Le futur de l’éducation numérique | Mondes sociaux

 »Hacker c’est donc se rebeller, détourner les codes, être à la limite de la légalité… pour faire avancer la société (..) Parce qu’une action vaut mieux qu’une critique, j’ai créé HackEdu, avec une conviction : l’éducation ne peut-être disruptée que par ceux qui la font ». (Stéphanie Pfeiffer, créatrice de HackEdu)

Le recours à ce vocabulaire de la « disruption » (anglicisme, de « rupture ») directement issu de la Silicon Valley aurait été impensable dans le contexte éducatif français avant les années 2010. On le voit aujourd’hui fleurir, dans un réseau français des EdTech de plus en plus visible et soutenu par un ministre lui étant particulièrement favorable.

L’idée que le monde éducatif doive évoluer avec les technologies n’a en soi rien de nouveau (Cuban, 1986). La transformation numérique du monde éducatif est l’objet d’innombrables discours médiatiques et politiques, de programmes et de curricula d’enseignement, d’expérimentations et de pratiques pédagogiques. Tous s’inscrivent dans un contexte idéologique marqué par des représentations révolutionnaires : une révolution numérique serait en cours, l’école devrait donc en être partie prenante (Selwyn & Facer, 2013).

Pour le magazine Mondes sociaux,

«  Alors que les TICE ont historiquement constitué le paradigme structurant pour le monde éducatif français, son allant de soi est aujourd’hui contesté par le paradigme anglo-saxon. Les EdTech ont une ambition mondiale clairement hégémonique (…). De ce point de vue, les Humanités Numériques pourraient permettre à certains acteurs de trouver des ressources et des modalités curriculaires alternatives à la fois aux TICE et aux EdTech, qu’il s’agisse de logiques de production, de rapport aux savoirs ou encore de propriété intellectuelle.

Un beau programme, non ?

—A lire : Le futur de l’éducation au numérique – Mondes Sociaux

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Ouvrages cités :

  • Selwyn N., Facer, K., éd., 2013, The politics of education and technology : conflicts, controversies, and connections, New York : Palgrave Macmillan.
  • Cuban L.,1986, Teachers and machines: the classroom use of technology since 1920, New York : Teachers College Press.

Débat : Enseignement supérieur, replaçons la salle de cours au cœur de la cité !

Les infrastructures de l’Internet ont fourni un support à un rêve déjà ancien, celui de diffuser la connaissance au plus grand nombre. Mais l’ambition des sciences ouvertes ne se limite pas aux questions d’accès que de nouveaux moyens techniques et juridiques facilitent un peu plus chaque jour. Si elles visent à faire circuler les résultats de recherche de manière bien plus fluide, il s’agit aussi d’agir en amont, en rendant la recherche plus participative.

L’idée est de ne pas envisager les citoyens comme de simples sujets de recherche mais également comme des partenaires des chercheurs. D’ailleurs, les initiatives de science citoyenne se propagent rapidement à travers le monde, que cela soit pour collecter des données ou pour les analyser, parfois à travers des dispositifs ludiques.

Ce mouvement invite à s’interroger sur la bipartition entre l’enseignement et la recherche. Les étudiants n’ont-ils pas aussi un rôle à jouer dans la construction de « communs » pédagogiques ? Dans le prolongement des sciences ouvertes et citoyennes se dessinerait aussi une « éducation ouverte ».

C’est l’une des hypothèses centrales de la note Vers une éducation ouverte : Faire, réflexivité et culture pour une éducation-recherche, qui vient d’être publiée par le think tank Research Group Collaborative Spaces (RGCS), à partir de huit expériences innovantes menées dans l’enseignement supérieur, dans des contextes assez différents – universités, écoles de management, écoles d’ingénieurs.

Des questions également à se poser pour les institutions de formation tertiaire telle que la HEP Vaud.

Lire la suite : Débat : Enseignement supérieur, replaçons la salle de cours au cœur de la cité ! – The Conversation

Crédit photo : Par une journée pluvieuse, des milliers de personnes défilent sur Washington DC pour se battre pour le financement de la science et l’analyse scientifique en politique. Photo de Vlad Tchompalov sur Unsplash.

«Technopoly. Comment la technologie détruit la culture» de Neil Postman enfin traduit en français

L’un des ouvrages majeurs du théoricien ­américain des médias Neil ­Postman (1931-2003) paraît aujourd’hui en français : il reste d’une actualité frappante.

