise comme filtre dans toute réflexion sur un dispositif pédagogique ! Quelle valeur ajoutée pour l’apprentissage des étudiants le changement envisagé va-t-il apporter ?

  • En quoi vont-ils mieux apprendre avec cette vidéo, avec ce blog… qu’avec le support de cours habituel ?
  • A quelles conditions ce travail de groupe va-t-il permettre aux étudiants d’apprendre plus en profondeur que s’ils menaient un travail individuel ?
  • En quoi les activités en ligne envisagées vont-elles rendre les étudiants plus actifs ?

Pour tout changement dans un dispositif, Marcel nous invite à analyser les bénéfices espérés pour l’apprentissage, et à les mettre en balance avec le coût supplémentaire (en termes d’énergie, de temps, d’adaptation à la nouveauté…) du point de vue des étudiants.

Dispositif :

Le mot impossible à définir… et pourtant tout le temps utilisé ! Il exprime l’idée qu’enseigner consiste à mettre à disposition de l’étudiant des occasions où il pourra apprendre, au travers d’un ensemble structuré et organisé d’activités à réaliser (en ligne et/ou en classe), de documents à consulter, de consignes et d’échéances à respecter, de critères de qualité à rencontrer, de pairs et d’experts à consulter… le tout, par exemple, soutenu et facilité par des technologies. Ainsi, Marcel voit l’enseignant comme un « grand organisateur », qui met en place une série coordonnée de moyens au service d’un objectif : l’apprentissage.

Scénario :

C’est le résultat concret et communicable de l’organisation du dispositif. Marcel encourage à scénariser son dispositif sous forme de ligne du temps schématique, qui met en évidence, pour les étudiants, la succession des activités-clé, l’articulation entre les activités en classe et en ligne, les productions attendues, les dates importantes à épingler etc. Pour l’enseignant, dessiner le scénario de son cours avant que celui-ci ne démarre, aide à concevoir l’ensemble de l’unité d’enseignement comme un dispositif cohérent, dans lequel acquis d’apprentissage visés, modalités d’évaluation et activités d’apprentissage sont alignés.

Exemple de scénario pédagogique d’un cours donné par Marcel. Extrait de La classe à l’envers pour apprendre à l’endroit, Cahier du LLL (2016).

Rôles (changement de) :

Un leitmotive dans toutes les interventions de Marcel ! Que l’on peut résumer par la célèbre expression From ‘sage on the stage’ to ‘guide on the side’. Si l’on croit qu’apprendre nécessite de s’engager personnellement dans des activités cognitives de haut niveau, enseigner nécessite alors un changement de posture. Enseigner ne se conçoit plus comme un rôle de transmission des savoirs mais bien comme un rôle de conception de dispositifs qui vont permettre aux étudiants de s’engager dans la construction de leurs connaissances. Et comme un rôle d’accompagnement dans cette construction : guider, faciliter, donner du feedback…

Activité (de l’étudiant) :

Certainement le mot-clé le plus central de tout cet héritage ! La finalité de toute transformation de dispositif devrait être de rendre les étudiants – chaque étudiant ! – davantage engagés dans des activités cognitives de haut niveau en lien avec les compétences à développer. Leur faire rechercher des informations (plutôt que leur transmettre), leur faire analyser et critiquer ensemble les informations trouvées (plutôt que leur donner une liste de sources valides), leur faire produire des synthèses personnelles (plutôt que leur fournir les vôtres), leur faire présenter ces synthèses aux autres et les inviter à se positionner par rapport aux synthèses des pairs (plutôt que leur fournir uniquement votre propre feedback).

A propos de l’auteur : Françoise Docq est coordinatrice du projet Louvain moocXperience au sein du Louvain Learning Lab. Conseillère technopédagogique depuis de nombreuses années, elle se passionne pour les transformations de l’enseignement supérieur liées à l’apprentissage en ligne.

