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Histoire Lyonel Kaufmann

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Humanités Digitales

LUDOVIALES 2020 : « Relever les défis de l’enseignement en période de confinement »

23 avril 2020 by Lyonel Kaufmann

C’est un pari un peu fou que les différentes communautés francophones de LUDOVIA (Belgique, Canada, France et Suisse) ont relevé en un temps record : organiser entièrement en ligne une semaine d’atelier-défis, de pitch et de tables rondes consacrées aux défis que la communauté scolaire a dû relever en un temps record pour assurer l’enseignement en période de confinement. Ce pari, un peu fou, ce sont les LUDOVIALES qui auront lieu du 27 au 30 avril 2020 (l’après-midi en Europe et le matin au Canada).

Pour la Suisse, la HEP Vaud et la HEIG VD sont les co-organisateurs de cet événement et plus d’une dizaine d’ateliers ont été proposés concernant la Suisse.

A noter qu’à cette heure, le pari a été relevé avec un certains succès puisque plus de 400 participant.e.s sont déjà inscrit.e.s !

Le texte de cadrage de cette édition :

Depuis un mois maintenant, la notion d’enseigner, de faire cours ou école a basculé dans une toute nouvelle dimension que ce soit en France, en Belgique, au Canada ou en Suisse et même ailleurs.

En l’espace d’un week-end, l’enseignement en présentiel est passé entièrement à distance de la maternelle à l’enseignement universitaire.

Tout le monde a dû se réinventer (autorités scolaires, direction, enseignant.e.s, élèves/étudiant.es et parents) de manière soudaine et souvent brutale. Chacun et chacune a été précipité.e dans l’ère bricolage au sens entendu par Lévi-Strauss :

« Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâche diversifiées ; […] son univers instrumental est clos, et la règle de son enjeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus […]. L’ensemble des moyens du bricoleur n’est donc pas définissable par un projet (ce qui supposerait d’ailleurs, comme chez l’ingénieur, l’existence d’autant d’ensembles instrumentaux que de genres de projets, au moins en théorie); il se définit seulement par son instrumentalité, autrement dit et pour employer le langage même du bricoleur, parce que les éléments sont recueillis ou conservés en vertu du principe que « ça peut toujours servir ». »

Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Paris, Ed. Plon, 1960, p 27

En d’autres termes et dans l’immédiateté, la science empirique (le bricoleur) a pris le dessus sur la science expérimentale, largement spéculative et théorique de l’ingénierie didactique et pédagogique.

Dans ce premier temps de la survie, l’univers de l’enseignement et de la formation a été plongé en apnée dans la recherche (frénétique) de l’outil (magique parfois) et de tutoriels pour se réorganiser dans de nouveaux territoires et espaces-temps. Le résultat en a été souvent douloureux pour tous les acteurs.

Passé ce premier moment d’effroi, augmenté par tout le versant anxiogène généré par la pandémie, et progressivement, les équipes pédagogiques et les communautés professionnelles se sont organisées pour relever les défis posés par cette situation nouvelle dans sa nature et son intensité. Elles tentent maintenant d’ajouter de la compréhension, de la régulation et du sens aux démarches entreprises en bricolant.

A ce titre, les communautés en ligne tels Twitter ou Linkedin jouent un rôle important, voire même inédit dans son intensité, en développant des échanges transversaux entre les différentes filières de formation (élémentaire, secondaire, formation professionnelle, formation tertiaire et universitaire, formation continue).

Pour les différentes communautés francophones de LUDOVIA (France, Belgique, Canada et Suisse, Qatar, Polynésie Française, etc.), un premier temps est venu de témoigner des différentes expériences vécues au travers d’atelier-défis.

Il s’agit aussi d’offrir un premier moment réflexif relativement à la situation hors de l’ordinaire que nous vivons en prolongeant ces retours d’expériences par leur contextualisation et leur mise à distance (table rondes et conférences). En effet, la situation actuelle nous en dit beaucoup sur l’ordre ordinaire des choses en matière d’enseignement et d’apprentissage, du projet pédagogique, économique et social porté par nos systèmes scolaires, de la question vive des inégalités scolaires ou de la place du numérique dans nos sociétés et nos écoles.

Cette période est propice également au questionnement sur les outils et technologies proposées par les éditeurs et industriels du secteur ; certains ont surfé sur la vague du confinement en proposant de nouvelles ressources, plateformes ou outils « miracles », d’autres déjà installés ont tenté d’accompagner du mieux qu’ils le pouvaient des enseignants et chefs d’établissements afin d’assurer une montée en charge des utilisations et ce, en peu de temps. Quid de la validation de ces outils, du respect de la règlementation en matière de gestion des données personnelles et respect de la vie privée.

Pour cette première édition des LUDOVIALES, d’un LUDOVIA entièrement en ligne, nous vous proposons du lundi 27 au jeudi 30 avril 2020, quatre demi-journées organisées de 9h00 à 19h30 (selon les fuseaux horaires) autour d’atelier-défis et de « Pitches », prolongés par un moment réflexif (table ronde ou conférence).

