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Histoire Lyonel Kaufmann

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Les images ont-elles un pouvoir?

5 octobre 2018 by Lyonel Kaufmann

Une très intéressante réflexion d’André Gunther, maître de conférences à l’EHESS, historien des cultures visuelles, relativement à la question et l’utilisation des images. Au travers de plusieurs photographies du 20e siècle ou iconiques de notre imaginaire collectif comme des images de la guerre du Vietnam, cette intervention interroge autant l’enseignant d’histoire que tout en chacun. A lire sans modération. Je vous livre l’introduction de l’article.

(Article publié par André Gunthert dans L’Eléphant, #24) Invité au festival des Rencontres d’Arles 2018, à l’occasion du cinquantenaire de mai 68, l’icône du mouvement étudiant Daniel Cohn-Bendit y évoque le «pouvoir des images», comme celles de la guerre du Vietnam, qui ont contribué à mobiliser l’opinion publique américaine et «ont fait perdre la guerre de l’intérieur ». «La photo du petit Aylan Kurdi sur la plage de Bodrum, explique-t-il, a bouleversé le monde et a sans doute joué aussi dans la décision d’Angela Merkel d’ouvrir les frontières de l’Allemagne aux migrants en septembre 2015.»


Le Monde, 03/09/2015.

Une image peut-elle arrêter une guerre, changer le cours de l’actualité? Que la vision d’un événement malheureux puisse nous faire horreur, et ainsi affecter notre opinion, est une idée largement répandue, qui ne semble pas extravagante. Mais cette conviction repose sur une théorie implicite de l’image. Alors que le langage s’adresse à la raison, les images exciteraient nos émotions. Plus séduisantes que l’écrit, elles seraient l’instrument d’une influence occulte, de l’ordre de la suggestion.


Pourtant, les choses ne sont pas si simples. En décembre 2016, le New York Times s’alarme: malgré la diffusion des images terribles de la destruction d’Alep en Syrie, l’opinion publique occidentale semble rester inerte. «S’il vous plaît, sauvez-nous, merci!», dit la vidéo de la petite Bana Alabed, 7 ans, qui s’adresse à nous les yeux dans les yeux. On ne peut donc pas évoquer un déficit émotionnel. Est-ce parce que les victimes sont musulmanes, s’interroge le quotidien? Est-ce à cause des réseaux sociaux, qui enchevêtrent les informations et émoussent notre capacité de réaction? Quoiqu’il en soit, l’image seule ne suffit pas.

Lire la suite:  L’image sociale

Photo d’en-tête : Malcolm Browne, auto-immolation d’un moine bouddhiste, 1963.

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Podcast : Histoire populaire de la France, avec Gérard Noiriel – Paroles d’histoire

4 octobre 2018 by Lyonel Kaufmann

Les intervenants : Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Philippe Olivera, historien, enseignant, éditeur (Agone)

Le Podcast: A jouer dans une nouvelle fenêtre | Téléchargement

Le livre : Une histoire populaire de la France, de Jeanne d’Arc à nos jours, Marseille, Agone, 2018
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La discussion : Les origines du livre, au regard du genre « histoire de France » et de l’ouvrage d’Howard Zinn, Histoire populaire des États-Unis (1’00) ; le « populaire » comme catégorie prise dans les relations entre dominés et dominants (5’20) ; l’idée d’écrire pour un public plus large que celui de la profession historienne (7’00) ; l’importance de s’approprier des objets comme l’histoire de France parfois monopolisés par des auteurs réactionnaires (11’20) ; le point de départ de cette histoire et le choix de démarrer à la fin du Moyen âge, en lien avec la construction d’un État monarchique (12’45) ; les singularités de la construction nationale française au regard des exemples britannique et allemand (15’50) ; le choix d’écrire une histoire sociale, et de faire de la question sociale la clef de lecture fondamentale des évolutions, par rapport aux questions identitaires (19’30) ; l’application de cet angle d’approche pour le XVIe siècle : les guerres de religion comme expression d’enjeux sociaux (26’25) ; les césures mises en lumière dans cette histoire de France (30’20) : les années 1750 (32’30), les années 1880 avec la Grande Dépression et les débuts de la IIIe République (34’25), l’attention portée dans le livre aux regards portés sur l’autre (colonisé, domestique, ouvrier, paysan…) et la question de la reconnaissance de l’autre, qui permet de « se rendre étranger à soi-même » (39’50), la capacité à toucher d’autres publics en sortant de ses habitudes historiennes, en travaillant avec des artistes (43’50).

