- Andrew Lih, professeur de journalisme à Berkeley et auteur de The Wikipedia Revolution, explique qu’il avait l’habitude de commencer ses conférences sur le sujet en créant une erreur volontaire sur une page; à la fin de la conférence, l’erreur était corrigée –et la démonstration de l’efficacité du système était faite. Mais depuis quelque temps, ce petit jeu ne marche plus à tous les coups. Plus généralement, la communauté a constaté une diminution de la participation: le nombre de contributions est en baisse depuis fin 2007. Dans sa présentation, Andrew Lih s’est proposé d’expliquer ce déclin, et de deviner s’il menace réellement le futur de Wikipedia. Au final, Lih entrevoit deux scénarios possibles pour Wikipedia soit celui d’un déclin en qualité, soit celui de la constitution d’une élite de contributeurs-réviseurs. Il reste cependant optimiste sur la capacité auto-organisationnelle de Wikipedia.
Médias et technologies
La Rafle : au revoir les enfants, bonjour Monsieur le Président
Finalement à la lecture de différents compte-rendus consacrés à la sortie du film La Rafle de Roselyne Bosch, il m’apparaît que celui-ci comme d’autres productions récentes (L’Évasion de Louis XVI; 14-18: le bruit et la fureur; Apocalypse) s’inscrit parfaitement dans la perspective de Nicolas Sarkozy de réécrire l’histoire à destination des élèves français pour construire un nouveau roman national. Plus que des œuvres historiques, ce sont des films d’actualité et, à ce titre, il s’agit de document d’archives pour une future étude historique de cette présidence française. Y verra-t-on aussi le basculement d’un enseignement de l’histoire vers un enseignement purement mémoriel et émotionnel?
- Un intéressant compte-rendu du film La Rafle. Premièrement ce compte-rendu replace le film dans la filmographie sur le Vel d’Hiv qui n’était abordé jusqu’à présent qu’indirectement par le cinéma français. Ensuite, Zéro de conduite interroge cette volonté du film de vouloir reconstituer les images de l’événement et sa prétention de se hisser au rang de document d’époque en se donnant des gages d’historicité avec Serge Klarsfeld dans le rôle de superviseur. Enfin, il y a cette autre volonté affirmée de vouloir émouvoir, instruire et créer le souvenir le tout enrobé de tapage médiatique et taillé sur mesure pour les enseignant-e-s de Troisième et Première. En adoptant le point de vue des enfants et de l’émotion, La Rafle est finalement en total accord avec la perspective de l’enseignement de l’histoire développée par Nicolas Sarkozy au travers de exemples de Guy Moquet ou de l’adoption par les élèves du primaire d’enfants juifs déportés. Film sur son temps plus que film d’histoire?
A noter aussi que l’émission de radio La Fabrique de l’Histoire sur France Culture dans « A quoi sert l’histoire aujourd’hui? » de vendredi dernier débattait autour du film de Roselyne Bosch avec Sylvie Lindeperg, Steven Kaplan et Jean-François Bossy : Fabrique de l’histoire : La Rafle France Culture.
Culturopoing nous offre également une très intéressant débat pour accompagner la sortie du film: Les 400 coups de la Gestapo douce (débat autour du film « La Rafle »). Les quelques extraits suivants sont sans pitié concernant ce genre d’entreprise qu’est devenue sur France 2 le docu-fiction:
- Cyril Cossardeaux: Traiter un grand sujet nécessaire et rappeler le crime indélébile de la France ne dispense pas de faire du cinéma…
- Bruno Piszorowicz: C’est en partie vrai pour ce qui concerne la forme en effet, mais c’est sans doute parce que la réalisatrice s’est limitée, s’est accrochée même, aux seules anecdotes et histoires transmises des témoins pour construire sa trame.
- Cyril Cossardeaux : Cette première partie à Montmartre, c’est vraiment pas possible quoi ! On dirait Le Tragique destin annoncé d’Amélie Poulinstein ! Plus chromo tu meurs ! Tout est vrai, rien n’est crédible hélas !