Les intervenant.e.s des différents ateliers présenteront leurs approches et moyens déployés pour répondre aux défis suivants :

  • Transposer son dispositif d’enseignement pour enseigner à distance
  • Développer l’autonomie des élèves et étudiant.es
  • Éviter la démotivation des élèves et étudiant.es
  • Maintenir le lien social et réduire les inégalités scolaires
  • Éviter l’épuisement personnel et professionnel
  • Se former en temps de confinement : comment, quoi, etc.
  • Gestion et leadership des directions en temps de crise COVID-19
  • Des parents sous pression et la pression des parents
  • Travailler en équipe
  • Évaluer à distance
  • …

Les organisateurs :
Eric Fourcaud (FR) , Nathalie Couzon (CA), Ariane Dumont (CH), Caroline Duret (CH), Lyonel Kaufmann (CH), Sébastien Reinders (BE), Franck Tiennebrunne (BE)

Pour le programme et les inscriptions (gratuites) en ligne : http://ludoviales.com/

Classé sous :Enseignement à distance, Humanités Digitales, Ludovia, Médias et technologies, Nouvelles de l'histoire

Pour un plan national pour la culture ouverte, l’éducation ouverte et la santé ouverte – Framablog

4 avril 2020 by Lyonel Kaufmann

Si cette tribune parle plus particulièrement de la France, les questions de l’open science, de la culture ouverte, de l’éducation ouverte et ou de la santé ouverte nous concernent toutes et tous. Et donc également en Suisse.

Photo de Aaron Burden sur Unsplash

Crise ou pas crise, nous avons tout le temps besoin d’un savoir ouvert

La crise sanitaire du coronavirus nous oblige à réévaluer ce qui est fondamental pour nos sociétés. Les personnes essentielles sont bien souvent celles qui sont invisibilisées et même peu valorisées socialement en temps normal. Tous les modes de production sont réorganisés, ainsi que nos formes d’interaction sociale, bouleversées par le confinement.

Dans ce moment de crise, nous redécouvrons de manière aigüe l’importance de l’accès au savoir et à la culture. Et nous constatons, avec encore plus d’évidence, les grandes inégalités qui existent parmi la population dans l’accès à la connaissance. Internet, qui semble parfois ne plus être qu’un outil de distraction et de surveillance de masse, retrouve une fonction de source de connaissance active et vivante. Une mediathèque universelle, où le partage et la création collective du savoir se font dans un même mouvement.

Face à cette situation exceptionnelle des institutions culturelles ou de recherche, rejointes parfois par des entreprises privées, font le choix d’ouvrir plus largement leurs contenus. On a pu ainsi voir des éditeurs donner un accès direct en ligne à une partie des livres de leur catalogue. En France, plusieurs associations de bibliothèques et d’institutions de recherche ont demandé aux éditeurs scientifiques de libérer(http://www.abf.asso.fr/fichiers/file/ABF/prisesposition/COVID-19-appel-aux-editeurs-scientifiques.pdf) l’intégralité des revues qu’ils diffusent pour favoriser au maximum la circulation des savoirs et la recherche. Aux États-Unis, l’ONG Internet Archive a annoncé le lancement d’une National Emergency Library(https://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-8157393/Internet-Archive-makes-1-4-million-ebooks-available-free-coronavirus-shutdown.html) libérée de toutes les limitations habituelles, qui met à disposition pour du prêt numérique 1,4 millions d’ouvrages numérisés.

« Personne ne doit être privé d’accès au savoir en ces temps de crise », entend-on. « Abaissons les barrières au maximum ». L’accès libre et ouvert au savoir, en continu, la collaboration scientifique et sociale qu’il favorise, ne sont plus seulement un enjeu abstrait mais une ardente nécessité et une évidence immédiate, avec des conséquences vitales à la clé.

Il aura fallu attendre cette crise historique pour que cette prise de conscience s’opère de manière aussi large.

Cet épisode aura aussi, hélas, révélé certaines aberrations criantes du système actuel.

Ainsi, le portail FUN a décidé de réouvrir l’accès aux nombreux MOOC(https://www.fun-mooc.fr/news/fun-re-ouvre-15-mooc-en-mode-archive-ouvert-pour-a/) (Massive Online Open Courses) qui avaient été fermés après leur période d’activité. Ces MOOC « à la française » n’avaient donc, dès le départ, qu’une simple étiquette d’ouverture et vivent selon le bon vouloir de leurs propriétaires.

Pire encore, le Centre National d’Enseignement à Distance (CNED) s’est opposé à la diffusion de ses contenus(https://twitter.com/cned/status/1239622362720620546) en dehors de son propre site au nom de la « propriété intellectuelle ». L’institution nationale a envoyé des courriers de menaces à ceux qui donnaient accès à ses contenus, alors que ses serveurs étaient inaccessibles faute de soutenir l’affluence des visiteurs. Voici donc mise en lumière l’absurdité de ne pas diffuser sous licence libres ces contenus pourtant produit avec de l’argent public.

