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Histoire Lyonel Kaufmann

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Lyonel Kaufmann

Corto Maltese en Sibérie | La Révolution russe, une histoire française

10 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

L’historien Éric Aunoble étudie les regards successifs que la France a porté sur Octobre 1917. Extrait à propos de la bande dessinée d’Hugo Pratt Corto Maltese en Sibérie.


Extrait :

«Dans le domaine de la BD, la concurrence est plus sérieuse du côté d’Hugo Pratt dont le Corto Maltese en Sibérie paraît en France en 1978. Le héros se retrouve pris dans la guerre civile en Extrême-Orient, entre interventionnistes américains et japonais, révolutionnaires mongols et atamans blancs. Un de ces derniers occupe le centre du récit: Roman von Ungern-Sternberg, qui se voyait en continuateur de Gengis Khan. Indéniable réussite scénaristique et artistique, l’album est intéressant en ce qu’il marque la réapparition publique d’une lecture d’extrême droite de la révolution russe.

Le discours traditionnel du complot judéo-maçonnique avait subsisté marginalement mais il avait le défaut d’être un discours de vaincus, surtout dans ces années qui voient les régimes «communistes» progresser dans le monde dans la foulée des révolutions anticoloniales. Après la guerre d’Algérie, l’écrivain Jean Mabire, promoteur d’idées néopaïennes et paneuropéennes qui rappellent le nazisme, écrit une biographie d’Ungern, le baron fou.

Cette figure historique apparaissait dans un texte au statut incertain – mémoires ou roman –, publié en France au début des années 1920 et qui avait déjà inspiré Vladimir Pozner pour Le Mors aux dents. Personnage déséquilibré et sanguinaire, Ungern devient, sous la plume de Mabire, un héros nietzschéen accomplissant son destin. Cela réhabilite la contre-révolution la plus extrémiste tout en transformant une défaite politique et militaire en victoire morale : de quoi plaire aux vaincus de l’Algérie française rescapés de l’OAS.

Hugo Pratt reprend ce schéma tel quel, en y ajoutant le panasiatisme des Mongols rouges, ce qui ne change guère l’orientation idéologique de l’ensemble. Depuis, le «baron fou» continue de fasciner et inspire régulièrement des bandes dessinées et des chansons. Rajoutons que Mabire était lié à Dominique Venner, autre écrivain d’extrême droite qui se piquait d’histoire, militaire notamment. À ce titre, il écrivit une histoire de la guerre civile russe qui fut longtemps la seule disponible en français et bénéficia d’une large diffusion auprès d’un lectorat de non-spécialistes.»

La Révolution russe, une histoire française par Eric Aunoble, La Fabrique, 264 p., 14 euros

Source : Peut-on encore célébrer la Révolution russe? – Bibliobs – L’Obs

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Publications

612/journal de la grande guerre: 6 avril 1916 — 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre

9 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

Je vous invite à suivre cet intéressant blog consacré à Reims pendant la Première Guerre mondiale. Vous aurez l’occasion de suivre le conflit au jour le jour au travers du Carnet d’un rémois Paul Hess et des contre rendus du journal Le Miroir. Chaque jour également une photo tirées des archives allemandes.

Carnets du rémois Paul Hess (extraits) (…)Parmi les nouvelles plus ou moins intéressantes servant à remplir les colonnes des journaux, on en trouve une, assez amusante aujourd’hui: la voici. Quand finira la guerre? On est prié de répondre à une question que pose l’Enregistrement: quand finira la guerre? Il ne faudrait pas croire à une […]

via 612/journal de la grande guerre: 6 avril 1916 — 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre

Classé sous :Annuaire de sites, Histoire active, Nouvelles de l'histoire

Générations Y/Z« Netflix, ben c’est de la télé ! »

8 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

La claque ! Mon accompagnatrice de Reed Midem n’en revient pas. Ces jeunes venus de plusieurs pays européens* et d’Australie ne ressemblent vraiment pas aux autres festivaliers. Résultat : je devais leur faire un speech, j’ai passé mon temps à les écouter ! 

Et jamais le fossé des usages médias n’a paru aussi grand !

Deux exemples  : Qui a regardé la télé hier ?

Personne

Qui s’informe sur Facebook ?