Et puis, tout de même il faut quand même évoquer ce qui me semble être à la fois maladroit et gênant, à savoir que nous avons là un film qui se veut tellement explicatif que tous ses personnages se trouvent réduits à la seule échelle de leur judéïté, comme de simples archétypes. - Cyril Cossardeaux : Monsieur Klein traitait déjà de la Rafle du Vel d’Hiv. Moins directement peut-être qu’ici, à travers, à travers le destin d’un homme et presque sur le ton de la fable allégorique (allant d’ailleurs au-delà du drame de la Shoah pour nous questionner sur l’Autre, l’altérité, etc.). Mais je pense que c’est ce qui donnait au film une dynamique narrative bien plus forte et en faisait du cinéma, pas une leçon d’Histoire. Et pourtant, je ne suis pas un fan de Losey dans l’absolu !
Voir aussi notre précédent article: L’Éducation nationale, partenaire et prescripteur du film | Le Figaro
L'Éducation nationale, partenaire et prescripteur du film | Le Figaro
- Convaincus d'avoir réalisé un film «vrai», c'est-à-dire impeccable historiquement, la production et Gaumont ont inclus les enseignants dans le processus de diffusion de leur film. Avec, une fois n'est pas coutume, le plein et entier soutien de l'Éducation nationale. La dernière fois que cela s'était produit relativement à un film de fiction, c'était pour le film Germinal de Claude Berri. Par ailleurs, Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, a également promis que le film fasse partie de la plate-forme numérique créée à la rentrée pour les lycées. Une histoire officielle en quelque sorte… avec toujours ce risque de confondre travail d'histoire et travail de mémoire.
Tous les matins du monde | Télédoc
- Dans ce film d’Alain Corneau, le célèbre violiste Marin Marais se souvient de son maître, un musicien solitaire, monsieur de Sainte Colombe. Il y raconte notamment l’initiation qu’il a reçue de lui et surtout l’antagonisme qui opposa le jeune ambitieux désireux d’être reconnu par la Cour au vieux musicien de l’ombre, intransigeant. Le dossier proposé par Télédoc propose notamment de travailler la comparaison entre les deux personnages qui fait ainsi apparaître toute une série d’écarts : le fossé des générations, un art du XVIIe siècle tourné vers le passé n’admettant pas une musique annonçant le XVIIIe siècle, etc. Deux conceptions de l’art à travailler au travers de l’image en demandant aux élèves de relever tous les signes d’opposition entre les deux musiciens : dans l’apparence physique, les motivations, l’ambition et la conception de l’art. A lire et à sauvegarder puisque Télédoc a cessé de paraître depuis juin 2009.
Filmer les camps de Hollywood à Nuremberg | Mémorial de la Shoah
Du 10 mars au 31 août 2010, le Mémorial de la Shoah présente une exposition consacrée à trois producteurs/cinéastes américains (John Ford, George Stevens et Samuel Fuller) et à leurs images concernant les camps de Dachau et Falkenau.
En effet, en 1945, les images de Dachau prises par l’équipe de Stevens sont insérées dans un documentaire montré d’abord aux États-Unis avant d’être projeté, à titre de preuve des crimes nazis, devant le Tribunal Militaire International de Nuremberg. Cette expérience, inédite, a été préparée par John Ford, qui dirigeait lui-même une unité spéciale, la Field Photographic Branch, chargée de réaliser entre autres ce film, Les Camps de concentration nazis
Dans cette exposition, pour la première fois, les images du camps de Dachau sont présentées dans l’ordre chronologique dans lequel elles ont été tournées, accompagnées des fiches remplies par les opérateurs et des comptes-rendus rédigés par l’un des écrivains embauchées par George Stevens.
Le site accompagnant cette exposition apporte d’utiles informations concernant le travail des opérateurs. C’est ainsi que le chapitre La SPECOU à Dachau (SPECOU = Special Coverage Unit du service des communications de l’armée américaine) nous apprend que «chaque jour, dans un rapport de prise de vues, le responsable de chaque unité fait un bilan de l’activité de la journée» et qu’une fragment de compte-rendu en vidéo nous est proposé.
Dans Nuremberg: recueillir les images comme preuves, nous pouvons consulter That Justice Be Done (1945) de Ray Kellog et un extrait du documentaire Nuremberg, les nazis face à leurs crimes (2006) de Christian Delage.
Dans le chapitre consacré à George Stevens on y apprend que
En vue du débarquement en Normandie et de l’avancée vers l’Allemagne, les opérateurs de l’OSS reçoivent des instructions très précises sur ce qu’ils doivent faire s’il leur arrive de découvrir des « preuves de crimes de guerre et d’atrocités »
La procédure à suivre pour enregistrer les preuves des atrocités commises prévoit explicitement la possible qualification comme preuve, devant un tribunal, des témoignages recueillis, qu’ils soient écrits, oraux ou filmés.
Nous avons ici affaire à un vrai travail documentaire permettant de «donner une place aux spectateurs d’aujourd’hui, à l’abri des opérateurs, dont les gestes de médiation sont ainsi revitalisés» et à un travail à l’opposé de la bouillabaisse proposée par les producteurs d’Apocalypse («Apocalypse : au delà des prouesse techniques est-ce de l’histoire ?». In Le Café pédagogique, No 105, septembre 2009) et de leurs tripatouillages opérés sur les archives (recadrage, remontage, juxtaposition…).
via Avant-propos – Exposition Filmer les camps – Mémorial de la Shoah et Filmer les camps (Christian Delage).
Source de la vidéo: Nazi Concentration Camps (1945) de l’Internet Archive.
Mise à jour (12 mars 2009)
Gérard Lefort dans le journal Libération nous propose un compte-rendu fort utile et intéressant de l’exposition de Christian Delage : L’horreur plein cadre (Libération, 11 mars 2010)
Polémique actuelle: Les alliés ont-ils abandonné les juifs?
En août 2009, Yannick Haenel publiait son roman Jan Karski (1914-2000), résistant des bords de la Vistule pris en tenaille par l’agression hitléro-stalinienne de 1939, devenu coursier du gouvernement polonais en exil (à Angers puis à Londres), témoin singulier de l’entreprise nazie de destruction des Juifs d’Europe, sur laquelle il tenta, en vain, d’alerter jusqu’à Churchill et Roosevelt.
Dans ses deux premiers chapitres, Y. Haenel rendait compte du du témoignage livré en 1978 par Karski pour Shoah de Claude Lanzmann, puis du livre publié dès 1944 par Karski à Boston, Story of a Secret State. Dans son troisième chapitre, après le dit et l’écrit du témoin, Haenel passe alors du procès-verbal à la fiction et son récit prend la forme d’un recueillement récapitulatif, au soir de sa vie, du vieil homme qui a buté sur l’intransmissible.
En répondant par l’affirmative à la question:
Les alliés ont-ils abandonné les juifs?
Yannick Haenel relançait ainsi la polémique tout en s’en prenant à Claude Lanzman d’où une offensive rondement menée par Claude Lanzman et Annette Wieviorka en ce début 2009. Ainsi, en janvier 2009 dans la revue Histoire (no 349), Annette Wieviorka publiait un article, intitulé Faux témoignage et critiquait le roman de Haenel en répondant par la négative à la question Le romancier a-t-il tout les droit?
En ce début mars, alors qu’Arte diffusera le Rapport Karski, la réponse de Claude Lanzman à Haenel où il reprend la déposition intégrale du témoignage de Karski pour Shoah, le Nouvel Observateur construit, sous le couvert de la question de l’abandon des juifs par les alliés, à son tour un procès à charge contre Haenel en offrant largement ses pages à Claude Lanzman (Claude Lanzmann : « Les juifs n’étaient pas le centre du monde ») et Annette Wieviorka (Le vrai Karski).
Déjà violemment attaqué par Claude Lanzman dans Marianne (« Jan Karski » de Yannick Haenel: un faux roman), Yannick Haenel lui a répondu sur Médiapart:
Puis Médiapart, redonne la parole à Claude Lanzman:
Pour en revenir à l’histoire et à son enseignement pour celles et ceux qui utiliseraient Shoah, je terminerai avec les explications de Claude Lanzman sur les raisons qui l’avaient conduit à n’utiliser dans son film que partiellement le témoignage de Jan Karski. En effet, la polémique actuelle aura au moins eu le mérite, d’une part, d’expliciter les intentions de Claude Lanzman avec ce témoignage dans Shoah et, d’autre part, de nous donner l’intégralité de ce dernier (Le Rapport Karski prochainement sur Arte):
La frise chronologique dans son contexte de publication: Shoah : ce que savaient les alliés (la chronologie), Culture – Information NouvelObs.com.