Quelques semaines avant le développement de cette crise, le syndicat CGT-Culture publiait une tribune… contre la libre diffusion(https://www.cgt-culture.fr/communique-de-presse-open-data-le-president-du-louvre-ouvre-grand-la-porte-a-google-16665/) des œuvres numérisées par la Réunion des Musées Nationaux. On voit au contraire à la lumière de cette crise toute l’importance de l’accès libre au patrimoine culturel ! Il faut que notre patrimoine et nos savoirs circulent et ne soient pas sous la dépendance d’un acteur ou d’un autre !

Ces exemples montrent, qu’au minimum, une équation simple devrait être inscrite en dur dans notre droit sans possibilité de dérogation :

Ce qui est financé par l’argent public doit être diffusé en accès libre, immédiat, irréversible, sans barrière technique ou tarifaire et avec une liberté complète de réutilisation.

Cela devrait, déjà, s’appliquer aux données publiques : l’ouverture par défaut est une obligation en France, depuis 2016 et la Loi République Numérique. Cette obligation est hélas largement ignorée par les administrations(https://www.lagazettedescommunes.com/656064/les-collectivites-ouvrent-tres-lentement-leurs-donnees-publiques/), qui privent ainsi des moyens nécessaires ceux qui doivent la mettre en œuvre dans les institutions publique.

Mais toutes les productions sont concernées : les logiciels, les contenus, les créations, les ressources pédagogiques, les résultats, données et publications issues de la recherches et plus généralement tout ce que les agents publics produisent dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions de service public.

Le domaine de la santé pourrait lui aussi grandement bénéficier de cette démarche d’ouverture. Le manque actuel de respirateurs aurait pu être amoindri si les techniques de fabrications professionnelles et des plans librement réutilisables avaient été diffusés depuis longtemps, et non pas en plein milieu de la crise, par un seul fabricant(https://hackaday.com/2020/03/30/professional-ventilator-design-open-sourced-today-by-medtronic/) pour le moment, pour un seul modèle.

Ceci n’est pas un fantasme, et nous en avons un exemple immédiat : en 2006, le docteur suisse Didier Pittet est catastrophé par le coût des gels hydro-alcooliques aux formules propriétaires, qui limite leurs diffusions dans les milieux hospitaliers qui en ont le plus besoin. Il développe pour l’Organisation Mondiale de la Santé une formule de gel hydro-alcoolique libre de tout brevet, qui a été associée à un guide de production locale(https://www.who.int/gpsc/5may/tools/systemchange/guideproductionlocaleproduithydroalcoolique.pdf) complet pour favoriser sa libre diffusion. Le résultat est qu’aujourd’hui, des dizaines de lieux de production de gel hydro-alcoolique ont pu démarrer en quelques semaines, sans autorisations préalables et sans longues négociations.

Beaucoup des barrières encore imposées à la libre diffusion des contenus publics ont pour origine des modèles économiques aberrants et inefficaces imposés à des institutions publiques, forcées de s’auto-financer en commercialisant des informations et des connaissances qui devraient être librement diffusées.

Beaucoup d’obstacles viennent aussi d’une interprétation maximaliste de la propriété intellectuelle, qui fait l’impasse sur sa raison d’être : favoriser le bien social en offrant un monopole temporaire. Se focaliser sur le moyen – le monopole – en oubliant l’objectif – le bien social – paralyse trop souvent les initiatives pour des motifs purement idéologiques.

La défense des monopoles et le propriétarisme paraissent aujourd’hui bien dérisoires à la lumière de cette crise. Mais il y a un grand risque de retour aux vieilles habitudes de fermeture une fois que nous serons sortis de la phase la plus aigüe et que le confinement sera levé.

Quand l’apogée de cette crise sera passée en France, devrons-nous revenir en arrière et oublier l’importance de l’accès libre et ouvert au savoir ? Aux données de la recherche ? Aux enseignements et aux manuels ? Aux collections numérisées des musées et des bibliothèques ?

Il y a toujours une crise quelque part, toujours une jeune chercheuse au Kazakhstan qui ne peut pas payer pour accéder aux articles nécessaires pour sa thèse, un médecin qui n’a pas accès aux revues sous abonnement, un pays touché par une catastrophe où l’accès aux lieux physiques de diffusion du savoir s’interrompt brusquement.

Si l’accès au savoir sans restriction est essentiel, ici et maintenant, il le sera encore plus demain, quand il nous faudra réactiver l’apprentissage, le soutien aux autres, l’activité humaine et les échanges de biens et services. Il ne s’agit pas seulement de réagir dans l’urgence, mais aussi de préparer l’avenir, car cette crise ne sera pas la dernière qui secouera le monde et nous entrons dans un temps de grandes menaces qui nécessite de pouvoir anticiper au maximum, en mobilisant constamment toutes les connaissances disponibles.

Accepterons-nous alors le rétablissement des paywalls qui sont tombés ? Ou exigerons nous que ce qui a été ouvert ne soit jamais refermé et que l’on systématise la démarche d’ouverture aujourd’hui initiée ?

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Photographie Nick Youngson – CC BY SA Alpha Stock Images

Pour avancer concrètement vers une société de l’accès libre au savoir, nous faisons la proposition suivante :

Dans le champ académique, l’État a mis en place depuis 2018 un Plan National Pour la Science Ouverte(https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid132529/le-plan-national-pour-la-science-ouverte-les-resultats-de-la-recherche-scientifique-ouverts-a-tous-sans-entrave-sans-delai-sans-paiement.html), qui a déjà commencé à produire des effets concrets pour favoriser le libre accès aux résultats de la recherche.

