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Histoire Lyonel Kaufmann

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Opinions&Réflexions

La droite française attaque les manuels d'histoire-géographie

21 janvier 2008 by Lyonel Kaufmann

L’Expresso du 21 Janvier 2008

Histoire-Géo : La droite attaque les manuels.
La campagne contre les manuels scolaires va-t-elle se porter des Ses à l’histoire-géographie ? Le Figaro, qui a lancé la campagne anti-SES, publie le 17 janvier un article sur les manuels d’histoire et de géographie. « Le ministère de l’Éducation nationale sera-t-il un jour contraint de se pencher sur les livres d’histoire et de géographie afin de vérifier qu’ils offrent un traitement équilibré de la période contemporaine ?  » écrivent Cyrille Louis, Aude Sérès et Marie-Estelle Pech.
Appliquant la technique bien rodée sur les manuels de SES, ils ciblent quelques éditeurs seulement et s’appuient sur des phrases isolées dans des pavés de quelques centaines de pages. Encore n’ont-ils pas forcément la main heureuse. Ainsi extraient-ils d’un manuel Magnard de 3ème la phrase  » Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde ». Le mot hégémonie est extrait directement des instructions officielles pour la classe de 3ème (« La comparaison de cartes de l’Europe et du monde de la fin des années 1970 et d’aujourd’hui permet d’aborder « la géographie politique du monde ». Elle montre comment l’éclatement du monde communiste a conduit à un nouveau « pavage » du monde sous l’égide des États-Unis, dont l’hégémonie tend à se diffuser partout, mais qui rencontre des réticences et des oppositions » programme page 167). L’article reproche aux manuels de ne pas parler assez de la Chine et de l’Inde, comme si les auteurs de manuels rédigeaient les programmes officiels.
Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir la droite libérale appeler à la censure d’Etat et à la mise au pas par le ministre d’éditeurs indépendants…

L’article du Figaro : Les manuels d’histoire friands d’altermondialisme (17.01.2008)

Mon commentaire:
Il est à noter que dans tous les pays où la droite réactionnaire est (re)venue au pouvoir les manuels d’histoire et l’enseignement de l’histoire ont été rapidement pris à partie. Ainsi l’arrivée de Georges W. Bush a coïncidé avec une accélération de la remise en cause des programmes et manuels sous le prétexte que ces derniers auraient laissé trop de place aux minorités, aux questions du genre et aux épisodes peu glorieux de l’histoire américaine. La polémique aux USA avait démarré dans le courant des années quatre-vingt-dix et les nouveaux programmes d’histoire. En tête de la «croisade», Lynne Cheney, épouse du futur vice-président Dick Cheney. Une fois arrivé dans les wagons de la nouvelle administration Bush, les réactionnaires disposèrent alors d’une importante manne financière pour développer leurs actions. Leur volonté : retourner à une histoire scolaire construite au travers d’un récit des «Grands Hommes» de la nation américaine ou de la civilisation occidentale. Ils iront très loin puisqu’en 2001 Lynne Cheney fera détruire par le département de l’Éducation 300 000 manuels scolaires, car elle jugeait que ces ouvrages se concentraient trop sur ce qui s’était mal passé dans l’histoire des États-Unis (comme le Ku Klux Klan ou le McCarthysme) et pas assez sur les succès des États-Unis.
Il n’est donc pas étonnant qu’avec l’élection de Nicolas Sarkozy, très largement inspiré idéologiquement par l’Amérique de Georges W. Bush, la droite réactionnaire française tienne à corseter l’éducation de l’histoire. La figure de l’altermondialiste remplace ici la figure de la féministe ou du représentant des minorités (afro-américaine ou «indienne»).
Même stratégie également consistant à extraire de courts extraits décontextualisés pour pointer d’inévitables lacunes ou raccourcis, voire d’accuser les ouvrages de partialité. Il ne s’agirait alors que de rétablir une «vérité» qui n’a rien du débat historique, mais tout de l’entreprise politique.
Concernant les Etats-Unis, il était très révélateur que les tenants du retour au récit national étaient très majoritairement des docteurs en littérature et non des docteurs en histoire. Tel est d’ailleurs le cas de Mme Cheney.
En tout état de cause, l’Internationale réactionnaire fonctionne à merveille entre les Etats-Unis et la France.

Sources :
Un ouvrage retrace le procès intenté aux programmes d’histoire : History on Trial: Culture Wars and the Teaching of the Past (New York: Alfred K. Knopf, 1997).
Sur toute l’affaire, on pourra utiliment se référer et lire l’artice suivant : Richard Jensen « The Culture Wars, 1965-1995: a historian’s map« . Journal of Social History. Mid-Winter 1995. FindArticles.com. 21 Jan. 2008.

Sur la politique Cheney des années 2000:
Mary Jacoby, Madame Cheney’s cultural revolution, Salon, 26 août, 2004
Steven J. Ross, « 21st Century Book-Burning. Mrs. Cheney, there’s more to U.S. history than heroes, » Information Clearing House, 13 octobre, 2004.
Michael Laris, « Mention of Gay Daughter a Cheap Trick, Lynne Cheney Says, » The Washington Post, October 14, 2004. Jonathan Rees, « The Reason Lynne Cheney Had 300,000 History Booklets Destroyed, » HNN.US, 18 octobre, 2004.
Gary B. Nash, « Lynne Cheney’s Attack on the History Standards, 10 Years Later, » HNN.US, 8 novembre, 2004.

