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Histoire Lyonel Kaufmann

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Opinions&Réflexions

L'Affaire Farewell : les rapports Est-Ouest des années 1980

4 octobre 2009 by Lyonel Kaufmann

Ce dernier vendredi, j’ai passé une agréable soirée au cinéma à la projection de L’Affaire Farewell de Christian Carion. La bande-annonce:

Ainsi donc, après son film Joyeux Nöel inscrit dans la Première Guerre Mondiale, Christian Carion nous offre un nouveau film de fiction-historique. Comme dans Joyeux Noël, il prend quelques libertés avec l’histoire réelle. Néanmoins, d’une part, son film fait preuve d’une belle maîtrise cinématographique et, d’autre part, nous offre la description de la société soviétique de l’époque. On peut d’ailleurs noter que ce film s’inscrit dans une série de films de fiction retraversant cette période telle Good Bye Lenin


Good Bye Lenin Trailer

ou La vie des autres:


La vie des autres Bande annonce
En cette année de commémoration des 20 ans de la Chute du Mur de Berlin, ces films sont intéressants puisqu’ils s’inscrivent dans ce moment charnière des années 1980.
Concernant plus particulièrement l’Affaire Farewell, celle-ci a fait l’objet, depuis quelques années, de publications et également d’un documentaire que la sortie du film de Carion remet en lumière ou renouvelle.
Vladimir Vetrov - Le vrai Farewell
Vladimir Vetrov – Le vrai Farewell
C’est ainsi qu’Arte a diffusé, en deux épisodes et en février-mars dernier, le docu-fiction L’affaire Farewell : L’espion de la vengeance de Jean-François Delassus qui mêle reconstitutions et entretiens. Vous en retrouverez ici des extraits et le découpage des deux épisodes. A noter que la chaîne Planète rediffuse les 6 et 12 octobre prochain ce documentaire sous un autre titre et en un seul épisode: L’Affaire Farewell: l’espion du siècle.
Au début pourtant, il faut revenir au livre, publié en français en 1999, de Sergueï Kostine, Bonjour Farewell, la vérité sur la taupe française du KGB (éditions Robert Laffont). Avant de revenir aux articles et témoignages qui s’inscrivent dans la foulée de la sortie du film de Carion, nous pouvons consulter le The Farewell Dossier de la CIA.
Dans le tourbillon médiatique entourant la sortie à fin septembre du film de Carion, je signale les publications suivantes:
  • « Farewell » : les secrets de l’affaire d’espionnage du siècle (Rue89)
  • C’est toujours plus simple qu’on le pense… à propos de Farewell par le colonnel PF (Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) – www.aassdn.org)
  • L’affaire Farewell, c’était lui, l’ingénieur-espion (Ouest France)
  • L’Affaire Farewell (drzz.info)
Pour terminer, ce petit tour d’horizon documentaire, je m’en voudrais de ne pas signaler le billet de Danièle sur Belles plumes (L’ Affaire Farewell 1 et 2) qui compare le film de Carion et le docu-fiction de Delassus. L’analyse est très intéressante concernant notamment le traitement des protagonistes féminines dans ces deux oeuvres.

S’il est un peu prématurer de s’avancer concernant l’utilisation du film en classe avant sa sortie en DVD, il est néanmoins possible de repérer quelques axes qui seraient envisageables:

