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Histoire Lyonel Kaufmann

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Opinions&Réflexions

Eric Hobsbawm à l'âge des incertitudes | Mediapart

4 mai 2009 by Lyonel Kaufmann

Mediapart nous propose un interview vidéo en cinq parties avec Eric Hobsbawm à l’occasion de la sortie en français de deux ouvrages de cet important historien britannique, spécialiste des 19e et 20e siècles. Le premier de ces ouvrages est consacré à L’Empire, la démocratie et le terrorisme et l’autre à Marx & l’histoire.
Dans cet entretien, Eric Hobsbawm analyse la crise du capitalisme, la compare à celle qu’il a connue dans les années 30, s’inquiète de l’état de la gauche et des atteintes répétées aux libertés publiques depuis le 11 Septembre.
Vous pouvez consulter les vidéos de cet entretien ainsi que d’autres de cet historien britannique sur DailyMotion, tag « Hobsbawm« .

Qui est Eric Hobsbawm, né en 1917 à Alexandrie, d’un père britannique et d’une mère autrichienne, deux citoyens juifs de pays en guerre lorsqu’ils se sont rencontrés?
C’est au tout début des années 30, alors lycéen à Berlin, qu’Eric Hobsbawm est entré en histoire. Témoin de la Grande Crise et de l’arrivée au pouvoir de Hitler, il découvrira, adolescent, avec ses deux événements mais aussi la lecture du Manifeste du Parti communiste, sa vocation d’historien.
Quatre-vingts ans plus tard, alors que nous vivons une deuxième Grande Crise, il est souvent présenté, dans le monde anglo-saxon, comme le plus grand historien vivant, sans qu’il soit toujours besoin de préciser «marxiste» – ce qu’il revendique encore fièrement.

Source: Eric Hobsbawm à l’âge des incertitudes | Mediapart

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions Balisé avec :capitalisme, crise, EricHobsbawm, marxisme

Les vraies ruptures de Wikipedia | La rupture Internet

3 avril 2009 by Lyonel Kaufmann

Les vraies ruptures de Wikipedia | La rupture Internet:

« D’abord, le modèle wikipedia n’est pas dans la culture hiérarchique et verticale, où l’expert, le chef, le professeur parle et tout le monde l’écoute avec respect. Ceux qui se sentent bien dans cette culture sont, effectivement, déstabilises par ce modèle. »

Si le modèle Wikipedia est vraiment innovant, et digne d’être considéré, c’est pour d’autres raisons, qui sont des vraies ruptures cognitives par rapport aux schémas traditionnels.

  • La première rupture est la qualité pédagogique. Parce que ce ne sont pas forcément des experts pointus du domaine qui écrivent, Wikipedia réussit le tour de force de rendre clair des notions parfois complexes.
  • La deuxième rupture est tout le savoir qui tourne autour des articles : l’onglet ‘discussion’ qui permet aux contributeurs de partager autour d’un article avant sa modification, ou bien l’onglet ‘historique’ qui permet d’afficher les différentes modifications, et de comparer deux versions, ou bien, introduit récemment, la possibilité d’aller voir le même article dans plusieurs langues.
  • La troisième rupture est plus intéressante, il s’agit des en-têtes des articles. Par exemple : ‘Cet article est une ébauche‘, ‘cet article doit être recyclé‘,  ‘cet article ne cite pas suffisamment ses sources‘; ou bien la neutralité de point de vue, probablement la plus importantes des informations ‘meta‘. […]
  • La quatrième rupture est la plus importante : la diversité des langues.[…]
  • Classé sous :Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :culture, Internet, rupture, savoir

    Au quotidien d'Ada, Sue, Christelle, Caroline et toutes les autres…

    24 mars 2009 by Lyonel Kaufmann

    Pour le 24 mars 2009, Journée de la femme, je me suis engagé avec plus de mille blogueurs et blogueuses à publier ce jour-là un article au sujet d’une femme que j’admire, dans le milieu de la technologie ou des sciences. C’est la Journée Ada Lovelace initiée par Suw Charman-Anderson (Lire l’appel).

