« Les oubliées du numérique » : Le digital est « un univers conçu, programmé et installé par des hommes », explique Isabelle Collet

C’est un secteur en pleine croissance. Pourtant, les femmes ne représentent que 15 % des effectifs en France. Les métiers de la tech et du numérique sont aujourd’hui massivement dominés par les hommes. Un constat inquiétant, dans un monde où le digital est omniprésent et sert d’interface avec le monde social. « La situation est la même dans tous les pays occidentaux. L’absence des femmes dans le numérique est très problématique, mais ce n’est pourtant pas une fatalité », explique Isabelle Collet, informaticienne et enseignante-chercheuse à l’université de Genève, qui travaille sur les questions de genre dans le monde digital depuis une quinzaine d’années.

Cette spécialiste de l’inclusion des femmes, également experte pour l’Union européenne sur ces questions, vient de publier Les oubliées du numérique (éditions Le Passeur), un ouvrage qui décortique les constructions historiques et sociales à l’origine du manque de diversité dans le monde digital. Pourquoi les femmes sont-elles aussi peu nombreuses ? Comment stopper cette marginalisation ? Quelles mesures prendre pour améliorer l’inclusion des femmes ? 20 Minutes a interrogé la chercheuse, qui revient sur les principaux enjeux de cette sous-représentation des femmes, et propose des solutions pour y remédier.

Importance du rôle de l’éducation pour améliorer l’inclusion des femmes dans le numérique ? :

« Il faut d’abord travailler sur le terrain de l’éducation. Il faudrait que les professeurs reçoivent une formation afin de pouvoir enseigner de manière parfaitement égalitaire les matières scientifiques (maths, physique…) Il me semble aussi indispensable d’apprendre aux enfants, et donc aussi aux filles, ce qu’est le numérique, comment on code… Et de rappeler qu’un certain nombre de femmes dans l’informatique ont fait des découvertes fondamentales, histoire de montrer aux jeunes que la représentation féminine a toujours existé, et que cela devrait être banal. »

Lire l’interview complet : « Les oubliées du numérique » : Le digital est « un univers conçu, programmé et installé par des hommes », explique Isabelle Collet | 20minutes.fr

Pour poursuivre la réflexion et le débat concernant la question du genre en éducation, une sélection d’articles d’Isabelle Collet :

La liste complète de ses publications ainsi que sa page à l’Université de Genève : http://www.unige.ch/grifege/equipe/isabelle-collet/

Crédit photo : La chercheuse Isabelle Collet. — Sabine Papilloud / Le Nouvelliste

« L’attention est devenue le nouveau pétrole »

Mathématicien et médiateur scientifique à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Lê Nguyên Hoang revient avec  Usbek & Rica sur les notions d’éthique by design et de transparence algorithmique. Objectif : faire en sorte que les intelligences artificielles de demain soient plus responsables que celles d’aujourd’hui. Extrait.

« De ce point de vue, on peut dire que certaines entreprises du numérique n’ont aucun modèle d’affaire. Instagram est l’exemple typique de ce phénomène : son fonctionnement ne repose sur aucun modèle d’affaire, si ce n’est la recherche permanente d’un maximum d’utilisateurs. L’objectif de ces entreprises n’est plus le profit, mais l’attention. La même chose peut être dite des youtubeurs : à titre personnel, je ne fais pas ma chaîne YouTube pour l’argent, je ne la monétise pas. Mais en grandissant, je peux obtenir des contrats et c’est beaucoup plus facile d’écrire un livre, par exemple. L’attention est devenue le nouveau pétrole et, aujourd’hui, les gens se battent pour l’attention peut-être plus encore que pour l’argent.»

— À lire sur usbeketrica.com/article/certaines-entreprises-du-numerique-n-ont-aucun-modele-d-affaire

« J’ai longtemps détesté cette photo », confie celle qui a été la fille au napalm

Kim Phuc est l’iconique « petite fille brûlée au napalm ». Aujourd’hui quinquagénaire, celle dont la photo a fait le tour du monde et changé le cours de la guerre du Vietnam raconte à la RTS comment elle a surmonté la haine et la souffrance.

Kim Phuc Phan Thi a fait la Une des médias internationaux car elle a vécu l’enfer. Le 8 juin 1972, des bombes au napalm tombent sur son village du Sud-Vietnam, larguées par erreur par les forces de Saïgon. Âgée alors de 9 ans, elle prend la fuite sur une route, mais est happée de dos par les flammes. Les vêtements réduits en cendres, sévèrement brûlée et terrorisée, elle est photographiée par un reporter d’Associated Press. L’image devient un symbole de l’horreur de la guerre du Vietnam.