Source : Merci Marcel Lebrun ! Un héritage en 5 mots-clés – Louvain Learning Lab

Licence : CC by-nc-sa

Qwant Calcule et Plan Calcul | binaire

On peut passer son temps à se plaindre de l’impérialisme de grandes entreprises du Web ou, comme Qwant, on peut essayer de changer cela. Binaire a parlé de cette start-up l’an dernier : Qwant, aux armes citoyens ! Depuis, l’entreprise a fait un bout de chemin. En juin 2018, elle était créditée de 8% du marché français des recherches Web, contre près de 90% pour Google. Il s’agit bien d’une concurrence féroce et de souveraineté. Un historien, Pierre Mounier-Kuhn confronte la situation de Qwant à celle du Plan Calcul, un plan gouvernemental français lancé en 1966 par Charles De Gaulle  en favorisant le développement d’une industrie mais aussi d’une recherche françaises de haut niveau. Il est de bon ton de considérer que ce plan fut un échec, mais il ne l’a sans doute pas été pour la recherche et pour ceux qui ont découvert l’informatique grâce à lui. Pour Qwant, on espère que le succès de son appropriation par les citoyens sera au rendez-vous de l’histoire.

Lire la suite : Qwant Calcule et Plan Calcul | binaire

Crédit image : PixabayCC0 Creative Commons. Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise

13 Stories of Life on a Teacher’s Salary | Time

La dernière édition du Times présente la situation économique de 13 enseignant.e.s américain.e.s au travers de leur portrait.Le regard porté sur la situation économique et social de ces enseignant.e.s et à travers eux le portrait du système éducatif américain est édifiant. Voici le portrait de Maddie McGarvey, 52 ans, professeur d’histoire.

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Maddie McGarvey for TIME/Economic Hardship Reporting Project Hope Brown, 52 U.S. history teacher at Woodford County High School in Versailles, Kentucky

The reality is that we have to spend a lot of our own money for our classroom. I spend money to buy my own copy paper. I bring food for my kids. We’re given about $50 per semester that we can spend on certain things for our classroom, but we always go above and beyond that. I usually end up spending about $400 every semester.

I’ve been teaching for 16 years, and I make about $55,000 a year. I work an extra job in guest services at Rupp Arena, sometimes multiple nights a week, making $9 an hour. My husband and I also started a business leading historical tours in the summer.

Right now, I have a broken tooth that I can’t afford to have fixed. I’ve had to take a sick day before because I didn’t have enough gas to make it to school. I donated plasma twice before my first pay day this year just for gas money. I was really embarrassed when I first had to start doing that because I think of myself as a professional. I have a master’s degree.

I wish people understood exactly what it takes to make a classroom work. Teaching is a science and it is an art, and we work really hard to be able to provide for our students. The schools in Kentucky are not failing like our governor wants people to think that they are. We do a really good job educating all kids that come before us. But we are not paid for the work that we do. I go in at 5 a.m. and I get off at 4 p.m., and usually that’s because I have to go to another job.

I love what I do. My kids are fabulous. There is not another job where you could have as many highs, as many lows, as much connection, as much challenge as there is in teaching. I can’t think of another job — maybe an ER doctor, I don’t know — where I can get the feeling that I do from teaching.

Source : 13 Stories of Life on a Teacher’s Salary | Time

Le pape François à Genève

De l’excellent Chappatte sur la visite du pape François à Genève. Cette caricature devrait donner des idées pour les professeurs d’histoire concernant leur prochaine séquence sur la Réforme !

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© Chappatte dans Le Temps, Suisse

L’école sans mur | rosanbosch.com

Au lieu d’une salle de classe classique avec des bureaux et des chaises, un iceberg géant avec un cinéma, une plate-forme et une salle de détente et de loisirs accueille désormais de nombreux types de situations d’apprentissage. La nouvelle école de l’organisation suédoise de l’école gratuite Vittra à Stockholm a un design physique qui promeut les méthodes et les principes éducatifs du Design thinking.

Lors de la création de la nouvelle école Vittra « Telefonplan » à Stockholm, Rosan Bosch a créé l’aménagement intérieur de l’école, y compris la distribution de l’espace et l’ameublement sur mesure. L’aménagement intérieur s’articule autour des principes éducatifs de Vittra et sert d’outil pédagogique pour le développement à travers les activités quotidiennes.