    Cela paraissait une échéance lointaine, mais voilà, ça y est! Je souscris totalement à cette démarche importante de donner des figures positives dans l’émancipation féminine (à ce sujet lire l’article de Stephanie Booth dans PresseCitron). Stephanie qui est une de ces femmes que j’admire particulièrement dans le milieu de la technologie. Mais pour aujourd’hui, je souhaite plus particulièrement associer deux enseignantes à cette journée.

    Toutes deux, au quotidien de la classe, sans se monter le choux, pratiquent cette intégration des technologies dans le cadre de leur activités quotidiennes de classe. Je les trouve admirables dans leur façon de montrer sans chichi la réalité de leur travail de terrain. Tout paraît alors plus simple dans ce domaine où de nombreux collèges trouvent toutes les astuces pour freiner cette intégration. En plus, quelles plus belles figures pour les filles de leurs classes et quel meilleur moyen de changer également le regard des garçons sur les filles et les technologies que ce rapport au quotidien avec leur enseignante? Sans parler de leurs collègues qui peuvent guigner au travers de la porte ouverte de leur classe!

    Avant de la rencontrer sur le net, puis récemment dans la vie réelle, je ne connaissais de Vesoul que la chanson de Jacques Brel. Pas très encourageant dans le fond. Elle même ne peut s’empêcher de s’étonner du chemin parcouru et du regard des autres sur son travail en classe à l’aide des technologies. Jusqu’à cette récompense obtenue l’année dernière lors du Forum de l’Innovation Pédagogique à laquelle s’ajoute une récompense obtenue lors du Festival de Romans, dit de l’Expression sur Internet.
    Sa devise et celle de ses élèves est « On ne naît pas internaute , on le devient! » et ils le prouvent ensemble depuis 2005 au travers de la tenue d’un Club internet, blog pédagogique dédié à l’éducation au média internet.

    Pour les initiés, auront-elles et ils déjà reconnu que je parle ici de Christelle Membrey? Depuis quelque temps, elle a élargi son champ de contagion aux adultes-enseignants en ouvrant un espace d’échange et de collaboration dédié à l’éducation aux médias sur la plate-forme Ning et qui reprend les deux axes de son action soit l’Education au Media Internet et sa conviction que l’on ne naît pas internaute, mais qu’on le devient. Enfin, depuis novembre 2008, elle s’assume aussi pleinement avec son blog bien et entièrement à elle: Christelle Membrey.

    Ma deuxième niche en hauts des terrils de Raismes. Depuis ces hauteurs, elle gazouille régulièrement avec ces élèves. Elle a dissipé bien de mes doutes sur l’utilisation de twitter dans ses dimensions classes et pédagogiques. Une leçon de météo devient une leçon du monde pour ses élèves, via les indications de températures et de météo reçues en 140 caractères maximum. Et le Nord se retrouve au Sud en passant par les Alpes suisses. Les terrils raismsois se confondent avec l’urbanité nord-américaine de Québec en passant par Bruxelles ou Londres. Allo Caroline? trop tard elle est déjà repartie pour Marseille et les rencontres de l’Orme, à moins que cela ne soit Paris pour les Ateliers du CRAP ou une assemblée des Clionautes. Le gazouillis lui va si bien au même titre que la pédagogie coopérative. Dressée sur ses talons, ne laissant à personne d’autre le soin de martyriser 😉 sa valise à roulettes, elle trouve encore le temps de s’engager dans le nouvel espace collaboratif des Clionautes, lui aussi, mais il n’y a pas de coïncidence à ce niveau-là, hébergé sur la plate-forme ning: http://clionautes.ning.com/.
    Rien ne la rebute ou ne l’arrête. C’est une touche à tout magnifique: blog (Usages pédagogiques des blogs), site internet, site collaboratif, Google Earth (Jouer au citoyen avec Google Earth), wiki (Un Wiki pour la solidarité), twitter. Un problème, ni une, ni deux une solution rapidement s’impose à elle; il y a du Luky Luke en elle:

    J’avais un problème à résoudre : rendre un cours sur La Solidarité efficace et loin du blabla habituel des bonnes intentions vite oubliées. Les élèves de mes deux classes de cinquième voulaient trouver de l’argent pour une association, mais comment faire pour que les deux classes ne soient pas concurrentes ? Leurs idées d’actions étaient sensiblement les mêmes, mais il était indélicat de leur dire « l’autre classe y a déjà pensé », ou « dans l’autre classe ils ont fait mieux ». Et comment faire pour encadrer et mettre en oeuvre les actions proposées ? Peu de temps auparavant, j’avais testé le wiki d’un ami, la prise en main me paraissait très simple, et cet outil collaboratif m’a paru répondre à ces besoins…
    (Un Wiki pour la solidarité)

    Pouce! J’ai le tournis. Il faut que je m’asseye. J’avoue tout. De Caroline Jouneau-Sion, il s’agit donc.

    A vous deux ainsi qu’à toutes les enseignantes qui au quotidien mènent leur double, triple vie et qui sans chichi empoignent dans leur classe les outils technologiques mis à leur disposition pour allier conception pédagogique, implication citoyenne et réduction de la fracture numérique, je vous dis infiniment M.E.R.C.I.. Si les technologies finiront bien un jour par être autant une évidence à l’école que la juste place des femmes dans la société, c’est bien à vous que nous le devrons.

    Classé sous :Didactique, Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions, sur le web Balisé avec :24 mars, Caroline Jouneau-Sion, Christelle Membrey, condition féminine, femmes, Stephanie Booth, Suw Charman-Anderson, technologies

    Réformer le pupitre | François Guité

    28 février 2009 by Lyonel Kaufmann

    Voici une réflexion intéressant de François Guité sur son blog Relief » Réformer le pupitre:

    « Pendant que le mobilier domiciliaire et industriel progresse à la vitesse du génie et du design, le pupitre de l’élève évolue au rythme des bancs d’église, c’est-à-dire au train de l’érosion. »

    Cette réflexion nous rappelle également les origines toute religieuse des débuts de l’instruction publique au primaire. Ainsi, dans le canton de Vaud, il est bon de se rappeler que l’accréditation des instituteurs dans les communes incombait aux débuts du XIXe siècle aux pasteurs et que la seule compétence professionnelle examinée, outre la conformité morale, était la capacité des instituteurs de lire à l’envers puisque seule la bible faisait office de manuel et était tenue par l’enseignant devant les élèves. N’y a-t-il pas plus bel et pur exemple d’un enseignement magistral?

    Référence historique mise à part, le billet de François Guité ne se contente pas de cette incise, mais présente quelques innovations dans le domaine du mobilier scolaire qui ont retenu son attention tel le AlphaBetter Adjustable Student Desk. Celui-ci permet aux élèves de travailler assis ou debout et comprend un appui-pied mobile pour les élèves qui ont la bougeotte. La chaîne ABC en a fait l’objet d’un reportage :

    Classé sous :Nouvelles de l'histoire, Opinions&Réflexions Balisé avec :innovation, mobilier, pupitres, RéformerEcole, réformes scolaires

    «14-18, le bruit et la fureur» ou le retour en 2008 du bourrage de crâne

    17 novembre 2008 by Lyonel Kaufmann

    Lors de la sortie du livre de Prost & Winter [Prost A. et Winter J. (2004). Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie. Paris: Points Histoire, 340p], les historiens de l’école du consentement (Historial de Péronne) se plaignaient de l’attitude du public à leur égard et de la production cinématographique qui selon eux faisaient uniquement la part belle à leurs adversaires de l’école de la contrainte (CRID):

    Dans les bandes dessinées de Tardi comme dans les films de Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) ou de Christian Carion (Joyeux Noël), l’équipe de l’Historial perçoit les signes de son inexorable défaite. […] « Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m’intéressent peu, prévient Annette Becker. […] Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d’officiers assassins. Heureusement, j’ai la chance de travailler avec des collègues étrangers, loin de ces petites querelles franco-françaises… »