Classé sous :Opinions&Réflexions Balisé avec :droite, France, ManuelsHistoire, Réactionnaires

BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi (Libération)

23 novembre 2007 by Lyonel Kaufmann

Ce jeudi, le journal Libération nous apprend que la famille Quandt, l’une des plus puissantes familles d’industriels allemands, a finalement cédé à la pression. Les propriétaires de BMW vont ouvrir leurs archives afin de faire la lumière sur une sombre page de leur passé, l’implication des deux figures historiques du clan, Günter Quandt et son fils Herbert, dans les crimes nazis.

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Le fondateur de l’entreprise Günther Quandt avec ses fils Harald (à gauche) et Herbert. Source: http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/die-quandts-dunkle-schatten-ueber-der-dynastie-1.340952

Qu’est-ce qui les a amenés aujourd’hui à une telle démarche? Les recherches minutieuses et le documentaire de la chaîne de télévision publique allemande NDR, montré en avant-première au festival du cinéma de Hambourg fin septembre, et qui sera diffusé le 22 novembre sur la chaîne ARD, est à l’origine de ce retournement spectaculaire.

Les journalistes Eric Friedler et Barbara Siebert y démontrent la façon dont la famille, déjà richissime avant la guerre, a profité du nazisme puis du conflit pour s’enrichir davantage. Plus étonnant, la famille a réussi à passer sans encombre au travers des mailles de la dénazification alors que, sans aucun doute, ils auraient été condamnés tout comme les familles Krupp ou Flick : usines travaillant comme rouage essentiel de la machine de guerre allemande, personnel fourni par les camps de concentration à la mortalité élevée (“Au camp de Stocken, on meurt en six mois”, disaient les SS aux nouveaux venus, selon un rescapé danois interrogé), rachat à bas prix et sans scrupule d’entreprises de Juifs concurrentes.

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De gauche à droite: Magda Goebbels (ex-Quandt), Josef Goebbels, Adolf Hitler (derrière) et son fils Harald Quandt, issu de son premier mariage avec Günther Quandt.

Pour sa part l’historien allemand Joachim Scholtyseck, professeur à l’Université de Bonn et spécialiste du Troisième Reich, fait des recherches sur la famille Quandt depuis 3 ans. Deux intéressants articles de la Sueddeutsche Zeitung sont consacrés aux travaux du professeur Stoff für den unabhängigen Historiker (19.11.2007) ((dont les deux photos de mon billet sont issues)) et Die Familie Quandt bricht ihr Schweigen (05.10.2007).

Dans les débats actuels autour du rôle de la presse et de son devenir (Roger De Diesbach (2007) Presse futile presse inutile. Genève: Slatkine), ce travail d’enquête salutaire prend tout son sens. Autrement la peopolisation des médias jouera à terme contre la démocratie.

Article complet : http://www.liberation.fr/actualite/monde/293020.FR.php (Libération 22 novembre 2007)
Compte-rendus de Roger De Diesbach, Presse futile presse inutile:
• Mediablog
• ouVertures.info
• Suisse : Quel avenir pour le journalisme?

Classé sous :Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions Balisé avec :39-45, Allemagne, BMW, GénocideJuif, Histoire, Quandt

24 % de visiteurs en plus pour Wikipedia en France

22 novembre 2007 by Lyonel Kaufmann

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C’est la version du Figaro en ligne qui nous l’apprend :

Parmi les dix sites les plus visités, le cabinet de mesure d’audience Comscore relève que Google est toujours en tête, avec près de 20 millions de visiteurs uniques. Il est suivi par le site de Microsoft qui enregistre 17 millions de visiteurs uniques. Wikipedia, de son côté, enregistre la meilleure progression avec 24 % de visiteurs en plus, ce qui lui vaut un score de 10 millions d’internautes au total. Une tendance que Delphine Gatignol, responsable du développement chez comScore France, attribue à la rentrée scolaire et notamment aux nouveaux comportements des étudiants qui utilisent Wikipedia comme outil de recherche.

Quoique chacun d’entre nous pense de Wikipedia, cette encyclopédie en ligne est devenue un incontournable en milieu scolaire. On peut crier, s’indigner, vouloir interdire l’utilisation de l’Internet par les élèves. La digue a déjà sauté, les amarres sont rompues, les habitudes prises ou se prennent.
Quelles sont les conséquences pour le travail de l’enseignant-e? Quelles pistes de travail? Pour ma part, je préconise (une nouvelle fois):
• accompagnons nos élèves dans cet univers et offrons-leur des jalons, des outils pour leur apprendre à naviguer dans ce nouveau rapport aux sources du savoir sur Wikipedia ou ailleurs.: »(Et je pense qu’ici le travail de la validation des sources fait par l’historien prend toute sa valeur et sa pertinence sociale.) »:
• proposons-leur des vraies démarches de recherches personnelles et non pas des tâches de pure restitution de savoir, car dans ce dernier cas, nos élèves ont tout à fait raison de travailler par simple couper/coller.: »(D’ailleurs sommes-nous si sûr que les enseignant-e-s que nous sommes ne procédions jamais par couper/coller sans citer et nous distancier de nos sources?) »:
• sortons du manichéisme internet, c’est mal ou internet, c’est la panachée universelle.
• et si nous réfléchissions avec nos élèves dans quelle mesure ce type de site modifie notre rapport et notre accès au savoir ainsi que notre rapport à la lecture?