Vittra accorde une grande priorité au développement de nouvelles méthodes d’enseignement et d’interaction comme base du développement de l’éducation. Au lieu d’une approche conventionnelle en classe, les élèves sont enseignés en groupes adaptés à leur niveau en fonction des principes pédagogiques de l’école concernant « le point d’eau », « l’étalage », « la grotte », « le feu de camp » et « le laboratoire ».

Vittra Telefonplan utilise délibérément son design intérieur comme un moyen de développer l’école et ses principes éducatifs. Rosan Bosch a utilisé des meubles sur mesure, des zones d’apprentissage et de l’espace pour chaque élève afin de faciliter l’enseignement et l’apprentissage différenciés dans une école où l’espace physique est l’un des outils les plus importants pour le développement de l’éducation. Au lieu d’une installation classique de bureau et de chaise, par exemple, un iceberg géant qui comprend un cinéma, une plate-forme et une salle de détente et de loisirs forme maintenant le cadre de nombreux types de situations d’apprentissage, tandis que les laboratoires flexibles offrent des possibilités de se concentrer sur des thèmes et des projets spéciaux.

Les conceptions et l’intérieur accueillent également les efforts actifs de Vittra pour intégrer les médias et les approches numériques. Dans les écoles Vittra, les ordinateurs portables sont l’outil le plus important pour les enfants – qu’ils travaillent assis, couchés ou debout.

Une fois le projet terminé, les résultats ont été traduits en un manuel de conception qui créera un précédent pour la conception des autres écoles de Vittra en Suède. Pour en savoir plus sur les derniers projets scolaires i Brotorp et Södermalm.

— À lire sur www.rosanbosch.com/en/project/vittra-school-telefonplan

Photo : Kim Wendt

Un Mooc sur « Verdun 1917-1918 : batailles oubliées ? Français, Allemands et Américains dans la tourmente »

Ce cours en ligne se propose d’étudier les deux dernières années de la Première Guerre mondiale et ses répercussions dans la région de Verdun.

FUN-MOOC : Verdun 1917-1918 : batailles… par fr-universite-numerique

La bataille de Verdun se termine-t-elle réellement à la fin de l’année 1916 ? Le front de Lorraine s’assoupit-il en 1917-1918 ? En quoi l’année 1917 marque-t-elle d’importantes ruptures dans le domaine de la diplomatie, de la politique interne des États en guerre mais également dans la manière de faire la guerre ? Quels sont les acteurs de ces ruptures ? À quelles nécessités sont-ils confrontés ? Quelles sont les répercussions de tous ces bouleversements sur la poursuite des combats dans la région de Verdun jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918 ? C’est à toutes ces questions que se propose de répondre ce cours en ligne.

Regroupant la même équipe scientifique et éducative du MOOC « Sur les pas des combattants de Verdun : 1916-2016 », ces cours en ligne se proposent de vous éclairer sur ces différents aspects.

En collaboration avec l’université de Lorraine et le Mémorial de Verdun, les différentes interventions seront illustrées par de nombreuses cartes, des photographies, des vidéos, des archives filmées, ainsi que de nombreux documents d’accompagnement.

Ouvert à tous les publics, ce Mooc disponible sur la plateforme France université numérique (FUN) s’adresse en particulier aux élèves de 3e et de 1re qui étudient la Première Guerre mondiale, mais également aux enseignant.e.s. D’une durée de quatre semaines, il commence le 25 septembre et se termine le 6 novembre.

Les enseignant.e.s pourront également consulter le dossier Première Guerre mondiale de la partie « Se former » du portail national : récemment actualisé, celui-ci propose des références permettant une mise au point scientifique, ainsi que de nombreuses ressources.