    In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

    Tout ceci alors que

    « D’un point de vue institutionnel, Becker et Audoin-Rouzeau sont archidominants. Ils refusent le débat, et ne dialoguent qu’avec les morts… Sur ’14-18′, ils contrôlent non seulement les manuels scolaires, mais aussi les sujets d’agrégation et la bibliographie qui va avec. Et puis ils s’adossent à une puissante structure : l’Historial dispose de moyens importants pour financer des bourses, des colloques et une revue internationale… En termes de budget, y’a pas photo ! », affirme Philippe Olivera [membre du CRID].

    In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

    Rageant, non? Pas forcément dans la mesure où ainsi qu’en témoignait Bruno Cabanes, professeur associé à l’université Yale (Etats-Unis) et membre du courant du consentement:

    Chez certains jeunes, il y a une identification spectaculaire avec les soldats de la Grande Guerre. »

    In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

    Il ne restait plus, pour ces historiens officiels, qu’à trouver le moyen de renverser la vapeur. Les commémorations des quatre-vingt-dix ans de l’armistice leur en ont fourni l’occasion avec la réalisation et la diffusion de «14-18, le bruit et la fureur», produit télévisuel labellisé « documentaire historique» et qui devrait trouver ainsi une place de choix dans la mallette des enseignants. Pour parvenir à leur fin et rendre le produit attrayant à l’intention des jeunes téléspectateurs de ce début du XXIe siècle, ils disposent des ingrédients suivants :

    • Annette Becker, historienne du Mémorial, fournit la caution scientifique à cette production télévisuelle ;
    • une débauche d’effets techniques aux effets marketings et communicationnels garantis : colorisation d’images d’archives, sonorisation de ces mêmes archives muettes et intégration d’extraits de films de fiction ;
    • une construction fictionnelle au travers d’un narrateur omniscient en voix-off présenté comme un poilu traversant sans dommage l’entier du conflit ;
    • un texte très littéraire et un ton où le familier et l’émotionnel dominent.

    Cette manière de scénariser, de narrativiser l’histoire du conflit mondial n’est pas sans rappeler la démarche suivie pour l’Odyssée de l’espèce, série controversée de France 3 consacrée à la préhistoire. Au final, «14-18, le bruit et la fureur» est un produit séducteur, mais à l’honnêteté intellectuelle plus que douteuse, une machine au service d’une propagande digne des plus belles réalisations du bourrage de crâne d’alors.

    Observons-le maintenant d’un peu plus près. Pour vous mettre en situation, je vous propose de visionner la présentation de ce documentaire par le journal télévisé de France 2 :

    Le script et son décodage:

    Dans un premier temps le journaliste met l’accent sur l’exceptionnalité du document au travers des prouesses techniques (colorisation, sonorisation), le commentaire en voix-off lance le slogan suivant : « La guerre comme vous ne l’avez jamais entendue ». Il insiste : chaque plan a été sonorisé.

    Ainsi la qualité de ce documentaire viendrait non pas des sources elles-mêmes, mais des prouesses techniques qui aujourd’hui colorisent et sonorisent des images d’archives. Une telle entrée en matière occulte

    • qu’à aucun moment dans ce documentaire, il n’est procédé à un travail relativement à la nature, l’identification et la contextualisation des sources utilisées alors que 25 personnes étaient chargées de coloriser les images, aucune n’a été chargée de légender les séquences… ;
    • que seuls les extraits des films de fiction sont identifiés par leur titre et leur date de sortie ;
    • que nous ne disposons d’aucune image authentique des combats de 1914-1918 ;
    • qu’il n’y a aucune raison historienne de coloriser ces images ;
    • le fait que les sons ou les dialogues ont été inventés pour l’occasion.

    En définitive, les images ne servent que d’illustration aux propos du narrateur, poilu imaginaire, et ce soi-disant documentaire historique n’est qu’une œuvre de fiction de plus, un roman à thèse à la forme picturale particulière, mélange d’images colorisées, de quelques-unes en noir blanc et d’extraits de films de fiction.

    L’intention n’en est pas moins de faire croire au spectateur que ceci est « vrai », plus vrai en tout cas que tous les films de fiction consacrés à la guerre de 1914-1918 pour zapper ces derniers. Il serait intéressant de faire une analyse plus fine de ce documentaire pour repérer des scènes qui, sous une forme ou sous une autre, font écho à la scène d’un film de fiction. Ainsi, lorsque le film s’attèle à l’épisode de l’offensive du Chemin des Dames, il y a un commentaire du narrateur relativement aux officiers d’Etat-major, présentés comme indifférents au sort de la troupe, et les images nous montrent la cour d’une splendide bâtisse où trônent les voitures rutilantes de ces officiers. Une scène comparable figure dans le film de Stanley Kubrick, les Sentiers de la Gloire.

    La présentation du documentaire s’attache ensuite au commentaire qui accompagne les images :

    « Pour la première fois, c’est un poilu imaginaire comme le soldat inconnu qui nous raconte ces quatre ans de tranchée en images d’archives colorisées. »

    Un poilu tellement imaginaire qu’il est improbable. Ce narrateur est omniscient, l’exact inverse de Fabrice à Waterloo, et capable de nous parler de sa vie quotidienne, de ses sentiments tout en étant au courant des considérations stratégiques de l’Etat-major et nous fournissant des informations statistiques en temps réel sur le conflit. Le tout dans une langue digne d’Apollinaire et de Céline ainsi que le démontre l’extrait suivant de la vidéo :

    « On mange de la boue, on dort gluant et on vit glaise comme si on portait tout debout et déjà ouvert notre cercueil.»

    Néanmoins il est curieusement moins omniscient pour nous parler de la reproduction en termes militaires de la hiérarchie sociale et des considérations de classe. De même, il reste très largement collé à l’évocation militaire et l’offensive du Chemin des Dames, par exemple, n’est que le fait d’officiers présomptueux, coupés de la troupe, mais rien ne relie la décision de Nivelle de pousser l’infanterie sous le feu des canons avec l’approbation tacite de Clémenceau ou de Poincaré. Point non plus d’arrêt sur la participation des peuples colonisés à l’effort de guerre. Il y a des absences, des silences qui sont éloquents.

    Par ailleurs, l’incise ci-dessus permet au reportage de France 2 d’introduire le propos qui sous-tend l’entier de l’entreprise et c’est désormais Jean-François Delassus, le réalisateur, qui endosse le propos, la thèse du documentaire. Tout d’abord il indique qu’il s’agit pour le téléspectateur d’avoir

    « L’impression d’être à côté des poilus, en face d’eux, […] comme une mouche sur le mur. Il va partager leur vie. […] Moi si j’avais eu entre 18 et 45 ans, j’aurais été là à sa place et en quoi j’aurais supporté ce qu’il a vécu ? Il s’agit de comprendre comment ce poilu imaginaire a pu supporter cela et au nom de quelles valeurs »

    Pour plus de sûreté, Delassus fournit directement la réponse. Deux valeurs ont porté cette guerre : la haine et la patriotisme. Un deuxième extrait tiré de la voix off soutient ce propos du réalisateur et exalte le sang

    «Je ne veux pas passer sous silence une transe qui est aussi une jouissance. La tuerie soulage la haine.»

    Ce faisant est éliminé ainsi du champ de vision du téléspectateur toute autre dimension de l’attitude des poilus pendant et après ce conflit. Le dispositif retenu forme ainsi un écran à toute autre compréhension notamment celle du pacifisme, dans l’entre-deux-guerres, des survivants. Par une magnifique pirouette également, et par une contradiction remarquable alors qu’on a sonorisé des archives muettes de gens qui ne sont plus là pour se défendre, c’est le soldat inconnu, par essence muet, qui zappe les témoignages des survivants et notamment des deux dernier d’entre eux Lazare Ponticelli, très clair lui dans son rejet de la guerre et de l’inutilité de celle-ci («En 1914, je me suis engagé») ou Louis de Cazenave, dernier combattant ayant connu le «Chemin des Dames» :

    « La guerre ? Hay hay hay ! Un truc absurde, inutile ! A quoi ça sert de massacrer des gens ? Rien ne peut le justifier, rien ! »

    « La gloire, l’héroïsme ? De la fumisterie ! »

    « Le patriotisme ? Un moyen de vous faire gober n’importe quoi ! »

    Plus fort de café encore, cette interprétation du conflit est présentée par le réalisateur comme novatrice, révolutionnaire et sortant de l’historiquement correct :

    « En réalité ce conflit a été accepté, a été consenti par la troupe et par l’arrière. Cette vision de la guerre de 14-18 est révolutionnaire, elle est radicalement différente. Elle sort de l’historiquement correct. »

    Nous nageons ainsi en pleine malhonnêteté intellectuelle tant en fonction de la chronologie des questionnements historiographiques du conflit (l’école du consentement étant antérieur à l’école de la contrainte) que dans le statut des courants historiographiques, car s’il y a un « historiquement correct »— une vision officielle— c’est celle de l’école du consentement et donc les chercheurs de l’Historial de Péronne !

    Ressources complémentaires :

    • Historiograpnie Première Guerre mondiale : https://lyonelkaufmann.ch/histoire/historiographie_sujets/pages/_29.html
    • Décédé, Lazare Ponticelli fait basuler la Grande Guerre dans l’Histoire

    Sur les images tournées pendant la Première Guerre mondiale, un « vrai » documentaire existe : L’héroïque cinématographe (2003) de Laurent Veray et Agnès de Sacy, DVD 50 minutes, Quark Productions. Deux articles pour l’accompagner

    • http://www.cndp.fr/Tice/Teledoc/mire/mire_heroiquecine.htm avec des propositions d’utilisation avec les élèves ;
    • Un compte-rendu des Clionautes : http://www.clionautes.org/spip.php?article1611

    Classé sous :Didactique, Histoire savante, Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :commémorations, documentaire, film&histoire, MédiaTIC

    "We made history"

    6 novembre 2008 by Lyonel Kaufmann

    Barack Obama: "We Made History" Prints
    © Hyperakt

    Je pourrais dire que cela n’a pas traîné. Hier, je proposais un parcours de l’ascension de Barack Obama au travers de son utilisation de l’histoire dans les discours. Aujourd’hui, je peux vous présenter la traduction graphique du fait qu’en devenant le premier président des Etats-Unis issu de la communauté afro-américaine [1] Barack Obama fait histoire.

    Ce poster fait partie d’un ensemble de travaux graphiques qui ont agrémentés la campagne américaine et qui eux-aussi s’appuiaient, réinterprétaient et renouvelaient l’image d’Obama en s’appuyant sur des codes graphiques chargés d’histoire. Ce sont les fameux travaux utilisant notamment les slogans « Hope », « Change » ou « Progress »:

    Obama Hope
    Obama "Hope" © Shepard Fairey

    Dès janvier 2008, ces posters faisaient entrer Barack Obama dans la culture populaire. Dans un premier temps, il s’agissait de tirages en série limitée permettant à leurs acquéreurs tout à la fois de soutenir la campagne du candidat et d’effectuer un achat de nature artistique. Dans un deuxième temps, imprimés en grand nombre, ils servaient à l’affichage en milieu urbain. [2]

    Lors de la convention démocrate de Denver, Deroy Peraz, graphiste new-yorkais, d’Hyperakt réalisait une série d’affiches, déclinée en cinq combinaison de couleurs différentes, comportant le slogan « The New Hope », le nouvel espoir (Obama “The New Hope” Wallpapers). La référence historique au New Deal est on ne peut plus évidente de même que l’association Obama-Roosevelt.

    Obama The New Hope - © Hyperakt
    Obama "The New Hope" - © Hyperakt

    Dans la nuit de mardi à mercredi, Deroy Peraza a changé le slogan pour «We made history», nous avons fait l’histoire, au-dessus de «President Obama». Dans la foulée, il a également créé une affiche du couple présidentielle Barak et Michelle Obama avec pour seul slogan «Victory!» (Source: Le Temps)

    L’alliance pop-art et les références aux New Deal ne peuvent ainsi que parler aux classes moyennes. D’une part de leur véritable émergence comme acteur central de la vie politique, sociale et économique américaine. D’autre part, en les renvoyant à l’âge de leur prospérité pour leur faire envisager, alors qu’elles sont durement touchées par la crise, un nouvel âge de prospérité dont Barack Obama serait le porte-drapeau. Les référents culturels utilisés sont donc connus et intégrés par une largre frange de la population. L’art du poster est également des plus intéressant associant message artistique, politique et production de masse.

    D’autre part, ces artistes sont des militants progressistes, voire radicaux, de plus ou moins longue date qui ont fait leurs armes pendant la présidence de George W. Bush, notamment lors de la campagne de 2004. Voici à titre d’exemple deux travaux récents réalisés par Shepard Fairey [3]

    Mao, Hand Painted Multiple, Silkscreen and Mixed Media on Cotton Rag Paper. 29″ x 42″ © Shepard Fairy
    Mao, Hand Painted Multiple, Silkscreen and Mixed Media on Cotton Rag Paper. 29″ x 42″ © Shepard Fairey
    Shepard Fairey @ Jonathan LeVine Gallery
    Shepard Fairey @ Jonathan LeVine Gallery

    Ces artistes et leurs travaux jouent avec les références culturelles et s’inscrivent dans tout un mouvement tendant à refonder un discours progressiste tranchant avec le discours des néo-conservateurs qui domine la scène américaine depuis Ronald Reagan. Comme leurs prédécesseurs des années 1930, leurs productions démocratisent l’art pour former un nouvel art populaire.

    [1] Sur sa couleur de peau:

    Un sans-faute dans la communauté noire : près de 95% des électeurs afro-américains ont choisi Obama.

    Mais en ne se posant jamais comme un représentant de la communauté noire, le démocrate a convaincu qu’il pouvait être le « président de tous les Américains » et non le porte-parole des Afros-américains. L’historien Jacques Portes va plus loin :

    « Les Etats-Unis nous étonneront toujours oui ! Mais je pense que si Obama avait été un Noir du Sud des Etats-Unis, portant des revendications contre l’esclavage, il n’aurait pas eu ses chances. »

    Historique, émouvante, réjouissante : l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche prouve que cette question n’était pas la plus importante. L’Amérique aurait donc changé ?

    « Non, répond Vincent Michelot,l’Europe voit mal ce qui change aux Etats-Unis. Sur l’effet Bradley, on se trompait, le pays a changé depuis une vingtaine d’années ! L’enjeu était é-co-no-mi-que. »

    Rue89: Qui a vraiment fait gagner Barack Obama ?

    [2] Sur le travail de Shepard Fairey pour la campagne d’Obama lire Shepard Fairey: Obey Obama. The designer’s endorsement as a striking poster series.

    [3] Shepard Fairey a exposé en octobre 2007. Deux articles en lien avec cette exposition et le travail de l’artiste:

    • Artcal
    • Shepard Fairey @ Jonathan LeVine Gallery

    A noter aussi ce poster de Martin Luther King réalisé par Fairey:

    Shepard Fairey MLK, Spray Painted Stencil and Mixed Media on Cotton Rag Paper, 30″ x 44″
    Shepard Fairey MLK, Spray Painted Stencil and Mixed Media on Cotton Rag Paper, 30″ x 44″

    Ce billet a été proposé à un concours organisé par Designer Daily. N’hésitez pas à participer! (délai 15 novembre 2008)

    Classé sous :Didactique, Opinions&Réflexions

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    Appel à propositions: Living Books about History | infoclio.ch

    Les Living Books about History sont une collection d’anthologies numériques sur des sujets de recherche actuels. Chaque volume est composé d’un essai original rédigé par les éditrices et éditeurs ...

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    Historiciser notre époque : Histoires des migrations et du climat dans l’espace numérique [Appel à contributions]

    Ce projet concerne toute personne intéressée à explorer les liens entre changements environnementaux et mouvements de population au Canada, de 1850 à nos jours. Nous recherchons des contributions ...

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    Sophie Garcia Montero : transmettre l’histoire pour mieux appréhender le monde

    Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en”), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Aujourd’hui, place à Sophie Garcia Montero. ...

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    Deux découvertes révolutionnent l’histoire de nos origines | Mediapart

    5 mars 2015 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    Deux découvertes presque simultanées montrent que l’émergence du genre Homo remonte à près de 3 millions d’années, plus de 400 000 ans avant la date admise jusqu’ici. Si le puzzle de nos origines se complète, le scénario exact de l’apparition des premiers humains reste énigmatique. Ce fragment de mâchoire inférieure, trouvé en Ethiopie, est le plus ancien […]

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    Joe Sacco | du9, l'autre bande dessinée

    12 mai 2012 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    Joe Sacco est un auteur utilisant la BD pour réalisé des formes de reportages historiques. Il est l’auteur de Gaza 1956 et de Gorazde (Guerre de Yougoslavie. Tout ce qui intéresse le journalisme aujourd’hui appartiendra à l’Histoire demain. Il faut juste admettre qu’on ne peut rapporter correctement des événements quelques minutes seulement après qu’ils aient […]

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    Mickaël Bertrand : Porter l’histoire sur Instagram

    20 décembre 2019 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

     » Depuis quelques années, les ventes des manuels scolaires s’effondrent en France comme à l’étranger…. A l’inverse, la production de stories sur Instagram a été multipliée par 5 en seulement 2 ans et demi. Le nombre de stories publiées au mois de janvier 2019 a dépassé les 500 millions et l’application a désormais détrôné Snapchat […]

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    Nicola Lo Calzo : «Nous sommes tous les héritiers et héritières de l’esclavage»

    17 juillet 2018 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    Depuis 2010, le photographe italien Nicola Lo Calzo travaille sur une série intitulée Cham, qui questionne la mémoire de l’esclavage. «Je n’ai pas la prétention de donner des réponses,explique-t-il. Il s’agit plutôt de poser des questions, de m’interroger et de nous interroger sur notre propre présent, de le déconstruire à travers une perspective historique, pour […]

    Privé : La Suisse oubliée de Napoléon

    21 février 2021 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    La Suisse oubliée de Napoléon https://ift.tt/3aBWI1o Ce n’est pas une expérience que les Suisses aiment se rappeler. Pas une seule des cinq années qu’a vécues la République helvétique entre 1798 et 1803 n’a été pacifique: combats, coups d’Etat et révoltes se sont succédé sous le signe d’une constante ingérence française et d’un pillage en règle […]

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    Faudra-t-il réécrire les albums d'Astérix?

    2 septembre 2007 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    Astérix : Le domaine des dieux La vision du village gaulois perdu dans la forêt face à la grande civilisation romaine est à revoir pour les archéologues. ‘What we have found here proves that the Gauls were much more civilised than we thought. The Asterix albums will need to be completely rewritten, as they are […]

    Présence hybride ou la rentrée sous le signe de l’hybridation – préparons là ensemble ! | Techniques innovantes pour l’enseignement supérieur

    11 juin 2020 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

    Alors que la pandémie recule dans notre pays, voire semble derrière nous pour certains, la rentrée à venir dans l’enseignement supérieur se prépare selon un scénario qui intègre la nécessité de limiter les brassages de population, le fait que tous les étudiants ne pourront pas être présents à la rentrée (les extra-européens et les personnes […]

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