  • la situation particulière de la France de 1981 avec ces ministres communistes dans le rapport Est-Ouest de cette époque ainsi que le poids de l’anti-communisme;
  • des films comme celui de Carion ou La vie des autres présentent la vie à l’Est au début des années 1980 comme moins monolithique au sein même du pouvoir que la vision de l’époque à l’Ouest. D’où vient et comment expliquer cet écart?;
  • l’ensemble de ces films permettent également de s’intéresser à la vie quotidienne des gens de cette époque qui pourrait être mise en parallèle avec la vie quotidienne des gens à l’Ouest à la même époque;
  • ces films récents se démarquent d’un certain anti-communisme primaire: une comparaison avec des films plus caricaturaux et des années 1980 (James Bond?) mériteraient d’être faite au travers de l’analyse des personnages. Histoire de se replonger aussi dans l’ambiance de l’époque à l’Ouest et de réinsérer d’autres événements comme la crise des missiles en Europe;
  • ces films peuvent être mis en relation avec la Chute du Mur du 1989 telle qu’elle fut présentée en 1989. L’impression d’un soudain effondrement s’en trouve relativisée. Dans quelle mesure l’anti-communisme de ces années-là est un obstacle à une meilleure compréhension de ce qui se jouait dans ces années-là? La vie n’était-elle pas plus confortable à l’Ouest sous l’angle de la bipolarisation Est-Ouest?
  • enfin, Carion n’a pas pu tourner à Moscou comme souhaité et récemment, Staline a été réhabilité notamment dans les manuels scolaires par le pouvoir russe: ces deux événements sont-ils indépendants l’un de l’autre ou témoignent-ils tous deux du retour de l’Empire russe et à des tendances totalitaires? De qui Vladimir Poutine est-il le plus proche: Lénine, Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev ou Eltsine?

Classé sous :Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :Chute du Mur, Communisme, Guerre froide, Russie, URSS

Thèses sur les sciences historiques à l'ère digitale

16 septembre 2009 by Lyonel Kaufmann

Dans sa contribution au colloque consacré aux médias numériques et les sciences historiques de septembre 2009, Peter Haber a présenté différentes hypothèses sur les évolutions possibles et les relations entre ère numérique et la science historique que nous résumons ici

  1. Littéracie numérique: les historiens connaissent quelles sont les informations disponibles numériquement ainsi que les avantages et les inconvénients des sources numériques et des sources analogiques.
  2. Critique de source: l’histoire numérique s’appuye sur la critique classique des sources en collaboration avec d’autres disciplines.
  3. Visualisation: l’histoire numérique est avant tout un texte scientifique utilisant les capacités multimédias des médias numériques.
  4. Collaboratif: les processus de travail sont effectué de manière collaborative, et non plus individuellement, à l’aide des technologies des réseaux numériques.
  5. Culture de l’Open source: l’activité éditoriale change et se calque sur les principes du libre-accès et de l’examen (on-line) des résultats par les pairs.
  6. Workflow: l’entier du processus historiographique est basculé dans les environnements numériques (h-desk, e-histoire).

Le résumé de cette présentation est très stimulante.

Source: Thesen zur Digitalen Geschichtswissenschaft | weblog.histnet.ch

Classé sous :Histoire savante, Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :ère numérique, Histoire, Historiographie, numérique, numérisée, réflexions, Science historique

Préparez-vous! La Génération Y va grave vous secouer

8 septembre 2009 by Lyonel Kaufmann

La rentrée académique approche pour mes prochain-e-s étudiant-e-s et futur-e-s enseignant-e-s. Dans une semaine, ils débuteront leur formation et pour certains autres la poursuivront. Ils y entrent avec dans leur esprit tout un ensemble de représentations, d’attente, voire de certitude sur le métier qui les attend. Peut-être serait-il bon qu’ils perçoivent quelques incontournables de l’évolution en cours ou prochaine de leur métier? Peut-être également que pour les enseignant-e-s déjà en place est-ce également utile, voire encore plus nécessaire, d’appréhender ces nouvelles réalités?

Toujours est-il que les deux articles suivants méritent d’être lus. Ils illustrent bien, à mon avis, deux incontournables qui attendent nos institutions scolaires. De gré ou de force aurais-je envie d’ajouter.

Petite histoire d’une future agonie… « Veille et Analyse TICE

Malheureusement, l’agonie de l’Ecole telle que nous la connaissons risque d’être longue. A moins que le virus de la grippe ne vienne révéler que l’on peut faire autrement. A lire les récits d’établissements prêts à assurer la « continuité de service » même à distance, on peut faire l’hypothèse que cela va révolutionner la compréhension de l’ordre scolaire actuel, à défaut de sa forme (les choses rentreront vite dans l’ordre antérieur). Et pourtant ce qui risque d’être démontré, si cela se produit, c’est que la forme scolaire n’est pas aussi immuable que d’aucuns le pensaient. En instituant le CNED en chef de file, le ministère rassure, tout le monde sait ce que cela va produire sur le système. Par contre en voyant émerger les initiatives locales basées sur l’usage des TIC (mails, plateformes collaboratives etc…) il n’est pas impossible qu’une analyse fine de ces pratiques ne permette de faire émerger un modèle à partir duquel on pourrait tenter de reconstruire un système scolaire enfin «numérisé».