Nous proposons que la même démarche soit engagée par l’État dans d’autres champs, avec un Plan National pour la Culture Ouverte, un Plan National pour l’Éducation Ouverte, un Plan National pour la Santé Ouverte, portés par le ministère de la Culture, le ministère de l’Education Nationale et le ministère de la Santé.

N’attendons pas de nouvelles crises pour faire de la connaissance un bien commun.

Ce texte a été initié par :

  • Lionel Maurel, Directeur Adjoint Scientifique, InSHS-CNRS ;
  • Silvère Mercier, engagé pour la transformation de l’action publique et les communs de capabilités ;
  • Julien Dorra, Cofondateur de Museomix.

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui le peuvent à le republier de la manière qu’elles et ils le souhaitent, afin d’interpeller les personnes qui peuvent aujourd’hui décider de lancer ces plans nationaux : ministres, députés, directrices et directeurs d’institutions. Le site de votre laboratoire, votre blog, votre Twitter, auprès de vos contacts Facebook : tout partage est une manière de faire prendre conscience que le choix de l’accès et de la diffusion du savoir se fait dès maintenant.

Source originale : Pour un plan national pour la culture ouverte, l’éducation ouverte et la santé ouverte – Framablog

Classé sous :Humanités Digitales, Opinions&Réflexions

Traces et mémoires en devenir d’une pandémie | C2DH | Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History

3 avril 2020 by Lyonel Kaufmann

En collectant des sources primaires nativement numériques comme les tweets, historiens et historiennes peuvent préparer l’écriture de l’histoire de la pandémie en cours. Quelques éléments sont livrés ici par Frédéric Clavert, professeur assistant en histoire contemporaine et spécialistes des réseaux sociaux numériques.

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Paul Fürst (c. 1656), Docteur Schnabel (Bec), un médecin de la peste au 17e siècle à Rome. (domaine public. Source: Wikimedia Commons)

Son introduction :

« Avec l’apparition du COVID-19 et sa diffusion dans le monde et bien que n’étant pas historien de la médecine ou des sciences, l’historien de l’entre-deux-guerres que je suis a immédiatement pensé à la fameuse grippe espagnole, qui a causé en 1918 et 1919 de 50 à 100 millions de morts, soit une mortalité équivalente à celle de la Seconde Guerre mondiale. Nos collègues médiévistes évoqueront aussi la peste noire du XIVe siècle qui, en cinq ans, a possiblement tué la moitié de la population du continent européen.

La perspective historique ne doit pas toutefois nous empêcher de voir les éléments nouveaux de la crise que nous vivons. 2,4 milliards d’humains sont aujourd’hui confinés à des degrés divers, soit un tiers de la population mondiale estimée. Une grande partie de la population confinée est, par ailleurs, connectée

Notre monde de données rend ainsi la pandémie du COVID-19 exceptionnelle par la perception commune à une grande partie de l’humanité et en temps réel de son développement. Cette pandémie « connectée » pose une question, dès maintenant, particulièrement importante: celle de l’archivage de ses traces et celle de la préservation de sa mémoire.

De nombreuses initiatives sont en cours à l’heure actuelle.  Au C²DH, plusieurs d’entre nous ont commencé des projets pour préserver la mémoire de la pandémie au Luxembourg et ailleurs. Ces initiatives feront l’objet d’une présentation plus complète dans les jours et les semaines à venir sur le site web #covidmemory.

Nous avons notamment, le dimanche 15 mars à partir de 9h, lancé une collecte de tweets. »

— À lire sur www.c2dh.uni.lu/thinkering/traces-et-memoires-en-devenir-dune-pandemie

Classé sous :Histoire savante, Humanités Digitales, Nouvelles de l'histoire

Les « deepfakes », ces fausses vidéos créées pour nous influencer

22 février 2020 by Lyonel Kaufmann

Cet article de Christine Dugoin-Clément complète utilement l’article précédent de Nadia Naffi, Université Laval consacré à l’hypetrucage (L’hypertrucage: une grave menace pour notre sécurité et la démocratie).

Christine Dugoin-Clément, IAE Paris – Sorbonne Business School

Entre l’affaire Cambridge Analytica, les tentatives d’ingérence dans les élections françaises et les opérations d’influence en Ukraine, les méthodes visant à influencer les populations sont maintenant perçues comme une réalité par les opinions publiques occidentales. Or, un nouveau phénomène émerge depuis quelques années avec le développement de l’intelligence artificielle (IA) et ses potentialités de création et d’apprentissage : les deepfakes, ou hypertrucages en français. Quelle est la nature de ces contenus de synthèse ? Comment leur utilisation pourrait influencer les opinions publiques ?

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Image d’une fausse vidéo présentant l’ancien président des États-Unis Barack Obama, avec des éléments de cartographie faciale permettant de réaliser des fausses vidéos.
(AP Photo)

Qu’est-ce qu’un deepfake ?