Merci à Mme Membrey (et à ses élèves) pour la publication de cette information issue du journal Le Figaro (24 % de visiteurs en plus pour Wikipedia ! : l’ABC de l’élève futé). Mon billet se veut aussi l’autre face de la question puisque je m’intéresse au côté enseignant-e alors que son billet s’intéresse au pôle élève. Mme Membrey leur rappelle les règles de base suivantes :

• A : un élève futé est un élève qui ne se contente pas d’utiliser Internet pour faire ses travaux de recherche !
B : un élève futé est un élève qui ne se contente pas d’utiliser une seule source d’information sur la Toile.
C: un élève futé est un élève qui aime les livres et qui consulte des encyclopédies  » papier « fiables pour ce faire.
D 🙂 ? : un élève futé dit toujours oui à Mme Membrey 🙂 .

L’article du Figaro : Quels sont les sites les plus visités en France?

Classé sous :Médias et technologies, Opinions&Réflexions

Une vision des étudiant-e-s aujourd'hui

14 novembre 2007 by Lyonel Kaufmann

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Réalisée dans le cadre d’un cours universitaire d’anthropologie, cette courte vidéo résume quelques-unes des caractéristiques les plus importantes relatives aux étudiant-e-s aujourd’hui (comment ils apprennent, comment ils souhaitent apprendre, leurs objectifs, espoirs, rêves, comment leur vie devrait être et quelles sortes de changements ils voudraient expérimenter durant leur existence). Elle a été créée et réalisée par Michael Wesch avec la collaboration de 200 étudiant-e-s à l’Université d’Etat du Kansas.
La présentation du professeur Wesch : http://mediatedcultures.net/ksudigg/?p=119

La démarche résumée par Wesch :
This video was created by myself and the 200 students enrolled in ANTH 200: Introduction to Cultural Anthropology at Kansas State University, Spring 2007. It began as a brainstorming exercise, thinking about how students learn, what they need to learn for their future, and how our current educational system fits in. We created a Google Document to facilitate the brainstorming exercise, which began with the following instructions […]

Ce travail résume bien à mon avis l’apprentissage dans le monde d’aujourd’hui et la manière des les aborder à l’aide des technologies. Ceci tant par rapport à
• la démarche choisie par l’enseignant-e (ici universitaire),
• l’engagement actif des étudiant-e-s dans la recherche,
• le rôle des technologies dans la démarche et les apprentissages,
• la manière de présenter et communiquer les résultats obtenus par la recherche.

L’interaction est véritablement au coeur du processus. Elle ne se limite pas d’ailleurs à la recherche en elle-même puisqu’elle se poursuit lors de la publication des résultats obtenus (commentaires à la suite de la vidéo). Cette interaction permet même à une étudiante de lancer une nouvelle démarche de recherche/réflexion. Celle-ci propose une inversion de la démarche qui devient A Vision of Professors Today (by Sandra). A lire aussi…

L’élève, l’étudiant-e n’est ainsi pas uniquement un «consommateur» de savoir, mais également un producteur d’un savoir partagé.

Classé sous :Opinions&Réflexions

Grande dépression et New Deal : 3. Ressources en ligne

31 août 2007 by Lyonel Kaufmann

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En prolongement de notre travail concernant la manière dont la crise de 1929 et le New Deal sont présentés dans les programmes et les manuels scolaires ainsi que l’état historiographique de ces questions, voici un certain nombre de ressources en ligne utiles pour la préparation du sujet et des activités des élèves.
Dans notre prochain billet, nous ébaucherons une planification possible du sujet.

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Worker Tending a Phosphate Furnace
Crédit: Palmer (OWI Photographer)
Numéro de controle: Photographs (General): TVA: Dams: Alabama: Muscle Shoals
Propriétaire: Franklin D. Roosevelt Presidential Library

Sources documentaires sur la Grande Dépression et le New Deal

  • Cliotexte : La Grande Crise
  • La société en crise, immigration, pauvreté et New Deal par Philippe Rouyer (carnet de liens)
  • New Deal Network : un énorme site américain consacré au New Deal, il propose une extraordinaire collection de documents, précisément présentés, voir en particulier la collection de récits d’anciens esclaves collectée par l’administration Roosevelt.
  • Photographs of the Great Depression (About.com : 20th Century)
  • Old Pictures : Collections de photographies de ces 150 dernières années, classées par thème, événements notamment. Ces photographies sont principalement, mais pas exclusivement, en rapport avec l’histoire des Etats-Unis (Guerre civile, Indiens, …). Evidemment, cette collection comprend des photographies en lien avec la crise des années 1930 et le New Deal). Deux thèmes plus particulièrement:
  • – United States in the 1930s and 1940s
    – Scenes of Rural America

  • Migration Out of the Great Plains : sur la crise et l’exode rural aux Etats-Unis dans les années 1930. On y trouve une foule de documents photographiques ainsi que des témoignages vidéos.
  • Comment représenter une crise économique ?

    Le site Modern American Poetry comporte un dossier sur la Grande Dépression. Ce site propose notamment un dossier de photographies et de travaux d’artistes peintres:
    – A Photo Essay on the Great Depression : les photographies;
    – A Depression Art Gallery : pour les travaux des artistes peintres.