Bruno Devauchelle nous gâte en général et particulièrement ces deux derniers jours avec ces réflexions subtiles et stimulante. Hier, il nous entretenait de manuels numérisés (Faut-il numériser les manuels?). Aujourd’hui, il s’interroge sur le système éducatif dans son ensemble, ses rapports au numérique et à son basculement inéluctable (?) vers le numérique. Je me retrouve pleinement dans ces propos. Comme pour Bruno, le matériel mis en place par l’éducation nationale française pour la grippe A et son éventuelle utilisation à une échelle jusqu’alors jamais connue modifieraient, selon moi, instantanément les notions d’espace, de lieu, d’établissement et de classe. Plus particulièrement encore relativement à l’enseignement magistro-centré. Rarement, une instance a été aussi loin dans le replacement des enseignants en présentiel par des moyens et outils technologiques. Même si le cas de figure ne se réalise pas, l’ouverture est faite et les parents, les élèves comme leurs enseignant-e-s peuvent déjà s’y engouffrer…

L’accéléromètre du changement éducatif pourrait aussi venir par impact générationnel et les enseignant-e-s futurs, en formation ou actuels auront tout intérêt à lire l’article de ReadWriteWeb France consacré à la fameuse Génération Y.

La génération Y va tout changer « ReadWriteWeb

Une génération cauchemardesque probablement pour ceux qui ne manquent pas de cracher leur haine de Mai 68. Une génération comme Mai 68 la rêvait probablement si le portrait fait par ReadWriteWeb n’en est pas trop caricatural. Ainsi en reprenant les sous-titre de l’article, les caractéristiques de cette génération sont les suivantes:

  • Ils sont branchés
  • La télévision n’est plus le média roi
  • Ils se foutent de la publicité et s’intéressent à ce que pensent leurs amis
  • Le travail n’est pas leur vie
  • Leur sens de la hiérarchie est différent
  • Ils ont une conscience sociale
  • L’actualité et la politique n’est plus la même

De ces caractéristiques et en se basant sur la deuxième partie de l’article dans le rapport de cette génération avec la technologie, le système éducatif devrait prendre les formes suivantes s’il ne veut pas disparaître à terme:

  • ayant grandi avec internet, ils apprendront avec…
  • ils n’apprendront pas de manière linéaire:

Leur façon de contrôler le déroulement du temps sur des programmes audiovisuels est aussi très particulière : ils ne cessent de naviguer – en avant ou en arrière – au sein d’un programme audiovisuel, la même chose est d’ailleurs valable pour la musique.

  • La socialisation avec leur pair sera au dessus de tout, mais sous leur contrôle

Le partage est synonyme de pouvoir au sein de cette génération, quel que soit ce que l’on partage : connaissance, liens, compétences ou musique, au sein d’un cadre privé ou professionnel, le pouvoir s’acquière par le partage là où le fait de posséder sans partager était lié au pouvoir des anciennes générations, qui ont vécu dans une économie de la rareté et ne comprennent rien à l’économie de l’abondance propre au numérique.

  • Les outils éducatifs devront s’inspirer des outils web

Pour ceux qui voudraient comprendre comment la génération Y voudrait voir son environnement d’apprentissage évoluer, le guide de Sacha Chaun sera une excellente introduction même si celle si est axée sur le monde professionnel:

The Gen Y Guide to Web 2.0 at Work

View more presentations from Sacha Chua.
  • Les scénarios pédagogiques devront faire avec une attention plus réduite

Ils passent d’un sujet à l’autre avec une facilité déconcertante, et non, ce n’est pas un drame ou la fin de l’intelligence, c’est juste différent.

  • le mobile sera roi

En conclusion, comme le dit ReadWriteWeb:

Tenter de les forcer à adopter la culture de leurs ancêtres n’a pas plus de chances de réussir que de forcer les enfants des années 70 a adopter l’uniforme à l’école, ceux qui s’y sont essayé se sont cassé les dents. Il est encore temps de les accueillir plutôt que de les affronter […].