Les hypertrucages sont des matériaux de synthèse, qui « truquent » avec beaucoup de réalisme des vidéos ou fichiers audio. On parle de deepfakes car ces contenus sont créés avec la technologie d’apprentissage profond (deep learning), qui applique la simulation de réseaux neuronaux à des ensembles de données massives, ici pour créer un faux réaliste. Grâce à ses capacités d’apprentissage, l’IA reconnaît et apprend ce à quoi ressemble un « visage source » sous différents angles, puis le transpose sur une cible (souvent un acteur pornographique). Le visage source apparaît comme un masque au rendu très réaliste. Ces hypertrucages sont aujourd’hui connus notamment grâce à contrefaçons impliquant des acteurs célèbres comme Nicolas Cage. Le niveau de réalisme est tel que le public prendra facilement la fausse vidéo pour la réalité.

Collection de deepfakes présentant Nicolas Cage dans des films dans lesquels il n’a pas joué.

Ce réalisme est à l’origine d’une vidéo d’alerte réalisée par Jordan Peele en 2018. Dans ce film, on voit Barack Obama insulter le président Trump… alors que ce sont en fait les propos de Peele plaqués sur le visage d’Obama. Cette vidéo à visée pédagogique se conclut par une mise en garde suggérant de rester alertes devant les contenus que l’on visionne. Elle reflète la crainte qu’inspirent ces supports quant à leur capacité d’influencer des opinions publiques qui ne seraient pas en mesure de discerner la supercherie, impactant ainsi potentiellement les équilibres internes des États ou les équilibres géopolitiques, notamment dans des contextes de tension.

Des gendarmes et des voleurs pour générer des deepfakes

La technique de fabrication de deepfake la plus populaire est celle des generative adversarial network. Leur fonctionnement repose sur la mise en concurrence de deux réseaux neuronaux sur le modèle du gendarme et du voleur. Alors que le réseau « générateur » (le voleur) produit des contenus artificiels, le « discriminateur » (le gendarme) le compare avec le matériel d’origine afin de trier les vraies images et celles modifiées. En s’appuyant sur ces résultats, le générateur affine sa méthode et crée un nouvel hypertrucage plus difficile à discerner, et ainsi de suite jusqu’à ce que la discrimination soit impossible. Ce niveau de réalisme fait dire à la MIT Technology Review que les deepfakes sont une arme parfaite pour ceux qui voudraient influencer les marchés financiers ou le résultat d’élections. L’apparition de diverses applications permettant de créer de fausses vidéos pourrait facilement permettre à un large public de les exploiter dans des buts différents.

Le sujet est pris très sérieux à la veille des élections présidentielles américaines. À ce titre, le Media Forensics de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) a été financé à échelle 28 millions de dollars jusqu’en 2020 pour mener des travaux de détection des deepfakes. Quatre techniques sont étudiées : la synchronisation labiale, la détection d’incohérence sonore et de l’espace de la vidéo (taille de la pièce, acoustique) ; l’identification des chutes de cadre et l’insertion de contenu. Facebook, Microsoft et d’autres acteurs privés étudient aussi le sujet. Aujourd’hui, plusieurs structures annoncent pouvoir détecter de 95 à 97 % des deepfakes. Les 3 à 5 % restant représentent néanmoins un grand nombre d’images potentiellement fausses, quand on sait que Facebook reçoit environ 350 millions d’images par jour et que 8 millions de vidéos y sont consultés quotidiennement. Aussi il semble pertinent de comprendre ce qui poussera un spectateur à croire un contenu proposé.

On croit mieux ce que l’on croit… déjà

Les facteurs psychologiques qui favorisent la croyance dans le contenu proposé sont aussi importants que l’authenticité apparente du deepfake présenté. En effet, il est toujours plus facile, tentant, de croire ce qui convient à nos aspirations, croyances et valeurs. Par exemple, peu après l’investiture de Donald Trump, son attaché de presse déclarait que la cérémonie avait réuni plus de spectateurs qu’aucune autre. La vérité était facilement observable en comparant deux photographies. Malgré cela, de nombreux partisans du président Trump continuaient de dire que cette inauguration réunissait plus de monde car ils s’étaient persuadés de l’importance de la foule malgré les éléments objectifs.

Ainsi, si une information met en avant des éléments contredisant les croyances préexistantes d’un individu, il aura tendance à contorsionner les faits pour les aligner sur ses croyances ou à les rejeter immédiatement. Dans ce contexte, un contenu ciblant les facteurs émotionnels ou les valeurs d’un individu sera plus crédible, et cela quasi indépendamment de la qualité du support présenté. En outre, la simple visualisation d’un contenu peut participer à renforcer la croyance du spectateur quand bien même ce dernier saurait qu’il ne s’agit pas d’un support empreint de vérité.

