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Histoire savante

Hermann Stegemann : un Suisse premier historien de la Première Guerre mondiale en 1917

5 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

La revue en ligne du Centre d’histoire de Sciences Po propose un nouveau numéro autour de la Grande Guerre. Issu d’un colloque international organisé en 2014 à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, ce dossier s’interroge sur la façon dont l’expérience de la guerre a réorganisé les sociétés européennes au lendemain du conflit. Un article a particulièrement retenu mon attention.  Il s’agit de l’article de l’historien allemand Gerd Krumeich consacré à l’ouvrage Geschichte des Krieges (1917) écrit par Hermann Stegemann (1870-1945), écrivain et journaliste suisse-allemand — mais d’origine allemande (La première histoire allemande de la Grande Guerre. Hermann Stegemann, Geschichte des Krieges (1917)).

Hermann Stegemann (1912). Source : Wikipedia.
Hermann Stegemann (1912). Source : Wikiipedia – https://de.wikipedia.org/wiki/Hermann_Stegemann_(Journalist)

L’historien Gerd Krumeich, analyse la première histoire du conflit éditée en 1917 par H. Stegemann, écrivain et journaliste suisse-allemand — mais d’origine allemande, pays qu’il quitta ne voulant plus vivre dans l’Allemagne de Guillaume II, trop rétrograde à ses yeux de libéral de gauche:

«Au début de l’année 1917 parut le premier volume d’un livre que tout le monde attendait depuis 1915, Geschichte des Krieges (1917) : l’auteur en était Hermann Stegemann, reconnu non comme historien de métier mais comme écrivain et journaliste. Citoyen suisse d’origine allemande, il publiait, depuis août 1914, des analyses quotidiennes sur la situation des fronts de l’Ouest et de l’Est pour le journal Der Bund, qui paraissait à Berne ; celles-ci suscitaient l’admiration des spécialistes, des militaires et des hommes politiques, en Allemagne comme à l’étranger. Stegemann acquit ainsi une réputation mondiale pendant la Grande Guerre, grâce à ses observations sur la situation de la guerre qu’il donnait régulièrement dans le journal Der Bund. Des trois ou quatre commentateurs analogues de la guerre, tels que le « Student of War » du Times, ou le capitaine norvégien Nörregaard du Morgenbladet d’Oslo, Stegemann fut le plus connu. Ses rapports, lus minutieusement par les états-majors généraux, ne furent pas sans influence sur le déroulement de la guerre.»

Après ce premier volume, trois autres suivirent entre 1918 et 1921, mais contrairement au premier volume aucun ne fut traduit :

«Les trois autres volumes de cette histoire générale de la guerre parurent de 1918 à 1921. L’ouvrage dans son ensemble était constitué en grande partie d’une histoire des batailles, les considérations d’histoire politique, voire économique et sociale, restant clairsemées et parfaitement marginales. Elles étaient elles aussi empreintes, cependant, d’une grande objectivité, quand il peignait, par exemple, le déroulement de la révolution de novembre 1918 sans autre forme de commentaire. Elle était considérée comme un fait parmi d’autres.»

Concernant la bataille de la Marne (1914), Stegemann note

« Ce qui est sûr c’est que dans les derniers jours d’août et le début septembre 1914, le peuple français était prêt à une résistance à outrance, après qu’il eut dépassé l’horreur qui l’avait saisi lors des écroulements de la Sambre et de l’Oise. C’est à ce moment-là seulement que la guerre est entrée en entier dans la volonté de la nation française. Quand l’ennemi s’approcha de Paris et que la patrie fut déclarée en danger, toutes les énergies qui couvaient se déchaînèrent. »

Enfin note Krumeich :

«Stegemann, homme de gauche, voire très à gauche dans la culture politique de l’époque, se transforma en nationaliste non repenti à la suite du traité de Versailles et de l’occupation du Rhin et de la Ruhr par les Français. Il écrivit un livre très connu aussi sur « les illusions de Versailles » où il exposa surtout (et à juste titre, en bonne partie) le manque de considération pour l’Allemagne dans le nouveau partage géographique de l’Europe.»