Reste la question suivante: êtes-vous entré-e dans la profession d’enseignant-e pour être confronté à cela? Si oui, je vous invite à lire les articles consacrés ici aux Elèves 2.0 et plus particulièrement cet article: Elèves 2.0 recherchent de toute urgence Professeurs 2.0.

    Classé sous :Didactique, Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :Enseignement, Génération Y, médiaTICE

    Landes: les ordinateurs en classe? Toujours surestimés et sous-utilisés

    26 juillet 2009 by Lyonel Kaufmann

    En 2001, Larry Cuban publiait un ouvrage intitulé Oversold and Underused: Computers in the Classroom (Surestimés/surpayés et sous-utilisés: l’ordinateur en classe). Cuban y analysait les usages éducatifs de l’informatique dans les établissements de la Silicon Valley, haut lieu des nouvelles technologies. Dans son enquête, basée notamment sur des observations concrètes tant au primaire qu’au secondaire, voire dans les universités, de l’emploi des ordinateurs fait par les enseignant-e-s, Larry Cuban faisait les observations suivantes:

    • plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;

    • les nouvelles technologies (l’ordinateur comme la radio, la télévision ou le film avant lui) sont avant tout perçues par les enseignants comme des outils de divertissement et sont utilisées surtout en fin de journée;

    • du côté des enseignants, Cuban constatait que les technologies restent toujours à la périphérie de l’activité et des apprentissages, elles restent secondaires;

    • l’ordinateur ne modifie pas les pratiques enseignantes, les enseignant-e-s les intègrent en fonction de leurs pratiques habituelles.

    En ce début d’été 2009, le Conseil général des Landes vient de publier les résultats d’une enquête sur l’utilisation des technologies à l’école. Pour rappel, les Landes est un département pionnier dans l’utilisation des technologies puisque il prête des ordinateurs portables aux collégiens depuis 2001 et actuellement tous les élèves de 4ème et 3ème, et tous les enseignants, en disposent. Enfin l’enquête réalisée par TNS Sofres concernait autant les parents que les élèves, le personnel d’encadrement que les enseignants. Tous y ont largement répondu.

    Dans son édition du 15 juillet 2009, le Café pédagogique a répercuté les résultats de cette enquête. En voici les points saillants:

    • seulement 3 profs sur 10 estiment que l’ordinateur est utile… pour les apprentissages;

    • ce ne sont pas les jeunes enseignants qui utilisent le plus l’ordinateur mais ceux qui sont bien installés dans le poste mais pas proches de la retraite;

    • 24% des enseignants ne se servent jamais de l’ordinateur, 54% n’utilisent jamais Internet en classe;

    • plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;

    • l’ordinateur est pratique à condition qu’il maintienne le rapport pédagogique traditionnel;

    • des logiciels comme « J’ai vécu au 18ème siècle », qui se prêtent à la pluridisciplinarité et au projet, sont quasiment inconnus;

    • l’usage d’internet dans le collège hors des cours est impossible dans les trois-quarts des collèges et le travail à la maison l’ignore royalement;

    • ce qui bloque le passage au collège numérique, ce n’est pas l’équipement: c’est la culture scolaire traditionnelle.

    Lecteur attentif de Larry Cuban depuis de nombreuses années, je ne suis donc absolument pas surpris par les résultats de cette enquête qui corrèlent les différents travaux réalisés par celui-ci. J’en suis d’autant moins surpris que le trend pédagogique initié tant par les responsables politiques, les décideurs ou les enseignants, voire les parents, tend à enclencher la marche arrière et à se réfugier dans des recettes plus qu’obsolètes.

