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Histoire Lyonel Kaufmann

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Publications

Publication : Prendre les nazis au sérieux

7 février 2015 by Lyonel Kaufmann

La loi du sang: Penser et agir en nazi de Johann Chapoutot

Face à l’horreur des crimes du IIIe Reich, un réflexe a dominé pendant de longues années dans le sens commun comme dans une partie de la littérature scientifique: rejeter le national-socialisme vers la déviance, la perversion ou l’irrationalité. Cela passait, pour les hiérarques du régime, par une peinture grotesque de leurs tares, une psychologisation tendancielle, qui se retrouve sous une forme populaire et réussie chez un Robert Merle ou un Dino Buzzati (dans la nouvelle Pauvre petit garçon!), mais qui contribue à dépolitiser les parcours de ces hommes. Du point de vue de la pensée nazie, l’anathème est restée presque entière: «pensée nazie» reste, encore aujourd’hui, un oxymore. Or, sans chercher le moins du monde à normaliser le nazisme, ce rejet dans la déviance n’aide pas à comprendre ce phénomène qui a conduit à la mort de millions de personnes. Les nationaux-socialistes, quand ils commirent leurs crimes, utilisaient un répertoire théorique censé justifier leurs actes, toute une série de «discours normatifs». Il est confortable de se dire que le IIIe Reich était une barbarie pure; il est plus intéressant, quoique moins rassurant, de comprendre qu’il existait une véritable «conception du monde» nazie, qui justifiait et assumait le crime. C’est à disséquer cette «conception du monde» que s’est employé l’historien Johann … Lire la suite


Je note :

«Le parti-pris méthodologique de l’ouvrage peut surprendre. En effet, il s’agit d’une plongée totale dans le logos nazi. Il y a d’abord peu de références à l’historiographie: l’ouvrage est tourné vers les sources, leur exposition, leur mise en cohérence, voire en système. Les citations sont, de ce fait, très nombreuses, et donnent au public français un accès bienvenu à des textes qui sortent des sentiers souvent bien rebattus des auteurs les plus cités – Hitler le premier. Plus surprenant, une bonne partie de l’ouvrage est écrit au discours indirect libre. La visée est claire: proposer une compréhension immersive de la normativité nazie. On retrouve cette démarche dans le sous-titre même du livre: «Penser et agir en nazi».»

via Slate.fr : http://ift.tt/1CBdveE

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Publications

Parution : La Suisse face à l’espionnage, 1914-1918

8 janvier 2015 by Lyonel Kaufmann

Christophe Vuilleumier: La Suisse face à l’espionnage, 1914-1918, Genève 2014. Publiée aux Éditions Slatkine.

Présentation du livre par l’éditeur
La Première Guerre mondiale ne se déroula pas uniquement sur les champs de bataille. Elle se développa, de manière insidieuse, dans les pays neutres, sous des formes moins sanglantes mais tout autant efficaces. La Suisse, à proximité immédiate des pays en guerre, parfois à quelques centaines de mètres des affrontements, allait être un terrain particulièrement propice pour l’espionnage. Allemands, Français, Anglais, Autrichiens, Turcs, tous développèrent des réseaux de renseignements sur le territoire helvétique, organisant à certaines occasions des opérations militaires entre Zurich et Genève.

Industriels suisses impliqués dans l’économie de guerre, tel Jules Bloch dont le train cheminait sans cesse de Bienne à Genève, chargé de fusées d’obus, Nachrichtenoffizier, comme Hans Shreck, chef du contre-espionnage allemand qui allait être arrêté par la police fédérale avant d’être exfiltré de la clinique dans laquelle il était interné, ou simples agents recrutés parmi la population locale, les espions allaient devenir une hantise dont les Suisses conservent un vague souvenir sans pourtant se rappeler les événements qui défrayèrent les chroniques cinq années durant.

Christophe Vuilleumier est un historien suisse. Indépendant, il publie ses travaux en Suisse et à l’étranger. On lui doit plusieurs contributions sur l’histoire helvétique du XVIIe siècle et du XXe siècle, dont certaines sont devenues des références. Docteur ès Lettres, il est président de la Société d’histoire de la Suisse romande et membre de plusieurs comités de sociétés savantes.