Tout le monde

Lire la suite : http://ift.tt/20clWps

En conclusion : il est difficile de considérer que les Générations Y et Z ne seraient que des concepts marketing !

Classé sous :Opinions&Réflexions Balisé avec :blogcafé, Génération Y, Histoire, humanités digitales, IFTTT, Pocket

L’offshore des croisés | Actuel Moyen Âge

7 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

Le scandale des Panama Papers pousse Actuel Moyen Âge à se tourner vers une autre forme d’évasion fiscale : les comptoirs commerciaux des Vénitiens en Terre sainte, à l’époque des croisades…

L’offshore des croisés | Actuel Moyen Âge

Depuis le début de la semaine, les Panama Papers ébranlent le monde : un travail exceptionnel de journalisme d’investigation a conduit à des révélations-chocs, qui elles-mêmes mènent à d’importantes manifestations, notamment en Islande, où le premier ministre a démissionné mardi. On sait depuis longtemps à quel point la classe politique dans son ensemble ne répugne pas à l’évasion et à la fraude fiscale – pensons à Jérôme Cahuzac… Mais ce qui choque dans les paradis fiscaux, c’est leur aspect institutionnel, le fait qu’ils soient la norme pour certains grands de ce monde, comme si on avait affaire à une pratique légale, officielle.

Puisque LeMonde évoque, dans son édito de mardi, le « tournis » que donne cette avalanche de révélation, tournons-nous vers le Moyen Âge. Car la pratique des paradis fiscaux ne date pas d’hier. Au tournant du XIIe siècle, le succès de la première croisade conduit à la formation des Etats latins d’Orient, dont le royaume de Jérusalem est le plus célèbre. Les Latins qui choisissent de rester vivre en Orient sont peu nombreux, et, pour assiéger les cités qui restent au pouvoir des musulmans, ils se tournent vers les communes italiennes : Venise, Pise, Gênes. Les Italiens s’empressent de monnayer leur aide en réclamant la plupart du temps un tiers des villes qu’ils aideront à prendre. Dans ce tiers de la ville, ce sont les lois de la commune qui doivent s’appliquer : on parle de privilège d’extraterritorialité, car cette partie de la ville, bien que située géographiquement en Orient, est considérée comme si elle était située à Venise ou à Pise. Ces enclaves italiennes sont ainsi, à nos yeux, à mi-chemin entre les zones duty free des aéroports et les paradis fiscaux contemporains…

Lire la suite de l’article : L’offshore des croisés | Actuel Moyen Âge

Classé sous :Nouvelles de l'histoire

Rome, une première mondialisation ? | La Marche de l’histoire (France Inter)

6 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

Rome, une première mondialisation ? / France Inter

Au IIème siècle de notre ère, un grec rallié, Aelius Aristide, faisait ainsi l’éloge de Rome : elle tient chaque endroit de deux manières, à partir de son centre mais aussi cité par cité, grâce aux habitants de chacune. Tous convergent comme vers une commune agora, afin que chacun obtienne ce qu’il mérite.

A l’époque de l’Empire, l’agora était en réalité devenue le conseil du Prince : c’est par un souverain chargé de maintenir la paix que passait la mondialisation politique. Parce qu’il s’agit bien d’une première expérience de mondialisation politique. Laquelle est allée de pair depuis la fin de la République avec décloisonnement économique grandissant.

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Rome n’aurait jamais connu pareille respiration si un choix très particulier ne l’avait inspirée. On a l’habitude de dire que les Grecs se considéraient comme différents des autres.  Il faut bien voir aussi que les Romains étaient différents des Grecs. Ceux-ci considéraient qu’une cité était accomplie lorsqu’elle était bien ronde, refermée sur ses qualités. Les Romains, au contraire, ne jugeaient pas que la barque était pleine. Comme le fait remarque leur empereur, en 48 : « Quelle autre cause perdit les Lacédémoniens et les Athéniens sinon qu’ils écartaient les vaincus en raison de leur condition d’étrangers » ? Et le même empereur Claude d’offrir la possibilité aux Gaulois d’envoyer des représentants au Sénat de Rome !

C’est cette singularité de Rome qui lui a permis d’unifier les diversités et de  prendre la tête d’un monde entier.