Quand le théoricien ­américain des médias Neil ­Postman (1931-2003) publia Technopoly aux Etats-Unis, en 1992, Internet n’en était qu’à ses débuts. Seul le nom d’Arpanet, ancêtre du réseau des réseaux, apparaît d’ailleurs dans le livre.

Son propos n’en reste pas moins pertinent à l’heure où l’intelligence artificielle occupe tous les esprits et apparaît comme le dernier avatar ou une nouvelle étape de l’ère de la Technopoly caractérisée par la « soumission de toute forme de culture à la souveraineté des machines et de la technique ».

Postman remet lui une forme d’humanisme au cœur de la pensée de la technique.

Pour Postman, l’histoire des techniques est celle des relations entre technique et culture. Il identifie trois grandes périodes de cette histoire. Avant le temps de la technopoly, il y a eu

  • les « civilisations de l’outil », où les techniques étaient soumises à un ordre religieux et moral traditionnel;
  • puis vint, en Occident, le temps de la « technocratie » (Francis Bacon, Galilée), où la rationalité techno-scientifique entre en conflit ouvert avec l’idéologie religieuse.

Ce n’est qu’au XXe siècle, avec l’avènement de l’organisation scientifique du travail, la domination du scientisme bureaucratique et la naissance de l’informatique, que la technique serait parvenue, dans la « technopoly », à subordonner à ses propres fins toute forme de pensée.

La présentation de l’ouvrage par l’éditeur (https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/technopoly):

« Nous sommes entrés dans l’ère de la Technopoly. Soit une société dans laquelle la culture est entièrement soumise aux impératifs technologiques. Tout doit y être mesuré, évalué avec le plus haut degré de précision, converti sous forme de données quantifiables et objectives, pour permettre à des machines ou à des experts d’assurer, pour notre plus grand bonheur, la gestion de nos vies.

Bien que l’information n’ait jamais été aussi facile d’accès et présente en telle quantité, nous sommes désemparés, incapables d’appréhender un monde devenu d’une grande complexité. D’autant que les institutions sociales (l’école, la famille, les organisations politiques…) et les valeurs au fondement de la culture humaniste – qui structuraient jusqu’alors nos existences tout en favorisant le développement de notre autonomie et de notre faculté de jugement – ont rendu les armes face au monopole de la technique.

Les réflexions développées dans ce livre retentissant de Neil Postman, publié pour la première fois aux États-Unis en 1992, n’ont rien perdu de leur actualité. Bien au contraire, elles révèlent avec une rare lucidité les fondements des mutations profondes qui n’ont fait que s’accélérer depuis. En remontant aux origines de la science moderne et de l’idéologie du progrès, l’auteur dresse un constat sans appel : la soumission de la culture à la technique menace à terme de détruire les sources vitales de notre humanité. »

Référence : « Technopoly. Comment la technologie détruit la culture », de Neil Postman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par le collectif Technologos, L’Echappée, 224 p., 18 €.

Source : « Technopoly » : Neil Postman, rebelle à l’idéologie technophile

« Il n’y a pas une histoire d’Internet, mais des généalogies, de réseaux, de communautés… »

L’histoire de la naissance d’Internet serait une fabuleuse aventure scientifique menée en Californie, dans les laboratoires de recherche de la Défense américaine et ceux des universités californiennes ; une révolution technique rendue possible par des visionnaires, comme Vinton Cerf ou Bob Kahn , ou encore, plus tard et en Suisse, Tim Berners-Lee .

Pourtant, à l’ombre de ce mythe fondateur, d’autres histoires existent, écrites dans d’autres pays, par d’autres communautés, avec d’autres généalogies. Elles sont précieuses : en approfondissant et complexifiant les récits dominants sur Internet, elles permettent d’imaginer pour le réseau d’autres avenirs.

Le « Digital Society Forum » d’Orange lance en en cette rentrée un cycle sur les histoires et les généalogies méconnues d’Internet. Pour l’inaugurer, ils ont rencontré l’historienne Valérie Schafer, spécialiste de l’histoire des réseaux français, aujourd’hui professeure à l’université du Luxembourg.

Extrait de ce passionnant entretien que je vous incite instamment à lire en entier.