Commander le livre sur le site de l’éditeur : http://www.slatkine.com/fr/editions-slatkine/69044-book-07210646-9782832106464.html

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Publications

Controverse sur les causes de la Grande Guerre | Historiens et Géographes

25 décembre 2014 by Lyonel Kaufmann

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L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) nous propose sur son site une analyse critique du livre de Christopher Clark (2014). Les Somnambules. Paris: Flammarion. Ce livre de l’historien australien qui enseigne à Londres a été réédité 11 fois en Allemagne en 6 mois. Ses conférences sont très suivies.

L’historien Gerd Krumeich, Professeur émérite à l’université de Düsseldorff, a accepté que la revue « Historiens et Géographes » de l’APHG publie dans sa version numérique son article critique qui est paru dans la revue pédagogique pour les enseignants allemands « Geschichte für heute » en mars 2014.

Gerd Krumeich a publié en 2013 un livre « Juli1914, Eine Bilanz » en réponse aux thèses de Clark qui atténue les responsabilités allemandes dans le conflit charge les Serbes, les Russes et les Français. En octobre 2014, son dernier ouvrage « Le feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ? » souligne au contraire les responsabilités allemandes dans le déclenchement du conflit.

La littérature sur les responsabilités de la Première Guerre mondiale a encore de belles années devant elles ! De remettre l’accent sur la responsabilité allemande ne peut qu’avoir les faveurs d’une revue française… même si dans le fond cela est un débat vain, relié principalement au Traité de Versailles, c’est-à-dire le traitement des vaincus par les vainqueurs.

Il est en outre réducteur de traiter l’ouvrage de Clarke sous le seul angle des responsabilités. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, il tente notamment de répondre en autant de chapitre à quatre questions : comment s’est produite la polarisation de l’Europe en deux blocs alliance entre 1897 et 1907? comment les gouvernements d’Etats européens élaboraient-ils leur politique étrangère (les voix multiples de la politique étrangère européennes) ? comment les Balkans en sont-ils venus à être le théâtre d’une crise d’une telle complexité (l’imbroglio des Balkans ) ? comment un système international qui semblait entrer dans une ère de détente a-t-il engendré une guerre mondiale (la détente et les dangers de la période 1912-1914) ?

L’article d’Historiens et Géographes : Controverse sur les causes de la Grande Guerre

Mon compte-rendu de l’ouvrage de Christopher Clarke : Compte-rendu : Les Somnambules de Christopher Clarke

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Publications Balisé avec :14-18, Historiographie

Ecriture 2.0 / connectée : retour d'expérience sur la rédaction d'un mémoire

12 décembre 2014 by Lyonel Kaufmann

A l’été, Johanna Daniel alias Peccadille rédigeait son mémoire de fin d’études intitulé « les outils d’annotation et l’édition de corpus textuels pour la recherche en SHS » . Son sujet s’y prêtant particulièrement, elle s’est essayée à des pratiques d’écriture connectée qui a suscité plusieurs échanges intéressants sur les réseaux sociaux.

Dans son dernier billet, elle revient en détail sur ses propres pratiques d’ « écriture connectée » et se pose quelques questions du type :

  • à quoi lui a servi Twitter ?
  • en quoi participer à un blog collectif « privé » puis tenir son propre carnet de recherche lui a-t-il été utile ?
  • quelles circulations entre « écriture papier » et « écriture numérique » ?
  • quels outils d’écriture / relecture collaborative a-t-elle mobilisé ? avec quels résultats ?

A lire : ECRITURE 2.0/CONNECTÉE : RETOUR SUR LA RÉDACTION D’UN MÉMOIRE

Classé sous :Nouvelles de l'histoire, Publications

Orlando Figes (2007). La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple

30 novembre 2014 by Lyonel Kaufmann

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Orlando Figes (2007). La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple. Paris : Denoël, 1107 pages.

Préface de Marc Ferro. ISBN : 978-2-207-25839-2

Finalement, j’ai mené au bout la lecture (de longue haleine) de cet ouvrage de plus de 1000 pages paru en français en 2007, plus de 10 ans après sa publication en anglais (1996), consacré à La Révolution russe par Orlando Figes, professeur d’histoire russe au Birbeck College de l’Université de Londres. Compte-rendu.