Une évocation plus large du travail de Gérard Noiriel, par Nicolas Offenstadt, est à écouter dans l’épisode 11 du podcast.

via Paroles d’histoire : https://parolesdhistoire.fr/index.php/2018/10/03/22-histoire-populaire-de-la-france-avec-gerard-noiriel-et-philippe-olivera/

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Sac de plage : Grande Guerre et Révolution Russe : « une révolution » des femmes, pour les femmes ?

24 juillet 2018 by Lyonel Kaufmann

1917, la Russie débute sa révolution le jour de la célébration de la Journée internationale des Femmes. À la fin de la guerre, dans les plus hautes sphères politiques d’un pays en pleine guerre civile, des femmes participent à l’élaboration d’un nouvel équilibre mondial – et attisent l’intérêt de la presse française -, chronique de l’été par l’historien Nicolas Offenstadt sur France Inter et RetroNews. Dans sa chronique du 22 juillet 2018, il s’intéressait plus particulièrement à Alexandra Kollontaï (1872-1952).

Intellectuelle, militante de la première heure, exilée après la Révolution de 1905, Alexandra Kollontaï est une des grandes figures du bolchévisme, comme le souligne L’Humanité socialiste en 1919 :

« […] La Kollontaï est l’une des figures les plus importantes de la Révolution russe. […] À l’origine de la Révolution, elle avait largement contribué à développer l’indiscipline dans les troupes russes et à faire naître l’ardente volonté de paix qui a conduit les bolcheviks au pouvoir […] ; elle accepta même, en 1918, de partir en Europe avec Kamenev pour exposer aux socialistes anglais et français le point de vue bolchéviste sur la question de la paix. […]

Rien d’étonnant à ce que le gouvernement des Soviets lui ait confié cette importante mission. Contrainte à l’exil sous l’ancien régime, comme la plupart des militants russes, elle a dû faire de longs séjours hors de Russie. Elle parle certainement avec aisance et souplesse aux étrangers. »

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Journée internationale de la femme célébrée à Petrograd en 1917, au début de la révolution de février – Source Wikicommons

Surtout, elle devient la première femme ministre de l’histoire en s’occupant sous Lénine des affaires sociales et de la santé, participant à l’élaboration d’une législation progressiste en la matière. Après s’être éloignée des choix de Lénine lors de la paix de Brest-Litovsk, elle occupera différents postes diplomatiques.

C’est aussi une des premières fois dans l’histoire contemporaine qu’une femme occupe une telle fonction dans une conférence internationale. Quelques années après, Kollontaï devient représentante de l’URSS en Norvège avant d’occuper d’autres postes diplomatiques. Voici « l’Ambassadrice des Soviets », suscitant l’indignation à la fois genrée et anticommuniste de la presse conservatrice :

« Mme Kollontaï a dû être une fort belle femme. Elle a conservé un teint frais, des yeux doux et vifs, un petit nez, un ovale à peine alourdi, une voix suave […]. On comprend que naguère encore tant d’existences masculines – dont celle du ministre, l’aspirant Kryslenko – aient voulu vivre en satellites de ce bel astre carminé… Mais surtout l’ambassadrice est femme et sait s’habiller.

[…] L’ambassadrice sort pour de nouveaux discours sur le terre-plein où sont massés sous la pluie, près de feux de la Saint-Jean – Pardon ! de la Saint-Lénine – les scouts rouges et les camarades du dehors. […] Vous avez bien senti, n’est-ce pas, au cours de ce récit, à quel point les Soviets ont bouleversé la nature humaine, comment ils ont supprimé la hiérarchie, le capital, l’armée, la diplomatie, les toilettes, le protocole, les toasts… Ah ! »

Dans quelles mesures ce destin est-il emblématique ? À vrai dire, comme le souligne Alain Blum((A. Blum, « En trompe-l’oeil. La part des femmes », in Ajam, Carole, Blum, Alain, Coeuré Sophie, Dullin Sophie (dir.), Et 1917 devient Révolution…, Paris, Seul/BDIC, 2017, p. 41-42)), les femmes sont très peu présentes dans les organes dirigeants du mouvement bolchévik et peu aussi à l’Assemblée constituante. Plus généralement la question d’une guerre « émancipatrice » fait encore débattre les historiens et la réponse dépend en partie de la focale choisie.

