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Histoire Lyonel Kaufmann

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Histoire savante

Mise au point historiographique sur les mutineries de 1917

9 février 2017 by Lyonel Kaufmann

En parallèle à la note rédigée par le professeur Robert Frank sur les caractéristiques de l'année 1917 (à lire ici), Centenaire.org publie la note rédigée par André Loez à la demande du Conseil scientifique la Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, sur la question des mutineries, grand thème mémoriel de cette "année terrible" de la Grande Guerre.

Les mutineries sont des refus collectifs d’obéissance. Elles apparaissent en 1917 dans les armées françaises, mais aussi russes et italiennes. Elles accompagnent d’autres formes de protestation dans la société civile : grèves, manifestations contre la hausse des prix, meetings pacifistes, qui témoignent de la lassitude et des tensions suscitées par la prolongation de la guerre dans des populations déjà endeuillées par d’énormes pertes. Elles s’inscrivent dans un mouvement d’indiscipline et de désobéissance plus ancien qui prend diverses formes : soldats qui se mutilent eux-mêmes ou désertent, crient « à bas la guerre » ou chantent l’Internationale, retards de permission, refus d’obéissance, trêves et fraternisations, rares mais non limitées à Noël 1914. Ces manifestations, individuelles ou collectives, restaient généralement isolées et concernaient de faibles effectifs avant 1917. Mais la guerre dure, les morts s’accumulent, le refus de la guerre monte. Les mutineries qui le traduisent dans l’armée française sur le front ouest, revêtent une tout autre importance. Elles ont fortement inquiété les autorités et laissé une trace profonde dans la mémoire.

Lire la suite : Les caractéristiques des mutineries françaises de 1917

Référence de l'image : © gallica.bnf.fr – Bibliothèque nationale de France

Classé sous :Histoire savante, Publications

Ouvrage : « Céline, la race, le juif », d’Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff

9 février 2017 by Lyonel Kaufmann

Céline (1894-1961), l’un des auteurs les plus marquants du XX siècle, est devenu un pamphlétaire antisémite pronazi à partir de Bagatelles pour un massacre (Denoël, 1937). Mais le contexte de cette « conversion » demeurait suffisamment trouble pour prêter à toutes sortes d’édulcorations, y compris de bonne foi.

Dans le passé, les plus laxistes, comme André Gide, ont pu soutenir que Céline n’aurait pas cru à ses propres éructations antijuives, tandis que les moins suspects d’indulgence à la judéophobie, comme Jean-Paul Sartre, l’ont attribué à la vénalité du personnage.

Avec la somme Céline, la race, le juif, le philosophe Pierre-André Taguieff, spécialiste de l’histoire de l’antisémitisme, et Annick Duraffour, agrégée de lettres modernes, mettent un terme à ce débat ancien.

Oui, démontrent-ils, Céline a bien cru à ce qu’il écrivait. Sa prose reproduit jusqu’au plagiat la doxa d’un marigot antijuif dans les années 1930. Contre les tenants de l’antisémitisme politique, notamment les « plumes » de l’Action française Charles Maurras et Léon Daudet, Céline prône un antisémitisme purement racial. Par sa fréquentation du fasciste canadien Adrien Arcand et des nationalistes flamands et bretons, il est même devenu une figure centrale et internationale au sein de cette tendance d’admirateurs d’Hitler.

Sous l’Occupation, loin d’être en retrait, Céline ne se contente pas de noircir du papier. Il moucharde auprès du service du renseignement allemand. Après-guerre, il n’oublie ni n’apprend rien. Dans ses écrits « politiques », Céline a donc fait œuvre de militant et non de provocateur. La légende de l’opportunisme littéraire est ébranlée. Céline n’avait pas besoin d’être « payé » pour haïr. Nicolas Weill

Duraffour, A. & Taguieff, P.A. (2017). Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique. Paris: Fayard, 1 178 pages, 35 €.

Source : La sélection livres du « Monde »

Classé sous :Histoire savante, Publications

Québec : Les héritages de la Révolution tranquille | Histoire Engagée

27 janvier 2017 by Lyonel Kaufmann

Le mercredi 14 septembre, le site québécois Histoire Engagée a débuté la publication d’un dossier sous la direction de Marie-Andrée Bergeron et Vincent Lambert portant sur les héritages de la Révolution tranquille au Québec.

Voici l’introduction au dossier rédigée par Vincent Lambert.