L’ouvrage de Figes est un ouvrage majeur, car c’est la première somme consacrée à la Révolution russe après la Chute du Mur et qui a bénéficié également de l’ouverture des archives soviétiques (1991-1994). L’auteur a notamment put bénéficié des Archives de Maxime Gorki.

En démarrant son histoire de la Révolution russe avec la famine de 1891 et en la clôturant avec la mort de Lénine en 1924, il la replace dans le long terme. Figes détaille le long processus de mutation et de maturation d’une société au bord de l’effondrement et redonne sa place au grand absent : le peuple russe lui-même. Il illustre également la Révolution au travers de destins individuels, représentants des différentes forces sociales en présence. Outre Lénine, Kerensky, Staline, Trotsky ou Nicolas II, on y croise ainsi l’écrivain Maxime Gorki, le paysan réformateur Sergueï Semenov, le soldat Dimitri Oskine, le prince Gueorgui Lvov et le général Alexeï Broussilov.
Globalement, Figes n’épargne personne que ce soit les bolcheviks, les Blancs, le Tsar, les mencheviks ou les Socialistes Révolutionnaires (SR). On perçoit néanmoins, même sous la critique, une certaine fascination pour le personnage de Lénine.

S’agit-il pour autant, comme l’indiquent certains commentateurs, de la première histoire sociale, non idéologique et post-soviétique de cet événement historique majeur du 20e siècle ? Dans sa conclusion, Figes (2007 : 993) s’interroge si l’issue aurait pu être différente et laisse percer une vision quelque peu libérale de l’histoire — qui n’entre pas en contradiction avec la marche «naturelle» de l’histoire que l’on retrouve chez Hegel ou Marx :

«L’issue aurait pu être différente. Dans les dernières décennies de l’ancien régime naissait une sphère publique qui, eût-elle disposé d’assez de temps et de liberté pour se développer, aurait pu transformer la Russie en société constitutionnelle moderne. Les institutions de cette société civile — organismes publics, presse, partis politiques — se développaient toutes à une vitesse considérable. Les concepts occidentaux de citoyenneté, de droit, de propriété privée commençaient à s’enraciner. Les paysans eux-mêmes n’étaient pas épargnés, ainsi que le montre l’histoire des efforts de réforme de Semenov dans son village d’Andreïvskoïe. Certes, la nouvelle culture politique était fragile et largement confinée aux minuscules classes libérales urbaines; et, comme l’ont montré les événements de 1905, le risque a toujours été qu’elle se laissât emporter par la violence sanglante de la «revanche des serfs». […]»

Pour Figes, la responsabilité première de cet échec et de cette tragédie incombe avant tout aux deux derniers tsars :

«Tout dépendait de la disposition du régime tsariste à introduire des réformes. Mais il y avait un hic. Les deux derniers tsars de la Russie étaient profondément hostiles à l’idée d’un ordre constitutionnel moderne. La Russie s’acheminant vers le XXe siècle, ils s’efforcèrent de la ramener aux XVIIe […]. A maintes reprises, le refus obstiné du régime tsariste de concéder des réformes transforma ce qui aurait dû être un problème politique en crise révolutionnaire» (Figes 2007 : 993).

Dans ce contexte, il en découla une jacquerie d’une incroyable violence que seuls les bolcheviks surent exploiter. Le succès des bolcheviks résida également dans leur maîtrise de la tradition messianique russe et des mécanismes étatiques repris de l’Etat tsariste, mais adaptés à la société russe du 20e siècle :

«En tant que forme de pouvoir absolutiste, le régime bolchevik était typiquement russe. Il était une image séculaire de l’Etat tsariste. […] Entre les deux systèmes existait cependant une différence cruciale : alors que l’élite du régime tsariste était socialement étrangère au peuple […], l’élite soviétique se composait pour l’essentiel de Russes ordinaires (et d’autochtones en terre non russe), qui parlaient, s’habillaient et se conduisaient comme tout le monde. Cela donna au système soviétique un avantage décisif sur les Blancs dans la guerre civile […]. Le rejet appuyé des Blancs par la paysannerie et les non-Russes détermina l’issue de la guerre civile» (Figes 2007 : 997).