Le cliché de Nick Ut est lauréat du World Press Photo 1972 et du prix Pulitzer de la photographie d'actualité en 1973.
Le cliché de Nick Ut est lauréat du World Press Photo 1972 et du prix Pulitzer de la photographie d’actualité en 1973.

-À lire et à écouter : « J’ai longtemps détesté cette photo », confie celle qui a été la fille au napalm

Du code… et bien d’autres choses : quelle est la capacité du numérique à transformer les méthodes pédagogiques des enseignant.e.s ?

Dans un entretien réalisé par DocPourDocs en 2014, Louise Merzeau1, décédée en 2017, est interrogée sur les question de culture numérique, de média, des communs et du vivre ensemble. Dans ce passage, elle est interrogée sur les questions de transmission et de la capacité du numérique à transformer les méthodes pédagogiques des enseignants et dans quel sens. Plutôt que de technologie du numérique, elle en appelle à une écologie. Brillant.

« C’est tout un ensemble de facteurs (économiques, démographiques, culturels…) qui contraint les enseignants à remettre en question certaines méthodes et certains principes. Mais l’avènement du numérique constitue bien sûr un tournant fondamental qui transforme les processus de fabrication et de transmission du savoir.

Pour en mesurer la portée, il faut s’affranchir d’une pensée instrumentale, qui est encore celle de l’informatique, et prendre conscience que le numérique désigne désormais un milieu beaucoup plus qu’un outil. C’est ainsi que le vivent la plupart des utilisateurs au quotidien, mais l’institution l’envisage encore bien souvent dans un rapport d’extériorité au système de connaissance, de mémoire et de transmission qu’elle est censée perpétuer. Ainsi, on insiste sur les effets de vitesse, d’automatisme ou de formalisme inhérents à la technologie numérique, là où les usagers ressentent au contraire des effets d’enveloppement, de continuum, voire de naturalisation des prothèses techniques. On a tendance à confiner le numérique dans des sections, des lieux et des créneaux séparés, alors qu’il faudrait le penser comme le contexte qui réorganise l’ensemble des connaissances. Le débat récent autour de l’apprentissage du code à l’école illustre bien ce décalage. L’institution scolaire voit dans cette initiation une nouvelle « matière », qui lui permettrait de combler ce qu’elle considère elle-même comme un retard, sans affecter le reste des disciplines. Or si la compréhension du code informatique doit être généralisée, ce n’est pas pour former une nouvelle classe d’experts, mais pour appréhender la manière dont il reconfigure tous les contenus, opérations et liaisons dans le savoir. L’enjeu est de passer d’un face à face avec la machine (le fameux « rapport homme-machine » et la question centrale de l’interactivité qui a occupé les années 1990), à une relation avec un environnement, qui réclame moins une technologie qu’une écologie. »

Sur l’innovation pédagogique et les méthodes d’enseignement :

« Le principal changement consiste précisément à travailler à partir du savoir déjà implanté chez les utilisateurs pour le systématiser (expliciter des règles, des logiques, des choix possibles), le mettre en perspective (le situer dans une histoire ou une philosophie) et en révéler les aspects non visibles (dégager ses modèles économiques et idéologiques).

Concrètement, cela revient à faire remonter la pratique en amont de la théorie. Donner aux apprenants la possibilité de réaliser quelque chose, en réinvestissant leurs routines, en bricolant et en s’aidant les uns les autres, pour les pousser dans un deuxième temps à analyser et critiquer leur manière de faire et le produit de leur travail. J’ai pu moi-même constater que les étudiants sont beaucoup plus réceptifs aux cadrages conceptuels quand ceux-ci leur apportent une intelligibilité de l’effort de conception et de réalisation qu’ils ont eux-mêmes fourni. Il ne s’agit donc pas de considérer que les élèves n’ont plus rien à apprendre, mais que le savoir à transmettre est en relation directe avec leurs compétences, leurs besoins, leurs expériences. »

—A lire : Entretien avec Louise Merzeau : culture numérique, média, communs et vivre ensemble

Crédit photo : Photo de Kevin Ku sur Unsplash

  1. Louise Merzeau était Maître de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle y était responsable de l’axe « Culture informationnelle et médiation sociotechnique : biens communs numériques »du master « Industries culturelles et environnement numérique ». Elle était aussi codirectrice du département Infocom et directrice adjointe du laboratoire Dicen-IDF.

