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Histoire Lyonel Kaufmann

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Histoire savante

Comprendre les origines de la Shoah

28 février 2009 by Lyonel Kaufmann

Pendant longtemps, les historiens ont pensé que toute la Shoah avait été planifiée avant le déclenchement de la guerre germano-soviétique ; ensuite est venue une école d’historiens, plus attentive à la complexité du processus révélé par les documents – en particulier au rôle des initiatives prises par les agents locaux du génocide – qui a douté et, au contraire, défendu la thèse selon laquelle rien n’avait été planifié avant juin 1941 : la Shoah serait progressivement sortie de la radicalisation de la guerre, à partir d’août 1941.

Dans son ouvrage, Heydrich et la solution finale, Edouard Husson défend lui la thèse qu’une première conception de la « solution finale » avait été planifiée dès le printemps 1941. Ce n’était pas exactement la Shoah telle qu’elle s’est effectivement déroulée – voilà l’acquis des discussions scientifiques de ces vingt dernières années – mais c’était déjà un projet de génocide : il aurait été plus progressif que la Shoah et aurait plus eu recours à la mort provoquée par famine ou par le travail forcé que ce que nous connaissons.

Cet article d’Edouard Husson fait le point sur son travail et les divergences avec les tenants d’une radicalisation dès août 1941.

Comprendre les origines de la Shoah – La vie des idées

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Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire Balisé avec :Edouard Husson, Heydrich, Historiographie, Shoah, solution finale

Les génocides dans l’histoire : compléments documentaires, par Peggy Pierrot et Olivier Pironet (Le Monde diplomatique)

26 février 2009 by Lyonel Kaufmann

Les génocides dans l’histoire : compléments documentaires, par Peggy Pierrot et Olivier Pironet (Le Monde diplomatique)

76.jpg

« Les génocides dans l’histoire », Manière de voir, numéro 76, août-septembre 2004.
Mémoire, négation et oubli : de la Shoah au génocide arménien, du passé colonial à la folie des Khmers rouges.

Voir aussi, les articles traitant de ce thème sur histoire.lyonelkaufmann.ch: Génocide

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Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, sur le web Balisé avec :Arménie, Cambodge, Génocide, Ressources, Rwanda, Shoah, Turquie

«14-18, le bruit et la fureur» ou le retour en 2008 du bourrage de crâne

17 novembre 2008 by Lyonel Kaufmann

Lors de la sortie du livre de Prost & Winter [Prost A. et Winter J. (2004). Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie. Paris: Points Histoire, 340p], les historiens de l’école du consentement (Historial de Péronne) se plaignaient de l’attitude du public à leur égard et de la production cinématographique qui selon eux faisaient uniquement la part belle à leurs adversaires de l’école de la contrainte (CRID):

Dans les bandes dessinées de Tardi comme dans les films de Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) ou de Christian Carion (Joyeux Noël), l’équipe de l’Historial perçoit les signes de son inexorable défaite. […] « Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m’intéressent peu, prévient Annette Becker. […] Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d’officiers assassins. Heureusement, j’ai la chance de travailler avec des collègues étrangers, loin de ces petites querelles franco-françaises… »

In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

Tout ceci alors que

« D’un point de vue institutionnel, Becker et Audoin-Rouzeau sont archidominants. Ils refusent le débat, et ne dialoguent qu’avec les morts… Sur ’14-18′, ils contrôlent non seulement les manuels scolaires, mais aussi les sujets d’agrégation et la bibliographie qui va avec. Et puis ils s’adossent à une puissante structure : l’Historial dispose de moyens importants pour financer des bourses, des colloques et une revue internationale… En termes de budget, y’a pas photo ! », affirme Philippe Olivera [membre du CRID].

In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

Rageant, non? Pas forcément dans la mesure où ainsi qu’en témoignait Bruno Cabanes, professeur associé à l’université Yale (Etats-Unis) et membre du courant du consentement:

Chez certains jeunes, il y a une identification spectaculaire avec les soldats de la Grande Guerre. »

In 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens (Le Monde, 10.03.2006)

Il ne restait plus, pour ces historiens officiels, qu’à trouver le moyen de renverser la vapeur. Les commémorations des quatre-vingt-dix ans de l’armistice leur en ont fourni l’occasion avec la réalisation et la diffusion de «14-18, le bruit et la fureur», produit télévisuel labellisé « documentaire historique» et qui devrait trouver ainsi une place de choix dans la mallette des enseignants. Pour parvenir à leur fin et rendre le produit attrayant à l’intention des jeunes téléspectateurs de ce début du XXIe siècle, ils disposent des ingrédients suivants :