    A l’aide de ce site, il me paraît intéressant de comparer de quelle manière la crise est présentée au travers de ces deux médias (thèmes abordés, personnages présentés, lieux choisis, …). Il serait aussi possible de s’interroger sur l’utilisation de la couleur dans les tableaux. Nous y reviendrons dans notre prochain article.

    Démarches et réflexions pédagogiques d’enseignants

    Roosevelt et le New Deal (D. Letouzey)
    «Le New Deal, un moment très important dans l’histoire des Etats-Unis, fait partie des questions qui ont été abandonnées en chemin par l’histoire scolaire. Cette situation pourrait nourrir une intéressante étude de cas sur les choix de contenus opérés par les concepteurs des programmes. Ces choix dépendent de nombreux facteurs, notamment de l’évolution de la recherche historique (le triomphe récent de l’histoire culturelle aux dépens de l’histoire sociale), du contexte politique et idéologique… Ainsi, les instructions actuelles qui écrivent, à propos des  » transformations de l’âge industriel  » :  » le phénomène majeur est la croissance économique  » laissent peu de place à l’étude de  » la catastrophe collective  » décrite par Russell Aven (cf Jean Heffer La grande dépression, les EU en crise, Archives Gallimard).» (introduction de Daniel Letouzey relativement à sa page sur le New Deal)

    New Deal et cinéma ou comment sortir de la crise en images (C. Robinot – Académie de Versailles)
    Pour Claude Robinot, «la grande force des Américains c’est de traduire, presque immédiatement, leur histoire en scénarios de film. Regardez le photogramme extrait de « Gold diggers 1933 », il est antérieur au travail de Dorothy Lange et des autres photographes de la Farm security administration (1935-1942). Pourtant ils se confondent et se répondent dans un dialogue entre réel et fiction qui crée le fond d’une histoire culturelle américaine.»
    A partir des documents multimédias proposés, C. Robinot propose les pistes suivantes de travail:

    – Texte : Comment Roosevelt décrit-il la crise ? (mécanisme économique et effets sociaux)
    – Film 1 : Quelles images retenir de la crise économique, pourquoi est-elle particulièrement cruelle pour cette génération ?
    – Texte 2 : Quels sont les remèdes proposés pour relancer l’économie ?
    – Film 2 : Pourquoi, dans une démocratie, faut-il convaincre l’opinion publique de la justesse des choix politiques ? Comment les Américains s’y prennent-ils pour essayer de convaincre ?

    Articles précédents de cette «série de l’été» :

  • Grande Dépression et New Deal : 1. Comment ce sujet est-il traité par l’histoire scolaire?
  • Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l’historiographie? (1)
  • Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l’historiographie (2)
  • Classé sous :Didactique, Opinions&Réflexions

    Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l'historiographie? (2)

    23 août 2007 by Lyonel Kaufmann

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    « At the bus station. » par Jack Delano (Durham, North Carolina, May 1940). Source
    Après m’être attaché aux interprétations et débats relatifs à la crise, l’étape suivante consiste a interrogé les interprétations des historiens et des économistes à l’égard du New Deal, mis en place lors des deux premiers mandats de Roosevelt.
    Une controverse principale traverse tant l’interprétation historique que celle des économistes :

    le New Deal a-t-il prolongé et aggravé la crise économique des années 1930?

    A nouveau, la réponse est fortement marquée en fonction de son positionnement idéologique entre ceux qui estiment que sans intervention de l’Etat il n’aurait pas été possible avant longtemps de sortir de la crise (Keynésiens principalement) et ceux qui estiment que l’intervention de l’Etat a nui à une reprise plus rapide qui était en cours (les monétaristes, les libéraux). On retrouve donc le débat entre Keynésiens et monétaristes.
    Une enquête menée en 1995 par Robert Whales (The Great Depression: Consensus among American Economic Historians) posait la question suivant à un panel d’historiens et d’économistes : « Etes-vous d’accord avec l’affirmation que le New Deal a prolongé et aggravé la crise de 1929? » 27% des économistes et 6% des historiens répondaient favorablement à cette affirmation alors que 51% des économistes et 75% des historiens pensaient le contraire :

    The minority view is represented by Harold L. Cole and Lee E. Ohanian who argue that the « New Deal labor and industrial policies did not lift the economy out of the Depression as President Roosevelt and his economic planners had hoped, » but that the « New Deal policies are an important contributing factor to the persistence of the Great Depression. » They claim that the New Deal « cartelization policies are a key factor behind the weak recovery. » They say that the « abandonment of these policies coincided with the strong economic recovery of the 1940s. » Lowell E. Gallaway and Richard K. Vedder argue that the « Great Depression was very significantly prolonged in both its duration and its magnitude by the impact of New Deal programs. » They suggest that without Social Security, work relief, unemployment insurance, mandatory minimum wages, and without special government-granted privileges for labor unions, business would have hired more workers and the unemployment rate during the New Deal years would have been 6.7% instead of 17.2%.
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    Morrisville, Pennsylvania. Août 1938. Photographe: John Vachon. Source.