L’original du statut des juifs accable le Maréchal Pétain

Le document d’octobre 1940 a été récemment découvert et authentifié, annonce Serge Klarsfeld. Les corrections du chef du régime du Vichy élargissent le nombre de juifs concernés et renforcent les interdictions les touchant.

«Il s’agit d’un document établissant le rôle déterminant de Pétain et son profond antisémitisme », estime le célèbre chasseur de nazis Serge Klarsfeld. L’avocat a annoncé dimanche que la version originale du statut des juifs d’octobre 1940 a été retrouvée et authentifiée. Le texte inédit a été annoté par le Maréchal Pétain. Ses commentaires suggèrent que le chef du régime de Vichy a considérablement durci le texte initial et élargi son impact à toute la population juive française de l’époque. «Les défenseurs de Pétain disaient qu’il avait protégé les Juifs français. Cet argument tombe», souligne Serge Klarsfeld.

-A lire : L’original du statut des juifs accable le Maréchal Pétain | Le Figaro

Photo : Alors que le projet initial prévoyait d’épargner «les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860», le maréchal Pétain décide de rayer cette mention. -/AFP

Publication – Béatrice Finet, “La Shoah racontée aux enfants : une éducation littéraire ?”

Résumé : depuis 2002, l’enseignement de la Shoah est inscrit aux programmes des écoles primaires, et les enseignants du premier degré sont invités à s’appuyer sur des ouvrages de littérature pour la jeunesse pour assurer cette étude. Mais ces livres sont-ils vraiment des outils pédagogiques ? Quels impacts leurs illustrations, leurs personnages ont-ils sur les jeunes élèves lecteurs ? Comment parviennent-ils à montrer aux enfants que l’extermination des Juifs est un fait historique réel sans les choquer ? À travers une analyse d’ouvrages de littérature pour la jeunesse parus sur le thème entre 1944 et 2013, Béatrice Finet propose une double analyse, littéraire et didactique, pour servir une réflexion plus générale sur les enjeux éducatifs de l’enseignement de la Shoah à l’école élémentaire. Cet ouvrage sera une ressource pour les enseignants et futurs enseignants, et intéressera aussi les chercheurs et éditeurs en littérature pour la jeunesse.

Source : Publication – Béatrice Finet, “La Shoah racontée aux enfants : une éducation littéraire ?”

Les bébés préhistoriques étaient déjà nourris au biberon

De petits récipients en céramique avec un bec verseur et pouvant tenir dans la main d’un bébé sont apparus pour la première fois en Europe au Néolithique (vers -5000 avant notre ère). Ils se sont généralisés à l’âge de Bronze, puis du Fer.

Les archéologues supposaient que cette vaisselle était utilisée pour faire boire les bébés, mais sans en avoir la preuve, car ces poteries auraient aussi bien pu servir à alimenter des malades ou des infirmes. Ils affirment dans une étude parue mercredi dans la revue Nature qu’ils peuvent désormais le prouver.

Source de l’info : https://ift.tt/2nHShMG

Réseaux, le jeu éducatif sur la Résistance

Réseaux est un jeu de plateau éducatif créé par les Archives départementales des Yvelines.

Inspiré de documents d’archives, Réseaux est un outil pédagogique pour découvrir comment fonctionnaient les réseaux clandestins, prendre conscience des risques encourus par les résistants et de leurs actes héroïques.

Dans Réseaux, vous incarnez les chefs de réseaux de Résistance de l’ancienne Seine-et-Oise (actuels départements des Yvelines, Hauts-de-Seine, Essonne et Val d’Oise) pendant la Seconde Guerre mondiale. Votre but : déstabiliser les troupes d’occupation allemandes en opérant des missions de sabotage, de propagande, d’espionnage et d’attaque.

Pour télécharger le jeu : Réseaux, le jeu éducatif sur la Résistance – Educ’Archives

Le futur de l’éducation numérique | Mondes sociaux

 »Hacker c’est donc se rebeller, détourner les codes, être à la limite de la légalité… pour faire avancer la société (..) Parce qu’une action vaut mieux qu’une critique, j’ai créé HackEdu, avec une conviction : l’éducation ne peut-être disruptée que par ceux qui la font ». (Stéphanie Pfeiffer, créatrice de HackEdu)

Le recours à ce vocabulaire de la « disruption » (anglicisme, de « rupture ») directement issu de la Silicon Valley aurait été impensable dans le contexte éducatif français avant les années 2010. On le voit aujourd’hui fleurir, dans un réseau français des EdTech de plus en plus visible et soutenu par un ministre lui étant particulièrement favorable.