Parmi les portraits du livre de Figes, c’est celui de Dimitri Oskine qui présente le mieux ces fils de cette nouvelle Russie construite par les bolcheviks, issus des cendres de la Russie tsariste et zigzaguant pendant la Révolution avant de rejoindre les bolcheviks et d’être pour beaucoup broyé plus tard par le stalinisme :

Dimitri Oskine (1892-1934) « est un exemple typique de cette classe d’officiers issue de la guerre. Pour un paysan comme lui — alphabétisé et brillant malgré ses airs rustauds —, l’armée était un moyen d’échapper à la misère d’un village. Dans le courant de l’été 1913, il s’engagea dans le régiment d’infanterie de sa ville locale de Toula; peu après, il devait suivre une formation de sous-officier. Quand la guerre éclata, il fut nommé sergent-chef. […]. La guerre prélevant son lot d’officiers, c’est à des sous-officiers comme lui qu »incomba la responsabilité d’assurer la cohésion dans les rangs» (Figes 2007 : 348).
«Dimitri Oskine n’était pas revenu à Toula depuis cinq ans. […] Au printemps 1918, le voici qui revenait dans la même ville, en qualité de commissaire dans l’armée de Trotski, histoire de «mettre de l’acier» dans la révolution.
Les années de guerre avaient profité à Oskine. Il avait monté en grade, gagnant quatre croix de Saint-Georges en cours de route, avec la destruction de l’ancienne caste des officiers. En 1917, la fortune lui sourit tandis que, politiquement, il glissait à gauche : il suivait le courant de la révolution des soldats. Ses lettres de créance SR lui valurent de commander un régiment,  puis d’être élu au coité central du soviet des soldats, sur le front sud-ouest. En octobre, il se rendit en tant que délégué SR au deuxième congrès des soviets, où il fit partie de «cette mase grise» des soldats mal lavé du Smolny, que Soukhanov avait rendu responsables du triomphe bolchevik. Au début 1918, quand Trotski entreprit de constituer le corps des officiers de la nouvelle Armée rouge, il se tourna d’abord vers les sous-officiers, comme Oskine, qui avaient appris le métier dans l’armée tsariste. Il s’agissait d’un mariage de raison entre les ambitions des fils de paysans et les besoins militaires du régime.» (Figes 2007 : 726)
«Dimitri Oskine était un fils de la nouvelle Russie. Il était simple soldat quand il rejoignit l’armée de Broussilov au cours de la Première Guerre mondiale; à la mort du général [en 1926], cependant, ce paysan était un personnage en vue de l’establishment militaire soviétique. Après avoir commandé la 2e armée de la main-d’oeuvre en 1920, il reçut le commandement de l’armée de réserve de la République soviétique : un poste important puisqu’il avait autorité sur près d’un demi-million d’hommes. Le régime le mettait en avant comme un brillant exemple de ces commandants rouges qu’il avait promis de promouvoir dans les rangs des paysans et des ouvriers rejoignant l’Armée rouge en pleine guerre civile. Voici un soldat qui avait porté dans son havresac un bâton de général, sinon de maréchal, et c’est sur la base de cette image de gars promis à une vie de paysan qu’il rédigea ses Mémoires militaires en trois volumes dans les années 1920. Ses dernières années demeurent obscures. A la fin des années 1920, il devint un bureaucrate de l’armée à Moscou. Il mourut en 1934, peut-être victime de la terreur stalienne, à l’âge tendre de quarante-deux ans» (Figes 2007 : 1003).

Le livre de Figes met également en évidence l’impact de la Première Guerre mondiale sur la société russe et plus particulièrement les effets de la grande retraite de 1915 :

«Le sergent Oskine «vécut la grande retraite comme une telle humiliation que, sitôt sa jambe amputée, il déserta de son régiment et rejoignit la ferme d’un ami en Sibérie. Mais les Cosaques  avaient incendié la ferme, réquisitionné tout le bétail pour le gouvernement,, et violé la femme et la mère de son ami. Pour Oskine, ce fut la goutte d’eau qui fait déborder le vase : il rejoignit le parti SR clandestin en Sibérie […]» (Figes 2007 : 353).

ainsi que la fracture sociale définitive et perceptible lors de l’offensive russe de 1917 :

«La Première Guerre mondiale fut une gigantesque mise à l’épreuve de l’Etat moderne; en tant que seul grand Etat qui n’avait pas su se moderniser avant la guerre, la Russie tsariste était quasiment vouée à échouer. […] l’offensive de l’été [1917], comme tous les combats précédents, souligna le fait qu’il existait deux Russie : la Russie privilégiée des officiers et la Russie paysanne des conscrits étaient sur le point de s’affronter dans la guerre civile» (Figes 2007 : 994).