Emission La Marche de l’histoire par Jean Lebrun

Classé sous :Nouvelles de l'histoire

Hermann Stegemann : un Suisse premier historien de la Première Guerre mondiale en 1917

5 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

La revue en ligne du Centre d’histoire de Sciences Po propose un nouveau numéro autour de la Grande Guerre. Issu d’un colloque international organisé en 2014 à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, ce dossier s’interroge sur la façon dont l’expérience de la guerre a réorganisé les sociétés européennes au lendemain du conflit. Un article a particulièrement retenu mon attention.  Il s’agit de l’article de l’historien allemand Gerd Krumeich consacré à l’ouvrage Geschichte des Krieges (1917) écrit par Hermann Stegemann (1870-1945), écrivain et journaliste suisse-allemand — mais d’origine allemande (La première histoire allemande de la Grande Guerre. Hermann Stegemann, Geschichte des Krieges (1917)).

Hermann Stegemann (1912). Source : Wikipedia.
Hermann Stegemann (1912). Source : Wikiipedia – https://de.wikipedia.org/wiki/Hermann_Stegemann_(Journalist)

L’historien Gerd Krumeich, analyse la première histoire du conflit éditée en 1917 par H. Stegemann, écrivain et journaliste suisse-allemand — mais d’origine allemande, pays qu’il quitta ne voulant plus vivre dans l’Allemagne de Guillaume II, trop rétrograde à ses yeux de libéral de gauche:

«Au début de l’année 1917 parut le premier volume d’un livre que tout le monde attendait depuis 1915, Geschichte des Krieges (1917) : l’auteur en était Hermann Stegemann, reconnu non comme historien de métier mais comme écrivain et journaliste. Citoyen suisse d’origine allemande, il publiait, depuis août 1914, des analyses quotidiennes sur la situation des fronts de l’Ouest et de l’Est pour le journal Der Bund, qui paraissait à Berne ; celles-ci suscitaient l’admiration des spécialistes, des militaires et des hommes politiques, en Allemagne comme à l’étranger. Stegemann acquit ainsi une réputation mondiale pendant la Grande Guerre, grâce à ses observations sur la situation de la guerre qu’il donnait régulièrement dans le journal Der Bund. Des trois ou quatre commentateurs analogues de la guerre, tels que le « Student of War » du Times, ou le capitaine norvégien Nörregaard du Morgenbladet d’Oslo, Stegemann fut le plus connu. Ses rapports, lus minutieusement par les états-majors généraux, ne furent pas sans influence sur le déroulement de la guerre.»

Après ce premier volume, trois autres suivirent entre 1918 et 1921, mais contrairement au premier volume aucun ne fut traduit :

«Les trois autres volumes de cette histoire générale de la guerre parurent de 1918 à 1921. L’ouvrage dans son ensemble était constitué en grande partie d’une histoire des batailles, les considérations d’histoire politique, voire économique et sociale, restant clairsemées et parfaitement marginales. Elles étaient elles aussi empreintes, cependant, d’une grande objectivité, quand il peignait, par exemple, le déroulement de la révolution de novembre 1918 sans autre forme de commentaire. Elle était considérée comme un fait parmi d’autres.»

Concernant la bataille de la Marne (1914), Stegemann note

« Ce qui est sûr c’est que dans les derniers jours d’août et le début septembre 1914, le peuple français était prêt à une résistance à outrance, après qu’il eut dépassé l’horreur qui l’avait saisi lors des écroulements de la Sambre et de l’Oise. C’est à ce moment-là seulement que la guerre est entrée en entier dans la volonté de la nation française. Quand l’ennemi s’approcha de Paris et que la patrie fut déclarée en danger, toutes les énergies qui couvaient se déchaînèrent. »

Enfin note Krumeich :

«Stegemann, homme de gauche, voire très à gauche dans la culture politique de l’époque, se transforma en nationaliste non repenti à la suite du traité de Versailles et de l’occupation du Rhin et de la Ruhr par les Français. Il écrivit un livre très connu aussi sur « les illusions de Versailles » où il exposa surtout (et à juste titre, en bonne partie) le manque de considération pour l’Allemagne dans le nouveau partage géographique de l’Europe.»

