L’appel à contributions pour le treizième numéro de la revue Didactica Historica est ouvert jusqu’au 16 mars 2026. Le dossier «histoire» de ce treizième numéro de la revue abordera le thème de la magie, de la manière dont elle a été perçue et de ses déclinaisons à travers l’histoire.

La présentation de la thématique du numéro par la revue
À première vue, la magie paraît associée à l’illusionnisme, à la superstition ou à la néo-spiritualité et servir principalement à divertir ou à vivre des expériences personnelles. Terme polysémique, lié aux mondes occultes, la magie revêt quelque chose de sacré et de transcendant. Elle est aussi explication, apaisement, catégorisation en matière de ce qui est inexplicable, de ce qui suscite l’émerveillement ou la peur. Ces qualités archaïques et ces pratiques protéiformes sont aujourd’hui encore répandues dans le monde entier.
Au cours de l’histoire, la magie a été à l’origine d’événements sinistres – songeons aux dizaines de milliers de personnes exécutées pour sorcellerie. Des philtres d’amour, potions de fertilités, incantations pour de bonnes récoltes, couramment utilisées dans le monde paysan, aux traités de magie savante rédigés pour des rois, en passant par la quête de la pierre philosophale, le spiritisme et les séances de désenvoûtement, la magie a touché l’ensemble du corps social.
La magie est l’art de produire, par des procédés mystérieux, des phénomènes qui échappent au cours ordinaire de la nature, qui sont inexplicables ou qui semblent l’être. La magie présuppose généralement la croyance en l’existence d’êtres, d’esprits ou de forces surnaturelles et la capacité de les invoquer par certains rituels afin d’influencer le monde matériel. Chaque culture possède ses propres définitions des catégories magiques, qui sont poreuses et mouvantes au fil du temps. Suscitant attrait, voire fascination, la magie est également teintée de connotations négatives, en particulier lorsqu’elle est liée aux pratiques religieuses d’autrui, perçues comme énigmatiques, menaçantes ou inférieures. À la fois science et technique, sa compréhension évolue au gré des doctrines et des normes en vigueur.
Omniprésente dans les civilisations anciennes et entourée de vertus médicinales, protectrices, cosmogoniques, mémorielles ou divinatoires, la magie renvoie à un savoir ésotérique. Alors qu’à la Renaissance, le concept de magie est développé comme une science occulte susceptible de mobiliser les forces secrètes de la nature, ses praticiens et praticiennes – mages, astrologues, devins et devineresses, sorciers et sorcières – sont progressivement mis au banc de la société.
L’avènement de la modernité en Occident, marqué par le développement des connaissances scientifiques sur les phénomènes naturels, a conduit au recul général des croyances dont la magie n’a pas été épargnée. À partir de la fin du XVIIe siècle, les pratiques magiques ont été de plus en plus souvent qualifiées de « charlatanisme », d’« imposture » ou de « vaine profession ». Bien que la magie ait été remise en question par l’institutionnalisation des savoirs, dépréciée comme relevant d’une « forme élémentaire de la vie religieuse » et d’une « mentalité prélogique », on lui reconnaît néanmoins un rôle structurant à même de donner du sens à l’existence de nombreuses communautés humaines. Ainsi, ce qui « fait magie » de notre point de vue peut tout aussi bien constituer le fondement de la culture d’autres sociétés et inversement – tensions qui se sont exprimées avec virulence en contexte colonial
Dès le XIXe siècle, le monde occidental semble partagé entre rejet, au nom du positivisme, et enchantement. Tandis que certain·es affirment que l’efficacité de la magie est invérifiable et donc caduque, d’autres, à l’instar des romantiques, la revendiquent comme l’autre nom de la poésie. Depuis l’Antiquité, la magie a par ailleurs permis de créer des phénomènes qui passent pour des prodiges – trucages, tours de passe-passe, illusions d’optique, « physique amusante des bateleurs », puis « prestidigitation ». Dans cette optique, le magicien ou la magicienne se mue en interprète de son propre rôle, recourant à des techniques rationnelles au service d’effets « miraculeux ». Cette dynamique a été renforcée par l’invention de la photographie, du cinématographe – dont les fantasmagories constituent autant de « tours de magie » et, plus avant, d’effets spéciaux –, puis par la révolution numérique. Dépassant souvent l’entendement, les nouvelles technologies donnent cours à la pensée magique, autant dans leurs secrets de fabrication que dans leurs applications. À l’heure du dérèglement climatique et des dystopies apocalyptiques, tout se passe comme si les avancées spectaculaires de la science couplées à leurs dérives prométhéennes avaient ravivé les forces incommensurables de la magie.
L’appel à contributions complet ainsi que les contributions possibles aux différentes rubriques de la revue : https://didhis.ch/wp-content/uploads/2026/01/DH-Appel-13.2027-F.pdf
Il est à noter que, pour ce dossier, Didactica Historica renouvelle sa collaboration avec le Festival Histoire et Cité. Le texte de cet appel reprend majoritairement celui du festival. Le programme du Festival sera lui en ligne à partir du 254 février 2026 (https://histoire-cite.ch/fhc2026_inscription/)

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