    Par ailleurs, en fonction du positionnement politique, la droite conservatrice a développé les critiques suivantes à l’égard du New Deal :
    – Le New Deal était infiltré par des communistes;
    – Le New Deal est en partie (mais pas dans sa totalité) un programme fasciste équivalent à une dictature présidentielle: telle est notamment la position de Hoover, le prédécesseur de Roosevelt, dans ses mémoires. Cette position est rejetée par des historiens spécialistes du fascisme : « What Fascist corporatism and the New Deal had in common was a certain amount of state intervention in the economy. Beyond that, the only figure who seemed to look on Fascist corporatism as a kind of model was Hugh Johnson, head of the National Recovery Administration. » : »(Stanley Payne, History of Fascism, 1995, p 230) »:

    Il existe également des critiques de gauche au New Deal recensée par un article de Wikipedia (Critics of the New Deal – From the Left)

    Relativement au caractère révolutionnaire ou non du New Deal, les trois positions suivantes situent les tendances principales de ce débat qui vont du caractère révolutionnaire, au conservatisme en passant par une légère dose de réformiste social.
    1.- Le texte de Carl N. Degler intitulé « The Third American Revolution » tente de prouver que le New Deal proposé par Roosevelt constitue la troisième révolution américaine. Le New Deal, qui a été la progéniture de la crise, a fait émerger de cette dernière une nouvelle conception de ce que constitue une société satisfaisante. Il a complètement bouleversé l’ordre établit en revivifiant le Parti démocrate, en protégeant la syndicalisation des travailleurs américains, en régularisant l’économie et en garantissant un minimum de bien-être à la population.
    2.- Barton J. Bernstein, quant à lui, tente de démontrer dans l’article intitulé « The New Deal: The Conservative Achievements of Liberal Reform » que le New Deal n’a pas transformé le système américain en opérant une redistribution du pouvoir, mais a plutôt aidé à conserver et à protéger le capitalisme corporatif. Les moyens employés par Roosevelt étaient avant tout libéraux, et ne servaient que des buts conservateurs. Le New Deal n’a donc pas révolutionné la société américaine par ces changements, mais a avant tout permit une continuation. Malgré les améliorations apportées, il a échoué à maints égards.
    3.- Quant à Susan Ware, dans son livre intitulé « Beyond Suffrage:Women in the New Deal », elle tente de prouver qu’un certain nombre de femmes à la maison blanche, constituant le « network », ont joué un rôle important dans les politiques du New Deal, en aidant à en diffusé le contenu et en faisant du lobbying. Toutefois, elle avoue que ce programme de réformes constituait des lacunes. Sur le plan social et même dans les campagnes électorales, les femmes ont été d’un grand intérêt, ce qui constitue une innovation importante pour l’époque.

    Source : La crise économique des années 30 (Histori-Art) : Critique de textes traitant du New Deal de Roosevelt.

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    Manifestation contre la guerre d’Espagne. « Alexander, 177 Thompson Street, New York. » . Source (?)

    Enfin, sortant du prisme uniquement politique ou économique, l’histoire culturelle s’est attachée à la production culturelle, issue du New Deal, sous l’impulsion ou non de l’Etat au niveau littéraire, photographique, pictural ou cinématographique. Deux thématiques principales pourrait émerger :

    • Comment représenter une crise économique?
    • Dans quelle mesure, la production culturelle joue-t-elle un rôle dans la sortie de la dépression morale accompagnant la crise économique? Quel rôle les artistes ont-ils joués dans la diffusion du discours du New Deal que proposé Roosevelt?

    Par ailleurs, concernant le cinéma américain, C. Robinot, de l’Académie de Versailles (New Deal et cinéma ou comment sortir de la crise en images), souligne que «la grande force des Américains c’est de traduire, presque immédiatement, leur histoire en scénarios de film. Regardez le photogramme extrait de « Gold diggers 1933 », il est antérieur au travail de Dorothy Lange et des autres photographes de la Farm security administration (1935-1942). Pourtant ils se confondent et se répondent dans un dialogue entre réel et fiction qui crée le fond d’une histoire culturelle américaine.» De plus, relativement à l’utilisation de deux films, il est proposé les questionnements suivants aux élèves:

    • Film 1 : Quelles images retenir de la crise économique, pourquoi est-elle particulièrement cruelle pour cette génération ?
    • Film 2 : Pourquoi, dans une démocratie, faut-il convaincre l’opinion publique de la justesse des choix politiques ? Comment les Américains s’y prennent-ils pour essayer de convaincre ?

    En synthèse, je mettrai en évidence la richesse des questionnements et des problématiques pouvant être traitée en classe d’histoire concernant le New Deal. Elle couvre des champs économique, politique et social ainsi que et culturel :

    • économique : sans le New Deal, les Etats-Unis seraient-ils sortis de la crise versus le New Deal a-t-il prolongé et aggravé la crise de 1929?
    • politique et social : le New Deal représente-t-il, après les Guerres d’Indépendance et de Sécession, la troisième révolution de l’histoire américaine versus le New Deal représente-t-il la solution apportée (un écran de fumée) par l’élite conservatrice au pouvoir pour s’y maintenir?
    • culturelle : les artistes et l’industrie culturelle ont-ils accompagnés ou initiés par leurs productions la société issue du New Deal?

    Dans mon prochain article, j’aborderai la question des ressources pédagogiques autour du New Deal.

    Articles précédents de cette «série de l’été»:

    • Grande Dépression et New Deal : 1. Comment ce sujet est-il traité par l’histoire scolaire?
    • Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l’historiographie? (1)

    Classé sous :Didactique, Opinions&Réflexions

    Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l'historiographie? (1)

    3 août 2007 by Lyonel Kaufmann

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    La période estivale est propice à la préparation de la rentrée scolaire… y compris pour les formateurs en didactique… Je vous propose donc de suivre ma réflexion relative au sujet sur la Grande Dépression et le New Deal. Vos commentaires sont en tout temps les bienvenus.
    Sujet précédent : Grande Dépression et New Deal : 1. Comment ce sujet est-il traité par l’histoire scolaire?