Stegemann, observateur lucide et attentif du Premier conflit mondial, deviendra alors, après 1933, un partisan convaincu d’Hitler jusqu’à la Nuit de Cristal de 1938. Comprenant enfin ce qui était en train de se passer, il se retira définitivement en Suisse où il mouru en 1945.

Parmi les autres articles de ce dossier, je note plus particulièrement l’article de Benjamin Gilles, consacré sont aux premières anthologies de guerre en France et en Allemagne (1914-1940) (Mises en récit collectives de l’expérience combattante. Les premières anthologies de guerre en France et en Allemagne de 1914 à 1940). Le résumé de cet article nous indique que

«L’anthologie est un genre très en vogue en France et en Allemagne avant 1914. Passé le choc des premiers mois de guerre, le monde de l’édition retrouve une activité certaine. Les anthologies publiées dans les deux pays pendant la Grande Guerre utilisent les passages les plus émouvants de correspondances de combattants qui montrent leur héroïsme, leur esprit de sacrifice pour la nation. Au sortir du conflit, cette littérature de circonstance est critiquée par les témoins et les chercheurs qui travaillent sur le témoignage combattant. Malgré quelques tentatives, les anthologies s’effacent du paysage éditorial et mémoriel. Le tournant des années 1930 constitue, tant en France qu’en Allemagne, un retour. En France, Jean Norton Cru d’abord puis André Ducasse surtout, donnent un souffle nouveau à l’anthologie, en essayant de donner à comprendre à travers elle la psychologie des combattants. En Allemagne, pour Philip Witkop, le grand promoteur de l’anthologie combattante depuis 1914, ces textes portent un discours nationaliste qui s’impose après 1933.»

En effet, concernant l’Allemagne, Benjamin Gilles note, concernant les récits de guerre que

«En Allemagne, le genre connaît une nouvelle vigueur éditoriale à partir de 1933. Il s’agit de magnifier et d’héroïser la communauté combattante à travers le recueil de récits individuels. Les recueils de lettres de la Grande Guerre sont véritablement un outil culturel en vue de la fabrication guerrière des futurs soldats de 1940. Ces derniers peuvent y puiser des modèles de comportement. Dans ces œuvres, l’individu s’efface volontairement au profit de la collectivité, ce qui est conforme au programme idéologique nazi.»

Concernant le cas français, après les anthologies des années 1930 de Jean Norton Cru et d’André Ducasse,

«ce n’est qu’au moment où la mémoire collective de « ceux de 14 » commence à s’effacer, à la fin des années 1950, que l’anthologie de récits combattants retrouve une légitimité dans l’espace éditorial et dans l’historiographie de la Première Guerre mondiale.»

Je signale également l’article de Marine Branland portant sur la «cohabitation» des prisonniers de guerre de toutes origines dans les camps allemands et surtout sur (Rencontres atypiques dans les camps allemands de prisonniers de la Grande Guerre).

Au terme de son article, Marine Branland arrive à la conclusion suivante :

«En dépit d’une évolution certaine du regard porté sur l’autre, ou plutôt sur les autres, ce qui se joue en captivité pendant la Grande Guerre constitue une sorte de parenthèse. Le discours relatif à la mission civilisatrice de la France ne saurait en effet être réduit à néant par ces mois ou ces années de captivité. La dynamique d’identification de l’autre comme un semblable qui s’impose dans un certain nombre d’images est en outre brisée par le retour. La nécessité pour les anciens prisonniers de faire de la captivité une expérience combattante à part entière induit une réinterprétation de cette expérience inédite à des fins personnelles et nationales, provoquant notamment l’exploitation de clichés qui réinstallent les frontières que la captivité avait déplacées. Le rapport entre captifs d’origines différentes n’aura donc été que provisoirement reconfiguré par la situation de captivité.»

En définitive, ce dossier de très grande qualité aborde des aspects fort intéressants, peu développés et renouvèle l’approche du conflit dans des commémorations actuelles où le poids de la mémoire prend le pas, de beaucoup, sur l’histoire du conflit.