    Il n’y aura donc pas de véritable intégration technologique dans les apprentissages scolaires sans que préalablement s’affirme une volonté claire et ferme de changement de la culture scolaire traditionnelle et que cette volonté se traduise en actes au quotidien de la classe avec et sans technologies. En effet, le cadre actuel explique largement les choix rationnels effectués au quotidien par les enseignant-e-s et que Cuban décrit fort bien d’ailleurs:

    «Although information technologies have transformed most corporate workplaces, our teacher’s schedule and working conditions have changed very little. She teaches five classes a day, each 50 minutes long. Her five classes contain at least three different preparations. She has two classes of Introductory Algebra, two of Geometry, and one Calculus class. In those five classes, she sees 140 students a day. She has one period a day set aside for planning lessons, seeing students, marking papers, making phone calls to parents or vendors, previewing videos, securing a VCR or other equipment, and using the school’s copy machines for producing student materials. Our math teacher, like most of her colleagues elsewhere is a very busy person who could use rollerblades as she tries to meet all of her »
    Larry Cuban, So much high-tech money invested, so little use: how come?

    Pour modifier cette situation, les solutions ne résident pas directement dans les technologies ou les aides à leur utilisation. Dans le même article, Larry Cuban en évoquait deux

    • Reduce class size to 20 students in a class, and to 15 in high-poverty areas.
    • Decrease the current teaching load of secondary school teachers from five classes a day to four and increase the time for teaching from 50-minute periods to 100-minute periods.

    Certainement pas très populaire et coûteux, mais«making changes in what teachers do in their classrooms requires paying attention to the daily workplace conditions» («opérer des changements dans ce que les enseignant-e-s font dans leur classe requiert d’accorder une attention toute particulière sur leurs conditions de travail au quotidien»).

    Prolongements:

    Outre l’article du Café pédagogique déjà mentionné qui vous renvoie aux documents de l’enquête, vous pouvez lire «Un collégien, un ordinateur portable»: une enquête des Landes qui démontre que les profs constituent un facteur de résistance! par Mario Asselin et deux billets de Bruno Devauchelle: «Etats d’âmes dans les Landes» et «Changements en éducation : le cas des Landes». Vous pourrez aussi compléter votre connaissance de Larry Cuban à l’aide de cet interview (.mp3)

    L’article accompagnant cet interview: «Interview with Larry Cuban, Author of “Oversold and Underused: Computers in the Classroom» par Steve Hargadon.

    Classé sous :Médias et technologies, Opinions&Réflexions, Publications Balisé avec :cartable numérique, enquêtes, intégration technologie, Landes, Larry Cuban, MédiaTIC, résultats

    Quel manuel vs faut-il un manuel d'histoire?

    5 juillet 2009 by Lyonel Kaufmann

    En France, l’arrivée d’un nouveau programme d’histoire ou de toute autre matière donne lieu à l’ouverture de la chasse. Chaque éditeur scolaire relifte plus ou moins profondément sa ou ses collections de manuels et les enseignants se les voient ensuite proposés. L’arrivée donc des nouveaux programmes de 6e ne déroge donc pas à cette règle.

    Cette arrivée a donné lieu cette année à une discussion ouverte sur le Ning des Clionautes (Quel nouveau manuel de sixième choisir ?). Et c’est à la fois un des intérêts concrets de ce web 2.0 parfois si mystérieux à certains et une fenêtre très intéressante sur les préoccupations des enseignant-e-s au moment de devoir faire leur choix. Dans tous les cas, les débats ont été animés:

    Réponse de Anthony Lozac’h le 18 Juin 2009 à 22 26

    Et bien les collègues qui ont choisi le Magnard (ce n’est pas mon cas) ou encore ceux qui y ont participé vont apprécier !!!

    Merci de lire les commentaires qui font appel à des critiques constructives et mesurées car s’il y a bien un enseignement à retirer de ce débat, c’est que nous n’attendons pas tous la même chose d’un manuel. Je rappelle également que c’est le professeur qui fait le programme et pas le manuel.

    Je m’interroge sur l’intérêt de poursuivre ce débat si nous n’arrivons pas à dépasser les querelles partisanes, des jugements à l’emporte-pièce, des généralisations ou des procès d’intentions (favoriser tel ou tel éditeur).