    Je me propose de traiter de la question historiographique en deux billets. Dans ce premier billet, je m’arrêterai au traitement historiographique de la crise de 1929.
    Dans cette optique, j’ai procédé en trois étapes:
    – consultation de l’article « Crises économiques »de l’Encyclopædia Universalis 2006 (toujours instructif);
    – la réactivation de mes lectures universitaires et leur renouvellement en recherchant de nouvelles parutions;
    – une recherche via l’Internet et les mots-clés « Crise 1929 historiographie).

    L’extrait suivant article de l »Encyclopædia Universalis permet de mettre en évidence les différents courants et interprétation de la crise de 1929:

    La crise de 1929 est longtemps demeurée un champ clos où s’affrontent les explications concurrentes. Les approches libérales, qui insistent sur les atteintes aux mécanismes concurrentiels (L. Robbins, 1934) ; les approches marxistes, centrées sur la baisse tendancielle du profit dans un monde capitaliste voué à la sous-consommation (E. Varga, 1935) ; les approches keynésiennes, qui situent l’origine de la crise dans une déficience de la demande globale, par épuisement des occasions d’investissement (A. Hansen, 1941) ou chute de la consommation (P. Temin, 1976) ; enfin, les approches monétaires, qui mettent en exergue l’impact de la déflation sur le poids réel de la dette (I. Fisher, 1933) ou les erreurs de la politique monétaire américaine (M. Friedman et A. Schwarz, 1963) sont en fait à bien des égards complémentaires, malgré d’évidentes divergences, notamment sur l’incidence de la variable salaires réels. Une interprétation cohérente doit articuler – et non opposer – les explications conjoncturelles ou axées sur les erreurs de politique économique et les explications structurelles (par exemple, en termes de blocage du « mode de régulation » concurrentiel ; R. Boyer, J. Mistral, 1983). Mais la compréhension de la grande dépression a surtout progressé grâce aux analyses convergentes (C. Kindleberger, 1973 ; D. Alcroft, 1977 ; P. Fearon, 1978) qui insistent sur la dimension internationale des enchaînements. La gravité de la crise est due aux conditions déséquilibrées du rétablissement de l’étalon-or après la guerre, dans un monde où se cumulent les facteurs d’instabilité financière et où il n’existe plus de leadership international : la Grande-Bretagne n’est plus en état d’exercer le rôle qui était le sien avant 1914, et les États-Unis, confrontés à leurs propres problèmes, ne sont pas prêts à assumer leurs responsabilités mondiales.

    Schématiquement, la crise de 1929 s’inscrit dans quatre courants de pensée. Aujourd’hui encore, chaque nouveau apport s’inscrit, d’une manière ou d’une autre dans ces quatre courants de la pensée économique. On constate également que c’est un lieu à forte connotation idéologique. Les quatre courants:
    – les approches libérales auxquelles il font adjoindre à mon avis les approches monétaires qui n’en sont qu’une déclinaison particulière (Milton Friedman);
    – les approches marxistes;
    – les approches keynésiennes;
    – les approches de l’école française de la régulation qui est une école de pensée économique associant approche keynésienne et approche marxiste.: »(On peut y ajouter une couche de Thomas Kuhn, le système productif fordiste cher aux régulationnistes formant un paradigme économique pour l’économie observée) »:.

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    Il est intéressant de constater que la crise de 1929 met en présence plusieurs explications concurrentes et qu’il n’existe pas de véritable consensus relativement à cette crise, notamment en raison de ses enjeux idéologiques. Par contre, dans les manuels, c’est la version de John Kenneth Galbraith (1908-2006) (La Crise économique de 1929. Anatomie d’une catastrophe financière de 1954) qui fournit très largement et durablement une vulgate scolaire univoque et, à première vue, indépassable.

    Dans le cadre de mes recherches via l’Internet et des recherches relativement récente, je signale plus particulièrement, l’article en ligne de Pierre-Cyrille Hautcœur (paru en version papier dans Politique Etrangère, n°3-4, 2000) Crise de 1929 et politique internationale (L’article dans sa version papier s’intitule Crise de 1929 et politique internationale: pourquoi il ne faut pas brûler le FMI, disponible au format .pdf). En effet, cet article s’inscrit bien dans la perspective des enchaînements internationaux. Le résumé de son intéressant article:

    On montre dans cet article l’importance des considérations politiques internationales dans les origines de la crise de 1929 et dans son déroulement. On analyse ensuite les conséquences multiples de la crise et des analyses qui en furent faites sur les relations internationales après la seconde guerre mondiale et sur leur organisation au sein des institutions internationales. On conclut à l’importance de la coopération internationale institutionalisée dans la prévention des crises.