« Quand nous avons travaillé avec Benjamin Thierry sur l’histoire du Minitel, nous nous sommes attachés à montrer autant les continuités que les ruptures. Car, même s’il est indéniable qu’il y a eu des ruptures, il est frappant de constater combien, sur 30 ans d’histoire des cultures numériques, on retrouve de débats et continuités. La question de la neutralité du Net, le fait que l’opérateur puisse ou non « regarder » ce qu’il y a dans les tuyaux, se pose déjà au moment du Minitel. Le mouvement « Free The Nipple » soulève des questions qui sont posées vingt ans plus tôt, quand au milieu des années 1990 en Bavière un newsgroup sur le cancer du sein est supprimé au milieu d’une centaine d’autres dans le cadre de la lutte contre la pornographie. La question de l’intercession des intermédiaires, des hébergeurs, en cas de propos racistes, de pédopornographie, de terrorisme, se pose déjà au milieu des années 1990. Les fake news existent depuis les débuts du Web, et même historiquement avant dans l’histoire des médias. On observe des tendances récurrentes, qui existent avec plus ou moins de force selon les époques. »

Lire la suite : ”Il n’y a pas une histoire d’Internet, mais des généalogies, de réseaux, de communautés…„

Crédit photo : l’historienne Valérie Schafer

« Le tourisme est un prédateur, il détruit ce qu’il fait vivre »

Alors que le tourisme de masse pèse de plus en plus sur les villes européennes, Lucerne tente de réguler le nombre de ses visiteurs. Pour le professeur Laurent Tissot, toutefois, les côtés sombres du tourisme ont toujours été indissociables de ses côtés positifs.

Pour Laurent Tissot, professeur émérite en histoire contemporaine à l’Université de Neuchâtel,

« Jusqu’ici, on ne voulait voir et parler que de la face positive du tourisme: les gens qui s’épanouissent en voyageant, la création d’emplois dans les régions visitées… Mais on ne peut pas occulter son autre face. Le tourisme est un prédateur. Il érode, et à terme peut mettre en péril et détruire ce qu’il fait vivre »

avertit ce spécialiste de l’histoire des loisirs et du tourisme, invité lundi dans La Matinale de la RTS.

Source : “Le tourisme est un prédateur, il détruit ce qu’il fait vivre » | Laurent Tissot RTS

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Ludovia16 : Les mondes virtuels dans la médiation numérique au collège : quelle participation à la reconstruction de professionnalités dans une institution en crise ?

Martine Gadille présentera « Les mondes virtuels dans la médiation numérique au collège : quelle participation à la reconstruction de professionnalités dans une institution en crise ? » le jeudi 22 août.

RÉSUMÉ DE LA COMMUNICATION

Cette communication traite de la rencontre entre le monde éducatif et la technologie du jeu vidéo multijoueur en ligne sur PC ou tablettes, dans un contexte politique d’incitation à l’adoption de technologies numériques et d’autonomisation des établissements. L’objectif est d’étudier la façon dont se manifestent des représentations avec et par le numérique à partir d’une expérimentation d’un monde virtuel éducatif (3D) en collège, pour déconstruire des représentations monolithiques sur le numérique. En sociologie des usages selon une approche qui se veut critique, certains auteurs, analysent des représentations sociales qui seraient conciliantes vis-à-vis de l’utilisation du jeu vidéo en ligne à la maison ou à l’école, et cherchent à en dévoiler les idéologies sous-jacentes, dont celles mercantiles portées par des marchés mondiaux (Trémel, 2018).

Cependant les mondes du jeu vidéo en ligne en particulier, sont complexes du point de vue économique, social et technologique. Ils sont aussi capables d’adaptations et transferts, comme le suggère l’usage de serious game, pour un apprentissage immersif en formation ou éducation (Amato, 2011 ; Bonfils 2012). À l’instar d’autres auteurs, il apparaît alors approprié de s’intéresser à ces mondes en prenant au sérieux ce qui fait sens du point de vue des usagers et/ou prescripteurs, en relation avec leur vécu, en contexte familial, scolaire ou professionnel, urbain ou rural. Nous nous intéressons en particulier à la technologie des jeux vidéo en ligne avec laquelle nous retrouverions toutes les fonctions de subjectivation des objets traditionnels qui jouent le même rôle que les représentations qui sont à leur origine (Tisseron, 2017). Outre des fonctions transitionnelle et fétiche, elle porterait en elle une fonction de contenance et de transformation de notre corps, de notre esprit et de nos émotions tout autant qu’une capacité à être transformé par ceux-ci (Tisseron, 2017). La médiation numérique avec ce type de technologie autoriserait sous certaines conditions thérapeutiques, une véritable subjectivation, par un travail du double virtuel (avatar) (Tordo, 2017). Une telle orientation de la recherche, ouvre la voie à l’observation et l’accompagnement d’expérimentations inédites, en particulier dans le champ éducatif. Des équipes pédagogiques dans leur exploration de nouvelles façons d’enseigner, tentent de s’approprier la technologie de la réalité virtuelle immersive et créer des scénarios où les joueurs/usagers sont représentés dans le monde virtuel par un avatar en capacité de créer, manipuler des objets 3D et communiquer via internet avec d’autres avatars représentant d’autres usagers. Cette technologie se distingue du serious game dont les métarègles sont prédéfinies, mettent en jeu souvent des individus seuls dans leur apprentissage, et dont la conception de scénarios est en général sous-traitée à une société à partir de la prescription de contenus didactiques. À partir de la collecte de données sur les pratiques (vidéos « in world », observations in situ) et sur les représentations (entretiens, réunions) inhérentes aux usages d’un monde virtuel éducatif dans un collège, nous montrons les effets performatifs de la technologie avatariale en ligne sur l’engagement des élèves lorsqu’elle est utilisée dans le cadre de certaines représentations individuelles et collectives des enseignants qu’elle contribue à transformer.