Scénarios pédagogiques traitant les thèmes de programmes :

Plan du cours

1917 : crise et reconstruction de l’armée française (Semaine 1)

  • Le bilan de 1916 : affirmation de l’ « école de Verdun » et perspectives pour l’année 1917
  • La réorganisation de l’armée allemande par Hindenburg et Ludendorff sur le front de l’ouest
  • L’offensive du Chemin des Dames
  • Les mutineries dans l’armée française
  • La nomination de Pétain à la tête de l’armée française et la fin des mutineries

La poursuite de la bataille de Verdun en 1917 (Semaine 2)

  • L’école Pétain : un minimum d’infanterie, un maximum d’artillerie
  • Les offensives à objectifs limités
  • Le front de Verdun durant le 1er semestre
  • Août- septembre 1917 : l’offensive française sur les deux rives de la Meuse
  • Bilan des combats sur le front de l’ouest et incertitudes pour l’année 1918

1917, année des ruptures diplomatiques et politiques (Semaine 3)

  • Les Etats- Unis d’Amérique face à la guerre en Europe (1914- 1917)
  • L’entrée en guerre des Etats- Unis (avril 1917)
  • L’armée américaine en 1917 : « année zéro »
  • Le basculement de la Russie dans la Révolution
  • Clemenceau président du Conseil
  • 1918 : l’engagement de l’armée américaine en Lorraine (Semaine 4)

1918 : année décisive de la guerre

  • L’intégration de l’armée américaine sur le front de l’ouest
  • La réduction du Saillant de Saint- Mihiel (12- 16 septembre 1918)
  • L’offensive Meuse- Argonne (de septembre à octobre 1918)
  • Les derniers combats de novembre 1918
  • Le 11 novembre 1918 sur le front de Meuse. Bilan et perspectives mémorielles

Évaluation

Des évaluations hebdomadaires ainsi qu’un examen final seront proposés. Une attestation de suivi avec succès sera délivrée si la note finale du MOOC est supérieur ou égal à 60%. Les examens hebdomadaires compteront pour 80% de cette note finale et l’évaluation terminale comptera pour les 20% restants.

Source image : http://www.ecpad.fr/images-de-verdun/

Qu’est-ce que l’Histoire publique (Public History) ?

Invité à l’occasion de la 4e Conférence annuelle la Fédération internationale pour l’histoire publique (FIHP) à Ravene, Benjamin Brillaud, le Youtubeur de Notabene, nous présente à la fois la conférence, ses intervenants et la démarche de l’histoire publique. La vidéo est une bonne introduction sur le sujet de l’histoire publique.

Sa présentation de la vidéo vous intéressera également :

Fort heureusement, vous vous êtes trompés 🙂

Si l’Histoire, en tant que discipline, peut souffrir d’une image parfois encore poussiéreuse, il y a néanmoins de plus en plus d’acteur du secteur de l’Histoire qui œuvrent collectivement pour transmettre l’Histoire de manière plus efficace au public sans sacrifier la rigueur qui lui est dû.

Dans cet épisode un peu particulier, je tenterai de vous montrer ce qu’est l’Histoire publique et pourquoi c’est important à notre époque. Nous verrons ensemble si elle peut trouver un écho en France et si les historiens français sont prêts pour ça.

Pour en savoir un peu plus sur la Conférence : 4th IFPH Annual Conference Program – Ravenna, Italy, 5-9 June 2017. Vous pouvez en apprendre plus sur la fédération internationale d’Histoire publique à travers son blog : http://ifph.hypotheses.org/.

Concernant une définition de l’Histoire publique, je vous invite à lire ce compte-rendu de Serge Noiret : Définir le champ de l’Histoire Publique Numérique, un atelier à THATCamp Paris 2015.

Je vous invite également à lire le blog Public History Weekly qui publie des contributions de divers horizons et de spécialistes internationaux relativement aux usages publics de l’histoire.

Concernant le premier master en Histoire publique ouvert récemment en France à université Paris-Est Créteil : http://www.u-pec.fr/pratiques/universite/formation/master-histoire-parcours-histoire-publique-644604.kjsp postuler : https://candidatures.u-pec.fr/ecandidat/#!accueilView. Vous pouvez aussi consulter le Carnet du master histoire publique de l’université de Paris-Est Créteil. Ce carnet présente les travaux des étudiants du master « Histoire publique » de l’université de Paris-Est-Créteil et interroge toutes les formes de savoirs historiques nées et diffusées en dehors du monde universitaire.