Le dossier : Histoire@Politique n°28 : La Grande Guerre comme initiation. Vivre et dire les premières expériences

Classé sous :Histoire savante, Opinions&Réflexions, Publications

Paysages du front d’Orient. Le Mont-Liban. Les stigmates de la famine de 1915-1918 | ArchéOrient

5 avril 2016 by Lyonel Kaufmann

En France comme en Allemagne, c’est le front de l’Ouest qui occupe (tous) les esprits à propos de la Première Guerre mondiale. Pourtant, elle ne saurait se limiter aux tranchées de Verdun ou à l’offensive de la Somme ou des Flandres. Merci donc à ArchéOrient de nous proposer ce très intéressant article concernant la Première Guerre sur le front d’Orient et plus particulièrement au Liban.

Paysages du front d’Orient. Le Mont-Liban. Les stigmates de la famine de 1915-1918. – ArchéOrient – Le Blog

La commémoration du premier conflit mondial s’accompagne d’un travail sur les témoignages de l’époque, parmi lesquels la photographie, les correspondances et les écrits privés tiennent une place éminente. À un siècle de distance, les chercheurs s’attachent, peut-être plus que jadis, à la vie quotidienne, celle du front ou de l’arrière, à l’ordinaire du soldat ou des populations civiles, ou encore aux paysages que ces documents permettent d’évoquer. Au Levant, le conflit laissa d’autres marques que les découpages territoriaux des années 1920, bien qu’il n’y eut pour ainsi dire aucun affrontement direct entre les puissances de l’Entente et l’Empire Ottoman. De fait, ce que l’on appelle communément le front d’Orient est resté strictement européen du point de vue géographique : d’abord les combats des Dardanelles (1915) qui en épargnèrent la rive asiatique, puis le front de Thessalonique, dans le Nord de la Grèce (1916-1918). Au Mont-Liban où, contrairement aux régions syriennes voisines, le régime de la moutassarifiya (terme utilisé pour désigner le territoire du Mont-Liban, qui bénéficia d’une certaine autonomie politique et économique à partir de 1861) exemptait les habitants du service militaire, la mobilisation de troupes ne prit effet qu’à l’automne 1916 lorsque le gouvernement Jeune Turc abolit ce statut spécial (Fig. 1). Logiquement, tout prédisposait la Montagne à être relativement épargnée par les malheurs de la guerre. Pourtant, le conflit engendra une famine qui, s’installant peu à peu à partir de l’année 1915, se mua en une véritable hécatombe humaine au cours des trois années suivantes et eut des conséquences durables sur les paysages libanais.

Lire la suite de l’article : Paysages du front d’Orient. Le Mont-Liban. Les stigmates de la famine de 1915-1918. – ArchéOrient – Le Blog

Classé sous :Histoire savante

Les Moyens Âges de la Grande Guerre

25 mars 2016 by Lyonel Kaufmann

 

La Première Guerre mondiale est souvent décrite comme le premier conflit industriel et la première guerre totale. De chaque côté des tranchées, non seulement les combattants, mais l’ensemble des populations est mobilisé. Même le passé, et particulièrement le Moyen Âge, endosse l’uniforme, parfois, comme nous allons le voir, de manière surprenante.
Pour en savoir plus, le site Histoire médiévale vous permet de télécharger sur trois articles, initialement parus dans le numéro 57 du magazine Histoire et Images médiévales en septembre 2014.
Bonne lecture.

  • Les Moyens Âges de la Grande Guerre. L’article analyse les différentes utilisations du Moyen Âge dans la propagande de la Première Guerre mondiale, mais aussi une étonnante histoire de fantômes médiévaux venus hanter les tranchées.
  • Le Miracle des loups : Carcassonne contre Hollywood. À propos du film de Raymond Bernard réalisé en 1925, grande fresque patriotique qui utilise la guerre entre Louis XI et Charles le Téméraire comme toile de fond.
  • La guerre sans fin. Avec Gus Bofa, dessinateur de presse, caricaturiste et vétéran de la Grande Guerre, le Moyen Âge devient un détour nécessaire pour exorciser l’horreur des tranchées.
  • Rappelons aussi notre article bonus consacré à J.R.R. Tolkien qui a inventé son univers médiéval imaginaire de la Terre du Milieu pendant la Grande Guerre : J. R. R. Tolkien : Un Moyen Âge contre la Grande Guerre.