Bibliographie
– Amato, E., 2011. « Les utilités du jeu vidéo sérieux : finalités, discours et mises en corrélation », Canadian Journal of Learning and Technology/La revue canadienne de l’apprentissage et de la technologie, vol. 37, n° 2.
– Bonfils, P., 2012. « Environnements immersifs : spectacle, avatars et corps virtuel, entre addiction et dialectique sociales », Hermès, La Revue /1 (n° 62), p. 53-58.
– Tisseron, S., 2017. Pour comprendre les objets numériques en médiation thérapeutique, rendons d’abord aux objets leur place dans nos vies, in L’enfant, les robots et les écrans. Nouvelles médiations thérapeutiques, coord. S. Tisseron, F. Tordo, Dunod, Paris, pp. 3-30
– Tordo F., 2017. Médiations numériques et pathologies limites en psychothérapie analytique, in L’enfant, les robots et les écrans. Nouvelles médiations thérapeutiques, coord. S. Tisseron, F. Tordo, Dunod, Paris, pp. 31-60.
– Trémel, T., 2018. Les jeux vidéo : interrogations sur les contenus des jeux et les travaux de recherche s’y rapportant, Communication au Colloque Runed18, 21-23 mars, Usages du numérique en éducation et regards critiques, ENS, site Descartes, Lyon.

Plus d’info sur : Martine Gadille
Retrouvez tous les articles sur Ludovia#16 et toutes les présentations d’ateliers sur notre page www.ludovia.com/tag/ludovia-2019

Source : Ludomag

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Lecture de l’été : L’éducation n’est pas un domaine où les espoirs et les rêves sont médiocres.

Histoire de profiter de ce temps pour réfléchir avant l’action, l’été est un temps permettant de prendre le temps de lire.

Voici la lecture stimulante d’un billet de blogue de Sean Michael Morris, enseignant et pédagogue, qui base ses travaux sur ceux de Paulo Freire.

Extrait :
« The web has grown education, and in response, we’ve found ways to automate it more and more, to replicate it more effectively, to distribute it more efficiently. But the challenges of education have never been meant to be how to do it faster, bigger, better. Because while institutions may be large, learning is always small.

And so, along with my colleague Jesse Stommel, I work now to proliferatea critical digital pedagogy. This is less a response to the exacting expansion of learning out from schools and into corporations, but more a return to revolutionary ideas found in educational philosophers like John Dewey, Paulo Freire, bell hooks, Maxine Greene, and Henry Giroux. Ideas that center not just the individual, but the project of humanization. And out of critical digital pedagogy has grown a critical instructional design, which aims at realizing the possibility for learning in digital spaces that supports student agency through a practice of inquiry, empathy, and emergence.»

Traduction :

« Le Web a développé l’éducation, et en réponse, nous avons trouvé des moyens de l’automatiser de plus en plus, de la reproduire plus efficacement, de la distribuer plus efficacement. Mais les défis de l’éducation n’ont jamais été censés être comment le faire plus vite, plus grand, mieux. Parce que même si les institutions sont grandes, l’apprentissage est toujours petit.