L’idée que le monde éducatif doive évoluer avec les technologies n’a en soi rien de nouveau (Cuban, 1986). La transformation numérique du monde éducatif est l’objet d’innombrables discours médiatiques et politiques, de programmes et de curricula d’enseignement, d’expérimentations et de pratiques pédagogiques. Tous s’inscrivent dans un contexte idéologique marqué par des représentations révolutionnaires : une révolution numérique serait en cours, l’école devrait donc en être partie prenante (Selwyn & Facer, 2013).

Pour le magazine Mondes sociaux,

«  Alors que les TICE ont historiquement constitué le paradigme structurant pour le monde éducatif français, son allant de soi est aujourd’hui contesté par le paradigme anglo-saxon. Les EdTech ont une ambition mondiale clairement hégémonique (…). De ce point de vue, les Humanités Numériques pourraient permettre à certains acteurs de trouver des ressources et des modalités curriculaires alternatives à la fois aux TICE et aux EdTech, qu’il s’agisse de logiques de production, de rapport aux savoirs ou encore de propriété intellectuelle.

Un beau programme, non ?

—A lire : Le futur de l’éducation au numérique – Mondes Sociaux

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Ouvrages cités :

  • Selwyn N., Facer, K., éd., 2013, The politics of education and technology : conflicts, controversies, and connections, New York : Palgrave Macmillan.
  • Cuban L.,1986, Teachers and machines: the classroom use of technology since 1920, New York : Teachers College Press.

Débat : Enseignement supérieur, replaçons la salle de cours au cœur de la cité !

Les infrastructures de l’Internet ont fourni un support à un rêve déjà ancien, celui de diffuser la connaissance au plus grand nombre. Mais l’ambition des sciences ouvertes ne se limite pas aux questions d’accès que de nouveaux moyens techniques et juridiques facilitent un peu plus chaque jour. Si elles visent à faire circuler les résultats de recherche de manière bien plus fluide, il s’agit aussi d’agir en amont, en rendant la recherche plus participative.

L’idée est de ne pas envisager les citoyens comme de simples sujets de recherche mais également comme des partenaires des chercheurs. D’ailleurs, les initiatives de science citoyenne se propagent rapidement à travers le monde, que cela soit pour collecter des données ou pour les analyser, parfois à travers des dispositifs ludiques.

Ce mouvement invite à s’interroger sur la bipartition entre l’enseignement et la recherche. Les étudiants n’ont-ils pas aussi un rôle à jouer dans la construction de « communs » pédagogiques ? Dans le prolongement des sciences ouvertes et citoyennes se dessinerait aussi une « éducation ouverte ».

C’est l’une des hypothèses centrales de la note Vers une éducation ouverte : Faire, réflexivité et culture pour une éducation-recherche, qui vient d’être publiée par le think tank Research Group Collaborative Spaces (RGCS), à partir de huit expériences innovantes menées dans l’enseignement supérieur, dans des contextes assez différents – universités, écoles de management, écoles d’ingénieurs.

Des questions également à se poser pour les institutions de formation tertiaire telle que la HEP Vaud.

Lire la suite : Débat : Enseignement supérieur, replaçons la salle de cours au cœur de la cité ! – The Conversation

Crédit photo : Par une journée pluvieuse, des milliers de personnes défilent sur Washington DC pour se battre pour le financement de la science et l’analyse scientifique en politique. Photo de Vlad Tchompalov sur Unsplash.

«Technopoly. Comment la technologie détruit la culture» de Neil Postman enfin traduit en français

L’un des ouvrages majeurs du théoricien ­américain des médias Neil ­Postman (1931-2003) paraît aujourd’hui en français : il reste d’une actualité frappante.

Quand le théoricien ­américain des médias Neil ­Postman (1931-2003) publia Technopoly aux Etats-Unis, en 1992, Internet n’en était qu’à ses débuts. Seul le nom d’Arpanet, ancêtre du réseau des réseaux, apparaît d’ailleurs dans le livre.

Son propos n’en reste pas moins pertinent à l’heure où l’intelligence artificielle occupe tous les esprits et apparaît comme le dernier avatar ou une nouvelle étape de l’ère de la Technopoly caractérisée par la « soumission de toute forme de culture à la souveraineté des machines et de la technique ».