Source : Les Moyens Âges de la Grande Guerre

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire

Néandertal vivait en Espagne il y a 430’000 ans | Mediapart

15 mars 2016 by Lyonel Kaufmann

Une équipe de Leipzig a réussi à décrypter le plus ancien ADN humain jamais séquencé. Il prouve que des Néandertaliens vivaient il y a 430 000 ans dans la Sima de los Huesos, la « Grotte des os », en Espagne.

Les Néandertaliens, premiers occupants de l’Europe, étaient déjà présents en Espagne il y a 430 000 ans, et leur lignée s’est séparée de celle de l’homme moderne, notre espèce, il y a entre 550 000 et 765 000 ans, bien plus tôt qu’on ne le pensait.

Poudre d'os d'un fossile vieux de 430 000 ans de la Sima de los Huesos, dont a été tirée une séquence d'ADN. © Javier Trueba, MADRID SCIENTIFIC FILMS
Poudre d’os d’un fossile vieux de 430 000 ans de la Sima de los Huesos, dont a été tirée une séquence d’ADN. © Javier Trueba, MADRID SCIENTIFIC FILMS

C’est ce que démontre l’étude du plus ancien ADN humain jamais séquencé, réalisée par l’équipe de Matthias Meyer et Svante Pääbo, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, et publiée le 14 mars dans la revue britannique Nature.

« Les résultats [de cette étude] fournissent un point d’ancrage important dans la chronologie de l’évolution humaine, estime Svante Pääbo. Ils s’accordent avec une séparation plutôt ancienne entre la lignée des hommes modernes et les humains archaïques, datant de 550 000 à 750 000 ans. » Ce qui impliquerait que les ancêtres d’Homo sapiens aient commencé à se dissocier des autres humains anciens entre 100 000 et 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

Si les origines de l’homme moderne sont plus anciennes qu’on ne l’imaginait, cela conduit à réviser le statut de certains fossiles. On pensait que les hommes modernes et les Néandertaliens étaient issus d’une autre population appelée Homo heidelbergensis. Mais ce dernier a des représentants beaucoup trop récents pour correspondre à la chronologie résultant de l’ADN de la Sima de los Huesos. Un certain nombre de fossiles classés comme Heidelbergensis doivent-ils être considérés en réalité comme des Néandertaliens ?

Et peut-on retrouver l’ancêtre commun aux anciens Européens et à l’homme moderne ? Selon Nature, le meilleur candidat serait Homo antecessor, une espèce remontant à environ 900 000 ans, découverte elle aussi en Espagne, dans la Sierra de Atapuerca, par l’équipe d’Arsuaga. Mais son ADN n’a pas encore été étudié par Meyer et Pääbo.

Source : Néandertal vivait en Espagne il y a 430 000 ans | Mediapart

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire

Ce que racontent les «rouleaux d’Auschwitz» | Slate.fr

15 février 2016 by Lyonel Kaufmann

Certains membres des Sonderkommandos, les unités spéciales d’Auschwitz chargées de brûler les cadavres, ont réussi à laisser un témoignage des atrocités que les nazis leur faisaient commettre.

Ce que l’on appelle les «Rouleaux d’Auschwitz» sont plusieurs documents de différentes natures, réalisés par des membres du Sonderkommando, ou unité spéciale, un groupe de prisonniers principalement juifs obligés de travailler dans les crématoriums d’Auschwitz-Birkenau. (Les Rouleaux ont inspiré le film Le fils de Saul, Grand Prix du dernier Festival de Cannes et qui vient d’être nominé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.)

Ces écrits furent enfouis dans le sol des crématoires en 1944. Entre 1945 et 1980, huit cachettes de documents de cinq auteurs identifiés ont été découvertes, la plupart du temps par hasard; peu de ceux qui en connaissaient l’existence avaient survécu. Comme le montre notre ouvrage publié récemment, Matters of Testimony: Interpreting the Scrolls of Auschwitz, les documents enterrés à Auschwitz permettent de voir sous un angle nouveau et primordial le Sonderkommando et les témoignages de la Shoah.