Source de l’image : http://www.sfasu.edu/publichistory/

Les États-Unis sont-ils encore les États-Unis? par Henry Rousso

Dans un témoignage publié sur le site du Huffington Post, l’historien Henry Rousso, spécialiste de l’Holocauste et de l’Occupation nazie en France, revient sur les circonstances qui ont failli le voir expulsé des Etats-Unis alors qu’il se rendait pour une conférence à l’Université du Texas à Houston. Édifiant et inquiétant à plus d’un titre dans cette Amérique trumpienne.

Henri Rousso, historien mondialement reconnu notamment pour son ouvrage « Le syndrome de Vichy », a été à deux doigts d’être refoulé du territoire américain alors qu’il était invité pour une conférence à l’Université du Texas.

Le refoulement a pu être évité de justesse grâce à l’intervention des responsables de l’université texane et avec l’aide d’une professeure de droit spécialisée dans les questions d’immigration, Fatma Marouf.

FORUM DES IMAGES Henry Rousso, l'historien auteur du "syndrome Vichy"

FORUM DES IMAGES
Henry Rousso, l’historien auteur du « syndrome Vichy »

Agé de 62 ans, Français juif né en Egypte, Henry Rousso est professeur d’université et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Dans un premier temps, il a pu donner de ses nouvelles par l’intermédiaire de deux tweets (Henry Rousso, l’historien auteur du « syndrome Vichy », à deux doigts d’être refoulé du territoire américain).

Dans un deuxième temps, il en a fait le compte rendu. Il s’agit d’un édifiant récit sur les résultats de moins de deux mois de présidence de Donald Trump. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Comme dans l’Allemagne de 1933. En voici quelques extraits.

La situation :

«Le 22 février dernier, j’ai atterri vers 14h30 à l’aéroport de Houston, aux États-Unis, en provenance de Paris. Je devais me rendre à un colloque de la Texas A&M University (College Station), où j’ai été invité à plusieurs reprises ces dernières années. Au guichet de l’immigration, une fonctionnaire me refuse l’entrée et m’emmène dans une salle attenante pour contrôle, sans explications. Une trentaine de personnes y attendent que l’on statue sur leur sort. J’observe machinalement une certaine fréquence dans les entrées et sorties. Au bout de trois quarts d’heure, alors que la plupart de ceux qui attendent repartent sans problèmes, un jeune officier de police me demande de le suivre dans un bureau particulier. Commence alors un interrogatoire informel. Je lui demande ce qui me vaut d’être là. Il me répond : « contrôle aléatoire » (random check). Il me demande ce que je viens faire aux États-Unis. Je lui présente alors la lettre d’invitation de l’université. Cette intervention doit-elle être rémunérée ? Je confirme – c’est la règle dans beaucoup universités Nord-américaines. Il m’objecte alors que je n’ai qu’un visa touristique et non un visa spécifique de travail.»

Il en découlera alors un interrogatoire étendu à l’issue duquel le fonctionnaire l’informe qu’il va être refoulé (deported). A 19h00, Henry Rousso comprend que rien ne se passera avant le lendemain.

«Je m’apprête donc à passer encore entre une dizaine ou une vingtaine d’heures installé sur une chaise, sans téléphone – l’usage en est interdit –, avant de pouvoir occuper un fauteuil un peu plus adapté à la situation de personnes ayant effectué un long voyage. Toutes les heures, un fonctionnaire vient nous proposer à boire ou à manger, et nous fait signer un registre comme quoi nous avons accepté ou refusé. Malgré la tension, j’observe ce qui se passe dans ce lieu insolite, à la fois salle d’attente anodine et zone de rétention. Si la plupart des policiers adoptent un ton réglementaire, non discourtois, quelques-uns ricanent discrètement en observant cette population hétéroclite sous leur contrôle. Une policière engueule une femme dont le garçon de trois ans court dans tous les sens. Un homme se lève pour demander ce qu’il en est de sa situation. Trois policiers lui hurlent de s’asseoir immédiatement.»

Vers 21h00, il assiste au renvoi d’un Mexicain, «bien mis de sa personne», menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. A 1h30 du matin, les choses évoluent enfin dans le bon sens pour Henry Rousso à la suite de l’intervention de l’Université du Texas. Un policier lui indique alors qu’il s’agirait d’une erreur. A aucun moment des excuses ne lui seront néanmoins adressées.