  • Annette Becker, historienne du Mémorial, fournit la caution scientifique à cette production télévisuelle ;
  • une débauche d’effets techniques aux effets marketings et communicationnels garantis : colorisation d’images d’archives, sonorisation de ces mêmes archives muettes et intégration d’extraits de films de fiction ;
  • une construction fictionnelle au travers d’un narrateur omniscient en voix-off présenté comme un poilu traversant sans dommage l’entier du conflit ;
  • un texte très littéraire et un ton où le familier et l’émotionnel dominent.

Cette manière de scénariser, de narrativiser l’histoire du conflit mondial n’est pas sans rappeler la démarche suivie pour l’Odyssée de l’espèce, série controversée de France 3 consacrée à la préhistoire. Au final, «14-18, le bruit et la fureur» est un produit séducteur, mais à l’honnêteté intellectuelle plus que douteuse, une machine au service d’une propagande digne des plus belles réalisations du bourrage de crâne d’alors.

Observons-le maintenant d’un peu plus près. Pour vous mettre en situation, je vous propose de visionner la présentation de ce documentaire par le journal télévisé de France 2 :

Le script et son décodage:

Dans un premier temps le journaliste met l’accent sur l’exceptionnalité du document au travers des prouesses techniques (colorisation, sonorisation), le commentaire en voix-off lance le slogan suivant : « La guerre comme vous ne l’avez jamais entendue ». Il insiste : chaque plan a été sonorisé.

Ainsi la qualité de ce documentaire viendrait non pas des sources elles-mêmes, mais des prouesses techniques qui aujourd’hui colorisent et sonorisent des images d’archives. Une telle entrée en matière occulte

  • qu’à aucun moment dans ce documentaire, il n’est procédé à un travail relativement à la nature, l’identification et la contextualisation des sources utilisées alors que 25 personnes étaient chargées de coloriser les images, aucune n’a été chargée de légender les séquences… ;
  • que seuls les extraits des films de fiction sont identifiés par leur titre et leur date de sortie ;
  • que nous ne disposons d’aucune image authentique des combats de 1914-1918 ;
  • qu’il n’y a aucune raison historienne de coloriser ces images ;
  • le fait que les sons ou les dialogues ont été inventés pour l’occasion.

En définitive, les images ne servent que d’illustration aux propos du narrateur, poilu imaginaire, et ce soi-disant documentaire historique n’est qu’une œuvre de fiction de plus, un roman à thèse à la forme picturale particulière, mélange d’images colorisées, de quelques-unes en noir blanc et d’extraits de films de fiction.

L’intention n’en est pas moins de faire croire au spectateur que ceci est « vrai », plus vrai en tout cas que tous les films de fiction consacrés à la guerre de 1914-1918 pour zapper ces derniers. Il serait intéressant de faire une analyse plus fine de ce documentaire pour repérer des scènes qui, sous une forme ou sous une autre, font écho à la scène d’un film de fiction. Ainsi, lorsque le film s’attèle à l’épisode de l’offensive du Chemin des Dames, il y a un commentaire du narrateur relativement aux officiers d’Etat-major, présentés comme indifférents au sort de la troupe, et les images nous montrent la cour d’une splendide bâtisse où trônent les voitures rutilantes de ces officiers. Une scène comparable figure dans le film de Stanley Kubrick, les Sentiers de la Gloire.

La présentation du documentaire s’attache ensuite au commentaire qui accompagne les images :

« Pour la première fois, c’est un poilu imaginaire comme le soldat inconnu qui nous raconte ces quatre ans de tranchée en images d’archives colorisées. »

Un poilu tellement imaginaire qu’il est improbable. Ce narrateur est omniscient, l’exact inverse de Fabrice à Waterloo, et capable de nous parler de sa vie quotidienne, de ses sentiments tout en étant au courant des considérations stratégiques de l’Etat-major et nous fournissant des informations statistiques en temps réel sur le conflit. Le tout dans une langue digne d’Apollinaire et de Céline ainsi que le démontre l’extrait suivant de la vidéo :

« On mange de la boue, on dort gluant et on vit glaise comme si on portait tout debout et déjà ouvert notre cercueil.»