Les récits des survivants du Sonderkommando d’Auschwitz sont principalement des réactions d’horreur et d’incompréhension face à leur abjecte situation. Les gardes étaient souvent décrits comme des brutes avinées, qui avaient trahi leurs coreligionnaires juifs en échange d’un sursis de quelques mois. Les auteurs les plus compréhensifs les présentaient quand même comme des hommes traumatisés et dépourvus d’émotions, et les survivants de l’unité spéciale eux-mêmes racontèrent souvent qu’ils n’avaient été capables de supporter leur sort qu’en abandonnant toute vie intérieure. Les Rouleaux d’Auschwitz nous offrent la possibilité d’entendre les vraies voix de membres des Sonderkommandos, depuis ce qu’ils décrivaient eux-mêmes comme le cœur de l’enfer. Loin des automates qu’en a fait la légende, on peut ici les voir comme des humains, qui pensent et qui ressentent.

Il est communément admis aujourd’hui que la Shoah est impossible à représenter. Les tentatives de représentation sont toujours accusées d’être des trahisons des expériences des victimes. Les Rouleaux nous montrent que certaines de ces victimes, pendant qu’elles le vivaient, ont fait tout leur possible pour faire savoir ce dont elles étaient les témoins.

Ces extraits donnent une idée de l’éventail d’écrits que produisit le Sonderkommando.

Lire ces extraits : Ce que racontent les «rouleaux d’Auschwitz» | Slate.fr

Illustration : Auschwitz-Birkenau State Memorial Museum

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Outils enseignement

Annette Wieviorka : “Le procès Eichmann a permis de comprendre la rationalité nazie”

12 février 2016 by Lyonel Kaufmann

Le procès Eichmann, en avril 1961, fut un moment décisif: dans l’histoire de l’Europe, dans l’histoire d’Israël, dans l’histoire de l’humanité. Le procès du plus célèbre fonctionnaire nazi est analysé, sous divers angles, dans « le Moment Eichmann ». L’historienne Annette Wieviorka a codirigé l’ouvrage. Entretien de BibliObs.

Le livre dirigé par Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka analyse, sous divers angles, le déroulement et l’écho de ce procès. Depuis les comptes-rendus à la radio (chapitre d’Amit Pinchevski, Tamar Liebes, Ora Herman), jusqu’à l’utilisation des archives (chapitre de Stewart Tryster), en passant par la représentation de la Shoah en URSS (Vanessa Voisin) ou l’étude de l’empreinte du procès dans le cinéma israélien (Ophir Lévy), le livre démonte toute la mécanique de cette représentation, théâtrale sous bien des aspects, qui se termina par la pendaison – mille fois méritée – d’Adolf Eichmann.

Désormais, il n’y avait plus d’impunité pour les génocidaires.

J’ai plus particulièrement appris :

Dans votre livre, on peut lire qu’Israël n’était pas intéressé par la chasse aux nazis, et que, pourtant, on a conçu des lois, très rapidement, qui punissaient le nazisme. 

Oui, mais la loi de 1950, sur les nazis et leurs collaborateurs, n’était pas faite pour les SS. Elle était faite pour les Juifs, ceux qu’on considérait comme des collaborateurs juifs, les membres des conseils juifs, les policiers des ghettos, les kapos des camps de concentration. Il y a eu des dizaines de procès contre les kapos.

En ce qui concerne Eichmann, Israël n’était pas très intéressé par l’idée d’un procès: c’est un homme, Fritz Bauer, procureur général du Land de Hesse, qui a forcé la main à Israël. Il a traqué Eichmann jusqu’en Argentine. Bauer était le héros du film «le Labyrinthe du Silence», sorti en 2014. Il est mort, certains disent de façon étrange, en 1968. Il était Juif, socialiste et homosexuel, donc une cible parfaite pour les nazis. Un nouveau film, sorti en Allemagne en octobre dernier, lui rend hommage: «Der Staat Gegen Fritz Bauer». Il est entièrement consacré à l’affaire Eichmann et doit sortir prochainement en France…

Le Moment Eichmann,
sous la direction de Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka,
Albin Michel, 304 p., 20 euros.

L’entretien :  http://ift.tt/1Qc86fJ

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