C’est pourquoi, avec mon collègue Jesse Stommel, je travaille maintenant à la prolifération d’une pédagogie numérique critique. Il s’agit moins d’une réponse à l’expansion exigeante de l’apprentissage dans les écoles et les entreprises, mais plutôt d’un retour aux idées révolutionnaires que l’on retrouve chez les philosophes de l’éducation comme John Dewey, Paulo Freire, Bell Hooks, Maxine Greene, et Henry Giroux. Des idées qui ne centrent pas seulement l’individu, mais le projet d’humanisation. De la pédagogie numérique critique est née une conception pédagogique critique, qui vise à réaliser la possibilité d’apprendre dans des espaces numériques qui soutiennent l’action étudiante par une pratique d’enquête, d’empathie et d’émergence. »

A retenir et prolonger : il est question ici d’émancipation et d’empowerment des élèves/étudiant.e.s dans le cadre d’une pédagogie numérique critique qui réactualise/adapte la pensée de philosophes de l’éducation telle que John Dewey ou Paolo Freire. La pratique de l’enquête (Dewey) y occupe une place importante.

L’article à lire : Education is not a field for mediocre hopes and mediocre dreams

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Tenir la classe ou faire apprendre les élèves ?


A méditer :

« En situation de grande insécurité, les élèves peuvent faire pression pour rester dans les régimes les moins exigeants de ces registres. Ils apprécieront donc des enseignants qui se contentent de dérouler un cours sans surprise en garantissant, par une discipline rigoureuse, une paix qui permet d’être et de demeurer dans la forme scolaire. Si, au contraire, ils estiment que les enseignants sont supérieurs par le savoir, mais proches par le respect qu’ils leur portent, ils acceptent alors d’entrer dans des apprentissages qui exigent davantage d’eux et les émancipent. »

A lire : Claude, M. S. et Rayou, P. (2018). Tenir la classe ou faire apprendre les élèves ? Des perspectives de collégiens sur l’action conjointe des enseignants et des élèves. In Education & Didactique, 3, vol. 12, p. 125-142. Lien : https://www.cairn.info/revue-education-et-didactique-2018-3-page-125.htm

Source : Tenir la classe ou faire apprendre les élèves ? 

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La grande rétrospective de Dora Maar au Centre Pompidou

Du 5 juin au 29 juillet, la plus grande rétrospective jamais consacrée à Dora Maar est exposée au Centre Pompidou à Paris. Ce doit être aussi une opportunité pour développer à l’école une histoire non genrée de l’art dans l’histoire.

Du 5 juin au 29 juillet, le Centre Pompidou accueille la plus grande rétrospective jamais consacrée en France à Dora Maar, photographe surréaliste emblématique du XXe siècle. Née Henriette Theodora Markovic, le 22 novembre 1907 à Tours, elle étudia à l’Académie Julian à Paris. C’est ici qu’elle fit la rencontre des artistes du mouvements surréaliste et en épousa l’esthétique.

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Le succès de Dora Maar fut posthume, l’époque ne laissant pas la place aux femmes de s’exprimer artistiquement et sa relation avec Picasso l’ayant menée à quitter la photographie. Une relation complexe et controversée dont elle sortit détruite.

Après sa mort en 1997, ses travaux ont été redécouverts et exposés dans plusieurs lieux, sans pour autant qu’une rétrospective de grande ampleur lui soit consacrée.

Cette exposition ne fait que de lui rendre justice, à elle ainsi qu’à toutes les artistes largement et injustement minorées toutes époques confondues. Un important travail reste à faire pour que nos enseignements intègrent les questions de genre, y compris dans les aspects culturels. Ainsi, les commémorations des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci devraient également être l’occasion de mettre en évidence le statut des femmes artistes de la Renaissance et de mettre en situation leurs réalisations.

Source et informations : La grande rétrospective de Dora Maar au Centre Pompidou | Lense. Crédit photo : @Dora Maar.

Les Neuf Preux, Avengers médiévaux

Hier est sorti le dernier volet de la série « Avengers » (qui s’annonce déjà, quelle surprise, comme un énorme succès). Le principe des Avengers est de réunir dans un même film (ou un même comic, à la base) des héros venus d’univers narratifs différents, comme le fait DC avec la Ligue de Justice ou Suicide Squad ou comme l’avait fait Alan Moore avec la Ligue des gentlemen extraordinaires. Or ces équipes super-héroïques n’ont rien de nouveau. La preuve au XIVe siècle !