Néanmoins il est curieusement moins omniscient pour nous parler de la reproduction en termes militaires de la hiérarchie sociale et des considérations de classe. De même, il reste très largement collé à l’évocation militaire et l’offensive du Chemin des Dames, par exemple, n’est que le fait d’officiers présomptueux, coupés de la troupe, mais rien ne relie la décision de Nivelle de pousser l’infanterie sous le feu des canons avec l’approbation tacite de Clémenceau ou de Poincaré. Point non plus d’arrêt sur la participation des peuples colonisés à l’effort de guerre. Il y a des absences, des silences qui sont éloquents.

Par ailleurs, l’incise ci-dessus permet au reportage de France 2 d’introduire le propos qui sous-tend l’entier de l’entreprise et c’est désormais Jean-François Delassus, le réalisateur, qui endosse le propos, la thèse du documentaire. Tout d’abord il indique qu’il s’agit pour le téléspectateur d’avoir

« L’impression d’être à côté des poilus, en face d’eux, […] comme une mouche sur le mur. Il va partager leur vie. […] Moi si j’avais eu entre 18 et 45 ans, j’aurais été là à sa place et en quoi j’aurais supporté ce qu’il a vécu ? Il s’agit de comprendre comment ce poilu imaginaire a pu supporter cela et au nom de quelles valeurs »

Pour plus de sûreté, Delassus fournit directement la réponse. Deux valeurs ont porté cette guerre : la haine et la patriotisme. Un deuxième extrait tiré de la voix off soutient ce propos du réalisateur et exalte le sang

«Je ne veux pas passer sous silence une transe qui est aussi une jouissance. La tuerie soulage la haine.»

Ce faisant est éliminé ainsi du champ de vision du téléspectateur toute autre dimension de l’attitude des poilus pendant et après ce conflit. Le dispositif retenu forme ainsi un écran à toute autre compréhension notamment celle du pacifisme, dans l’entre-deux-guerres, des survivants. Par une magnifique pirouette également, et par une contradiction remarquable alors qu’on a sonorisé des archives muettes de gens qui ne sont plus là pour se défendre, c’est le soldat inconnu, par essence muet, qui zappe les témoignages des survivants et notamment des deux dernier d’entre eux Lazare Ponticelli, très clair lui dans son rejet de la guerre et de l’inutilité de celle-ci («En 1914, je me suis engagé») ou Louis de Cazenave, dernier combattant ayant connu le «Chemin des Dames» :

« La guerre ? Hay hay hay ! Un truc absurde, inutile ! A quoi ça sert de massacrer des gens ? Rien ne peut le justifier, rien ! »

« La gloire, l’héroïsme ? De la fumisterie ! »

« Le patriotisme ? Un moyen de vous faire gober n’importe quoi ! »

Plus fort de café encore, cette interprétation du conflit est présentée par le réalisateur comme novatrice, révolutionnaire et sortant de l’historiquement correct :

« En réalité ce conflit a été accepté, a été consenti par la troupe et par l’arrière. Cette vision de la guerre de 14-18 est révolutionnaire, elle est radicalement différente. Elle sort de l’historiquement correct. »

Nous nageons ainsi en pleine malhonnêteté intellectuelle tant en fonction de la chronologie des questionnements historiographiques du conflit (l’école du consentement étant antérieur à l’école de la contrainte) que dans le statut des courants historiographiques, car s’il y a un « historiquement correct »— une vision officielle— c’est celle de l’école du consentement et donc les chercheurs de l’Historial de Péronne !

Ressources complémentaires :

  • Historiograpnie Première Guerre mondiale : https://lyonelkaufmann.ch/histoire/historiographie_sujets/pages/_29.html
  • Décédé, Lazare Ponticelli fait basuler la Grande Guerre dans l’Histoire

Sur les images tournées pendant la Première Guerre mondiale, un « vrai » documentaire existe : L’héroïque cinématographe (2003) de Laurent Veray et Agnès de Sacy, DVD 50 minutes, Quark Productions. Deux articles pour l’accompagner

  • http://www.cndp.fr/Tice/Teledoc/mire/mire_heroiquecine.htm avec des propositions d’utilisation avec les élèves ;
  • Un compte-rendu des Clionautes : http://www.clionautes.org/spip.php?article1611

Classé sous :Didactique, Histoire savante, Médias et technologies, Opinions&Réflexions Balisé avec :commémorations, documentaire, film&histoire, MédiaTIC

Histoire suisse: Et si le Pacte de 1291 était un faux?

1 août 2008 by Lyonel Kaufmann

Hier soir, c’était l’heure du cortège aux flambeaux à La Tour-de-Peilz. Soudain, la question posée à l’historien: que s’est-il passé le 1er août 1291? que fête-t-on? Question éminement piège entre la mythologie politique et la réalité historique. D’autant que le journal Le Temps du 31.07.2008 se fait l’écho des thèses de l’historien médiéviste Roger Sablonier qui révise l’histoire des trois cantons fondateurs —mais de quoi en 1291?— jusqu’à affirmer que la Suisse primitive comme berceau de la Confédération n’a pas existé. Et qui nous pose la question: et si le Pacte de 1291 était un faux? Cette question fait l’objet du premier volet de ma série de l’été consacrée à l’Histoire suisse.

Bon les historiens savaient déjà depuis longtemps que le Pacte de 1291 n’avait rien d’extraordinaire ou d’exceptionnel. D’abord, il avait été retrouvé par hasard en 1724 après avoir été cité une première fois vers 1530 soit près de 150 ans après les faits. Ensuite, les Waldstaetten n’avaient pas été les seuls à produire ce type de document à la mort de Rodolphe de Habsbourg et c’était une pratique courante à la mort de l’Empereur. Enfin, les soucis exprimés par ces communautés portaient plus sur la sécurité économique de la voie commerciale du Gothard que sur la sécurité extérieure et il ne parle ni de liberté, ni de résistance.

Bon depuis le temps aussi, tout le monde devrait savoir que les histoires de Guillaume Tell et du serment du Grütli ne sont que des mythes et n’ont aucune réalité historique. De même que la fête nationale et le choix du premier août datent de 1891.

Bon mais tout ceci n’a pas beaucoup fait évolué la connaissance du grand public et du monde politique. D’autant que comme le disait Hans Ulrich Jost, mon estimé professeur d’université, l’histoire suisse et son historiographie** ont toujours été sous l’influence du politique:

« L’impact du discours politique sur l’historiographie suisse ne date pas seulement des temps modernes, […]. En effet, l’identité nationale de la Suisse moderne [qui naît en 1848] est en premier lieu de caractère politique. Face aux Etats nationaux exprimant leur identité par un concept culturel qui relève de la langue, d’un espace géo-culturel et même de la race, l’Etat fédéral du XIXe siècle s’est vu contraint de fonder l’esprit national sur le discours politique. La nation suisse, manquant d’un concept culturel cohérent, se réfère à la volonté politique. A l’histoire donc de trouver des valeurs traditionnelles, voire mythiques, conformes au discours politique. A partir de cette conjonction, l’historiographie est devenue davantage le corollaire du développement politique. »

Jost H. U. (2005). «L’historiographie contemporaine suisse sous l’emprise de la Défense spirituelle». In A tire d’ailes. Contributions de Hans Ulrich Jost à une histoire critique de la Suisse. Lausanne Antipodes, p. 174

Mise en place par des historiens radicaux dès le XIXe siècle (Dierauer et Dändliker), cette histoire politique est reprise par les historiens des années 1930 et vulgarisée par ceux des années 1950 et 1960 qui accentuent les légendes de la création de la Confédération « afin de mieux s’inscrire dans l’idée de la Défense spirituelle ». [idem, p. 175]

La remise en cause de cette hagiographie historique (l’hagiographie étant l’histoire d’un-e saint-e, faite pour permettre sa canonisation en regroupant notamment les miracles fait-e-s par lui) date de l’après-guerre, mais sera en premier lieu l’oeuvre d’écrivains suisses, avec en tête de liste Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt. Pour le grand public, il faudra attendre la publication de la Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses en 1982 pour que soit portée à sa connaissance les changements apportés l’histoire de cette période par les travaux universitaires de nos historiens.

Mais personne jusqu’à présent ne s’était intéressé à l’authenticité des documents phares de cette Suisse primitive. Or, comme le relate le journal Le Temps dans son édition du 31 juillet sous la plume de l’excellente Catherine Cossy, un nouveau livre de l’historien Roger Sablonier (Professeur d’histoire à l’université de Zurich de 1979 à 2006), publié en Suisse alémanique, non seulement fait des fiers Waldstätten épris de liberté des ancêtres imaginaires, mais conteste l’authenticité de deux documents principaux : le Pacte de 1291 et le Pacte de Brunnen de 1315:

«Maintenant que l’on a une autre manière d’aborder les sources écrites, que l’on accepte qu’elles ont avant tout un caractère symbolique, car rédigées après coup pour justifier des rapports de pouvoir, c’était le moment de présenter une synthèse sur cette époque.»

Ainsi, une analyse au carbone 14 d’un minuscule fragment du Pacte de 1291 réalisée par l’Institut de physique des particules de l’EPFZ révélerait que celui-ci pourrait avoir été rédigé en 1309. De même;

«La Charte de Brunnen, qui renouvelait l’alliance des Confédérés après la bataille de Morgarten en 1315, et dont on n’a jamais douté de la date originale jusqu’à maintenant, est écrite sur un parchemin datant au minimum de la fin du XIXe siècle. Comme certains privilèges impériaux, conservés précieusement aux côtés du Pacte fédéral dans le musée de Schwyz, ces textes ont été généralement écrits ou recopiés et arrangés après coup par ceux qui détenaient le pouvoir pour justifier de leurs prétentions.» (Le Temps)

Comme l’indique l’historien Jean-Daniel Morerod, professeur à l’Université de Neuchâtel, interrogé par Le Temps:

Alors que le caractère particulier de la Suisse se trouve aujourd’hui confirmé par son refus d’entrer dans l’Europe, c’est précisément à ce moment-là que la légitimité du Sonderfall disparaîtrait. Cela a des conséquences pour le pays: le cas particulier que nous vivons aujourd’hui est moins séduisant. On perd la caution des ancêtres. C’est une perte au niveau symbolique. On atteint à l’idée mythique d’une continuité dans l’esprit de résistance et de liberté.

L’occasion aussi pour la Suisse de faire véritablement un travail d’histoire dont une des premières conséquences pourrait être de réévaluer son rapport et la place accordée à l’étranger dans sa construction. Ceci fera l’objet du deuxième épisode de notre série de l’été:

Sans la France, la Suisse aurait-elle pu voir le jour?

Que cela ne vous empêche pas, si le temps vous le permet, de participer ce soir aux festivités du premier août dans votre région…

Notes:

* Pour les personnes intéressées, la lecture du livre de Jean-François Bergier (1988) Guillaume Tell. Paris: Fayard apportera tous les éclairages voulus non seulement sur le mythe de Guillaume Tell, mais sur la soi-disant Naissance de la Confédération en 1291.

** L’historiographie désigne l’histoire de l’écriture de l’histoire. Érigée en spécialité de la discipline historique, l’historiographie présente généralement le regard d’un historien sur ses prédécesseurs et sur leur travail.

Légende et source de l’illustration: La mère patrie Helvétie danse avec ses filles, les cantons, sur la prairie du Grütli. Cette carte postale datée de 1900 et déposée aux archives du canton de Schwyz fait partie de cette iconographie qui exalte le mythe fondateur du Grütli. Comme il se doit, Uri, Schwyz et Unterwald sont au centre . (photo: Hier & JetztVerlag für Kultur und Geschichte)

Ouvrage: Roger Sablonier (2008) Gründungszeit ohne Eidgenossen. Zurich: Verlag hier+ jetzt. Voir aussi Swissinfo: http://www.swissinfo.ch/fre/swissinfo.html?siteSect=43&sid=9404117

Classé sous :Histoire savante, Nouvelles de l'histoire, Publications Balisé avec :Histoire, Historiographie, Mythes, Naissance Confédération, Suisse

"Le racisme a besoin d’ignorance pour s’incruster"

5 novembre 2007 by Lyonel Kaufmann

Merci à Alain Hubler pour son billet (Le racisme inconscient) et la vidéo trouvée de Kahm Piankhy qui traite du racisme et de son invention.
Merci aussi à Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS de Marseille, et à ses explications claires et limpides.


Le racisme inconscient
Uploaded by www-Piankhy-com

Décidément la bêtise et la méchanceté humaine (et celle des Européens dans le cas présent) est sans limite.

Classé sous :Histoire savante

Roy Rosenzweig (1950—2007)

29 octobre 2007 by Lyonel Kaufmann

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Roy Rosenzweig (1950—2007)

Roy Rosenzweig n’est pas un historien fort connu dans nos contrées. C’est dommage. Historien américain, il est un des pionniers relativement à l’histoire et l’utilisation des nouveaux médias. Ses préoccupations portaient notamment sur la mise à disposition de ressources historiques sous forme digitale (Digital history).

Parmi ses travaux, il faut noter
– la réalisation d’un CD-Rom sur l’histoire américaine en deux volumes « Who built america ? » (volume 1 et volume 2).
– il est le co-fondateur en 1994 du Center for History and New Media.
– des supports de cours sur le web en relation notamment avec l’histoire américaine (History Matters. The U.S. survey course on the web) ou de l’histoire mondiale (World History Matters)
– un guide pour les étudiants et chercheurs en histoire des ressources digitales (Digital History: A Guide to Gathering, Preserving, And Presenting the Past on the Web) dont le titre résume bien les préoccupations et les orientations du travail de Reosenzweig.
– plusieurs essais en relation avec le travail de l’historien à l’ère des ressources digitales dont un récent article « Can History be Open Source? Wikipedia and the Future of the Past » [traduction en français par Clioweb, voir aussi notre billet Sur Wikipedia et l’Histoire (Clioweb et Rosenzweig)]. Ce dernier article souligne aussi son intérêt constant pour l’enseignement de l’histoire à l’ère digitale.
– la réalisation d’une banque de données digitales regroupant les ressources les plus diverses en relation avec les attentats du 11 septembre 2001 (The September 11 Digital Archive).

Son champ d’actions et de recherches était fort large puisqu’il englobe autant des considérations sur la conservation du passé à l’ère digitale (questions archivistiques), que sur leur utilisation dans la construction de l’histoire (questions historiques) ou que sur la formation historique des élèves (questions éducatives). Mais, il était avant tout un militant pour un accès libre à la connaissance historique sur le web. Il est décédé début octobre d’un cancer des poumons.

Liens:

• Roy Rosenzweig: Everyone a Historian
• La notice de l’American Historical Association
• Remembering Roy Rosenzweig de Dan Cohen (co-directeur avec Rosenzweig du Center for History and New Media)
• Digital Historian Roy A. Rosenzweig du Washington Post
• Bibliographie de ses principaux travaux (curriculum vitae)
• Ses livres sur Amazon (US)

Classé sous :Histoire savante, Médias et technologies, Nouvelles de l'histoire

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Des photos couleur de la Russie pré-1917. Décidément ces temps-ci la mode est à la couleur en histoire

22 octobre 2009 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Des photos couleur de la Russie pré-1917. Décidément ces temps-ci la mode est à la couleur en histoire! Il s’agit d’une collection en ligne réalisée par la Librairie du Congrès à Washington. Des informations techniques sont fournies tant sur le procédé photographique utilisé à l’époque que sur celui ayant mené à la numérisation de ces […]

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22 août 1945 – Les premiers résultats d’examens sanguins – Journal d’Hiroshima

22 août 2017 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

En recoupant le niveau de globules blancs avec la localisation des personnes par rapport à l’épicentre de l’explosion, l’équipe médicale sont en mesure d’établir un premier lien entre les deux. « Après le dîner, les docteurs Katsube et Hanaoka me communiquèrent les résultats des premiers examens sanguins effectués sur nos patients. Comme nous n’avions pas […]

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Une histoire globale du climat – La Vie des idées

10 mars 2025 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

Écrire une « nouvelle histoire du monde » depuis les origines de la planète Terre jusqu’à nos jours, en articulant l’histoire des sociétés humaines et celle de la « nature », tel est le pari audacieux de Peter Frankopan. Historien médiéviste et professeur à l’université d’Oxford, Peter Frankopan est un auteur célèbre depuis la parution […]

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Benoît Panozzo (Château Guillaume-le-Conquérant): « Depuis le lancement de la visite sur tablettes, nous sommes passés de 40 000 à 70 000 visiteurs »

17 mars 2016 Par Lyonel Kaufmann Laisser un commentaire

En avril 2013, le Château Guillaume-le-Conquérant (Falaise, Normandie) a réouvert avec une nouvelle scénographie s’appuyant notamment sur un parcours en réalité augmentée sur tablettes, conçu par Histovery.  Trois ans après ce lancement, quel est le bilan de l’application ? Réponses par Benoît Panozzo, médiateur au Château Guillaume-le-Conquérant. L’interview : http://ift.tt/1VgYhUa

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