Un autre facteur déterminant la confiance donnée a un contenu est lié à la personne transmettant l’information : 51 % des personnes sondées affirment croire en l’information délivrée par l’entremise d’une connaissance contre 34 % dans le cas où le contenu n’aurait pas été transmis par une personne connue. Connaître le transmetteur de l’information abaisse le seuil de vigilance, limitant notamment la vérification des sources, un des premiers pas pour débusquer les fausses nouvelles. Selon cette même étude, la même tendance se retrouve dans la diffusion du message, s’il vient d’une personne connu 34 % des sondés le retransmettront contre 24 % dans le cas contraire. On peut supposer que la tendance à repartager un contenu accroîtra avec le réalisme du contenu proposé. Or la crédibilité de tout faux augmente avec sa popularité, avec le nombre de personnes à l’avoir lu, vu et partagé : avec sa viralité.

La viralité sur les réseaux, un facteur déterminant ?

Le modèle des réseaux sociaux interdit le contrôle institutionnel de la véracité de contenus pouvant devenir viraux, ce qui renforce la crainte que les fausses vidéos deviennent des outils d’influence. Or, si les réseaux sociaux ont explosé, plusieurs points laissent penser que les deepfakes ne seront pas une révolution si massive. Le premier est en lien direct avec un des effets pervers des réseaux : l’effet bulle. En choisissant leurs centres d’intérêt, les internautes donnent des informations personnelles rendant ainsi possible la création d’un profil, ce qui permet aux algorithmes de proposer prioritairement des contenus adaptés aux préférences du « client », majoritairement des éléments confirmatoires. Ceci crée une sorte d’enfermement. Cet effet d’enfermement pourrait limiter la viralité permettant à un hypertrucage de devenir un acteur d’influence idéologique de premier plan.

En pratique, une large part de l’auditoire touché par le deepfake serait alors déjà convaincue du message véhiculé, ce qui renforcerait des croyances mais ne créerait pas de basculement idéologique. Grâce aux effets bulles, les fausses vidéos seraient cantonnées à un auditoire restreint, souvent déjà conquis par l’idée véhiculée. Néanmoins, ces effets bulles pourraient être outrepassés par le développement de divers deepfakes servant la même finalité mais visant diverses valeurs et croyances, donc différents profils sociologiques, touchant ainsi plusieurs strates de population qui partageraient l’hypertrucage dans leurs propres cercles et en accroîtraient ainsi à la viralité.

Le nombre de fausses vidéos augmente, et il pourrait devenir fréquent pour un internaute d’en visualiser alors que leur détection resterait problématique. L’influence des deepfakes résiderait donc aussi dans l’incapacité des individus à les discriminer de la réalité, les poussant à tout croire ou, par réaction, à ne plus rien croire – ce qui serait également dommageable pur la société civile.

Cependant, certains points peuvent modérer l’angoisse engendrée par l’essor des deepfakes. Tout d’abord leur apparente authenticité n’est pas le seul facteur de croyance. Les fausses vidéos s’approchent en cela des faux plus classiques et il est possible qu’il y ait une adaptation sociétale, comme lors de l’apparition de la photographie où de nombreux montages pullulèrent. Quand la technologie était encore peu connue, les clichés étaient considérés comme une preuve absolue. Cependant, avec le temps, la société a appris à prendre une certaine distance face à ce média. Enfin, si la fréquence des hypertrucages augmente dans la sphère politique, 96 % d’entre eux restent des contenus pornographiques.

Quelles que soient les évolutions à venir, les deepfakes constituent une arme supplémentaire dans l’arsenal des outils mobilisables lors de campagnes d’influence. Leur apparente authenticité et leur potentielle viralité doivent être prises en compte car le public sera de plus en plus confrontés à ce type de contenus.The Conversation

Christine Dugoin-Clément, Analyste en géopolitique, chercheuse à Paris 1-la Sorbonne ( IAE) et à Saint Cyr Coëtquidan., IAE Paris – Sorbonne Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Classé sous :Humanités Digitales, Médias et technologies, Opinions&Réflexions

L’hypertrucage: une grave menace pour notre sécurité et la démocratie

21 février 2020 by Lyonel Kaufmann

Grâce aux techniques d’hypertrucage, Loto-Québec a réussi à transformer un comédien en Bernard Derome des années 70 pour une publicité. Loto-Québec Nadia Naffi, Université Laval

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L’utilisation de l’hypertrucage peut parfois nous enchanter ou nous étourdir par le biais de ses représentations expertes dans les industries du divertissement et des jeux et dans les campagnes de marketing comme celle de la récente publicité de Loto-Québec.

Mais le sinistre visage de cet hypertrucage, ou deepfakes, une forme de désinformation qui utilise des algorithmes d’apprentissage automatique pour créer des enregistrements audio et vidéo de personnes réelles prononçant et exécutant des choses qu’elles n’ont jamais dites ou faites, est une menace sérieuse pour la sécurité des personnes et la démocratie.

Aujourd’hui, tout le monde peut créer ses propres fausses nouvelles et les diffuser. La propagande en ligne est plus trompeuse et plus manipulatrice que jamais.

Les deepfakes sont en train de devenir rapidement impossibles à distinguer de la réalité.

Il est plus urgent que jamais de détecter la désinformation alimentée par des utilisations non éthiques des médias numériques, des données massives et de l’intelligence artificielle, et leur diffusion par les médias sociaux.