Stegemann, observateur lucide et attentif du Premier conflit mondial, deviendra alors, après 1933, un partisan convaincu d’Hitler jusqu’à la Nuit de Cristal de 1938. Comprenant enfin ce qui était en train de se passer, il se retira définitivement en Suisse où il mouru en 1945.

Parmi les autres articles de ce dossier, je note plus particulièrement l’article de Benjamin Gilles, consacré sont aux premières anthologies de guerre en France et en Allemagne (1914-1940) (Mises en récit collectives de l’expérience combattante. Les premières anthologies de guerre en France et en Allemagne de 1914 à 1940). Le résumé de cet article nous indique que

«L’anthologie est un genre très en vogue en France et en Allemagne avant 1914. Passé le choc des premiers mois de guerre, le monde de l’édition retrouve une activité certaine. Les anthologies publiées dans les deux pays pendant la Grande Guerre utilisent les passages les plus émouvants de correspondances de combattants qui montrent leur héroïsme, leur esprit de sacrifice pour la nation. Au sortir du conflit, cette littérature de circonstance est critiquée par les témoins et les chercheurs qui travaillent sur le témoignage combattant. Malgré quelques tentatives, les anthologies s’effacent du paysage éditorial et mémoriel. Le tournant des années 1930 constitue, tant en France qu’en Allemagne, un retour. En France, Jean Norton Cru d’abord puis André Ducasse surtout, donnent un souffle nouveau à l’anthologie, en essayant de donner à comprendre à travers elle la psychologie des combattants. En Allemagne, pour Philip Witkop, le grand promoteur de l’anthologie combattante depuis 1914, ces textes portent un discours nationaliste qui s’impose après 1933.»

En effet, concernant l’Allemagne, Benjamin Gilles note, concernant les récits de guerre que

«En Allemagne, le genre connaît une nouvelle vigueur éditoriale à partir de 1933. Il s’agit de magnifier et d’héroïser la communauté combattante à travers le recueil de récits individuels. Les recueils de lettres de la Grande Guerre sont véritablement un outil culturel en vue de la fabrication guerrière des futurs soldats de 1940. Ces derniers peuvent y puiser des modèles de comportement. Dans ces œuvres, l’individu s’efface volontairement au profit de la collectivité, ce qui est conforme au programme idéologique nazi.»

Concernant le cas français, après les anthologies des années 1930 de Jean Norton Cru et d’André Ducasse,

«ce n’est qu’au moment où la mémoire collective de « ceux de 14 » commence à s’effacer, à la fin des années 1950, que l’anthologie de récits combattants retrouve une légitimité dans l’espace éditorial et dans l’historiographie de la Première Guerre mondiale.»

Je signale également l’article de Marine Branland portant sur la «cohabitation» des prisonniers de guerre de toutes origines dans les camps allemands et surtout sur (Rencontres atypiques dans les camps allemands de prisonniers de la Grande Guerre).

Au terme de son article, Marine Branland arrive à la conclusion suivante :

«En dépit d’une évolution certaine du regard porté sur l’autre, ou plutôt sur les autres, ce qui se joue en captivité pendant la Grande Guerre constitue une sorte de parenthèse. Le discours relatif à la mission civilisatrice de la France ne saurait en effet être réduit à néant par ces mois ou ces années de captivité. La dynamique d’identification de l’autre comme un semblable qui s’impose dans un certain nombre d’images est en outre brisée par le retour. La nécessité pour les anciens prisonniers de faire de la captivité une expérience combattante à part entière induit une réinterprétation de cette expérience inédite à des fins personnelles et nationales, provoquant notamment l’exploitation de clichés qui réinstallent les frontières que la captivité avait déplacées. Le rapport entre captifs d’origines différentes n’aura donc été que provisoirement reconfiguré par la situation de captivité.»

En définitive, ce dossier de très grande qualité aborde des aspects fort intéressants, peu développés et renouvèle l’approche du conflit dans des commémorations actuelles où le poids de la mémoire prend le pas, de beaucoup, sur l’histoire du conflit.

Le dossier : Histoire@Politique n°28 : La Grande Guerre comme initiation. Vivre et dire les premières expériences

Classé sous :Histoire savante, Opinions&Réflexions, Publications

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