Postman remet lui une forme d’humanisme au cœur de la pensée de la technique.

Pour Postman, l’histoire des techniques est celle des relations entre technique et culture. Il identifie trois grandes périodes de cette histoire. Avant le temps de la technopoly, il y a eu

  • les « civilisations de l’outil », où les techniques étaient soumises à un ordre religieux et moral traditionnel;
  • puis vint, en Occident, le temps de la « technocratie » (Francis Bacon, Galilée), où la rationalité techno-scientifique entre en conflit ouvert avec l’idéologie religieuse.

Ce n’est qu’au XXe siècle, avec l’avènement de l’organisation scientifique du travail, la domination du scientisme bureaucratique et la naissance de l’informatique, que la technique serait parvenue, dans la « technopoly », à subordonner à ses propres fins toute forme de pensée.

La présentation de l’ouvrage par l’éditeur (https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/technopoly):

« Nous sommes entrés dans l’ère de la Technopoly. Soit une société dans laquelle la culture est entièrement soumise aux impératifs technologiques. Tout doit y être mesuré, évalué avec le plus haut degré de précision, converti sous forme de données quantifiables et objectives, pour permettre à des machines ou à des experts d’assurer, pour notre plus grand bonheur, la gestion de nos vies.

Bien que l’information n’ait jamais été aussi facile d’accès et présente en telle quantité, nous sommes désemparés, incapables d’appréhender un monde devenu d’une grande complexité. D’autant que les institutions sociales (l’école, la famille, les organisations politiques…) et les valeurs au fondement de la culture humaniste – qui structuraient jusqu’alors nos existences tout en favorisant le développement de notre autonomie et de notre faculté de jugement – ont rendu les armes face au monopole de la technique.

Les réflexions développées dans ce livre retentissant de Neil Postman, publié pour la première fois aux États-Unis en 1992, n’ont rien perdu de leur actualité. Bien au contraire, elles révèlent avec une rare lucidité les fondements des mutations profondes qui n’ont fait que s’accélérer depuis. En remontant aux origines de la science moderne et de l’idéologie du progrès, l’auteur dresse un constat sans appel : la soumission de la culture à la technique menace à terme de détruire les sources vitales de notre humanité. »

Référence : « Technopoly. Comment la technologie détruit la culture », de Neil Postman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par le collectif Technologos, L’Echappée, 224 p., 18 €.

Source : « Technopoly » : Neil Postman, rebelle à l’idéologie technophile

Mort du sociologue américain Immanuel Wallerstein, figure de l’altermondialisme | Le Monde

Le chercheur à l’université de Yale, économiste, historien et sociologue engagé à gauche, était l’un des pionniers des études sur les effets de la mondialisation.

Le sociologue américain Immanuel Wallerstein, considéré comme l’une des figures tutélaires du mouvement altermondialiste et connu pour ses travaux menés dans la lignée de l’historien Fernand Braudel, est mort dimanche 31 août à l’âge de 88 ans.

« Nous avons appris hier avec tristesse la mort d’Immanuel Wallerstein, créateur et principal instigateur de la sociologie historique des Etats-Unis, décédé le dimanche 31 août. Marxiste hétérodoxe, il avait développé une lecture propre du capitalisme et de son développement », ont indiqué lundi les éditions La Découverte sur leur compte Twitter. « Nous sommes fiers d’avoir contribué à faire connaître au lectorat francophone cet auteur extrêmement original dont l’œuvre immense restera », a ajouté l’éditeur français.

Chercheur à l’université de Yale aux Etats-Unis, économiste, historien et sociologue, professeur dans plusieurs universités, Immanuel Wallerstein a été notamment directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris

Lire la suite : Mort du sociologue américain Immanuel Wallerstein, figure de l’altermondialisme | Le Monde

Crédit image : Le sociologue Immanuel Wallerstein en 2008. Alexei Kouprianov / CC BY-SA 3.0

« Il n’y a pas une histoire d’Internet, mais des généalogies, de réseaux, de communautés… »

L’histoire de la naissance d’Internet serait une fabuleuse aventure scientifique menée en Californie, dans les laboratoires de recherche de la Défense américaine et ceux des universités californiennes ; une révolution technique rendue possible par des visionnaires, comme Vinton Cerf ou Bob Kahn , ou encore, plus tard et en Suisse, Tim Berners-Lee .

