Jusqu’à aujourd’hui, les archives du ghetto de Varsovie n’étaient connues que des seuls spécialistes. L’historien américain Samuel Kassow nous les présente sous un jour nouveau : l’œuvre d’une équipe dont la mission était de faire entendre le quotidien d’une communauté en cours d’extermination.
Histoire savante
Le squelette pré-humain le plus complet jamais découvert exhumé | rtsinfo
Fragments du squelette de Karabo, vieux de deux millions d’années. [DR]
Le squelette le plus complet jamais découvert d’un ancêtre de l’humain actuel a été exhumé près de Johannesburg par des scientifiques sud-africains, qui lui ont donné le nom de Karabo.
via Le squelette pré-humain le plus complet jamais découvert exhumé – rts.ch – info – sciences-tech..
Staline en débat | Deutsche Welle
Près de six décennies après la mort de Josef Staline, un débat a éclaté en Allemagne sur la façon d’évaluer le régime du dictateur russe. Il a été déclenché par la parution d’un ouvrage récent d’un historien allemand.
Les principales critiques sur l’ouvrage portent sur la thèse centrale que Staline était un autocrate qui gardait tout sous son contrôle et en l’absence duquel les violences/horreurs staliennes n’auraient pas existé. En résumé, sans Staline n’y aurait-il pas eu les horreurs/violences staliniennes ou Staline n’est-il que le produit de son environnement?
Ce débat n’est pas sans rappeler le débat autour d’Hitler et la responsabilités des Allemands dans le nazisme.
See on www.dw.de
Histoire «sérieuse» et histoire grand public : la concurrence des histoires ? | Chronique no 134
A intervalle régulier, l’histoire universitaire renvoie auprès du grand public une image peu flatteuse d’elle-même. Dans son numéro de mars 2012 et sur son site internet, l’American Historical Association (AHA) débattait du «Professionnal Boredom» in History (L’ennui professionnel en histoire) et son président William Cronon plaidait pour une écriture de l’histoire qui soit attrayante et accessible à un large public.
Dans son article, William Cronon (( Le site professionnel de W. Cronon et ses travaux historiques : http://williamcronon.net)) part du constat suivant:
«L’un des paradoxes de l’histoire, c’est que aucune autre discipline universitaire n’a fait un meilleur travail pour conserver une grande audience publique alors que de nombreux non historiens trouvent l’histoire académique ennuyeuse à l’extrême.» ((Professional Boredom : http://www.historians.org/perspectives/issues/2012/1203/Professional-Boredom.cfm L’article a suscité notamment les réactions suivantes : http://blog.historians.org/articles/1622/debating-professional-boredom-in-history))
W. Cronon met également en évidence l’intérêt du public pour les programmes de la chaîne historique «History Channel», les expositions à succès des musées ou les best-sellers historiques qui recouvrent des sujets très différents, voire à l’opposé, des thèmes et spécialisation que l’on peut trouver dans les départements d’histoire des Facultés universitaires. Ainsi, malgré l’appétit du grand public pour l’histoire, les historiens professionnels produisent rarement des travaux destinés à la consommation publique.
Quelle est alors la meilleure manière de servir les intérêts des historiens professionnels dans ces autres contextes que la production universitaire au moment où la révolution numérique aggrave et accentue cet écart — qui n’est pas nouveau — entre histoire académique et histoire prisée par le public?
Pour Cronon, il s’agit premièrement de garder un œil sur l’ennui et s’interroger dans quelle mesure cet ennui est le résultat de la manière de faire de l’histoire à un niveau académique. Il se réjouit également que l’AHA dispose en son sein d’historiens académiques qui participent à des documentaires historiques ou des expositions, réalisent des sites internet, tiennent des blogs, enseignent à d’autres degrés ou publient des livres grands publics.
Fondamentalement, pour Cronon, les historiens universitaires se doivent de communiquer de manière claire et engageante, de raconter de «bonnes» histoires et surtout de rendre le passé vivant pour les non-professionnels qui autrement le trouverait aride, mort et ennuyeux.
Il est à noter que ce débat et ces constats de W. Crono ne sont pas neufs et reviennent avec constance. Ainsi, le rapport de 1926 du comité de l’AHA s’interrogeait déjà à ce sujet. Le comité de l’AHA lui-même est issu d’une prise de conscience que l’écriture de l’histoire aux États-Unis n’était pas dans un état satisfaisant. A cette même époque, Jean Jules Jusserand, ancien ambassadeur français et président d’alors de l’AHA, remontait même jusqu’au satiriste grec Lucien de Samosate dans le deuxième siècle après JC, à Cicéron en 55 avant notre ère et à Jean Bodin en 1566 pour des discours comparables. ((Jean Jules Jusserand (1926). Historian’s Work. In AHA, The Writing of History: http://www.historians.org/pubs/archives/WritingofHistory/Jusserand_HistoriansWork.cfm))
Ces débats et constats sont également transposables au niveau de l’histoire à l’école que ce soit relativement à la concurrence au cours d’histoire représentée par les usages publics de l’histoire (télévision, histoire grand public, spectacles historiques, musées et l’internet) ou la manière de combattre l’ennui dans nos cours. Aujourd’hui, s’y ajoutent les difficultés à atteindre les objectifs ambitieux des programmes avec un nombre de périodes d’enseignement insuffisant et parfois en diminution de la discipline, voire l’absence d’un accompagnement et d’une formation professionnelle digne de ce nom. ((A l’exemple des programmes de Première : Des programmes ambitieux ou invraisemblables ? In Aggiornamento hist-géo : http://aggiornamento.hypotheses.org/831))
Tout cela concourt à s’interroger sur la place de la discipline et de l’image que celle-ci renvoie. Comment également concilier attractivité de la discipline et rigueur intellectuelle que nécessite notamment l’exigence de développer au moyen de l’histoire l’esprit critique et citoyen chez nos élèves?