-Lire la suite : Les Neuf Preux, Avengers médiévaux – Actuel Moyen Âge

Source et légende image d’en-tête : Penthésilée représentée comme l’une des Neuf Preuses, Petit armorial équestre de la Toison d’or, BnF ms Clairambault 1312 fol. 248

Game of Thrones. Médiévistes, philosophes, climatologues… pourquoi les universitaires se sont-ils largement emparés de la série ?

A l’aube de la 8e et dernière saison de la série, Libération fait le point sur l’intérêt suscité par la série Game of Thrones, objet culturel de masse et aux différents niveaux de lecture, dans les milieux universitaires. Plus particulièrement concernant l’histoire c’est le podcast no 49 de Paroles d’histoire qui s’intéresse à la question. Dans The Conversation, c’est , Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine, qui s’y colle.

Ainsi Game of Thrones apparaît dans plus de 15 000 travaux académiques, si on en croit Google Scholar, qui répertorie (de manière certes imparfaite) les articles scientifiques, les livres ou les thèses. Rien qu’en France, selon le site Theses.fr, la série serait citée dans 64 travaux. Vu la profusion du monde de Game of Thrones, il y en a pour tout le monde. En octobre, c’était les fameux Rendez-vous de l’histoire de Blois qui consacraient une table ronde à la série créée en 2011 par HBO.

-À lire : Libération

De son côté, André Loez a invité Aurélie Paci, doctorante à l’université Paris-I en histoire de la Mésopotamie antique, vice-présidente de l’association « La garde de nuit », en lui demandant pour quelles raisons il était sérieux de s’intéresse à Game of Thrones en histoire.

Le podcast no 49 : https://content.blubrry.com/parolesdhistoire/paci_thrones.mp3

Une très interessante bibliographie est également fournie :
– site de l’association La Garde de Nuit
– l’indispensable podcast Binge Mode
– Carolyne Larrington, Winter is coming : Les racines médiévales de Game of Thrones, Paris, Passés/composés, 2019
– Besson A., « Le Trône de fer, les routes sans fin d’un univers en expansion », Fabula / Les colloques, Voyages imaginaires et récits des autres mondes (XIXe-XXIe siècles), (disponible sur internet : )
– Besson A. (ed.), Dictionnaire de la fantasy, Vendémiaire, 2018.
– Besson F., Kikuchi C., Troadec C., « Les Moyen Âge de Game of Thrones », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 28, 2014, p. 479-507.
– Blanc W., « Game of Thrones. Au-delà du réel. » dans Mathieu Potte-Bonneville (dir.) Game of Thrones, série noire, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2015, p. 57-71.
– Breton J., « Game of Thrones comme réécriture ponctuelle de The Sword in the Stone : enjeux et limites d’une intertextualité latente », 2015.
– Rolet S., « L’Antiquité dans Game of Thrones (HBO, 2011-) : une présence polysémique », dans F. Bièvre-Perrin et É. Pampanay (eds.), Antiquipop La référence à l’Antiquité dans la culture populaire contemporaine, volume Hors-Série, 2018 (publication des actes du colloque 26-28 mai 2016).

La page de l’épisode : https://parolesdhistoire.fr/index.php/2019/04/13/49-game-of-thrones-et-lhistoire-avec-aurelie-paci/

Dans The Conversation, Christian-Georges Schwentzel, Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine, s’interroge : Pourquoi historiennes et historiens s’intéressent-ils à « Game of Thrones » ?

Pour lui, en premier lieu, si la série ne dit rien du Moyen Âge ni de l’Antiquité à proprement parler, elle nous révèle, en tout premier lieu, que les fantasmes humains n’ont guère changé depuis des siècles, voire des millénaires. Il y ajoute des thèmes en lien étroit avec les défis d’aujourd’hui :

« On y trouve des métaphores du dérèglement climatique et de la crise des migrants. Le long hiver menaçant l’humanité fait directement écho à des craintes liées aux changements du monde dans lequel nous vivons et à la peur de l’Autre. »

L’autre intérêt, pour Schwentzel, réside dans l’activité pédagogique et ludique consistant à chercher les ressemblances entre les personnages de George R.R. Martin et des figures historiques bien réelles. C’est aussi un prétexte pour abordrer certaines thématiques historiques :

« Game of Thrones est susceptible de servir de prétexte à l’étude de nombreux thèmes historiques. Missandei est une porte d’entrée qui permet d’aborder l’esclavage et l’affranchissement dans l’Antiquité. On pourra la comparer à la femme de Spartacus qui joua un rôle de conseillère auprès du célèbre chef des esclaves en révolte contre Rome, en 73-71 av. J.-C.
Les Fer-nés peuvent introduire un cours sur les Vikings ; d’autant plus que l’analyse, en 2017, d’un squelette retrouvé dans une nécropole à Birka, en Suède, vient de prouver que des femmes cheffes ont parfois commandé les peuples du Nord, il y a environ mille ans. A la lumière de cette découverte, Asha (ou Yara dans la série) Greyjoy en devient encore plus crédible. »

L’article : Pourquoi historiennes et historiens s’intéressent-ils à « Game of Thrones » ?