Source :  Retronews

Crédit photo en-tête : Alexandra Kollontai, révolutionnaire russe, théoricienne sociale et femme d’État (1872-1952), en 1910. © Getty / Sovfoto / UIG

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Les historiens français : la construction d’une discipline académique (1800-2005) | Ressources numériques en histoire de l’éducation

2 septembre 2017 by Lyonel Kaufmann

Voici une publication qui intéressera les personnes travaillant sur la communauté historienne en France

Les données présentées ici sont le produit d’un travail réalisé dans le cadre du programme de la European Science Foundation : « Representations of the Past: The Writing of National Histories in Europe » : http://ift.tt/2wq3Qsh(link is external)

Il s’agit, dans l’ensemble des pays européens, de procéder à une comparaison quant aux modalités d’affirmation des communautés nationales d’historiens, tant sur le plan intellectuel et scientifique, que sur celui des pratiques et des institutions.

Cette dernière dimension a été prise en charge par l’équipe n° 1, dirigée par Ilaria Porciani (Université de Bologne), autour du thème « Institutions, réseaux et communautés ». Afin de permettre la réalisation d’un atlas comparatif, un ensemble de bases de données ont été réalisées pour chaque pays européen. La compilation des  ainsi rassemblées sera mise en ligne sur le site de l’université de Leipzig, tandis que l’Atlas paraîtra en 2008 (Ilaria Porciani (University of Bologna) and Lutz Raphael (University of Trier) (eds), Atlas of the Institutions of European Historiographies 1800 to the Present, Mac Millan).
Nous vous proposons sur ce site les bases de données réalisées sur la France, dans une version synthétisée. Les données recueillies s’organisent autour de 5 thèmes principaux :
  • les historiens (positions institutionnelles)
  • les revues
  • les archives
  • les sociétés savantes et les académies
  • les associations
 Les modalités ayant présidé à la collecte des données sont expliquées dans la présentation de chacune des bases, mais également replacées dans le contexte plus général du projet, dans le texte de présentation paru dans Histoire de l’éducation, n° 113, 2007(link is external).
 Les bases de données sur les revues, les associations, les académies et les archives ont été réalisées par Emmanuelle Picard. Les bases de données sur les historiens (1800-1928) ont été réalisées par Anne-Françoise Pasquier-Loué ; les bases de données sur les historiens pour 1955, 1980 et 2005 par A.-F. Pasquier-Loué et E. Picard.
Pour citer cette ressource : Emmanuelle Picard (dir.), «Les historiens français : la construction d’une discipline académique (1800-2005)», mars 2009 [en ligne] http://ift.tt/2wpJwqS (consulté le 31 Août 2017)
Auteurs : Anne-Françoise Pasquier-Loué, Emmanuelle Picard
Droits d’auteur : Creative Commons by-nc-sa 3.0 FR

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L´étrange défaite | Avoir raison avec Marc Bloch

8 août 2017 by Lyonel Kaufmann

Ce texte, écrit à chaud dans l’été 1940, est une analyse implacable de la défaite française. Marc Bloch qui, bien que déjà âgé, s’était volontairement engagé dans les combats de la bataille de France, a vécu la débâcle française.

Il tente de démêler les responsabilités militaires et politiques de cet échec mais en profite aussi pour présenter, à la première personne, le témoin qu’il est. Ce texte ne sera publié que de manière posthume, après son exécution en 1944 par les allemands, en 1946 au éditions « Franc-Tireur ». Il est devenu, depuis quelques années, le texte de référence des historiens de l’histoire du temps présent. Peter Schottler, cofondateur des « Cahiers Marc Bloch » et longtemps chercheur à l’Institut d’Histoire du Temps Présent, et Christian Ingrao, spécialiste de l’histoire du nazisme, qui a dirigé l’IHTP, nous disent combien cet ouvrage est essentiel pour la discipline historique.

Présentation du témoin dans « L’étrange défaite »

Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu’elle prétend s’appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite.Mais peut-être les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de « métèque ». Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière-grand-père fut soldat, en 1793; que mon père en 1870, servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion au IIeme Reich; que j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur . J’y suis né, j’ ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. Marc Bloch

A écouter : L’étrange défaite | Avoir raison avec Marc Bloch par Emmanuel Laurentin

Source de l’image : Soldats français en janvier 1940 • Crédits : BERLINER VERLAG / ARCHIV / DPA-ZENTRALBILD / DPA – AFP

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