    Et sa présentation des origines de la Crise :

    Nombre d’interprétations de la crise en font un événement principalement américain: le krach de Wall Street dans le cas le plus simpliste, l’effondrement du crédit provoquant un blocage de l’investissement et de la consommation sous l’effet des faillites bancaires en série dans la version plus sophistiquée actuellement dominante, la chute de la consommation sous l’effet d’un chômage rapidement croissant du fait de l’absence des régulations salariales dans une certaine tradition keynésienne, la saturation d’un mode de régulation dans lequel la demande ne suit pas la croissance de l’offre selon une lignée post-marxiste, toutes explications qui sortent peu du cadre national.
    Pourtant, deux autres lignées d’interprétation accordent davantage de poids aux interactions internationales, et de ce fait, presque nécessairement, aux considérations politiques. La première souligne les méfaits d’un système monétaire international de change fixe dans la transmission de la crise. La seconde invoque en priorité les conséquences de la première guerre mondiale en Europe.
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    Fort bien. Mais comment s’y prendre avec des élèves de 15-16 ans pour sortir d’un discours univoque, problématiser le sujet et ne pas les perdre dans les méandres des différentes approches de la crise? C’est le retour à un petit livre de Bernard Rosier (5e édition de Pierre Dockès) qui me fournit les base d’une problématisation possible :
    le krach a-t-il causé la dépression ou le krach est-il né de ces premières difficultés industrielles [des Etats-Unis]?: »(Les théories des crises économiques. Paris: La Découverte, 2003, p. 48. Rosier et Dockès émargent, pour leur part, à l’école de la régulation) »: Une bonne base de départ, me semble-t-il, pour faire travailler les élèves.

    Notre prochain billet sera lui, plus précisément centré sur la Grande Dépression et le New Deal. Après une petite pause due à mes vacances !

    Classé sous :Didactique, Opinions&Réflexions

    Grande Dépression et New Deal : 1. Comment ce sujet est-il traité par l’histoire scolaire?

    30 juillet 2007 by Lyonel Kaufmann

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    La période estivale est propice à la préparation de la rentrée scolaire… y compris pour les formateurs en didactique… Personnellement, j’en profite pour compléter mon support de cours «Histoire savante : Antiquité –> 20e siècle.», mis à la disposition de mes étudiant-e-s et de toute personne intéressée.
    Dans la mesure également où l’activité éditoriale de ce blog fonctionne au ralenti, je vais comme dans la presse instituer une série de l’été. Cette série sera aussi l’occasion de suivre les étapes de ma réflexion lors de la préparation d’un sujet.
    Je vous propose de suivre ma réflexion relative au sujet sur la Grande Dépression et le New Deal. Vos commentaires sont en tout temps les bienvenus.Dans le cadre de la préparation d’un sujet en histoire, deux choses me paraissent importantes dans une première phase exploratoire :
    – la manière dont le sujet est généralement traité dans le domaine scolaire;
    – l’état de la situation historiographique relativement au sujet choisi.Ce sont les deux premiers éléments de toute transposition didactique digne de ce nom.

    Le traitement scolaire de la la crise des années 1930 forme le premier épisode de notre série de l’été : La Grande Dépression et le New Deal.

    Concernant la place du sujet dans les programmes scolaires, il s’agit, me concernant, de comprendre quel rôle l’histoire scolaire a cherché, cherche à lui faire jouer et de prendre de la distance pour en apprécier la pertinence à l’aide de l’état de la recherche. C’est la meilleure manière, pour moi, de sortir soit du récit national, soit des discours de l’évidence.
    Bien évidemment, l’historiographie sur le sujet est un élément jouant un rôle clé dans cette mise à distance. De plus, j’escompte que l’historiographie me permette de trouver une ou plusieurs problématiques qui pourront être travaillées par les élèves.

    1930-67B Le Krach de Wall Street : événement totémique
    La salle des exchange après le Krach
    1930-67B: The trading floor of the New York Stock Exchange just after the crash of 1929. (public domain)
    Image source: http://www.ecommcode2.com/hoover/research/photos/images/1930-67B.gif

    L’enseignement de la Grande Dépression et du New Deal : état de situation
    Tout d’abord, je ne pensais pas directement traiter de la Grande Dépression et du New Deal, mais de la crise économique des années 1930. Dans ce cadre-là, le New Deal aurait représenté un des sujets développés. D’autant que j’avais lu avec intérêt les propositions de Daniel Letouzey (Roosevelt et le New Deal).
    Concernant la crise économique des années 1930 ainsi qu’elle est traitée au niveau secondaire I (élèves de 15-16 ans), une première constatation s’impose : ce sujet n’est pas traité pour lui-même dans le programme de 9e année. Premièrement, il figure généralement dans l’ensemble fourre-tout de l’entre-deux-guerres. Il prend place dans une double histoire causale conjointe : en premier lieu de la montée du nazisme en Allemagne et plus généralement des fascismes en Europe; en second lieu de la marche vers la deuxième guerre mondiale.
    Dans ce cadre-là, le New Deal intervient pour mettre en évidence la solution démocratique et réformant le modèle libéral par rapport à la solution de l’Allemagne nationale-socialiste. Pour sa part, le Krach de Wall Street sert lui d’élément déclencheur (et spectaculaire), comme l’attentat de Sarajevo, à la crise des années 1930. Il forme un événement-évidence qui n’est jamais questionné.

    iuFranklin D. Roosevelt New Deal pin, 1932.
    Collection of David J. and Janice L. Frent

    Concernant la situation en France, Daniel Letouzey (Roosevelt et le New Deal) formule un constat guère plus réjouissant :