    Cependant, dans le domaine des manuels, deux nouveaux éléments modifient progressivement la donne dans le choix et la nature de ceux-ci:

    • les manuels numériques;
    • l’Open source

    C’est ainsi que, par exemple, la Californie à la situation financière désastreuse (Le Temps –La solution de la Californie faute de dollars – 04.07.2009) planifie l’adoption de manuels numériques et libres de droits (Infobourg – Manuels scolaires numériques pour la Californie du 21e siècle):

    Californie – Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, veut remplacer les manuels scolaires traditionnels par des manuels numériques gratuits et libres de droits. Dès la rentrée 2009, les élèves du secondaire auront accès à des manuels numériques pour les cours de mathématiques et de sciences. La Californie sera ainsi le premier état américain à adopter une telle mesure.

    On trouve déjà sur le net quelques initiatives de manuels numériques libres de droits, répertoriées notamment sur Wikipedia (Open textbook) et vous trouverez ici quelques exemples relatifs à l’histoire en anglais (Community College Consortium for Open Educational Resources (CCCOER) – History ou Textbook Revolution – World History). Dans le domaines francophone, c’est l’association Sésamath qui montre la voie en ce domaine. Pour sa part, Educnet a synthétisé les enjeux économiques des manuels numériques libres de droits ou non (Educnet – Manuel numérique).

    Plus radicalement, les manuels scolaires sous toutes leurs formes forment-ils des moyens efficaces d’apprentissage? C’est ce que remet en cause l’expérience des professeurs mathématiques de l’école primaire de Woodlawn (Floride) qui en se débarrassant des manuels au profit d’autres démarches ont vu les résultats de leurs élèves s’améliorer notablement ( Tampabay.com – Woodlawn Elementary thinks outside the book to pull D to a B).

    Prolongements: Lucas N. (2001) Enseigner l’histoire dans le secondaire. Manuels et enseignement depuis 1902. Rennes: PUR.

    Classé sous :Didactique, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions, Outils enseignement Balisé avec :apprentissage, Histoire, libre de droits, manuels numériques, manuels scolaires, Open source

    Elèves 2.0 recherchent de toute urgence Professeurs 2.0

    23 juin 2009 by Lyonel Kaufmann

    D’un côté, les enseignants d’histoire recourant aux technologies restent partagés ou dubitatifs relativement à l’utilisation dans leur enseignement des outils du web 2.0 (blogs, réseaux sociaux, twitter, facebook, wikis) ainsi que l’illustre le débat actuel sur la liste H-Français relativement à la plate-forme Ning. J’en rends compte dans ma chronique mensuelle du Café Pédagogique «Histoire 1.0 versus Histoire 2.0: entre rivalités et complémentarités» (Le Café Pédagogique, no 104, juin 2009)

    De l’autre, les élèves ont déjà largement fait leur choix relativement à leurs attentes au sujet de l’internet ainsi qu’en fait écho Emilie Ogez (Ce que les jeunes attendent d’un site internet) en présentant cette vidéo consacrée à la génération Y et internet, réalisé par Julien Pouget (La Génération Y – Julien Pouget):

    On apprend ainsi qu’ils n’aiment pas qu’il y ait trop de texte, qu’ils attendent que ce soit nouveau, simple, ouvert aux commentaires et qu’un site propose des solutions concrètes… Comme le dit Emilie: «Maintenant, vous savez.»

    Pour en savoir un peu plus, quelques chiffres d’une enquête réalisée en ligne pour le compte de L’association e-Enfance par  IPSOS auprès d’un échantillon de 500 jeunes français âgés de 9 à 17 ans (informations trouvées via le carnet de Mario Asselin):

    • 66% des 13-14 ans et 74 % des 15-17 ans utilisent la webcam
    • 91% des 9-17 ans utilisent Internet pour rechercher de l’information, 80% pour communiquer avec leurs amis, 68% pour regarder des vidéos, 68% pour jouer
    • 53% des 13-14 ans et 58% des 15-17 ans animent leur propre blogue
    • 55% des jeunes de 15-17 ans ont un profil sur un réseau social (Facebook ou Myspace)
    • 7% des jeunes postent leurs propres vidéos sur Internet
    • 13% des 9–10 ans, 17% des 11-12 ans, 26% des 13-14 ans, mais 51% des 15-17 ans jouent la nuit, lorsque tout le monde est couché
    • 30% des enfants se servent du téléphone mobile pour aller sur Internet
    • Plus d’un enfant sur deux a le sentiment de pouvoir faire ce qu’il veut sur Internet sans que ses parents le sachent et ce pourcentage monte au fur et à mesure qu’ils grandissent (65% pour les plus de 13 ans et 76% pour les 15-17 ans)
    • 33% déclarent que leur profil Facebook n’est pas mis sur le mode privé
    • 2 enfants sur 10 envisagent de se rendre à un rendez-vous avec une personne inconnue rencontrée sur le Net et ce chiffre monte à 1 sur 4 pour les plus de 15 ans
    • 65% des enfants ne respectent pas au moins une des règles édictées par leurs parents