Les pays doivent éduquer et équiper leurs citoyens. Les éducateurs doivent également relever de réels défis pour aider les jeunes à développer leur discernement face aux deepfakes. Pire, si les jeunes manquent de confiance pour trouver et évaluer des informations publiques fiables, leur motivation à participer à notre société démocratique ou à s’y fier sera de plus en plus menacée.

Saper la démocratie

Il est maintenant possible de générer une vidéo d’une personne qui parle et fait des expressions faciales à partir de quelques images ou même d’une seule image du visage de cette personne. Les applications « face swap » qui consistent à permuter des visages telles que FaceApp ou Zao et les applications de synchronisation labiale telles que Dubsmash sont des exemples d’outils de base accessibles et conviviaux que les gens peuvent utiliser sans aucune connaissance en matière de programmation ou de codage.

Le potentiel d’utilisation des deepfakes comme arme augmente de manière alarmante et des dommages importants peuvent être anticipés puisque n’importe qui peut créer des contenus explicites sans le consentement d’autrui.

On s’attend à ce que les gens utilisent les deepfakes pour faire du cyberharcèlement, détruire des réputations, faire du chantage, diffuser des discours de haine, inciter à la violence, perturber les processus démocratiques, diffuser des désinformations à des publics ciblés et commettre des cybercrimes et des fraudes.

Danielle Citron, professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Boston, explique comment les deepfakes sapent la vérité et menacent la démocratie.

Détection des deepfakes

Il y a plus de dix ans, l’analyste Internet et spécialiste des nouveaux médias Clay Shirky a déclaré que « La seule véritable façon de mettre fin au spam est d’arrêter la communication par e-mail ». La fermeture d’Internet serait-t-elle le seul moyen de mettre fin à la propagande des deepfakes en 2020 ?

Les principaux acteurs se sont aventurés à trouver une réponse aux menaces des hypertrucages.

Facebook a annoncé le 6 janvier qu’elle « renforcera sa politique à l’égard des vidéos manipulées trompeuses qui ont été identifiées comme des deepfakes ». L’entreprise affirme qu’elle supprimera les médias manipulés qui ont été « édités ou synthétisés – au-delà des ajustements pour la clarté ou la qualité – d’une manière qui n’est pas apparente pour le public » et si les médias sont « le produit de l’intelligence artificielle ou de l’apprentissage automatique qui fusionne, remplace ou superpose le contenu d’une vidéo, le faisant apparaître comme authentique ».

blank Facebook a annoncé le 6 janvier qu’il supprimera les vidéos montées pour induire en erreur de manière « non apparente pour une personne moyenne » et qui sont le produit de l’IA ou de l’apprentissage machine. Ici, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, témoigne lors d’une audition à la commission des services financiers de la Chambre des représentants des États-Unis au Capitole à Washington, en octobre 2019. AP Photo/Andrew Harnik

La nouvelle fait suite au deepfake challenge de Facebook, qui vise à concevoir de nouveaux outils pour détecter les contenus médiatiques manipulés. Ce défi est soutenu par Microsoft, un consortium sur l’intelligence artificielle et un fonds de 10 millions de dollars.

À la fin octobre, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a témoigné lors d’une audition de la commission des services financiers de la Chambre des représentants des États-Unis à Washington sur les plans de cryptomonnaie de la société, où M. Zuckerberg a été confronté à des questions sur ce que la société fait pour empêcher les deepfakes.

L’Agence des projets de recherche avancée de la Défense (DARPA) du Département Américain de la Défense travaille sur l’utilisation de types d’algorithmes spécifiques pour évaluer l’intégrité des médias visuels numériques.

Certains chercheurs discutent de l’utilisation des réseaux neuronaux convolutionnels – un ensemble d’algorithmes qui reproduit approximativement le cerveau humain, conçu pour analyser l’imagerie visuelle et reconnaître les modèles – pour détecter les incohérences entre les multiples trames dans les deepfakes. D’autres proposent des algorithmes pour détecter les visages entièrement générés par la machine.

Hani Farid, expert en informatique légale et judiciaire et l’une des principales autorités en matière de détection de fausses photos, et son étudiante Shruti Agarwal de l’Université de Californie à Berkeley développent un logiciel qui utilise les caractéristiques subtiles de la façon dont une personne parle pour distinguer cette personne de la version contrefaite.

Farid collabore également très étroitement avec Hao Li, pionnier d’ hypertrucage, pour faire face au problème croissant de l’hypertrucage à la portée de la main.

La communauté juridique canadienne a publié des articles qui détaillaient des motifs d’action pour contrer la menace de de l’hypertrucage

La nation de YouTube

Et si nous nous réveillions demain matin avec un faux-semblant de Greta Thunberg, la personnalité de l’année 2019 du magazine Time, accusant une organisation spécifique d’être le principal catalyseur du changement climatique ? Est-ce que les jeunes seraient sceptiques face à cette information ?

Nous vivons dans une ère numérique où beaucoup de gens s’attendent à ce que chaque réponse soit trouvée par une recherche sur Google, une vidéo sur YouTube ou Vimeo ou un discours sur TED. À peu près tous les jeunes Canadiens âgés de 15 à 24 ans utilisent l’internet quotidiennement. La plupart suivent les nouvelles par le biais des médias sociaux comme Facebook, Twitter et Instagram.