    «Le New Deal, un moment très important dans l’histoire des Etats-Unis, fait partie des questions qui ont été abandonnées en chemin par l’histoire scolaire. Cette situation pourrait nourrir une intéressante étude de cas sur les choix de contenus opérés par les concepteurs des programmes. Ces choix dépendent de nombreux facteurs, notamment de l’évolution de la recherche historique (le triomphe récent de l’histoire culturelle aux dépens de l’histoire sociale), du contexte politique et idéologique… Ainsi, les instructions actuelles qui écrivent, à propos des  » transformations de l’âge industriel  » :  » le phénomène majeur est la croissance économique  » laissent peu de place à l’étude de  » la catastrophe collective  » décrite par Russell Aven (cf Jean Heffer La grande dépression, les EU en crise, Archives Gallimard).» (introduction de Daniel Letouzey relativement à sa page sur le New Deal)

    En résumé, dans tous les cas, la crise de 1930 ou le New Deal ne sont pas étudiés pour eux-mêmes dans les programmes scolaires. Cela vient peut-être aussi des difficultés rencontrées par les enseignant-e-s relativement à un enseignement de l’histoire économique. Cependant, le développement d’une histoire culturelle relativement à la Grande Dépression et au New Deal offre la possibilité d’un renouvellement du sujet enseigné et d’un sujet à enseigner pour lui-même.

    Ce sera l’objet du deuxième épisode de notre série : La Grande Dépression et le New Deal : 2. Que nous dit l’historiographie?

    Classé sous :Didactique, Opinions&Réflexions

    Quel Mahomet dans les manuels?

    18 mai 2007 by Lyonel Kaufmann

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    En mai 2005, les éditions Belin publient un manuel d’histoire pour les élèves de 5e (version d’évaluation pour les enseignants). Dans le sujet concernant l’Islam une miniature du XIIIe siècle présente le visage de Mahomet:

    Dans la version définitive d’août 2005, surprise la miniature figure toujours dans le manuel, mais le visage de Mahomet est désormais flou :

    Une polémique va s’en suivre au printemps 2007. Elle est reprise par l’association des Clionautes. Pour celle-ci, « Il nous apparait en effet que la modification d’un document dans un manuel scolaire n’est pas compatible avec la démarche même qui fonde l’enseignement de l’histoire, c’est à dire le respect des sources. »

    Leur site permet de suivre l’origine de la polémique, les interventions de l’association auprès des éditions Belin et la réponse récente de celles-ci :

    • le texte débattu, puis envoyé le 15 avril 2007 par l’association des Clionautes
    • la suite du dialogue (chronologie du dialogue )
    • la réponse et le point de vue des Editions Belin
    A suivre…
    La référence complète du livre est la suivante : Histoire Géographie, 5e, Editions Belin, sous la direction de Eric Chaudron et Rémy Knafou, 2005.

    Classé sous :Didactique, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions, sur le web

    Voltaire : le premier blogueur

    30 décembre 2006 by Lyonel Kaufmann

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    15 284 lettres occupant treize volumes de la Pléiade.
    Les sujets ? un crime à punir, un conseil à donner, une guerre qui tue quelque part, trois bidets à commander quand la mode les réclame.
    Des lettres qui circulent dans toute l’Europe et que l’on s’arrachent.

    iLife
    Voltaire, gravure de Baquoy
    Wikipedia – Image du domaine public

    Telle est la correspondance de Voltaire telle qu’elle nous est présentée par Le Nouvel Observateur dans son dernier numéro (consultation réservée aux abonnés ou payante) de l’année 2006.
    A cet aulne, Voltaire fait ainsi figure de premier blogueur avant l’heure et François Reynaert, dans un autre article intitulé « Le parrain des journalistes? » de ce même numéro, ne manque pas de faire le même rapprochement que j’ai effectué à la lecture de « Voltaire : L’emmerdeur ».

    «Pourquoi ne pas voir aussi quelque chose d’éminemment moderne – on y vient- dans cette idée que l’on peut connaître le monde en conversant de pair à pair avec ses semblables? Oui, je pense aussi à la façon dont internet, les blogs, les témoignages de personne à personne bouleversent notre société de l’information. Ca y est, les puristes sont au bord de l’attaque cardiaque, j’ai osé comparer le prince épistolier aux petits scribouillards du Net.» (François Reynaert)

    Et comparer, c’est risquer l’anachronisme, pêché mortel pour l’historien, pêché véniel pour tenter de comprendre le monde. Surtout celui dans lequel nous vivons.

    Les parallèles entre Voltaire et notre époque ne s’arrêtent pas là en un temps où l’on assiste au retour de l’intolérance et de l’obscurantisme. Voltaire et les Lumières sont plus que jamais d’actualité. Le programme voltairien ? Ecraser l’infâme, c’est-à-dire la bêtise, l’injustice, la superstition, le fanatisme. Moi j’y souscris !

    Le programme n’est pas toujours facile :

    «Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le Ciel en vous égorgeant? » (Voltaire, Dictionnaire philosophique)

    Cependant : «Le sang innocent crie et, moi, je crie aussi; et je crierai jusqu’à ma mort» (Voltaire dans l’affaire Calas)

    450Px-Liberté-2
    La Liberté guidant le peuple par Eugène Delacroix (1830) (Musée du Louvre, Paris)

    Il me reste à vous adresser tous mes meilleurs voeux pour 2007. Nous en aurons bien besoin!

    Technorati Tags: démocratie, fanatisme, Lumières, NouvelObservateur, obscurantisme, Révolution, Voltaire

    Classé sous :Médias et technologies, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions

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