    Le web 2.0 n’est plus un secret pour les jeunes internautes et fait partie d’un incontournable, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne sont pas préoccupés par les questions de sécurité, d’authentification et de protection des données sur internet ainsi que l’enquête «Young People and Emerging Digital Services» de la Commission européenne l’a mis en évidence [Commission européenne, Joint Research Centre, Institute for Prospective Technological Studies.Young People and Emerging Digital Services – An Explanatory Survey of Motivations, Perceptions and Acceptance of Risks, 16 mars 2009, 86 p. A lire un résumé de l’enquête: Authentification numérique: qu’en pense la génération C?].

    La donne change pour l’institution scolaire et les enseignants et, pour Parole citoyenne (merci à Mario Asselin),

    «Partout à travers le monde, des étudiants se rendent à l’école, jour après jour, afin d’apprendre. Mais l’éducation telle qu’on la conçoit depuis des siècles est en révolution. Sur la toile, les gens se la réapproprient en partageant des connaissances sur les wikis et Twitter, en lisant leurs blogueurs favoris et en téléchargeant des vidéos mettant en vedette les plus grands spécialistes de la planète.»

    Afin de mieux appréhender ces réalités et ses implications sur l’enseignement, la classe et les apprentissages, Parole citoyenne nous offre ses reportages sous l’intitulé —que je trouve en lui-même très stimulant et perturbant— de Hacker l’éducation. Le premier reportage de Hacker l’éducation est centré sur le professeur dans ce nouvel univers:

    Plus que jamais donc, le rôle de l’enseignant dans la classe comme seul détenteur et transmetteur du savoir est concurrencé et remis en cause. Ce rôle d’ailleurs n’est qu’un aspect de son rôle central de médiateur, voire de «médiatisateur», des savoirs. Cette expertise reste fondamentale puisque si les élèves sont susceptibles d’entrer directement en relation avec un spécialiste du sujet, encore faut-il qu’ils puissent l’identifier comme tel et éliminer le bruit généré par le réseau. Il convient également de réfléchir aux conditions de l’intégration didactique des TIC qui doit dépasser le simple transfert des rôles habituels des acteurs vers ces nouveaux dispositifs comme cela a déjà été mis en évidence relativement aux dispositifs de formations ouvertes et à distance (FOAD):

    Les TIC souvent été introduites sans repenser préalablement les conditions de leur intégration didactique. Il y a eu d’abord, en majorité, des cas de simple transfert des rôles habituels des acteurs (enseignants et tuteurs) vers les nouveaux dispositifs. Le modèle élaboré des dispositifs de FOAD met en évidence une diversification des fonctions, tant du point de vue de l’enseignant dans ses rôles de médiateur et médiatisateur, que de celui du tuteur, et souligne que pour les apprenants, la présence de nouveaux outils technologiques ne suffit pas à en garantir la pertinence didactique ni un usage « approprié ».