« L’héritage de la Révolution tranquille n’a peut-être jamais été si problématique. D’un côté, le modèle social-démocrate et néo-nationaliste qui en est le socle est menacé par une vision économique à court terme, toute puissante; de l’autre, ses grandes images, ses grandes figures, paraissent un peu figées dans le temps, comme si elles n’étaient plus des sources d’inspirations aussi crédibles. Car la Révolution tranquille n’est pas seulement une période historique, elle est également un âge, certains diront même un âge d’or. Comme il semble parfois que les temps présents s’en distancient, ce dossier souhaite interroger son héritage culturel et littéraire, à travers ses représentations contemporaines.

Le dossier s’ouvre par deux exercices de recadrage,

  • le premier sur l’origine de l’expression « Révolution tranquille » de Jean-Philippe Warren.
  • l’autre sur sa dimension mythique avec Au-delà des faits : la Grande Noirceur et la Révolution tranquille en tant que mythistoires. Entretien avec Alexandre Turgeon.

Le dossier enchaîne avec des analyses portant sur deux repères incontournables associés à cette période, le legs de Refus global (Sophie Dubois) et l’évolution de la revue Liberté (Rachel Nadon).

Les trois articles suivants examinent l’héritage de la Révolution tranquille dans des œuvres littéraires récentes, que ce soit dans le roman (Daniel Letendre), l’essai (Vincent Lambert) ou le théâtre (Céline Philippe).

Enfin, un entretien avec Michel Biron propose un tour d’horizon de la question :

  • L’héritage ambigu de la Révolution tranquille. Entretien avec Michel Biron

Vincent Lambert propose également une recension d'ouvrage : Vincent Lambert, «Le passé québécois en ruines circulaires» et plus particulièrement de l'ouvrage de Jonathan Livernois (2014). Remettre à demain. Essai sur la permanence tranquille au Québec. Montréal : Boréal.

Le dernier article est paru le 24 janvier de cette année.

Source : Les héritages de la Révolution tranquille

Classé sous :Histoire savante, Publications

Ouvrage : Révolutions. Quand les peuples font l’Histoire

11 janvier 2017 by Lyonel Kaufmann

Avec le décès récent de Mario Soares, il a notamment été question de la Revolution des Œillets de 1974 qui a permis au Portugal de rejoindre le cercle des démocraties. Cette actualité m’a également permis de découvrir l’ouvrage «Révolutions. Quand les peuples font l’Histoire» paru en 2014 et traitant des révolutions du 17ème au 20ème siècles.

Concernant cet ouvrage offrant un un vaste panorama des révolutions protéiformes du XVIIe siècle à nos jours, il est l’œuvre d’une équipe d’enseignants-chercheurs en histoire, sous la direction de Mathilde Larrère, maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée.

A l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, Mathilde Larrère vous présente « Révolutions quand les peuples font l’histoire » aux éditions Belin.

Les différents chapitres sont partagés entre spécialistes des périodes et des zones géographiques.

Mathilde Larrère, historienne du politique, s’est donc intéressée aux révolutions anglaise du XVIIe siècle, américaine du XVIIIe, ainsi qu’à la Révolution française.

Eugénia Palieraki, experte de l’histoire politique de l’Amérique latine et de l’Espagne, s’est concentrée sur les révolutions indépendantistes latino-américaines, quarante ans après la révolution nord-américaine. Elle s’est également chargée du chapitre sur la dialectique de la guerre et de la révolution en Espagne en 1936-1939 ainsi qu’à la Revolution cubaine de 1959.

De son côté, Maud Chirio évoque, dans trois contributions, l’héritage de la révolution zapatiste au Mexique, la « longue marche » de la révolution chinoise et la « révolution des œillets ».

Concernant la Revolution portugaise des œillets de 1974, celle-ci porte son nom en raison du nom des fleurs portées à la boutonnière des jeunes capitaines. il s’agit de la première révolution réussie de l’Europe occidentale de l’après-guerre, facilitée par la fatigue de la dictature salazariste et par l’impasse des guerres coloniales. Elle mène pacifiquement vers la « normalisation » démocratique, teintée de révolution sociale et de pouvoir populaire.

Concernant la Revolution russe, ce chapitre est traité pas Félix Chartreux, enseignant au collège français de Saint-Petersbourg.

Enfin, l’ouvrage élargit son panorama aux révolutions du Proche-Orient et du monde arabo-musulman, y compris aux mouvements de 2011. Tout d’abord, Vincent Lemire, expert de l’histoire du Moyen-Orient, démontre l’importance de la révolution des Jeunes-Turcs au sein de l’Empire ottoman finissant, en 1908. Pour Vincent Lemire, il est difficile de comprendre les révolutions arabes du début du XXIe siècle sans s’attarder sur cette révolution qui eut pour conséquence de réduire la fracture politique et culturelle entre Orient et Occident. Il s’attache également à la Revolution théocratique iranienne de 1979. Vincent Lemire conclut l’ouvrage avec les révolutions arabes de 2011 (Tunisie, Egypte, Libye, Syrie), trop rapidement surnommées « nouveaux printemps des peuples ».