Cet article est la reprise de ma chronique mensuelle du Café pédagogique. (No 134, Juin)
Lancement du site rousseauonline.ch | infoclio.ch
Pour célébrer l’entrée de Jean-Jacques Rousseau dans le XXIe siècle, infoclio.ch a le plaisir d’annoncer le lancement le 10 juillet prochain de rousseauonline.ch, un site entièrement consacré à la mise en ligne des œuvres du philosophe.
rousseauonline.ch donnera accès à l’ensemble des œuvres de Rousseau dans leur première édition de référence, en 17 volumes, et près de 9000 pages, voulue par l’auteur et publiée à Genève entre 1780 et 1789.
via Communiqué – Lancement du site rousseauonline.ch | infoclio.ch.
14-18 : obéir est-ce adhérer ? | Chronique no 133
Après le maelström en 2008 des commémorations du quatre-vingt-dixième anniversaire de la signature de l’armistice de Rethondes et de la disparition la même année du dernier poilu, le temps de la recherche historique est peut-être revenu. Renouvellera-t-il notre enseignement de 14-18, voire notre enseignement de l’histoire tout court à l’ère du numérique ?
Dans le champ éditorial, il faut relever la parution à fin 2011 de l’ouvrage d’Emmanuel Saint-Fuscien, À vos ordres ? La relation d’autorité dans l’armée française de la Grande Guerre ((Emmanuel Saint-Fuscien, À vos ordres ? La relation d’autorité dans l’armée française de la Grande Guerre, Paris, Éditions de l’EHESS, 2011, 310 p.)) qui apporte une nouvelle pierre à notre compréhension des liens entre les soldats du rang et leur hiérarchie au long de la Grande Guerre. Dans cet ouvrage, note La Vie des idées
«[Emmanuel Saint-Fuscien] prend le problème à bras-le-corps en cherchant à décrire et à expliquer les mécanismes par lesquels l’autorité militaire a pu s’exercer, apparemment sans trop de heurts, quatre années durant.» ((Nicolas Mariot, « Obéir en 1914-1918 », La Vie des idées, 3 mai 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Obeir-en-1914-1918.html))

Ce compte-rendu met en évidence la qualité du travail réalisé sur les archives par l’auteur sur quatre grands massifs documentaires soit environ 150 écrits militaires consacrés à l’autorité et à l’obéissance avant et dans l’immédiat après-guerre confrontés à 140 témoignages de guerre visant à saisir ce qu’a été, sur le terrain, l’exercice effectif de l’autorité auxquels s’ajoutent encore les archives du contrôle postal et finalement les archives judiciaires du tribunal du conseil de guerre de la 3e division d’infanterie (DI).
Un tel ouvrage sera utile à l’enseignant dans l’appréhension d’une dimension importante dans le champ historiographique français comme il pourrait permettre à l’élève d’appréhender le métier de l’historien et la distance qui sépare le travail scolaire sur un corpus limité, formalisé et généralement convenu de sources et documents du travail de bénédictin réalisé ici pour un travail de thèse désormais publié.
Par ailleurs, avec la lecture du compte-rendu, l’enseignant dispose même de deux problématiques à proposer à ses élèves.
La première se poserait de la manière suivante : «obéir est-ce adhérer à la guerre?»
Une deuxième problématique envisageable prend corps alors que l’analyse des archives judiciaires mettent en évidence que
«la justice militaire vise quasi exclusivement (97% des 1 078 individus incriminés) les hommes du rang, […], issus presque exclusivement des classes populaires et marginalement, de la petite bourgeoisie.»
Cela amène Nicolas Mariot, auteur du compte-rendu, à poser la question : «une justice de classe?»
Ainsi donc deux questionnements issus d’un travail d’historien deviennent un matériau pour la compréhension historique de nos élèves et peuvent s’inscrire dans l’espace de la classe. ((D’autres matériaux sont disponibles en la matière. Concernant les travaux d’Emmanuel Saint-Fuscien, signalons le dossier du CNDP sur les fusillés de la Grande Guerre qui comprend notamment un interview de l’auteur [http://www.cndp.fr/pour-memoire/les-fusilles-de-la-grande-guerre/les-fusilles-de-la-grande-guerre-essai-de-definition/crimes-et-delits-que-juge-t-on-dapres-emmanuel-saint-fuscien.html] et des documents issus de son travail ainsi qu’une émission du «Bien commun» sur France culture (20 mai 2010) sur les Conseils de Guerre [http://www.franceculture.fr/emission-le-bien-commun-les-conseils-de-guerre-en-14-18-2010-11-13.html]))
Ceci doit nous amener à réfléchir aux conséquences de l’enseignement à l’ère numérique en rapport avec nos pratiques habituelles, car l’enseignant qui complète sa connaissance d’une problématique historique côtoiera peut-être l’élève qui cherche de l’information sur le même sujet. A moins qu’ils n’abordent cette histoire côte à côte dans un enseignement renouvelé de l’histoire ? ((A ce titre je vous invite à méditer sur les propos d’Eric Sanchez
«Il faut arrêter de se dire on va transposer des pratiques usuelles avec le numérique et on va faire moins bien finalement parce qu’on va forcer les choses, mais plutôt on va se dire « ok » ça nous offre des possibilités de faire des choses qu’on ne pouvait pas faire avant.»
Eric Sanchez. Être enseignant à l’ère du numérique, défis et opportunités. URL : http://www.canal-u.tv/))
Cet article est la reprise de ma chronique mensuelle du Café pédagogique. (No 133, Mai)