    Didactique des Langues des Textes et des Cultures

    Fondamentalement, le rôle de l’enseignant restera indispensable pour autant qu’il ne reste pas la tête dans le sac et s’attelle aux véritables enjeux professionnels posés par les technologies. A ce titre, nous partageons les propos de Joseph Rezeau relativement à sa thèse de doctorat Médiatisation et médiation pédagogique dans un environnement multimédia — Le cas de l’apprentissage de l’anglais en Histoire de l’art à l’université. (2001) et nous pouvons sans autre remplacer «professeurs de langues» par «professeurs d’histoire»:

    Ils sont nombreux les professeurs de langues qui – depuis presque un demi-siècle – se posent la même question « les machines remplaceront-elles les maîtres ? ». Comme pour conjurer le sort, certains répètent haut et fort que « le maître est irremplaçable », et retournent à leurs moutons. À travers cette thèse, nous voulons adresser à ces collègues un message d’avertissement et d’espoir. Nous voulons les mettre en garde contre la politique de l’autruche qui les pousse à feindre d’ignorer qu’on n’arrête pas le progrès technologique. S’ils refusent d’investir (un peu) de leur génie didactique et (beaucoup) de leur temps pour médiatiser le savoir dans des dispositifs faisant appel aux nouvelles technologies, d’autres le feront à leur place, d’autres le font déjà. Sans doute les machines ne remplaceront-elles pas de sitôt les professeurs de langues, mais les produits multimédias interactifs utilisés par leurs élèves (en classe ou à la maison), médiatisés par d’autres qu’eux, avec des objectifs qui ne sont pas nécessairement les leurs, ne risquent-ils pas de leur faire perdre leur véritable raison d’être : leur part de médiation dans le processus d’apprentissage ? Non, les machines ne remplaceront pas les maîtres, mais ceux qui savent les utiliser remplaceront peut-être bien un jour ceux qui feignent d’en ignorer l’existence. […]. Ces technologies, ces modèles et ces outils n’attendent plus qu’un créateur : c’est à l’enseignant d’assumer ce rôle, s’il veut vraiment que ses élèves aient à nouveau besoin de lui. Le processus de création est précisément à la croisée des chemins de la recherche-action que nous avons menée et des nouvelles technologies sur lesquelles nous avons appuyé notre action.

    Conclusion de Médiatisation et médiation pédagogique dans un environnement multimédia — Le cas de l’apprentissage de l’anglais en Histoire de l’art à l’université. (2001)

    Enfin, face à la question de l’utilisation des technologies à l’école, tous les enfants ne sont pas égaux et la responsabilité éducative et sociale de l’enseignant en ce domaine reste centrale sous de nouvelles formes par rapport à la situation des années 1980 et de l’introduction du micro-ordinateur. Pour Bertrand Dupperrin (Le web 2.0 a transformé la fracture numérique en fracture sociale), la fracture demeure non pas au niveau de l’accessibilité des outils et de leur manipulation, mais relativement à leurs usage et à leur sens. Cette fracture n’est plus numérique, mais sociale:

    Autant tout le monde voyait l’intérêt d’un traitement de texte ou d’un tableau mais peinait à s’en servir, autant tout le monde peut se servir d’une application “nouvelle génération” mais peu voient à quoi elles servent. D’accord il y a des millions d’utilisateurs de ces services. Mais quel pourcentage cela représente t’il aujourd’hui de la cible potentielle ?

    La fracture numérique serait donc aujourd’hui une fracture sociale […] dans la mesure où elle concerne la capacité à s’impliquer dans des dynamiques “sociales” au sens anglais du terme, suivant la logique des réseaux du même nom. Plus que la capacité d’ailleurs, il semblerait davantage logique de parler de capacité à se situer dans ce type de dynamiques pour participer.

    On peut ensuite craindre qu’elle devienne une fracture sociale au sens premier du terme en excluant ceux qui ne peuvent s’intégrer dans des dynamiques et des réseaux vertueux.

    En outre, la lecture de l’article de Bertrand Dupperrin a d’autant plus retenu mon attention qu’il met en évidence qu’il ne s’agit pas d’une fracture générationnelle puisque la génération des plus de cinquante ans s’est emparée de Facebook et qu’on assiste à l’émergence d’une génération de «papy blogueur». La nécessité d’éviter la fracture sociale concerne ainsi autant certaines catégories d’élèves que les enseignants eux-mêmes et leur devenir professionnel.

    Décidément plus que jamais la médiation de l’enseignant-e reste nécessaire pour autant qu’il redéfinisse les lieux, les outils, les objets et les connaissances sur lesquelles celle-ci doit porter.

    Classé sous :Didactique, Histoire active, Médias et technologies, Opinions&Réflexions

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