Il n’en demeure pas moins, pour Figes, que la Révolution d’octobre devra beaucoup à la faiblesse de l’opposition plus qu’à la force des bolcheviks et ressemble plus à un coup d’Etat militaire tragi-comique qu’à une révolution :

« Peu d’événements historiques ont été aussi profondément déformés par le mythe que ceux du 25 octobre 1917. L’image populaire l’insurrection bolchévik où des dizaines de milliers d’hommes se seraient affrontés dans un combat sanglant et où plusieurs milliers de héros seraient tombés doit davantage à Octobre — […] — qu’à la réalité historique. La grande révolution socialiste d’octobre, comme on devait l’appeler dans la mythologie soviétique, fut en vérité un événement d’une si petite échelle — en fait, rien de plus qu’un coup d’Etat militaire — qu’elle passa inaperçue aux yeux de l’immense majorité des habitants de Pétrograd. Théâtres, restaurants et tramways continuèrent de fonctionner comme à l’ordinaire tandis que les bolchéviks prenaient le pouvoir. Toute l’insurrection aurait pu être achevée en six heures, n’était l’incompétence bouffonne des insurgés eux-mêmes, qui en prirent quinze de plus. Le légendaire «assaut» du palais d’Hiver, où le cabinet de Kerenski tenait sa dernière séance, relevait plus de l’arrestation de routine à domicile, puisque la plupart des forces qui défendaient le palais étaient déjà rentrées chez elles, affamées et découragées, avant le début de l’opération» (Figes 2007 : 603).

Par la suite, la politique de la Terreur instaurée par Lénine fut, à la fois, un moyen de conserver le pouvoir et de s’attacher une partie du peuple russe au projet bochévik comme l’illustre le slogan «Piller les pillard» :

« Pour l’immense majorité des Russes, le principe élémentaire de la révolution était la fin de tous les privilèges sociaux. Il existait chez les Russes une longue tradition de nivellement social qui remontait à la commune paysanne et qui s’exprimait dans les notions de justice populaire qu’on retrouve au coeur de la révolution de 1917. La croyance commune dans le peuple russe que l’excédent de richesse est immoral, que la propriété c’est le vol et que le travail manuel est la seule source réelle de valeur devait beaucoup moins aux doctrines de Marx qu’aux coutumes égalitaire de la commune villageoise. […]
Si les bolcheviks avaient un écho dans le peuple en 1917, c’était bien par leur promesse d’abolir tous les privilèges et de remplacer l’ordre social injuste par une république d’égaux» (Figes 2007 : 646).
«Les historiens ont eu tendance à négliger les relations entre cette guerre plébéienne contre les privilèges et les origines de la Terreur rouge. […] La terreur surgit d’en bas. D’emblée, ce fut un élément à part entière de la révolution sociale. Les bolcheviks encouragèrent la terreur de masse : ce ne sont pas eux qui la créèrent» (Figes 2007 : 650).

De groupuscule, le parti bolchevik parvint ainsi à convaincre plus d’un million de Russes à le rejoindre :

«Dans les cinq premières années du régime soviétique, plus d’un million de Russes ordinaires rejoignirent le parti bolchevik. […] La plupart étaient attachés à une révolution culturelle qui rapprocherait les villages des villes […] (p. 998) Ils voyaient dans le bolchevisme une force de progrès, pour la Russie comme pour eux-mêmes, un moyen d’effacer le monde villageois brutal dont ils étaient issus et de le remplacer par la culture urbaine de l’école et de l’industrie qui leur avait permis de s’élever jusqu’à faire partie de l’élite officielle» (Figes 2007 : 997).

et former une nouvelle noblesse

«Les bolcheviks ne ressemblaient à aucun parti occidental. Ils formaient davantage une classe dirigeante, semblable à bien des égards à la noblesse, à laquelle Lénine lui-même devait souvent les comparer. «Si 10’000 nobles pouvaient gouverner toute la Russie, alors pourquoi pas nous?» avait-il un jour demandé. De fait, les camarades étaient en train de se glisser dans leurs souliers. Rejoindre le parti après 1917, c’était rejoindre la noblesse. Cela valait d’être élevé à des postes dans la bureaucratie, de jouir du statut et des privlièges de l’élite, de se tailler une part personnel dans l’État-parti. La culture du parti dominait tous les aspects de la vie publique en Russie soviétique de même que la culture de l’aristocratie avait dominé la vie publique dans la Russie tsariste» (Figes 2007 : 839).