Ludovia#CH 2019 : Lyonel Kaufmann (HEP Vaud) – Jouer et apprendre l’histoire avec les jeux vidéos ?

Mardi 16 avril à 9h00, j’aurai le plaisir et le redoutable honneur d’ouvrir les feux de l’événement associé « Enseigner l’histoire à l’ère des Humanités digitales », mis sur pied en collaboration avec le Groupe d’étude de la Didactique de l’Histoire de la Suisse romande et italienne (GDH) et réalisé dans le cadre de la deuxième édition de Ludovia#CH à Yverdon-les-Bains. Petit teasing relativement à mon intervention.

Le plan de mon intervention :

  1. Introduction / Préambule
  2. Typologies des usages en classe d’histoire des jeux vidéo
  3. Quelques éléments sur des résultats de recherches concernant l’utilisation des jeux vidéos en classe (d’histoire)
  4. Questions / Discussion

Pour consulter le programme de Ludovia#CH : https://ludovia.ch/programme-general/

Crédit photo en-tête : Photo par Alexey Savchenko sur Unsplash

Cartographie numérique: Les nouvelles façons de « faire mentir les cartes » à l’ère numérique

La réédition de l’ouvrage de Mark Monmonier est l’occasion pour le blog Cartographie(s) numérique(s) de s’interroger sur les façons, anciennes ou nouvelles, de « faire mentir les cartes » comme nous invite à le faire le titre de son célèbre ouvrage. L’article est complété par une très précieuse bibliographie. Extrait.

« L’apport principal de Monmonier et Harley1 est de nous avoir montré qu’il fallait apprendre à se défaire du réalisme apparent de la carte, à prendre conscience des formes de pouvoir et de domination qu’elle peut exercer. S’il n’y a point d’objectivité de la carte, ce n’est pas pour autant qu’elle n’obéit pas à certaines règles. Mark Monmonier distinguait, parmi les formes de « mensonges », ceux liés aux choix sémiologiques et ceux correspondant davantage à la volonté de manipuler ou de convaincre. Parmi ces éléments, figurait notamment le choix :

– de la projection cartographique

– de l’échelle de représentation

– de la taille, de la forme ou de la couleur des figurés

– du message que le cartographe souhaite délivrer…

Maarten Lambrechts (@maartenzam), data journaliste et consultant en visualisation, s’est appuyé sur l’approche critique de Monmonier pour analyser les cartes que l’on peut trouver aujourd’hui sur Internet. Son constat est intéressant : ces cartes numériques « mentent » pour les mêmes raisons, mais aussi pour de nouvelles raisons non forcément mises en avant dans la première édition de l’ouvrage de Monmonier (d’où les compléments ajoutés dans la réédition de 2018 qui concernent les cartes numériques, les images satellitaires et la cartographie en ligne).

Maarten Lambrechts, The essential lies in news maps, 8 February 2019

https://datajournalism.com/read/longreads/the-essential-lies-in-news-maps »

-À lire : Cartographie numérique: Les nouvelles façons de « faire mentir les cartes » à l’ère numérique | Cartographie(s) numérique(s)

  1. Harley, J. B. (2002). The New Nature of Maps : Essays in the History of Cartography. The Johns Hopkings University Press, Baltimore and London.

Quelles sont les habitudes de lecture de la Génération Y ?

Les Millennials — communément appelés la Génération Y — sont-ils vraiment tous accros à leur portable ? Savent-ils encore lire ? Sont-ils le symbole d’une décadence culturelle ? Toutes ces questions, certes très exagérées, ont été le principal moteur d’une enquête de la société australienne The Expert Editor. Elle a décidé d’interroger les personnes nées entre 1980 et 1999 sur leurs habitudes de lecture, afin de vérifier la légitimité des préjugés qui pèsent sur leurs épaules.

photo d'illustration : StockSnap - Pixabay License

photo d’illustration : StockSnap – Pixabay License

Le 23 mars 2019, une infographie avait fait son apparition sur le site The Expert Editor, intitulée « Les habitudes de lecture surprenantes des Millenials ». Visiblement, au grand étonnement des membres de la génération X du site, leurs successeurs savent encore lire et tenir un bouquin.