La thèse principale de l’ouvrage est la suivante

« les révolutions sont connectées entre elles, dans l’espace, dans le temps : par les hommes, les objets, les lieux ; par les projets dont elles héritent et qu’elles inspirent ; enfin par un faisceau de symboles, d’images, de textes, de gestes et de codes, mobilisés et constamment réinterprétés par les acteurs qui, ainsi, n’ont de cesse de citer les révolutions passées ou contemporaines à mesure qu’ils font la leur ».

Pour les auteurs, deux types d’écho mémoriel ou positionnement émergent à l’égard du phénomène révolutionnaire.

« celle du XIXe est très positive, bien que se réveillent périodiquement les anathèmes contre la Révolution française, 1793 surtout. Au contraire, la mémoire des révolutions du XXe siècle est éminemment polémique et les systèmes politiques autoritaires et répressifs discréditent bien souvent les moments révolutionnaires dont ils sont issus ».

Deux articles pour aller plus loin:

  • Révolutions, moteur de l’histoire | nonfiction.fr
  • Comment circulent les révolutions | Mediapart

L’ouvrage aux éditions Belin : http://www.editions-belin.com/ewb_pages/f/fiche-article-revolutions-18374.php

Bonne lecture !

Classé sous :Histoire savante, Publications

Histoire de France – Patrick Boucheron : « Les Français ont toujours besoin d’afficher une irréductible singularité »

11 janvier 2017 by Lyonel Kaufmann

Dans son dernier ouvrage, l’historien Patrick Boucheron s’attache à démontrer que le roman national ne s’est pas écrit sans le reste du monde. Sur France Inter, il est l’invité de Patrick Cohen.

Patrick Boucheron © Radio France
Patrick Boucheron © Radio France

L’historien a dirigé la publication de L’ Histoire mondiale de la France, publiée aux Editions du Seuil. Il fait la part belle à la ‘déconstruction’ de l’Histoire de la France: « L’ objectif était de réconcilier la pensée critique avec l’art de la narration » explique Patrick Boucheron, dont le livre balaie notre histoire dans les grandes largeurs, de la grotte Chauvet à 2015. Une histoire mondiale, car il ne peut désormais, aujourd’hui, en être autrement : « Nous sommes dans le monde. La France ne serait pas ce qu’elle est, si elle ne s’expliquait pas avec le monde (…) ce qui a mis le feu aux poudres, c’est une phrase de Michelet en 1831 : ‘Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France' ».

L’émission :

Source : Patrick Boucheron : « Les Français ont toujours besoin d’afficher une irréductible singularité »

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions

Place du témoignage et place de l’histoire : Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver

8 janvier 2017 by Lyonel Kaufmann

Matthieu Tracol nous propose une très intéressante analyse fouillée du documentaire, diffusé le 29 octobre dernier, sur Public Sénat, et intitulé Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver. Outre les informations concernant la politique de la gauche française au pouvoir à partir de 1981, son analyse permet de replacer les rôle des témoignages dans un travail d’historien et les effets de l’absence d’une telle contextualisation historique dans un documentaire télévisuel.

Réalisé par les journalistes Tristan Dessert et Clément Lacombe, Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver est consacré au « tournant de la rigueur » de 1983 (la bande-annonce est ici). Le deuxième élément est une tribune de la sociologue Dominique Méda, publiée dans Le Monde en réaction à l’élection de Donald Trump, et dans laquelle elle fustige les multiples renoncements de la gauche de gouvernement (américaine, européenne et française) à ses combats historiques. De manière significative, les exemples qu’elle égrène à l’appui de sa démonstration commencent avec le tournant de 1983, lorsque la gauche accepta « de se soumettre à une Europe qui ne parvenait pas à devenir politique », et abandonna la défense de « l’intérêt du paradigme keynésien ».

Ces deux exemples montrent à quel point l’épisode de 1983 a été construit mémoriellement comme le moment d’un basculement politique majeur… et à quel point il fait l’objet de reconstructions a posteriori, et d’interprétations plaquées. Chacun à leur manière, le documentaire de Public Sénat et la tribune de Dominique Méda témoignent d’une telle cristallisation. Le « tournant » de 1983 fait décidément l’objet de toutes les attentions. Allons nous aussi y regarder de plus près.

Lire la suite : A PROPOS DU DOCUMENTAIRE TÉLÉVISÉ LE TOURNANT. QUAND LA GAUCHE A CESSÉ DE RÊVER

Classé sous :Histoire savante, Opinions&Réflexions

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