On comprend mieux qu’après la mort de Lénine et dans la lutte pour le pouvoir entre Trotski et Staline, c’est ce dernier qui incarnera le mieux la Révolution pour cette nouvelle noblesse et aux yeux de ces Russes ordinaires. D’autant plus que

«La clé du pouvoir croissant de Staline était son contrôle de l’appareil du parti en province. En tant que président du Secrétariat, et seul membre du Politburo à l’Orgburo, il pouvait promouvoir ses amis et écarter ses adversaires. Au cours de la seule année 1922, l’Orgburo et le Secrétariat nommèrent plus de 10’000 cadres provinciaux, pour la plupart sur recommandation personnelle de Staline. Ils devaient être ses principaux partisans au cours de la lutte pour le pouvoir contre Trotski en 1922-1923» (Figes 2007 : 974).

En d’autres termes, il existe une filiation évidente entre la politique menée par Lénine, la Terreur rouge et ce qui sera par la suite le stalinisme, y compris dans ses excès. Même si, dans son Testament, Lénine réserve ses critiques les plus accablantes à Staline, souhaite, dans une dernière lettre, qu’il parte (Figes 2007 : 978-981) et prédit en quelque sorte le devenir de la Russie sous Staline :

«c’est à Staline que Lénine réservait ses critiques les plus accablantes. Devenu secrétaire général, il avait «accumulé entre ses mains un pouvoir illimité, et je ne suis pas sûr qu’il sache toujours utiliser ce pouvoir avec une prudence suffisante» (Figes 2007 : 980).

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Portrait autographe de Maxime Gorki (1868-1936). Source Wikidpedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maxime_Gorki)

Aujourd’hui, vingt-cinq ans après la Chute du Mur, la Russie est devenue poutinienne. A-t-elle tiré la leçon de la révolution russe? Le peuple est-il sur la voie de l’émancipation et s’est-il libéré des empereurs, fussent-ils bolcheviks, pour devenir des citoyens? En résumé, le peuple russe connait-il une évolution suffisante lui permettant de dépasser le constat formulé par Maxime Gorki à propos de la Russie bolchevik :

«Dans sa vision de la révolution russe, Gorki niait que le peuple eut été trahi. La tragédie révolutionnaire résidait dans son héritage d’arriération culturelle plutôt que dans le fléau de quelques bolcheviks «étrangers». Il n’était pas la victime de la révolution, mais le protagoniste de sa tragédie. […] les chances de la Russie en tant que nation démocratique dépendent largement de la capacité des Russes à affronter leur histoire récente; et cette démarche implique de reconnaître que, si grande fut l’oppression du peuple, le système soviétique a poussé en terre russe. C’est la faiblesse de la culture démocratique de la Russie qui a permis au bolchévisme de s’enraciner. C’est l’héritage de l’histoire russe, de siècles de servitude et de régime autocratique, qui avait maintenu le peuple ordinaire dans un état d’impuissance et de passivité. «Et le peuple s’est tu», dit un proverbe russe, qui décrit une bonne partie de l’histoire du pays. Ce fut certes la tragédie d’un peuple, mais une tragédie à laquelle le peuple contribua. Le peuple russe se laissa piéger par la tyrannie de son histoire» (Figes 2007 : 991).

A d’autres de mener une enquête aussi magistrale que celle faite par Orlando Figes.