Pourtant, à l’ombre de ce mythe fondateur, d’autres histoires existent, écrites dans d’autres pays, par d’autres communautés, avec d’autres généalogies. Elles sont précieuses : en approfondissant et complexifiant les récits dominants sur Internet, elles permettent d’imaginer pour le réseau d’autres avenirs.

Le « Digital Society Forum » d’Orange lance en en cette rentrée un cycle sur les histoires et les généalogies méconnues d’Internet. Pour l’inaugurer, ils ont rencontré l’historienne Valérie Schafer, spécialiste de l’histoire des réseaux français, aujourd’hui professeure à l’université du Luxembourg.

Extrait de ce passionnant entretien que je vous incite instamment à lire en entier.

« Quand nous avons travaillé avec Benjamin Thierry sur l’histoire du Minitel, nous nous sommes attachés à montrer autant les continuités que les ruptures. Car, même s’il est indéniable qu’il y a eu des ruptures, il est frappant de constater combien, sur 30 ans d’histoire des cultures numériques, on retrouve de débats et continuités. La question de la neutralité du Net, le fait que l’opérateur puisse ou non « regarder » ce qu’il y a dans les tuyaux, se pose déjà au moment du Minitel. Le mouvement « Free The Nipple » soulève des questions qui sont posées vingt ans plus tôt, quand au milieu des années 1990 en Bavière un newsgroup sur le cancer du sein est supprimé au milieu d’une centaine d’autres dans le cadre de la lutte contre la pornographie. La question de l’intercession des intermédiaires, des hébergeurs, en cas de propos racistes, de pédopornographie, de terrorisme, se pose déjà au milieu des années 1990. Les fake news existent depuis les débuts du Web, et même historiquement avant dans l’histoire des médias. On observe des tendances récurrentes, qui existent avec plus ou moins de force selon les époques. »

Lire la suite : ”Il n’y a pas une histoire d’Internet, mais des généalogies, de réseaux, de communautés…„

Crédit photo : l’historienne Valérie Schafer

Publication : Switzerland and Migration – Historical and Current Perspectives on a Changing Landscape

Cet ouvrage explore l’histoire des migrations en Suisse de la fin du XIXe siècle à nos jours. Il réunit des études récentes sur la Suisse dans le domaine des études culturelles et migratoires, ainsi que sur l’histoire des migrations, et combine différentes approches de recherche issues d’études postcoloniales, transnationales, frontalières et de l’histoire de la connaissance. Depuis la fin du XIXe siècle, la Suisse s’est progressivement transformée en une société migratoire, devenant l’un des pays d’Europe ayant le pourcentage le plus élevé de population migrante. Si la migration est devenue l’une des questions les plus controversées dans les débats publics et politiques suisses, l’ouvrage montre aussi comment les migrants ont élaboré diverses stratégies pour faire face aux politiques discriminatoires du pays et à ses cadres institutionnels distincts. Les auteurs de l’ouvrage contestent de manière convaincante le point de vue selon lequel la Suisse ne représente toujours pas une société migrante (ou même post-migrante) et contribue de manière substantielle à la reconnaissance longtemps attendue de la Suisse dans l’histoire et les études sur les migrations au niveau international.

Référence : Switzerland and Migration: Historical and Current Perspectives on a Changing Landscape, Barbara Lüthi, Damir Skenderovic (Eds.), Palgrave Macmillan, 2019

Source :  Switzerland and Migration – Historical and Current Perspectives on a Changing Landscape | Barbara Lüthi | Palgrave Macmillan

« Le tourisme est un prédateur, il détruit ce qu’il fait vivre »

Alors que le tourisme de masse pèse de plus en plus sur les villes européennes, Lucerne tente de réguler le nombre de ses visiteurs. Pour le professeur Laurent Tissot, toutefois, les côtés sombres du tourisme ont toujours été indissociables de ses côtés positifs.

Pour Laurent Tissot, professeur émérite en histoire contemporaine à l’Université de Neuchâtel,

« Jusqu’ici, on ne voulait voir et parler que de la face positive du tourisme: les gens qui s’épanouissent en voyageant, la création d’emplois dans les régions visitées… Mais on ne peut pas occulter son autre face. Le tourisme est un prédateur. Il érode, et à terme peut mettre en péril et détruire ce qu’il fait vivre »

avertit ce spécialiste de l’histoire des loisirs et du tourisme, invité lundi dans La Matinale de la RTS.

Source : “Le tourisme est un prédateur, il détruit ce qu’il fait vivre » | Laurent Tissot RTS

Crédit photo : Lucerne. Pixabay License. Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise