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Histoire Lyonel Kaufmann

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Médias et technologies

Landes: les ordinateurs en classe? Toujours surestimés et sous-utilisés

26 juillet 2009 by Lyonel Kaufmann

En 2001, Larry Cuban publiait un ouvrage intitulé Oversold and Underused: Computers in the Classroom (Surestimés/surpayés et sous-utilisés: l’ordinateur en classe). Cuban y analysait les usages éducatifs de l’informatique dans les établissements de la Silicon Valley, haut lieu des nouvelles technologies. Dans son enquête, basée notamment sur des observations concrètes tant au primaire qu’au secondaire, voire dans les universités, de l’emploi des ordinateurs fait par les enseignant-e-s, Larry Cuban faisait les observations suivantes:

• plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;

• les nouvelles technologies (l’ordinateur comme la radio, la télévision ou le film avant lui) sont avant tout perçues par les enseignants comme des outils de divertissement et sont utilisées surtout en fin de journée;

• du côté des enseignants, Cuban constatait que les technologies restent toujours à la périphérie de l’activité et des apprentissages, elles restent secondaires;

• l’ordinateur ne modifie pas les pratiques enseignantes, les enseignant-e-s les intègrent en fonction de leurs pratiques habituelles.

En ce début d’été 2009, le Conseil général des Landes vient de publier les résultats d’une enquête sur l’utilisation des technologies à l’école. Pour rappel, les Landes est un département pionnier dans l’utilisation des technologies puisque il prête des ordinateurs portables aux collégiens depuis 2001 et actuellement tous les élèves de 4ème et 3ème, et tous les enseignants, en disposent. Enfin l’enquête réalisée par TNS Sofres concernait autant les parents que les élèves, le personnel d’encadrement que les enseignants. Tous y ont largement répondu.

Dans son édition du 15 juillet 2009, le Café pédagogique a répercuté les résultats de cette enquête. En voici les points saillants:

• seulement 3 profs sur 10 estiment que l’ordinateur est utile… pour les apprentissages;

• ce ne sont pas les jeunes enseignants qui utilisent le plus l’ordinateur mais ceux qui sont bien installés dans le poste mais pas proches de la retraite;

• 24% des enseignants ne se servent jamais de l’ordinateur, 54% n’utilisent jamais Internet en classe;

• plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;

• l’ordinateur est pratique à condition qu’il maintienne le rapport pédagogique traditionnel;

• des logiciels comme « J’ai vécu au 18ème siècle », qui se prêtent à la pluridisciplinarité et au projet, sont quasiment inconnus;

• l’usage d’internet dans le collège hors des cours est impossible dans les trois-quarts des collèges et le travail à la maison l’ignore royalement;

• ce qui bloque le passage au collège numérique, ce n’est pas l’équipement: c’est la culture scolaire traditionnelle.

Lecteur attentif de Larry Cuban depuis de nombreuses années, je ne suis donc absolument pas surpris par les résultats de cette enquête qui corrèlent les différents travaux réalisés par celui-ci. J’en suis d’autant moins surpris que le trend pédagogique initié tant par les responsables politiques, les décideurs ou les enseignants, voire les parents, tend à enclencher la marche arrière et à se réfugier dans des recettes plus qu’obsolètes.

Il n’y aura donc pas de véritable intégration technologique dans les apprentissages scolaires sans que préalablement s’affirme une volonté claire et ferme de changement de la culture scolaire traditionnelle et que cette volonté se traduise en actes au quotidien de la classe avec et sans technologies. En effet, le cadre actuel explique largement les choix rationnels effectués au quotidien par les enseignant-e-s et que Cuban décrit fort bien d’ailleurs:

«Although information technologies have transformed most corporate workplaces, our teacher’s schedule and working conditions have changed very little. She teaches five classes a day, each 50 minutes long. Her five classes contain at least three different preparations. She has two classes of Introductory Algebra, two of Geometry, and one Calculus class. In those five classes, she sees 140 students a day. She has one period a day set aside for planning lessons, seeing students, marking papers, making phone calls to parents or vendors, previewing videos, securing a VCR or other equipment, and using the school’s copy machines for producing student materials. Our math teacher, like most of her colleagues elsewhere is a very busy person who could use rollerblades as she tries to meet all of her »
Larry Cuban, So much high-tech money invested, so little use: how come?

Pour modifier cette situation, les solutions ne résident pas directement dans les technologies ou les aides à leur utilisation. Dans le même article, Larry Cuban en évoquait deux

• Reduce class size to 20 students in a class, and to 15 in high-poverty areas.
• Decrease the current teaching load of secondary school teachers from five classes a day to four and increase the time for teaching from 50-minute periods to 100-minute periods.

Certainement pas très populaire et coûteux, mais«making changes in what teachers do in their classrooms requires paying attention to the daily workplace conditions» («opérer des changements dans ce que les enseignant-e-s font dans leur classe requiert d’accorder une attention toute particulière sur leurs conditions de travail au quotidien»).

Prolongements:

Outre l’article du Café pédagogique déjà mentionné qui vous renvoie aux documents de l’enquête, vous pouvez lire «Un collégien, un ordinateur portable»: une enquête des Landes qui démontre que les profs constituent un facteur de résistance! par Mario Asselin et deux billets de Bruno Devauchelle: «Etats d’âmes dans les Landes» et «Changements en éducation : le cas des Landes». Vous pourrez aussi compléter votre connaissance de Larry Cuban à l’aide de cet interview (.mp3)

L’article accompagnant cet interview: «Interview with Larry Cuban, Author of “Oversold and Underused: Computers in the Classroom» par Steve Hargadon.

Classé sous :Médias et technologies, Opinions&Réflexions, Publications Balisé avec :cartable numérique, enquêtes, intégration technologie, Landes, Larry Cuban, MédiaTIC, résultats

Le 2.0 de l'été: les outils de navigation sociale

9 juillet 2009 by Lyonel Kaufmann

Histoire de meubler l’été, histoire de faire comme les grands organes de presse, histoire aussi de préparer la rentrée, je vous propose cet été de présenter et de faire le tour d’une série d’outils «web 2.0» susceptibles d’être utilisés dans son enseignement. Un parcours bien évidemment subjectif. Les articles seront organisés en trois parties:

  • une définition;
  • une présentation de l’outil (si possible une vidéo ou un fichier son);
  • une piste d’exploitation pédagogique, voir des liens vers des utilisations pédagogiques.

Ce premier article est consacré aux outils dits de navigation social (social bookmarking en anglais).

1. définition (article de Wikipedia)

Le social bookmarking (en français « marque-page social », « navigation sociale » ou « partage de signets ») est une façon pour les internautes de stocker, de classer, de chercher et de partager leurs liens favoris. Dans un système ou réseau de bookmarking social, les utilisateurs enregistrent des listes de ressources web qu’ils trouvent utiles.

2. Présentation des outils

Les deux outils les plus populaires sont del.ico.us et diigo. Dans le domaine de l’Open source, je signalerai encore Connotea.

  • Delicious

Un des plus anciens et le plus connu dans le monde anglophone. La vidéo suivante présente à la fois le concept de navigation sociale et del.icio.us (nom de sa version 1.0).

Pour démarrer avec del.icio.us: Getting Started

Une page de ressources (en français): Tutoriel Delicious (Centre de Ressources des Espaces Publics Numériques de Wallonie) auquel ajoutera: Gestion et partage de signets en ligne (5 pages, en pdf) consacré à la version 2.0 de Delicious.

En bref, Delicious a pour lui le fait d’être le leader dans sa catégorie. En conséquence, les outils l’accompagnant se comptent en centaine (voir par exemple l’intéressant Facette fonctionnant avec Firefox). Il est épargné par la pub (grand + en milieu éducatif). Il est plutôt monomaniaque comparativement à Diigo. Par contre, il est moins orienté travail de groupe ou collaboratif.

  • Diigo

Le principal challenger de del.icio.us. Il est plus axé sur le collaboratif (via les groupes) que le précédent. Il paraît également avoir rencontré plus d’écho au niveau francophone et notamment dans les milieux de l’éducation:

Dans les fonctions intéressantes, je soulignerai les annotation que plusieurs personnes peuvent faire sur le même document:

En bref, Diigo dispose d’une large gamme d’utilisation (trop?) et d’outils pour une utilisation en classe par exemple. Il est très clairement orienté groupes et collaboratif. Le côté socialisation prédomine donc. Il paraît avoir été mieux adopté en milieu éducatif que Delicious. Par contre, la publicité est largement présente (un grand — en milieu éducatif).

  • Connotea: une introduction vidéo: www.connotea.org/A_Quick_Tour.html

Moins connu Connotea a l’avantage d’être Open Source (ce qui fait que le logiciel peut être installé sur le serveur d’une école par exemple: http://sourceforge.net/projects/connotea/). Il a été développé par une équipe de la revue Nature. Il est clairement axé sur le pôle académique/scientifique. Il dispose également de fonctions de groupes privés ou publics. Il sert également d’outil de base de données bibliographiques en ligne.

En bref, Connotea est un outil d’abord destiné aux scientifiques, plus austère que les deux outils précédents. Néanmoins, il initiera plus largement les élèves au référencement à nature académique. Ses outils groupes et collaboratif s’intègrent parfaitement à une utilisation en classe ou communauté d’enseignants.

3. Utilisation pédagogique

A lire la dernière partie du billet Sauvegarder et partager ses signets en ligne (Réseau pensant) qui propose quelques pistes d’utilisation possible en classe principalement avec Diigo. Apprendre 2.0 (Ning) a également engagé la discussion relativement à l’utilisation de Diigo (Diigo le sous-estimé?). L’académie d’Aix-Marseille a abordé cette question avec Delicious (Partager des liens internet avec Delicious v2). En anglais, je signalerai une page présentant des exemples d’utilisation pédagogiques de Diigo ainsi qu’un article consacré à l’utilisation de Delicious dans le domaine de l’éducation:

Using del.icio.us In Education

L’auteur met en évidence les éléments suivants dans le domaine éducatif:

  • une utilisation sur plusieurs ordinateurs
  • le support à la lecture
  • les mécanismes de construction de communautés éducatives
  • la ressource documentaire
  • l’aide bibliographique
  • la découverte des besoins et des centres d’intérêt des élèves
  • l’agrégation de contenu (rss)
Rebonds
  • Diigo – Web Highlighter and Sticky Notes, a delicious killer? (academicproductivity.com)
  • Tools for Managing Information Overload (slideshare.net)

Classé sous :Histoire active, Médias et technologies, Outils enseignement Balisé avec :Connotea, Delicious, Diigo, Open source, social bookmarks

Le 14 juillet 1789 sur mode Twitter | ZERO SECONDE

4 juillet 2009 by Lyonel Kaufmann

Original, amusant et indirectement une bonne idée d’activité en histoire. Il serait possible d’étudier l’emploi de twitter dans un événement comme les dernières élections iraniennes puis de transposer son utilisation relativement à un événement historique. A méditer/suivre…
ZERO SECONDE: un 14 juillet 1789 sur Twitter (par Martin Lessard)

Classé sous :Didactique, Histoire active, Médias et technologies, Outils enseignement Balisé avec :Histoire, MédiaTIC, réseaux sociaux, Révolution française, RévolutionFrançaise, twitter

Pirate Bay, Twitter, Wikipedia version propagande | Ecrans

25 juin 2009 by Lyonel Kaufmann

CC Brian Moore

Un étudiant a repris les codes graphiques des affiches de propagande de la Seconde Guerre Mondiale pour promouvoir la liberté d’expression, la neutralité du net, twitter, etc.

Ce travail est remarquable. Il fournit des pistes d’exploitation pédagogique en classe fort intéressantes.

Pour découvrir les autres visuels de Moore, c’est par ici.


Zoom : Pirate Bay, Twitter, Wikipedia version propagande- Ecrans

Classé sous :Médias et technologies, Nouvelles de l'histoire, sur le web Balisé avec :affiches, Histoire, MédiaTIC, propagande, twitter

Elèves 2.0 recherchent de toute urgence Professeurs 2.0

23 juin 2009 by Lyonel Kaufmann

D’un côté, les enseignants d’histoire recourant aux technologies restent partagés ou dubitatifs relativement à l’utilisation dans leur enseignement des outils du web 2.0 (blogs, réseaux sociaux, twitter, facebook, wikis) ainsi que l’illustre le débat actuel sur la liste H-Français relativement à la plate-forme Ning. J’en rends compte dans ma chronique mensuelle du Café Pédagogique «Histoire 1.0 versus Histoire 2.0: entre rivalités et complémentarités» (Le Café Pédagogique, no 104, juin 2009)

De l’autre, les élèves ont déjà largement fait leur choix relativement à leurs attentes au sujet de l’internet ainsi qu’en fait écho Emilie Ogez (Ce que les jeunes attendent d’un site internet) en présentant cette vidéo consacrée à la génération Y et internet, réalisé par Julien Pouget (La Génération Y – Julien Pouget):

On apprend ainsi qu’ils n’aiment pas qu’il y ait trop de texte, qu’ils attendent que ce soit nouveau, simple, ouvert aux commentaires et qu’un site propose des solutions concrètes… Comme le dit Emilie: «Maintenant, vous savez.»

Pour en savoir un peu plus, quelques chiffres d’une enquête réalisée en ligne pour le compte de L’association e-Enfance par  IPSOS auprès d’un échantillon de 500 jeunes français âgés de 9 à 17 ans (informations trouvées via le carnet de Mario Asselin):

  • 66% des 13-14 ans et 74 % des 15-17 ans utilisent la webcam
  • 91% des 9-17 ans utilisent Internet pour rechercher de l’information, 80% pour communiquer avec leurs amis, 68% pour regarder des vidéos, 68% pour jouer
  • 53% des 13-14 ans et 58% des 15-17 ans animent leur propre blogue
  • 55% des jeunes de 15-17 ans ont un profil sur un réseau social (Facebook ou Myspace)
  • 7% des jeunes postent leurs propres vidéos sur Internet
  • 13% des 9–10 ans, 17% des 11-12 ans, 26% des 13-14 ans, mais 51% des 15-17 ans jouent la nuit, lorsque tout le monde est couché
  • 30% des enfants se servent du téléphone mobile pour aller sur Internet
  • Plus d’un enfant sur deux a le sentiment de pouvoir faire ce qu’il veut sur Internet sans que ses parents le sachent et ce pourcentage monte au fur et à mesure qu’ils grandissent (65% pour les plus de 13 ans et 76% pour les 15-17 ans)
  • 33% déclarent que leur profil Facebook n’est pas mis sur le mode privé
  • 2 enfants sur 10 envisagent de se rendre à un rendez-vous avec une personne inconnue rencontrée sur le Net et ce chiffre monte à 1 sur 4 pour les plus de 15 ans
  • 65% des enfants ne respectent pas au moins une des règles édictées par leurs parents

Le web 2.0 n’est plus un secret pour les jeunes internautes et fait partie d’un incontournable, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne sont pas préoccupés par les questions de sécurité, d’authentification et de protection des données sur internet ainsi que l’enquête «Young People and Emerging Digital Services» de la Commission européenne l’a mis en évidence [Commission européenne, Joint Research Centre, Institute for Prospective Technological Studies.Young People and Emerging Digital Services – An Explanatory Survey of Motivations, Perceptions and Acceptance of Risks, 16 mars 2009, 86 p. A lire un résumé de l’enquête: Authentification numérique: qu’en pense la génération C?].

La donne change pour l’institution scolaire et les enseignants et, pour Parole citoyenne (merci à Mario Asselin),

«Partout à travers le monde, des étudiants se rendent à l’école, jour après jour, afin d’apprendre. Mais l’éducation telle qu’on la conçoit depuis des siècles est en révolution. Sur la toile, les gens se la réapproprient en partageant des connaissances sur les wikis et Twitter, en lisant leurs blogueurs favoris et en téléchargeant des vidéos mettant en vedette les plus grands spécialistes de la planète.»

Afin de mieux appréhender ces réalités et ses implications sur l’enseignement, la classe et les apprentissages, Parole citoyenne nous offre ses reportages sous l’intitulé —que je trouve en lui-même très stimulant et perturbant— de Hacker l’éducation. Le premier reportage de Hacker l’éducation est centré sur le professeur dans ce nouvel univers:

Plus que jamais donc, le rôle de l’enseignant dans la classe comme seul détenteur et transmetteur du savoir est concurrencé et remis en cause. Ce rôle d’ailleurs n’est qu’un aspect de son rôle central de médiateur, voire de «médiatisateur», des savoirs. Cette expertise reste fondamentale puisque si les élèves sont susceptibles d’entrer directement en relation avec un spécialiste du sujet, encore faut-il qu’ils puissent l’identifier comme tel et éliminer le bruit généré par le réseau. Il convient également de réfléchir aux conditions de l’intégration didactique des TIC qui doit dépasser le simple transfert des rôles habituels des acteurs vers ces nouveaux dispositifs comme cela a déjà été mis en évidence relativement aux dispositifs de formations ouvertes et à distance (FOAD):

Les TIC souvent été introduites sans repenser préalablement les conditions de leur intégration didactique. Il y a eu d’abord, en majorité, des cas de simple transfert des rôles habituels des acteurs (enseignants et tuteurs) vers les nouveaux dispositifs. Le modèle élaboré des dispositifs de FOAD met en évidence une diversification des fonctions, tant du point de vue de l’enseignant dans ses rôles de médiateur et médiatisateur, que de celui du tuteur, et souligne que pour les apprenants, la présence de nouveaux outils technologiques ne suffit pas à en garantir la pertinence didactique ni un usage « approprié ».

Didactique des Langues des Textes et des Cultures

Fondamentalement, le rôle de l’enseignant restera indispensable pour autant qu’il ne reste pas la tête dans le sac et s’attelle aux véritables enjeux professionnels posés par les technologies. A ce titre, nous partageons les propos de Joseph Rezeau relativement à sa thèse de doctorat Médiatisation et médiation pédagogique dans un environnement multimédia — Le cas de l’apprentissage de l’anglais en Histoire de l’art à l’université. (2001) et nous pouvons sans autre remplacer «professeurs de langues» par «professeurs d’histoire»:

Ils sont nombreux les professeurs de langues qui – depuis presque un demi-siècle – se posent la même question « les machines remplaceront-elles les maîtres ? ». Comme pour conjurer le sort, certains répètent haut et fort que « le maître est irremplaçable », et retournent à leurs moutons. À travers cette thèse, nous voulons adresser à ces collègues un message d’avertissement et d’espoir. Nous voulons les mettre en garde contre la politique de l’autruche qui les pousse à feindre d’ignorer qu’on n’arrête pas le progrès technologique. S’ils refusent d’investir (un peu) de leur génie didactique et (beaucoup) de leur temps pour médiatiser le savoir dans des dispositifs faisant appel aux nouvelles technologies, d’autres le feront à leur place, d’autres le font déjà. Sans doute les machines ne remplaceront-elles pas de sitôt les professeurs de langues, mais les produits multimédias interactifs utilisés par leurs élèves (en classe ou à la maison), médiatisés par d’autres qu’eux, avec des objectifs qui ne sont pas nécessairement les leurs, ne risquent-ils pas de leur faire perdre leur véritable raison d’être : leur part de médiation dans le processus d’apprentissage ? Non, les machines ne remplaceront pas les maîtres, mais ceux qui savent les utiliser remplaceront peut-être bien un jour ceux qui feignent d’en ignorer l’existence. […]. Ces technologies, ces modèles et ces outils n’attendent plus qu’un créateur : c’est à l’enseignant d’assumer ce rôle, s’il veut vraiment que ses élèves aient à nouveau besoin de lui. Le processus de création est précisément à la croisée des chemins de la recherche-action que nous avons menée et des nouvelles technologies sur lesquelles nous avons appuyé notre action.

Conclusion de Médiatisation et médiation pédagogique dans un environnement multimédia — Le cas de l’apprentissage de l’anglais en Histoire de l’art à l’université. (2001)

Enfin, face à la question de l’utilisation des technologies à l’école, tous les enfants ne sont pas égaux et la responsabilité éducative et sociale de l’enseignant en ce domaine reste centrale sous de nouvelles formes par rapport à la situation des années 1980 et de l’introduction du micro-ordinateur. Pour Bertrand Dupperrin (Le web 2.0 a transformé la fracture numérique en fracture sociale), la fracture demeure non pas au niveau de l’accessibilité des outils et de leur manipulation, mais relativement à leurs usage et à leur sens. Cette fracture n’est plus numérique, mais sociale:

Autant tout le monde voyait l’intérêt d’un traitement de texte ou d’un tableau mais peinait à s’en servir, autant tout le monde peut se servir d’une application “nouvelle génération” mais peu voient à quoi elles servent. D’accord il y a des millions d’utilisateurs de ces services. Mais quel pourcentage cela représente t’il aujourd’hui de la cible potentielle ?

La fracture numérique serait donc aujourd’hui une fracture sociale […] dans la mesure où elle concerne la capacité à s’impliquer dans des dynamiques “sociales” au sens anglais du terme, suivant la logique des réseaux du même nom. Plus que la capacité d’ailleurs, il semblerait davantage logique de parler de capacité à se situer dans ce type de dynamiques pour participer.

On peut ensuite craindre qu’elle devienne une fracture sociale au sens premier du terme en excluant ceux qui ne peuvent s’intégrer dans des dynamiques et des réseaux vertueux.

En outre, la lecture de l’article de Bertrand Dupperrin a d’autant plus retenu mon attention qu’il met en évidence qu’il ne s’agit pas d’une fracture générationnelle puisque la génération des plus de cinquante ans s’est emparée de Facebook et qu’on assiste à l’émergence d’une génération de «papy blogueur». La nécessité d’éviter la fracture sociale concerne ainsi autant certaines catégories d’élèves que les enseignants eux-mêmes et leur devenir professionnel.

Décidément plus que jamais la médiation de l’enseignant-e reste nécessaire pour autant qu’il redéfinisse les lieux, les outils, les objets et les connaissances sur lesquelles celle-ci doit porter.

Classé sous :Didactique, Histoire active, Médias et technologies, Opinions&Réflexions

Un siècle de nouvelles en un clic

23 juin 2009 by Lyonel Kaufmann

The British Library a mis en ligne deux millions de pages numérisées de journaux du 19e siècle. Ces pages sont mises à disposition en ligne. Il est possible de faire des recherches en ligne et certains articles sont en libre-consultation. Pour d’autres il faut payer pour les consulter intégralement. Par ailleurs, certains dossiers ont été réalisés et sont disponibles depuis la page d’accueil; actuellement, on y trouve des dossiers sur les Guerres napoléoniennes, la Guerre de Crimée, l’esclavage et son abolition, le chartisme) présentés dans une frise chronologique.

Le reportage vidéo permet de visualiser notamment le procédé de numération ainsi que d’avoir un aperçu de la qualité de consultation en ligne des documents ainsi numérisés ainsi que d’offrir un superbe voyage dans le temps.

L’article de la BBC news: BBC NEWS | UK | Just click for a century of news

Classé sous :Histoire active, Histoire savante, Médias et technologies, Nouvelles de l'histoire Balisé avec :archives numériques, journaux, MédiaTIC, sources

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