Orlando Figes (2007). La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple. Paris : Denoël, 1107 pages. Préface de Marc Ferro. ISBN : 978-2-207-25839-2

Sommaire de l’ouvrage :

LA RUSSIE SOUS L’ANCIEN REGIME
La dynastie
Piliers instables
Icônes et cancrelats
Encre rouge

LA CRISE DE L’AUTORITE (1891-1917)
Premier rang
Derniers espoirs
Une guerre sur trois fronts

LA RUSSIE EN REVOLUTION (FEVRIER 1917-MARS 1918)
Glorieux février
Le pays le plus libre du monde
L’agonie du gouvernement provisoire
La Révolution de Lénine

LA GUERRE CIVILE ET LA FORMATION DU SYSTEME SOVIETIQUE (1918-1924)
Derniers rêves du vieux monde
La Révolution entre en guerre
Le nouveau régime triomphant
La défaite dans la victoire
Morts et départs

CONCLUSION

Classé sous :Histoire savante, Publications

Les poilus (vraiment) en couleurs

16 août 2014 by Lyonel Kaufmann


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Les éditions Taschen publient des autochromes en couleurs de la Première Guerre mondiale. Contrairement au travail de faussaire réalisé pour Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale, il ne s’agit pas d’images en noir/blanc colorisées après coup, mais de photographies prises en couleurs au moment du conflit. Ces images rares permettent de découvrir la vie quotidienne des soldats sous un autre jour. 

blankLes quais de la Meuse. Une vue sur Verdun en ruines.  © Jules Gervais-Courtellemont, Edition Taschen

Sur les 4500 photographies en couleur de la guerre qui nous sont parvenues, l’ouvrage en comporte plus de 320 provenant d’archives d’Europe, des États-Unis ou d’Australie. Au niveau technique, la technologie de l’autochrome venait toute juste d’être mise au point. Ce procédé, qui produisait des diapositives en couleur sur plaques de verre, avait été breveté en 1903 par les frères Lumière. Un petit groupe de pionniers comme les photographes Paul Castelnau, Fernand Cuville, Jules Gervais-Courtellemont, Léon Gimpel, Hans Hildenbrand, Frank Hurley, Jean-Baptiste Tournassoud ou encore Charles C. Zoller, a choisi le terrain de la guerre pour expérimenter cette nouvelle technique. Comme l’explique l’auteur de ce livre Pierre Walther ces photos sont surtout « des mises en scènes minutieuses » car l’autochrome nécessitait une technique contraignante.

« Rien que le caractère encombrant de l’équipement, qui pesait jusqu’à 15 kilos, avec les plaques et les divers objectifs, ne permettait pas [des prises d’image sur le vif]. Les temps d’exposition relativement longs des plaques d’autochromes – les personnes photographiées devaient rester immobiles six secondes par ciel couvert, et tout de même une bonne seconde si le soleil brillait – empêchait la réalisation d’instantanés »

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Des soldats allemands aux aguets dans une tranchée bétonnée. © Hans Hildenbrand, Taschen, LVR LandesMuseum Bonn.

L’autochrome nécessitait donc un assez long temps de pose, ce qui explique que la plupart des photos représentent des tableaux soigneusement agencés, loin du feu de l’action sur la ligne de front. Nous y découvrons des portraits de groupe, des soldats se préparant au combat, des villes ravagées par des bombardements – la vie quotidienne et les conséquences dévastatrices des opérations militaires.

L’ouvrage est disponible en allemand, français et anglais au prix de 39,99€.

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur (et la possibilité de le commander) : http://www.taschen.com/pages/fr/catalogue/photography/all/05794/facts.la_grande_guerre_en_couleurs.htm

Source de l’info : http://www.france24.com/fr/20140814-images-grande-guerre-poilus-couleurs-photographies-poilus-guerre-mondiale/

Classé sous :Nouvelles de l'histoire, Publications Balisé avec :14-18

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Conférence : Racisme et haute école : continuités historiques et stratégies antiracistes. Berne (27.03.2026)

Perspectives antiracistes sur la production de savoir Le 27 mars 2026 de 9h00 à 19h00, l’Université de Berne accueillera en ses murs la conférence Racisme et haute école : continuités historiques ...

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Laténium : Exposition L’île de sable (04.10.2025-10.01.2027)

L’exposition L’île de Sable au Laténium de Neuchâtel plonge au cœur de la période coloniale et présente de quelle manière l’archéologie permet d’étudier la thématique de la traite des esclaves et le ...

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Table ronde : S’appuyer sur le passé pour former les professionnel·l·es de demain – Hôtel de ville de Lausanne (12.03.2026)

Plus jamais ça! C'est ce que clament les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance. Cette table ronde réunit 4 professeures de Hautes écoles du canton de Vaud autour de 2 ...