En 2017, 90 pour cent des Canadiens âgés de 18 à 24 ans étaient des utilisateurs actifs de YouTube.

Selon Statista, une société qui fournit des données sur le marché et les consommateurs, « en mai 2019, plus de 500 heures de vidéo étaient téléversées sur YouTube chaque minute », ce qui équivaut à « environ 30 000 heures de contenu nouvellement téléchargé par heure ». La société rapporte qu’entre 2014 et 2019, « le nombre d’heures de contenu vidéo téléversé toutes les 60 secondes a augmenté d’environ 40 pour cent ».

De nombreux utilisateurs des médias sociaux âgés de 18 à 24 ans reconnaissent aujourd’hui les agendas et les algorithmes qui se cachent derrière les messages qui s’affichent sur leurs murs. Dans le cadre de ma thèse de doctorat, j’ai étudié comment 42 participants de ce groupe d’âge comprenaient les réfugiés dans un contexte où leur image était profondément influencée par la propagande des médias sociaux, les fausses nouvelles et la désinformation. J’ai découvert que beaucoup d’entre eux avaient envie de devenir des influenceurs et de perturber les commentaires publics et les messages générés par les médias, ce qui est fait écho aux campagnes de sensibilisation ou d’activisme menées aujourd’hui par les jeunes.

Le phénomène des fausses nouvelles est un nouveau défi critique auquel les jeunes et tous les participants à notre démocratie sont confrontés.

L’éducation pour la résilience

Au Canada, Journalistes pour le droits humains (JDH) a annoncé un nouveau programme, financé par Héritage Canada, pour former les journalistes et « lutter contre la désinformation par le renforcement des médias et l’état de préparation des citoyens au Canada ».

Les éducateurs peuvent jouer un rôle clé dans la lutte contre la fausse nouvelle. L’un de leurs défis consiste à s’assurer que les jeunes développent des compétences critiques en matière d’éducation aux médias tout en continuant à explorer des ressources crédibles en ligne et à renforcer leurs capacités et leurs connaissances pour participer aux structures démocratiques.

Les éducateurs peuvent suivre les étapes que j’ai identifiées dans le modèle « Get Ready to Act Against Social Media Propaganda ». En commençant par expliquer les positions sur un sujet controversé ciblé par la propagande des médias sociaux, les éducateurs peuvent aider les jeunes à discuter de la façon dont ils perçoivent et reconnaissent les deepfakes. Ils peuvent explorer les origines du contenu, les personnes ciblées, la réaction que ce contenu suscite et les personnes qui le soutiennent.

Les éducateurs peuvent également discuter du rôle et de la responsabilité des jeunes pour répondre et s’opposer à la désinformation. Ils peuvent identifier des stratégies numériques potentielles à poursuivre dans ce processus. Une génération de citoyens numériques bien équipée pourrait être notre meilleure chance.The Conversation

Nadia Naffi, Assistant Professor, Educational Technology, Holds the Chair in Educational Leadership in the Sustainable Transformation of Pedagogical Practices in Digital Contexts, Université Laval

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Note de synthèse : enseignement de l’histoire et pensée computationnelle

16 janvier 2020 by Lyonel Kaufmann

Depuis près d’une dizaine d’années, la pensée computationnelle (computational thinking) occupe une place grandissante au sein de la recherche en éducation. Qu’en est-il de l’origine de ce terme et de sa définition ? Qu’elle en peut être sa traduction dans notre enseignement de l’histoire ?

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Postulée par Seymour Papert en 1996, la pensée computationnelle est le processus réflexif impliqué dans la formulation de problèmes et de leurs solutions de manière que leur résolution puisse être effectuée par un agent de traitement de l’information. La pensée computationnelle s’intéresse à la résolution de problèmes, à la conception de systèmes ou même à la compréhension des comportements humains en s’appuyant sur les concepts fondamentaux de l’informatique théorique,

Concernant ce concept en éducation, Jeannette Wing est souvent citée en référence. Dans un article paru en 2011, Jeannette Wing soutient que la pensée computationnelle est une compétence fondamentale émergente qui devrait faire partie intégrante de l’éducation. Basiquement, la « pensée computationnelle » se composerait d’un ensemble d’outils de réflexion pour permettre à quelqu’un de décomposer un problème dans le genre d’étapes logiques dont un ordinateur aurait besoin pour résoudre ce problème.

Au niveau conceptuel, la pensée computationnelle se décompose en
– Logique (prévision et analyse)
– Algorithmes (étapes et règles)
– Décomposition (décomposition en parties)
– Modèles (repérer et utiliser des similitudes)
– Abstraction (suppression des détails inutiles)
– Évaluation (jugement)

Pour certains critiques cependant, la pensée computationnelle n’est qu’un nouvel emballage ou avatar de la science informatique.

[Lire plus…] à proposNote de synthèse : enseignement de l’histoire et pensée computationnelle

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Revue de presse : Pédagogie inversée avec Youtube : une vraie émulation en classe

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30 janvier 2019 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

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