Vient alors le temps de l’analyse :

«Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier.»

des questions :

«Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ».

Et enfin celui de sa conclusion qui n’a rien, mais alors rien, de rassurant :

«Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis.»

Il faut remercier grandement Henry Rousso pour son témoignage et son analyse dans un temps aussi rapide. Il faut espérer que les moyens actuels d’information permettent mieux que dans les années 1930 de faire circuler les informations et de se mobiliser contre l’arbitraire et le dévoiement de nos démocraties au profit de régimes autoritaires.

L’article complet à lire : Les États-Unis sont-ils encore les États-Unis?

Source de l’image : Panoramic Images

Des incroyables cartes et infographies du XIXe siècle

Entre 1849 et 1851, l’illustrateur topographique et graveur Emslie et l’éditeur Reynolds conçurent des diagrammes scientifiques représentant dans un grand livre de douze pages intitulé Geological Diagrams. A l’époque, les illustrateurs et cartographes contribuaient beaucoup au développement de l’accessibilité et de la visibilité de la recherche scientifique en créant des cartes, des illustrations et diagrammes représentant les curiosités naturelles ou conçues par l’homme réparties partout dans le monde.

Le XIXe siècle fut marqué par d’importantes découvertes scientifiques, de la première observation de Neptune aux théories de l’évolution. Dès le début du siècle, lorsqu’Alexander von Humboldt créa ce qui est considéré aujourd’hui comme les premières infographies, cartographes et éditeurs conçurent une large gamme de représentations vivantes pour expliquer au grand public ces idées nouvelles et complexes. La société d’édition de Reynolds à Londres imprima une très grande quantité de documents durant les trois décennies que dura sa carrière, répondant à la demande populaire en matière d’informations scientifiques et technologiques. Reynolds travaillait avec plusieurs cartographes et graveurs, mais Emslie fut un de ses principaux collaborateurs. Ils produisirent ensemble de nombreuses infographies et cartes, et furent tous deux élus à la Royal Geographical Society de Londres, institution dédiée à la production de données géographiques et cartographiques précises. L’attrait et le charme de leur travail viennent d’une combinaison de maîtrise formelle des techniques cartographiques, de connaissances scientifiques et d’intuition artistique.

Plan panoramique des principaux fleuves et lacs, issu de Geological Diagrams. Crédit: [WELLCOME LIBRARY/CC BY 4.0]

Plan panoramique des principaux fleuves et lacs, issu de Geological Diagrams. Crédit: [WELLCOME LIBRARY/CC BY 4.0]

Colorisé à la main et très détaillé, Geological Diagrams, publié par Emslie et Reynolds en 1851, est l’une de leurs nombreuses publications. Des cartes y représentent la distribution des plantes, des courants aériens et des religions, tandis que des tableaux y figurent ingénieusement les plus grands fleuves, sommets, cascades et même les constructions les plus célèbres.

Une carte panoramique des principaux fleuves et lacs présente par exemple côte à côte une sélection des plus longs cours d’eau de la planète, comparant le Colorado, le Rhin, le Nil et l’Amazone. Chacun d’entre eux est ponctué par les villes qu’il traverse. Au-dessus de l’alignement de fleuves sont comparés différents lacs, notamment, la mer morte, la mer caspienne, le lac Léman et le lac Erie. On perçoit mieux par cette vue la taille de la «mer» Caspienne et de la mer Noire. Lire l’article : Voici quelques incroyables cartes et infographies du XIXe siècle | Slate.fr

Crédits des illustrations: WELLCOME LIBRARY/CC BY 4.0

Les meilleures applications 2016 pour iPad | Educational Technology and Mobile Learning

Le site Educational Technology and Mobile Learning nous offre une liste très complète et par catégories d’applications iPad utilisables en classe.
Pas de chichi, par catégorie, vous disposez d’une sélection de trois à cinq logiciels. Vous cliquez sur le lien et vous êtes renvoyés sur l’Apple Store.
Bien vu et efficace.

http://www.educatorstechnology.com/2016/12/best-educational-ipad-apps-of-2016.html