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Appel à contribution : Didactica Historica N°13/2027 (jusqu’au 16 mars 2026)

L’appel à contributions pour le treizième numéro de la revue Didactica Historica est ouvert jusqu’au 16 mars 2026. Le dossier «histoire» de ce treizième numéro de la revue abordera le thème de la ...

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EXPOSITION : Placés, internés, oubliés ? Musée Historique de Lausanne (jusqu’au 15 mars 2026)

Mise en place fin 2025, l’exposition itinérante Placés, internés, oubliés ? peut encore être découverte jusqu’au 15 mars 2026 au Musée historique de Lausanne, avant qu’elle ne soit déplacée au Museum ...

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Appel à propositions: Living Books about History | infoclio.ch

Les Living Books about History sont une collection d’anthologies numériques sur des sujets de recherche actuels. Chaque volume est composé d’un essai original rédigé par les éditrices et éditeurs ...

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Historiciser notre époque : Histoires des migrations et du climat dans l’espace numérique [Appel à contributions]

Ce projet concerne toute personne intéressée à explorer les liens entre changements environnementaux et mouvements de population au Canada, de 1850 à nos jours. Nous recherchons des contributions ...

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Revue de presse : Pédagogie inversée avec Youtube : une vraie émulation en classe

13 février 2013 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Quel est l’intérêt pour les élèves ? Est-ce que la péda­go­gie inver­sée amé­liore leur réussite ? «J’enseigne en 7e année depuis 16 ans et je constate tous les jours que les élèves ont besoin de répé­ti­tion pour bien assi­mi­ler les notions. Avec la vidéo, ils n’hésitent plus à m’interrompre : dès qu’ils n’ont pas com­pris, […]

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Eduquer dans son temps : Nouveaux médias, nouveaux enseignements | La Fabrique de l’histoire

30 janvier 2019 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Comment le cinéma, la télévision puis aujourd’hui le jeu vidéo sont-ils intégrés en tant qu’auxiliaires pédagogiques par le système scolaire depuis les années 1950 ? Viviane Glikman, maîtresse de conférences à l’Institut National de Recherche Pédagogique (INRP), Frédéric Marty, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paul Valéry-Montpellier 3, et Laurent Tremel, chargé de mission […]

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M157 – Film & Histoire (7.11.2006)

7 novembre 2006 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Consignes Votre tâche consiste à réaliser une activité pour les élèves autour d’une séquence du film choisi. Cette activité s’attachera à travailler autour de l’image et du son (univers sonore) en priorité. Les consignes de l’activité sont à rédiger de telle manière à en faire des énoncés opérationnalisables permettant de développer des compétences c/o les […]

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L'évasion de Louis XVI suscite la polémique

23 février 2009 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Mardi 24 février , France 2 diffuse à 20h35 un téléfilm historique consacré à la fuite du roi Louis XVI à Varennes ; « L’évasion de Louis XVI » est le deuxième volet de la collection « Ce jour là, tout a changé » consacrée aux grandes journées de l’Histoire de France. “la famille des cochons ramenée à l’étable”, anonyme, […]

La Grande Guerre et le heavy metal par la BCU

11 juillet 2014 Par Lyonel Kaufmann 1 commentaire

Une entrée originale consacrée à la Première Guerre mondiale. La guerre est l’un des thèmes privilégiés dans le heavy metal et dans l’univers metal en général, et plus particulièrement les deux guerres mondiales qui ont influencé beaucoup de groupes dans le choix de leurs noms, dans l’écriture des textes, le choix des pochettes d’albums, du […]

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La BNF, son blog et ses futurs blogs

5 novembre 2008 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Buzzeum » La BNF, son blog et ses futurs blogs Buzzeum nous apprend que la BNF se met à l’internet social et participatif. D’abord en ouvrant une plate-forme de blog dont le premier est consacré aux expositions de l’institution. Ensuite, elle ouvre également sa page Facebook. (tags: Histoire MédiaTIC Musées BNF)

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Marie Antoinette en ado lassante (Zéro de conduite)

24 mai 2006 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

L’excellent site Zéro de conduite (L’actualité éducative au cinéma) propose son compte-rendu du film, attendu sur la Croisette, de Sofia Coppola consacré à Marie Antoinette. Le titre donne immédiatement le ton de l’article: Marie Antoinette en ado lassante Sur le plan historique, Zéro de conduite s’appuie justement sur l’analyse des films tournés par des Américains […]

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