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-Lire la suite : Quelles sont les habitudes de lecture de la Génération Y ?

Les historiens face au révisionnisme polonais | La Vie des idées

Le 22 février dernier à Paris, les participants d’une rencontre sur la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah ont vu des nationalistes polonais faire irruption sur place et scandale sur le net. Dans La Vie des idees Judith Lyon-Caen, co-organisatrice du colloque, revient sur cet événement.

L’amphithéâtre de l’EHESS a accueilli les 21 et 22 février 2019 un colloque consacré à la « nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah », qui avait pour objectif de faire connaître une série de travaux récents, menés par des chercheurs polonais, sur la Shoah et son après-coup en Pologne. Il s’agissait notamment de l’ouvrage Dalej jest noc – C’est encore la nuit –, une vaste enquête collective publiée par le Centre de recherches sur l’extermination des Juifs de l’Académie polonaise des sciences, qui aborde les conditions de survie et de mort des Juifs à l’échelle locale ; et de l’étude sociale détaillée que l’anthropologue Joanna Tokarska-Bakir vient de consacrer au pogrom de Kielce (1946), le plus grand massacre de Juifs dans la Pologne de l’après-guerre.

Le colloque a fait événement, mais non d’abord en tant que rassemblement scientifique. Il a fait événement parce qu’il a été attaqué, avant même d’avoir lieu, comme un scandale « anti-polonais » par différents groupes plus ou moins proches du gouvernement polonais actuel, issu du parti « Droit et Justice » ; les organisateurs ont reçu des mails, des coups de fil dénonçant un colloque « mensonger » et exigeant son annulation ; dès le lendemain, 23 février, « la conférence de Paris » a fait l’objet d’un traitement indigné au journal du soir de la télévision publique polonaise, avant d’occuper les titres de la presse d’extrême droite polonaise pendant plusieurs semaines. L’événement scandaleux se trouve ici produit et instrumentalisé dans un contexte pré-électoral – les élections doivent se tenir en octobre –, où les médias de droite et d’extrême droite battent le tam-tam patriotique (mais aussi moral : la campagne contre les « LGBT+ » fait rage). Ces médias dénoncent avec véhémence ces chercheurs polonais, employés dans des institutions publiques comme l’Académie des sciences, dont le travail viendrait ternir le récit national, et font planer sur ces chercheurs une menace directe : leurs visages apparaissent en une des hebdomadaires les plus radicaux comme des visages de criminels ; on réclame du gouvernement qu’il revoie la politique de financement de leurs instituts de recherche.

Du point de vue des participants – invités, organisateurs, public –, ce colloque a également fait événement, un événement d’une nature différente : celui de la présence, dans une enceinte habituellement réservée au débat scientifique, d’un groupe de « patriotes » polonais déterminés à troubler les débats. De ce fait, les chercheurs réunis à l’EHESS ont fait une expérience inhabituelle : certains de leurs objets de recherche, ou de leurs avatars, se trouvaient dans la salle, sous la figure de ces « patriotes » polonais. Groupés autour du père Stanislaw Jez (ancien recteur de la Mission polonaise catholique en France) et pour beaucoup liés aux clubs créés à l’étranger par le journal de droite Gazeta Polska, ces individus – une trentaine – sont venus « défendre » la « réputation de la nation polonaise » en perturbant les exposés par des gestes et des cris, en invectivant les intervenants, transformant progressivement l’amphithéâtre de l’EHESS en arène hystérique. L’événement, ici, est lié à l’intrusion, à l’expression d’une violence verbale et gestuelle inhabituelle, mais aussi, à la collision entre deux conceptions de ce que doit être l’histoire, comme récit et comme savoir. En s’invitant, pour le dénoncer en son lieu même, dans un colloque ouvert au public – comme il convient pour un événement universitaire de cette nature – ces « patriotes » transforment de fait la rencontre scientifique en affrontement et en « scandale », un scandale qui n’est pas le même pour les uns et pour les autres et qu’il convient de regarder de près si l’on veut comprendre ce qu’il en est, aujourd’hui, des enjeux de la recherche historique et des politiques dites mémorielles dans certains pays de l’Est de l’Europe.

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Crédit photo : Lodz Radegast Station. Wikimedia Commons